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Full text of "Journal de l'Instruction publique. Journal of Education for the Province of Quebec"

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JOURNAL 



DE 



L'INSTRUCTION PUBLIQUE 



.RÉDIGÉ PAR L'HONORABLE PIERRE J. 0. CHACVEAU, SURINTENDANT DE L'INSTRUCTION PUBLIQUE DU RAS-CANADA. 



HUITIÈME VOLUME. 



1864. 




MONTREAL: BAS-CANADA, 

PUBLIÉ PAR LE DÉPARTEMENT DE L'INSTRUCTION PUBLIQUE. 



Impi-Jitué par Eusèbe Scnôcal, 4, ICeie St. Vinct'siî. 



TABLE DES MATIERES. 



AMENDEMENT.— Voyez : Statistiques. 
ANNONCES.— Pages 16, 40, 80. 

AGRICULTURE. — Les Oiseaux, les services qu'ils rendent à l'Agricul- 
ture, p. 130 ; Le Canada et la vigne, p. 131. 

AVIS OFFICIELS. — Séparations, annexions, érections et délimitations 
de municipalités scolaires : Ste. Anne-de-la-Pérade, comté de 
Champlain, p. 27 ; Notre-Dame-de-la-Victoi e, C. de Levis, p. 
108; Ste. Brigitte, C. d'Yamaska, p. 108; St. Fulgence, C. de 
Drummond, p. 103 ; St. Tite, C. de Champlnin, p. 108 ; Percé, C. 
de Gaspé, p. 108 ; Victoriaville, C. d'Arthabaska, p. 108 ; Orf'ord, 
C. de Richmond, p. 108; St. Irénée, C. de Charlevoix, p. 108 ; 
•Coteau St. Pierre, C. d'Hochelaga. p. 103; Hull et St. Etienne de 
Chelsea, C. de l'Outaouais, p. 108 ; St. Barnabe rie Gatineau, C. 
de St. Maurice, p. 108; St Gabriel-Ouest, C. de Québec, p. 108 ; 
St. Anlré d'Acton, C. de Bagot, p. 103 ; St. Ours, C. de Richelieu 
p. 133 ; Harrington, C. d'Argenteuil, p. 133 ; Ville de Levis, C.de 
Lévis, p. 134 ; St. André d'Auton, C. de Bagot. p. 155 ; Village 
de Granby, C. de Sbefibrd, p. 155; Beresford, C. de Terre-bonne, 
p. 170.— NOMINATIONS de Commissaires d'école : Petite-Rivière, 
O. de Chailevoix, p. 9; Hull, C. de lOutaouais, p. 9 ; Paroisse de 
Sorel, C. de Richel eu, p. 9 ; S 1 :. George de Cacouna C. de Tém's- 
couatp, p. 9 ; St. Etienne, C. de St. Maurice, p, 9 ; St. Jean, C. de 
St. Jean, p. 28 ; Aylmer, C. de l'Outaouais, p. 28 ; Township de 
Grantham, C. de Drummond, p. 28 ; Inverness, C. de Mégantic, 
p. 28 ; Métis, C. de Rimouski, p. 28 ; Village de Ste. Anne-de-la- 
Pérade, C. de Champlain, p. 28 ; Cité de Québec, (Protestants), 
p. 48 ; Tingwiek, Chéuier, C. d'Arthabuskn, p. 48 ; Wendover et 
Simpson, C. de Drummond, p. 48 ; St. Victor de Tring, C. de 
Beauce, p. 07 ; Bas du Bord de l'Eau de St. Martin, C. de Laval, 
p. 07 ; Paroisse de Berthier, C. de Berthïer, p. 67 ; Paroisse de Ste. 
Anne-de-la-Pérade, C. Je Champlain, p. 67 ; Township de la Mal- 
baie, C. de Gaspé, p. 67; St Gabriel de Stratford, C. de Wolfe, p. 
86 ; Brorapton, C. de Richmond, p. 86; Aylvvin, C. de l'Oulaousis, 
p. 86; St. Mal.tchied'Ormstcwn, C. de Château guay, p. 86 ; Ches- 
ter-Ou,rst. C. d'Arthabaska, p. 86 ; Aubert-Gallion, C. de la Beau- 
ce, p. 108 ; Grossc-Isle, C. de Montrcagny, p. 134 ; Pasoisse de la 
Rivière-du-Loup, C. de Maskinongé, p. 134; Village St. Martin, 
C. de Laval, p. 134; Newton, C. de Vaudreuil, p. 134; St. An- 
toine^, de Verchères, p. 134; Ste. Brigitte, C. d'Yamaska, p. 
134; St. Gabriel-Ouest, C. de Québec, p. 134; St. Canut No. 2, 
C. des Deux-Montagnes, p. 134 ; St. Alhanase, C. d'Iberville, p. 
134 ; Paroisse de St. André d'Acton, C. de Bagot, p. 134 ; Village 
de St. Ours, C. de Richelieu, p, 134; Paroisse de St. Ours, C. 
de Richelieu, p. 134; St. Tite, C. de Champlain, p. 134; 
St. Fulgence, C. de Drummond, p. 134 ; Notre-Dame-du- 
Portage, C. de Témiscouata, p. 134; Ste. Martine, C. de Cbâ- 
teauguay, p. 134; Harrington No. 2, C. d'Argenteuil, p. 134; 
Village de Bienville, O. de Levis, p. 134; Chénier, C. d'Artha- 
baska, p. 155 ; Cité de Québec, (Catholiques), p. 155 ; Tadoussac, 
C. de Saguenay, p. 155 ; Forges St. Maurice, C. de St. Maurice, p. 
155; Paspébiac, C. de Bonaventure, p. 155; Banlipue des Trois- 
Rivières, p. 155; Valcartier, C. de Québec, p. 155-, "Warwick, C. 
d'Arthabaska, p. 155; Ste. Louise, C. del'lslet, p. 155; St. Onési- 
me, C. de Kamouraska, p. 155; St. Sylvestre-Sud, C. de Lotbi- 
nière, p. 155 ; Coteau St. Pierre, C. d'Hochelaga, p. 155 ; Cité de 
Montréal, (Catholiques), p. 155 ; Durham, C. de Drummond, p. 



155; Village de Waterloo, C. d'Ottawa, p. 155; Ely-Sud, C. de 
Shefford, p. 155 ; Stanfold, C. d'Arthabaska, p. 155 ; Wolfertown, 
C. de Wolfe, p. 155.— NOMINATIONS de Syndics d'école : St. 
Michel Archange, C. de Napierville, p. 9; St. Joseph, C. des 
Deux-Montagnes, p. 9 ; .St. Jean, C. de St. Jean, p. 28 ; Côte de3 
Neiges, C. d'Hochelaga, p. 67 ; Kilkenny, C. de Montcalm, p. 67 ; 
Hatley, O. de Stanstead, p. 134 ; Tingwkk, C. d'Arthabaska, p. 
134; Coteau St. Pierre, C. d'Hochelaga, p. 134; Tingwick, C. 
d'Arthabaska, p. 155 ; Hope, C. de Bonaventure, p. 155. — NOMI- 
NATIONS de MM. Daniel MacSweeney et de J. B. Cloutier, profes- 
seurs adjoints à l'Ecole Normale Laval, p. 170. — Destitution de 
l'Inspecteur Leroux, p. 28. — Démission de l'Insp. Hamilton, p. 28. 
—DONS offerts à la bibliothèque du Département, p. 10, 29,48, 
68, 87, 109, 135.— Instituteurs disponibles, p. 48, 07, 87, 109,135, 
170.— Instituteurs demandés, p. 07, 87, 135. — Avis de réunion 
du Bureau des Examinateurs catholiques de Montréal, p. 10. — 
Avis aux directeurs de maisons d'Education qui veulent se pré- 
valoir des dispositions de l'Acte 19ème. Victoria, Chap. 54, p. 
86. — Avis au sujet de la 23èmc Conférence des Instituteurs de 
l'École Normale Jacques-Cartier, p. 135. — Avis au sujet de l'Exa- 
men sur la Pédagogie et sur l'Agriculture, p. 27.— Avis au sujet 
des livres manquant à la bibliothèque du Département, p. 68. — 
DIPLOMES accordés par les Bureaux d'Examinateurs : Bureau 
catholique de Québec, p. 10, 28, 48,07, 87, 135, 156 ; Bureau pro- 
testant de Québec, p. 23, 67, 156, 170 ; Bureau catholique de Mont- 
réal, p. 10, 28, 07, 135, 156; Bureau protestant de Montréal, p. 
10, 2S, 87, 131, 155 ; Bureau de l'Outaouais, p. 28, 67, 135, 155; 
Bureau de Kamouraska, p. 10, 87, 135, 156 ; Bureau de Rimouski, 
p. 28, 67, 135, 155 ; Bureau de Bonaventure, p. 28, 67, 155 ; 
Bureau protestant de Bedford, p. 28, 67, 134, 156 ; Bureau do 
Sherbrooke, p. 28, 67, 134, 155 ; Bureau de Richmond, p. 87, 170 ; 
Bureau de Sîanstead, p. 28, 87,135, 156 ; Bureau de Trois-Rivières, 
p. 87, 135; Bureau de la Beauce, p. 29, 07, 134, 156; Bureau de 
Chicoutimi, p. 134; Bureau de Gaspé, p. 109, 134; Bureau de 
Pontiac, p. 10, 109, 134, 155.— DIPLOMES accordés par les 
Ecoles Normales Jacques-Cartier, p 07, 108 ; Laval, p. 10, 28, 
108; McGill, p. 109.— NOMINATIONS de membres pour les Bu- 
reaux d'Examinateurs, p., 9, 80, 134, 155. — AVIS aux Commis- 
saires ef aux Syndics d'Ecole, p 86; aux instituteurs, p. 86 ; à 
ceux qui correspondent avec le département, p. 134. — LIVRES 
approuvés par le Conseil de l'Instruction Publique, p. 9, 86. 

BULLETINS. — Bulletin des publications et des réimpressions les plus 
récentes, p. 11, 33, 52, 73, 100, 143, 161, 177 ; Bulletin de l'Instruc- 
tion publique, p. 15, 56, 76, 104, 146, 164, 179 ; Bulletin des Lettres, 
p. 16,76, 104,120, 164; Bulletin des Bons Exemples, p. 147; 
Bulletin des Sciences, p. 15, 164, 180. — Voyez aussi : Nécrologie. 

CONFÉRENCES.— 21ème Conférence des Instituteurs de l'Ecole Nor- 
male Jacques-Cartier, p. 29; 22ème, p. 94; 21èmc Conférence 
des Instituteurs de l'École Normale Laval, p. 3) ; 22ème, p. 112 ; 
23ème, p. 136. — Conférence (compte-rendu de la) des Institu- 
teurs en rapport avec l'Ecole Normale McGill, et inauguration 
d'une association provinciale des instituteurs protestants du Bas- 
Canada, p. 137. 

COURS PUBLICS, (compte-rendu des) de l'Université-Laval; Cours 
d'Histoire du Canada de M l'abbé Ferla nd, à l'Ur.iversité-Laval, 
p. 22, 43. 



IV 



TABLE DES MATIÈRES. 



DIPLOMES.— Voyez ce mot aux Avis Officiels. 

DISTRIBUTION DB PRIX.— Voyez: Palmare. 

DOCUMENTS OFFICIELS.— Voyez: Statistiques. 

EDUCATION".— De renseignement de la lecture, p. 7, 25, 46, 106.— 
Singulières propriétés du nombre neuf, p. 8, 26. — Influence de 
l'Instituteur en ce qui concerne la Religion et la Société, par M. 
A. Lamy, p. 45. — Jeaa Rivard et l'Education, par A. Gérin 
Lajoie, p. 63. — Discours de M. l'abbe Verreau, Principal de 
l'Ecole Normale Jacques-Cartier, à la distribution des prix, p. 131. 
— Extraits du discoursde Mgr. Dupanloup au Congrès de Malines 
sur l'Education, p. 152. — De l'autorité du maître, par Schmit, p. 
169. — Comment on embrouille et comment on aide la mémoire, 
par Emile Loubens, p. 1 69.— EXERCICES pour les élèves des 
écoles — Problèmes: de géométrie, p. 9 ; d'arithmétique, p. 9. — 
SOLUTIONS des problèmes: de géométrie, p. 27; d'arithmé- 
tique, p. 27.— EXERCICES de grammaire, p. 66. 

PARTIE ÉDITORIALE.-Enseignementagricole,p.lO.-Le Calendrierde 
l'Instruction Publique, p. 11 — Mort du Juge en Chef LaFontaine, 
p 29. — Examen sur la Pédagogie et sur l'Agriculture, p. 29. — 
Ecole militaire de Québec, p. 48. — Décision Judiciaire, p. 49, 8.8. 
— Le choix des Instituteurs, p. 68. — Bibliothèque du Département 
de l'Instruction Publique, p. 68. — De la Publication des Rapports 
boi l'Instruction Publique, p. 87. — Examens et Distributions des 
Prix et des Diplômes dan3 les écoles normales, p. 109 — Examens 
Publics et Distributions de Prix dans les Universités, les Collèges, 
Académies et Ecoles Modèles, p. 110. — Correspondance du Dé- 
partement de l'Instruction Publique, p. 135. — A no3 abonnés, p. 
136. — Assemblée à Montréal pour former une association dans le 
but de protéser les intérêts des protestants dans l'Instruction 
Publique, p. 156, 170. — EXTRAITS des rapports de MM. les Ins- 
pecteurs d'Ecole, pour le3 années 1861 et 1862, p. 11, 30, 49, 69, 
92, 113, 138.— Rapport du Surintendant de l'Education du Bas- 
Canada, pour l'année 1863, p. 88. 

EXEMPLES, (Bons).— Voyez: Bulletin des Bons Exemples. 

ERRATA, p. 109, 121. 

FAITS DIVERS, (Nouvelles et,) p. 15, 56, 76, 104, 120, 146, 164, 179. 

LITTÉRATURE.— Célébration à Montréal du troisième anniversaire 
séculaire. de la naissance de Shakespeare, p. 5 7. — Discours de M. 
Day, p. 57. — Discours de M. Chauveau, p. 58.— Discours de M. 
McGee, p. 59. — Souvenirs de ma paroisse natale, par M. E. 
Renault, p. 81. — Voyez : Poésie. 

LIVRES approuvés par le Conseil de l'Instruction Publique. — Voyez 
ce3 mots aux Avis Officiels. 

NÉCROLOGIE— Lord Lansdowne, p. 15; Lord Normanby, p. 15; 
Lord Lyndbarst, p. 15 ; Lord Elgin, r>. 15 et 35 ; Madame Trollope, 
p. 15 ; M. Thackeray, p. 15 ; le Dr. Whateley, p. 15 ; Mgr. Hughes, 
p. 15 et 36; M. Billault, p. 15 ; le Rév. M. Dufresne, p. 15 ; le 
Rév. M. Saint-Germain, p. 15 ; le Colonel Wolff, p. 15 ; M. Charles 
Têtu, p. 15 ; Melle Dulice Pérusse, p. 15 ; M. le Marquis de Barban- 
çois, p. 16; Sir L. H. LaFontaine, p. 37 ; le Roi Maximilien de 
B ivière, p. 55 ; la duchesse de Parme, p. 55 ; l'amiral Hamelin, p. 
55 ; le procureur-général de Cordoën, p. 55 ; M. Edouard Scallon, 
p. 55 ; le Dr. Nault, p. 55 ; M. Edouard Masse, fils, p. 55 ; l'amiral 
Du Petit Thouars, p. 76 ; Hippolyte Flandrin, p. 76 ; M. Ampère, 



p. 76 et 77; l'historien Antonio Cavanilles, p. 76 ; le comte Char- 
lemont, p. 76 ; le duc d'Athole, p. 76 ; le Rév. M. Brnnet, p. 76 ; 
le Rév. M. Comte, p. 76 ; M. Henri Cartier, p. 76 ; l'Hon. F. Le- 
mieux, p 104 ; Meyerbeer, p. 104; le maréchal Pélissier, p. 104 ; 
M. Carrière, p. 104 ; Jean Reboul, p. 104 et 120 ; M. Charles David 
Têtu, p. 104; l'Hon. F. Baby, p. 119; Mgr. Gerbet, p. 146 ; M. 
Hachette, p. 146; M. Ambroise R-^ndu, p. 146; M. Fleury Des- 
chambaalt, p. 146; le Dr. Desehambault, p. 146; le Rév. M. 
Prévost, p. 146; Sœur Saint-Henri (Délie Bridget McSweeney), p. 
147 ; M. George Dorval, p. 147 ; M. Penjon, p. 147 ; le duc de New- 
castle, p. 163 ; l'Hon. J. E. Turcotte, p. 178 ; George Desbarats, 
p. 178 ; Eugène Cassegrain, p. 178 ; Sœur St. Antoine (Marie 
Josephte Marceau), p. 178 ; Jasmin, p. 179 ; M. Alexandre Vat- 
temare, p. 179 ; M. Mocquard, p. 179 ; M. Dayton, -p. 179 ; l'amiral 
Romain-Desfossè?, p. 179 ; Capitaine Speke, p. 179 ; Lord Spen- 
cer, p. 179 ; Taney, p. 179. 

NOUVELLES.— Voyez : Petite Revue et Faits Divers. 

POÉSIE.— Madel : Elégie Villageoise, par J C. Taché, p. 1.— Amende 
Honorable, par Victor de Laprade, p 17. — Le Pont Victoria, par 
Benjamin Suite, p. 60. — Les premiers vers de Voltaire, (Hymne 
à Ste. Geneviève), p. 60 — L'Ange et l'Enfant, par Reboul, p. 105. 
— La Marraine Magnifique, par Reboul, p. 105. — Les Petites Sœurs 
des Pauvres, par Reboul, p. 106. — Tadoussac, par L. J. C. Fiset, 
p. 125. — Les Fils du St. Laurent, par Benjamin Suite, p. 149. — 
Les Oiseaux Blancs, par F. X. Garneau, p. 165.— Mourir! par P. 
J. U. Baudry, p. 165 — Paysage, par J. Auger, p. 166. — Ode, 
chanté au Château St. Louis par les Etudiants du petit Séminaire 
de Québec, en janvier 1770, p. 100. 

PALMARE. — Distribution de prix aux élèves des Ecoles Normales : 
Jacques-Cartier, p. 148; aux élèves de l'Ecole Modèle Jacques- 
Cartier, p. 121. — Ecole Normale Laval: aux élèves-instituteurs, 
p. 122 — aux élèves-institutrices, p. 122 ; aux élèves de l'Ecole 
Modèle Laval, garçons, p. 123 ; filles, p. 124. — Collège de Ste. 
Anne-de-la-Pocatière, p. 148. 

REVUE MENSUELLE, (Petite,) p. 14, 35, 54, 75, 102, 119, 144, 163, 177. 

REVUE BIBLIOGRAPHIQUE.— Du bon ton et du bon langage, par Mme. 
Drohojowska. — De l'art de la conversation el de la charité dans les 
conversations, par le Père Huguet, p. 51, 72, 97, 142, 159, 175. 

RAPPORTS du Surintendant du Bas-Canada, et des Inspecteurs d Ecole. 
— Voyez ces mots au titre : Education. 

SCIENCE.— Revue Géographique de 1863, par Vivien de St. Martin, p. 
2 et 18. — Jugement erroné de M. Ernest Renan sur les langue3 
sauvages, par N. O., p. 5 et 20. — Encore un mot sur les langues 
sauvages, par N. O., p. 128. — Les deux Abbés de Fénélon. par M. 
/ l'Abbé Hospice Verreau, p. 24, 41, 61, 84, 127, 150.— Les Aurores 
Boréales, par J. Chantrel, p. 166. — De quelle nation étaient les 
habitants de Stadacona et d Hochelsga lors du voyage de Jacques- 
Cartier, par Kondiaronk, p. 168. — Voyez aussi : Compte-rendu 
des Cours Public3, Bulletin des Sciences, etc. 

STATISTIQUES. — Tableau de la distribution de la subvention supplé- 
mentaire aux municipalités pauvres, pour l'année 1863, p. 33, 39, 
40. — Tableau de la distribution de la subvention de l'éducation 
supérieure, pour l'année 1863, p. 77, 78, 79, 80. — Tableaux compris 
dans le Rapport du Surintendant, pour 1863, p. 88, 89, 90, 91, 92. 
— Amendement au Règlement général des Ecoles Normales du 
Ba3-Canada, p. 86. 





Volume VIII. 



Montréal, (Bas-Canada) Janvier, 1864. 



No. 1. 



SOMMAIRE.— Littérature.— Poésie : Marlol, par J. C. Tache.— Science : Revue 
géographique de 1863. par Vivier de Saint Martin.— Jugement erroné de M. 
Ernest Renan sur les langues sauvages, par N. 0. (suite.)— Education: 
De renseignement de la lecture, (suite). — Singulières propriétés du nombre 
neuf, par M. Juneau.— Exerc'ces pour les élèves des écoles : Problème de géo- 
métrie.— Problème d'arithmétique. — Avis Officiels: Livres approuvés par 
le_ Conseil de l'Instruction Publique. — Nominations : Examinateur. — Com- 
missaires d'école.— Syndics d'écoles dissidentes.— Diplômes accordés par l'école 
Normale Laval.— Diplômes accordés parles Bureaux d'examinateurs.— Dons 
offerts à la bibliothèque du département. — Avis aux aspirants à l'enseigne- 
ment. — Editorial : Enseignement agricole. — Calendrier de l'instruction publi- 
que.— Extraits des Rapports des Inspecteurs d'école pour 1861 et 1862.— Bul- 
letin des publications et des réimpressions les plus récentes : Paris. Québec, 
Montréal. — Petite Revue Mensuelle.— Nouvelles et Faits Divers: Bul- 
letin de l'Instruction Publique. — Bulletin des Sciences. — Bulletin des Lettres. 
— Annonces : Journal de l'Instruction Publique. 



LITTEEATUEE. 



POESIE. 



MADEL . 

ÉLÉGIE VILLAGEOISE. 

Dans les champs qui chez nous bordent le cimetière, 
Souvent on voit errer la pauvre Madelon : 
Elle cueille des fleurs, pour orner une bière 
Qui dans le froid sépulcre entraîna sa raison. 

Mais elle a conservé son grand œil noir qui brille 
Et de ses beaux cheveux le massif ondoyant : 
Sa voix est toujours douce, et sa taille gentille 
Se balance dans l'air comme un saule pliant ! 

Quand on l'entend chanter à travers la prairie, 
Tout chacun qui chemine arrête pour la voir 
Et, la suivant des yeux, on dit :— qu'elle est jolie 1 
Dans son esprit, hélas ! fera-t-il toujours soir ? 

Lorsqu'elle était, petite, 

A la maison qu'habite 

Sa pauvre mère en pleurs, 
On eût dit que la fortune 
Avait à Madel la brune 
Promis tontes ses faveurs. 

Et puis quand vint l'adolescence 
Succéder aux jours de l'enfmce, 
Que ses parenis étaient joyeux ! 
Autant que helle elle était bonne : 
Oh ! que de fois à la Madone 
Nous l'avons vu faire des vœux ! 



Soudain, en son âme, 
Une douée flamme 
Répand la langueur : 
Gloire du village, 
Paul si beau, si sage, 
A touché sou cœur. 

Bientôt brilla de l'hyménée 
L'heure si chère à des amants : 

Heureux instants, 

Sainte journée, 
Témoins bénis des doux serments ! 

Chacun disait dans son langage, 
Du couple uni devant l'autel : 
— De qualité? quel assemblage! 
C'est un contrat écrit au ciel. 

De leurs amours, succès étrange 
Nul être ne se fit jaloux : 
Il semblait que, dit par un ange, 
Pareil décret plaisait à tous. 

Bien du monde était à l'église ; 
Car ce fut jour de grand émoi, 
Où le promis et la promise 
S'étaient venu donner leur foi. 

Pour aller du marié trouver la maisonnette 

Il fallait passer l'eau : 
Le suivant et Madel, Paul et la bachelette 

Occupaient un bateau. 

On voyait de partout flotter sur la rivière 

Des canots pavoises : 
Chansons de batelier, refrains de batelière 

Fêtaient les épousés. 

C'était trop de bonheur! Dans sa course joyeuse, 

Un bateau chavira. 
De tous les villageois la troupe généreuse 

Vite au secours vola. 

On s'empresse : un, deux, trois sont retirés de l'onde ; 

Mais l'antre a disparu. 
Une âme des vivants vient de quitter le monde ; 

Le bon Paul a vécu ! 

Dans le cristal de l'eau, dans le courant qui coule, 

Madel fixa les veux 

Puis dit, en regardant étrangement la foule : 

— Que mon Paul est heureux! 

Vers un monde meilleur, delà chère innocente 

L'esprit s'est envolé ; 
Sans chagrins désormais, de son Paul elle chante 

Le bonheur révélé. 



JOURNAL DE L'INSTRUCTION PUBLIQUE. 



A quelques jours de là, le funèbre cortège 

Conduisait un cercueil : 
Dans ses habits de noce au?si blancs que la neige, 

Madel suivait le deuil. 

Elle semait des fleurs sur le drap mortuaire 

Qui couvrait ses amours. 
Mon Dieu! quelle était belle, en portant Paul en terre 

Dans ses chastes atours! 

A peine d'ici bas, depuis, dans la chapelle, 

Ou dans le lieu de paix, 
Chaque jour elle vient, dispose et renouvelle 

Les bouquets qu'elle a faits ! 

Dans les champs qui chez nous bordent le cimetière, 
Souvent on voit errer la pauvre Madelon : 
Elle cueille des fkurs pour oruer une bière 
Qui, dans le froid sépulcre, entraîna sa raison ! 

J. C. Taché. 
(Soirées Canadiennes.) 



SCIENCE. 



Revue Géographique, IS63. 

I. 

A l'heure où nous traçons ces lignes, la relation avidement at- 
tendue du capitaine Speke n'a pas encore paru ; mais sur plusieurs 
points notables, des communications ont été faites à la Société de 
géographie de Londres qui permettent déjà d'apprécier quelques- 
uns des grands résultais de l'expédition. Le Tour du Monde con- 
sacrera à ce voyage mémorable la place que son importance ré- 
clame ; nous voulons seulement aujourd'hui nous arrêtera un ou 
deux points parmi ceux qui apportant à la géographie de l'Afrirjue 
les données les plus nouvelles, ou qui soulèvent dans la science 
des questions controversées. 

Quelques mots d'abord sur le climat des contrées parcourues. 

Les anciens, qui ont cru si longtemps qu'une zone torride abso- 
lument inhabitable formait, sous l'équateur, une infranchissable 
barrière entre les deux zones tempérées du globe, auraient été bien 
étonnés si un de leurs voyageurs avait pu leur affirmer que la tem- 
pérature de l'Afrique équatoriale est beaucoup plus modérée et plus 
ai-ément supportable qu'un été de Rome ou de Naples; et aujour- 
d'hui encore, la série d'observations faites durant une année en- 
tière par MM. Speke et Grant, sous l'équateur même ou à très-peu 
de distance, est de nature à rectifier bien des idées populaires sur 
les températures équatoriales. Dans l'espace de cinq mois passés 
à Karagoué, à un degré et demi au sud de la ligne, du mois de dé- 
cembre 1861 au mois d'avril 1862 (ce qui comprend le double 
passage vertical du soleil au-dessus du lac), la température oscilla 
entre vingt-cinq et vinjrt-neuf degrés du thermomètre centigrade, 
et atteignit une seule fois vingt-neuf degrés et demi. Les nuits 
apportaient invariablement une impression de fraîcheur. A neuf 
heures du soir, le thermomètre se maintenait entre seize et vin^t- 
deux degrés, et l'heure la plus froide de la nuit entre quatorze et 
dix-huit degrés. Une constitution européenne s'accommoderait 
admirablement d'un pareil climat, qu'explique suffisamment l'élé- 
vation de la contrée au-dessus du niveau de la mer. On sait com- 
bien la hauteur du plateau ibérique, qui n'est cependant que de 
six cents mètres, influe sur la température de la Castille et de 
Madrid ; or, l'altitude de la localité où ont été suivies ces observa- 
tions thermomélriques de nos deux voyageurs africains est au moins 
de neul cent cinquante mètres. 

Ce qui convient moins à l'Européen, c'est la continuité presque 
incessante des pluies. La division si nettement tranchée d'une 
saison sèche et d'une saison pluvieuse aux approches des tropi- 
ques n'existe pins à la proximité de l'équateur. La saison plu- 
vieuse, c'est l'année toute entière. Il n'y a pas de mois sans 
pluie ; seulement il y a des mois plus constamment pluvieux, 
d'autres moins. Les mois qui comptent le plus grand nombre de 
jours de pluie sont avril et mai, octobre et novembre, c'est-à-dire 
les deux époques de l'année où le soleil plane à pic sur les con- 
trées voisines de la ligne des equinoxes. Au total, le relevé d'une 
armée donne deux cent quarante jours, ou huit mois pleins, de 
pluies plus ou moins violentes. 

Ce qui fait bien sentir l'influence prédominante de l'élévation du 
pays sur sa température, c'est qu'à mesure que, descendant des 



hauteurs du plateau du Nyanza, on s'éloigne de l'équateur, en sui- 
vant la large vallée où les eaux du lac s'écoulent vers le nord, le 
thermomètre s'élève de plus en plus. A Gondokoro (altitude, six 
cent vingt-huit mètres), la température des mois de février et de 
mars oscille non plus entre vingt-cinq et vingt-neuf degrés, comme 
au Nyanza, mais entre trente-trois et trente-neuf. A Khartoum, 
par quinze degrés et demi de latitude nord, les chaleurs extrêmes 
de l'été dépassent quarante-cinq degrés. 

Un des grands services que le capitaine Speke aura rendus à la 
géographie de cette région de l'Afrique, est d'avoir enfin fixé d'une 
manière certaine, par de bonnes observations de latitude et de lon- 
gitude, la position de ce point de Gondokoro sur laquelle léguait 
une étrange incertitude. Gondokoro est un établissement fondé en 
1850, sur la rive droite du fleuve Blanc, par les missionnaires ca- 
tholiques d'Autriche, à quelques heures du village intérieur de 
Bélénia, où réside le chef des Bari, une des plus fortes peuplades 
de ces cantons. Jusqu'à ces derniers temps, la station de Gondo- 
koro était le point extrême que les Européens venus île Khartoum 
eussent atteint en remontant le fleuve Blanc. M. d'Arnaud, un 
ingénieur fiançais qui dirigeait la seconde expédition envoyée par 
Méhé.met Ali, en 1840, pour reconnaître le fleuve, avait cru pou- 
voir fixer la position de l'île de Tchankèr (vis-à-vis de laquelle on 
fonda plus lard Gondokoro) par 4° 42' 42" de latitude nord, et 29° 
10' de longitude à l'est du méridien de Paris. Cette positoin, qui 
fut considéiée comme incertaine, était en réalité très-rappiochée 
de» chiffres vrais; mais ce fut une bien autre perplexité, lorsqu'en 
1850 le P. Knoblecher annonça que Gondokoro devait être reculé 
de près de trois degrés à l'ouest de la position donnée par M. 
d'Arnaud ! Comme les éléments du calcul du P. Knoblecher n'a- 
vaient pas été publiés, on n'avait pu les vérifier, non plus que ceux 
de M. d'Arnaud, et on dut attendre que de nouvelles observations, 
contrôlées par un astronome, vinssent débrouiller celte inextricable 
confusion. 

Ce n'était pas seulement le point extrême des reconnaissances 
européennes, c'était le tracé îout entier du fleuve Blanc, qui flot- 
tait dans un espace de plus de soixante-dix lieues entre le sud et 
le sud-est, attendu qu'il n'avait pas été fait d'autre observation en- 
tre Gondokoro et Khartoum. 

C'est cette incertitude que le capitaine Speke a fait enfin dispa- 
raître. Ses déterminations, vérifiées et calculées par M. Airy, de 
l'établissement royal de Greenwich, donnent pour la position défi- 
nitive de Gondokoro : 

Latitude nord, 4° 54' 5", 
Longitude est de Paris, 29° 25' 16". 

II. 

La source du Nil est-elle découverte ? 

Grande question, fort agitée dans le monde géosraphique, mais 
qui ne nous paraît pas avoir été posée dan« ses véritables termes. 

On nous permettra d'y insister un moment. 

Pour la société de géographie rie Londres, en tant qu'on peut la 
regarder comme représentée par son honorable président, sir Ro- 
derick Murchison, la découverte est un fait acquis, certain, hors de 
discussion. Ecoutons la voix si pleine d'autorité de l'éminent 
géologue : 

" Dans sa récente expédition avec le capitaine Grant, a dit sir 
Roderick, le capitaine Speke a prouvé que le grand lac d'eau 
douce qu'il a nommé Victoria Nyanza est la source principale du 
Nil Blanc, et cette grande découverte est un des plus beaux triom- 
phes géographique* de l'histoire. Les siècles ont succédé aux 
siècles; depuis les temps antiques des prêtres égyptiens et des 
Césars jusqu'à nos temps modernes, nombre île voyageurs ont es- 
sayé de remonter le Nil jusqu'à ses sources : tous ont échoué. En 
attaquant la même recherche par une route opposée, en partant de 
Zanzibar, sur la côte orientale d'Afrique, pour gagner la région des 
sources par les hautes plaines du plateau central qui forme, sous 
ce méridien, la ligne de partage des eaux entre le nord et le sud 
de l'Afrique, nos deux braves officiers de l'armée de l'Inde sont 
arrivés au véritable réservoir d'où s'épanche Je Nil. De là ils ont 
descendu le cours du noble fleuve en se portant au nord jusqu'en 
Egypte, et démontré ainsi que le fleuve Blanc, qu'ils ont suivi, est 
le corps du Nil, tandis que le fleuve Bleu n'est qu'un simple tri- 
butaire, de même que l'Atbara et les autres affluents." 

Telles sont les paroles que M. Murchison a fait entendre au sein 
de l'Association britannique pour l'avancement de la science. 

Nul plus que nous ne se joint de grand cœur à cette acclamation 
chaleureuse d'une gioire si bien conquise; il convient cependant 
de dominer ce premier élan d'enthousiasme, et, dans la rigueur 
scientifique, de laisser à la découverte des deux explorateurs son 
vrai caractère et ses véritables limites. Que le Nyanza soit le ré- 



JOURNAL DE L'INSTRUCTION PUBLIQUE. 



servoir principal du haut Nil, alimenté à la fois par les pluies dilu- 
viennes de la zone équatoriale et par les nombreux courants qui 
descendent des montagnes neigeuses, cela est certainement très- 
présumable, d'autant plus pré.-umable que cet ensemble de cir- 
constances physiques est en pai faite harmonie avec les informa- 
tions que le géographe Ptolémée avait recueillies sur l'origine du 
fleuve, et qu'il nous a transmises. Mais enfin, si forte qu'elle soil, 
ce n'e>t qu'une présomption ; et le savant président de la Société 
de Londres ne pourra nier qu'avant de prendre rang définitif dans 
la science, cette présomption a besoin d'être constatée par une vé- 
rification diiecte. 

La question, d'ailleurs, se complique de considérations dont il 
importe de tenir compte. Que l'on veuille déterminer, sur la carte 
ou sur le terrain, la source d'un simple courant, d'une rivière de 
peu d'étendue, cela ne souffre aucune difficulté; il n'y a là ni voile 
mystérieux ni complication physique. Mais il en est autrement 
quand on veut reconnaître l'origine de ces vastes artères fluviales 
qui recueillent les eaux de la moitié d'un continent. Peut-on dire 
avec certitude, parmi les torrents qui descendent du flanc neigeux 
des Alpes des Grisons, lequel est la vraie source du Rhin? Est-ce 
le Mittel, est-ce le Hinter, est-ce le Vorder-Rhein ? A vrai dire, 
c'est seulement à Coire que le Rhin commence réellement. Il y 
a beaucoup de hasard dans l'application qui s'est faite du nom des 
fleuves à leur origine, et il s'en faut bien que les applications con- 
sacrée? soient toujours d'accord avec la raison physique. C'est 
ainsi, pour ne pas sortir de notre région alpine, que la vraie tête du 
Danube, c'est l'Inn, comme la vraie tête du Pô, c'est le Tessin ; 
car le Tessin, l'Inn, le Rhin et le Rhône, c'est-à-dire les quatre 
fleuves les plus imporlanls de l'Europe occidentale, rayonnent d'un 
même aj-oupe de montagnes, d'un massif qui est le nœud central 
de la chaîne des Alpes. 

Si le point initial d'un grand fleuve est un prob'ème si compli- 
qué et d'une solution si diffici'e même au cœur de l'Europe, que 
sera-ce donc au fond des contrées barbares et à peine connues de 
l'Afrique intérieure ? 



Ce problème, M VI. Speke et Grant l'ont-ils résolu ? Ont-ils mê- 
me cherché à le résoudie ? 

Assurément non. Les deux courageux explorateurs ont traversé 
de part en part une région centrale où nul Européen avant eux 
n'avait pénétrés. Ils ont vu les premiers la région mystérieuse où 
le fleuve d'Egypte a «on origine; ils en ont aplani la route à ceux 
qui viendront après eux. Là sont la gloire du voyage et l'éternel 
honneur de leur nom. Mais la source du fleuve, ils ne l'ont ni 
cherchée ni découverte. 

Je dirai plus : à certains égards cette recherche eût été préma- 
turée. 

.N'oublions pas ce qu'est le Nil dans la partie extrême de son 
bassin, où se trouvent ses origines. 

Ce n'est plus, comme en Nubie et en Egypte, un canal unique 
contenu dans une vallée sans affluents; c'est un vaste réseau de 
branches convergentes venant de l'est, du sud et du sud-ouest, et 
toutes ensemble se déployant probablement en un immense éven- 
tail qui embrasse peut-être la moitié de la largeur de l'Afrique 
sous i'éqnateur. Quelle sera, parmi ces blanches supérieures, celle 
que l'on devra considérer comme la branche mère? là est la ques- 
tion. Il est de fait que l'opinion locale, — et nous avons sur ce point 
des témoignages fort anciens, — a toujours regardé notre fleuve 
Blanc, le Bahr el-Abyad des Arabes, comme le corps principal du 
fleuve : mais en admettant cette notion comme physiquement 
exacte, et nous la croyons telle, il reste encore à constater, par des 
reconnaissances directes, l'importance respective des branches su- 
périeures dont se forme le Bahr el-Abyad. C'est alors qu'il sera 
possible de se prononcer en connaissance de cause sur la question 
du Caput Nili. 

Ce n'est pas au hasard, ni avec précipitation, qu'un tel problème, 
soulevé depuis tant de siècles, doit être résolu. Puisque la solu- 
tion a élé réservée à noire âge, elle doit avoir un caractère ration- 
nel et scientifique. Elle doit être basée uniquement sur la raison 
physique. 

Je m'explique. 

Si incomplète que soit encore en ce moment notre connaissance 
des parties intérieures de l'Afrique australe, et en particulier de 
la zone qui s'étend presque d'une mer à l'autre, sur une largeur de 
plusieurs degrés, aux deux côtés de I'éqnateur, les explorations ré- 
centes du Dr. Livingstone dans le sud, du Dr. Barth au nord-ouest, 
et de MM. Burton et Speke dans la région des grands lacs, sans 
parler des reconnaissances mêmes du Bahr el-Abyad et de quel- 
ques-uns de ses tributaires, suffisent déjà pour mettre en évidence 
ce fait très-important, que l'origine de tous les grands fleuves de 
l'Afrique, Je Zambézé, le Binoué, le Chari, aussi bien que le Nil, 
converge vers la zone équatoriale. 



Cette disposition est un trait caractéristique de la confip,uration 
africaine. Les détails nous sont encore inconnus, mais nous pou- 
vons nous rendre compte de l'ensemble. La conséquence évidente, 
c'est que celte zone centrale, d'où rayonnent tous les giands cours 
d'eau qui vont aboutir aux trois mers environnantes, est la partie 
la plus élevée du continent. Il doit y avoir là un système d'alpes 
africaines, dont les pics neigeux du Kénia et du Kilimandjaro, au- 
dessus des plages du Zangnebar, et les groupes de montagnes éle- 
vées aperçus par le capitaine Speke à l'ouest du Nyanza, nous 
donnent une première idée. 

Or, c'est une loi générale des pays d'alpes, qu'il s'y trouve un 
nœud, un massif culminant, d'où sortent les plus grands cours 
d'eau dans toutes les directions. 

J'en ai cité tout à l'heure un exemple pour nos Alpes d'Europe ; 
il est presumable qu'il doit y avoir quelque chose d'analogue en 
Afrique. Je ne dis pas que cela soit nécessairement ; je dis que 
cela est presumable. C'est un beau champ d'investigations ouvert 
aux explorateurs. 

Une conséquence naturelle se tire de ces considérations : c'est 
que s'il existe en effet, comme tout l'indique, un massif culminant 
au cœur de la zone équatoriale analogue au massif du Saint-Go- 
thard dans les Alpes helvétiques, celle des branches dont se forme 
le fleuve Blanc qui sortirait de ce massif devrait être regardée, à 
l'exclusion :1e toutes les autres, comme la vraie tête du Nil. 

Ceci éloigne tout arbitraire et coupe court à toute controverse. 

III. 



C'est une chose bien remarquable que l'ardeur d'invesiigation 
qui s'est déployée dans ces derniers temps sur une terre où le pied 
d'un Européen ne s'était jamais posé avant 1840. La dévorante 
activité de notre génération aura fait en vingt-cinq ans ce qui avait 
défié les efforts de vingt-cinq siècles. Celte ardeur va s'accroître 
encore par l'heureuse issue de l'expédition anglaise, en même 
temps que le champ d'explorations se sera immensément agrandi. 
Le voyage du capitaine Speke est de ceux qui donnent aux entre- 
prises scientifiques une puissante impulsion. 

Déjà l'influence s'en lait sentir, et de prochaines entreprises se 
préparent. En attendant, le haut Nil nous offre le spectacle peu 
ordinaire de voyageurs dilettantes, de ceux qu'on était habitué à 
voir suivre les sentiers depuis longtemps battus, organiser à grands 
trais des courses dirigées vers les parties les plus sauvages et les 
moins connues de ces contrées nouvelles ; et ce qui rend le lait 
plus singulier, c'est que ce spectacle nous est donné par des fem- 
mes, des femmes d'une très-haute position. J'ai déjà fait, il y a 
six mois, quelque allusion à ce voyage; je puis aujourd'hui en 
faire connaître la suite et entrer dans \in peu plus de détails. 

Nos héroïnes sont des Hollandaises, et c'est la plus jeune, as- 
sure-t-on, Mlle Alexandrina Tinné, qui est l'âme de ces courses 
aventureuses. Sa mère et sa tante, qui l'accompagnent, sont les 
filles de l'amiral Van Capellen, et l'une d'elles est attachée comme 
dame d'honneur à la maison de la reine de Hollande. Entraînées 
par l'insatiable ardeur de miss Alexandrina (son père est Anglais», 
ces dames ont déjà parcouru à plusieurs reprises l'Egypte et la ré- 
gion des cataractes. Elles ont tenté de remonter le cours inexploré 
du Sobat (le premier affluent du Nil en venant de Khartoum), 
qu'elles représentent comme un courant médiocre, si ce n'est au 
temps des pluies. Elles étaient à Gondokoro quelques semaines 
avant l'arrivé du capitaine Speke. Elles ont depuis organisé une 
nouvelle excursion, plus difficile et plus hasardeuse. Plusieurs 
voyageurs, actuellement présents dans ces contrées lointaines, en- 
tre autres M. de Heuglin et le Dr. Steudner, s'engagèrent avec 
empressement dans ce bataillon d'honneur. Mlle Tinné et ses 
volontaires marchent entourés d'une véritable flottille. Des barques 
chargées de provisions et d'objets d'échange accompagnent le petit 
vapeur qui porte Je pavillon amiral. On a laissé le canal pratiqué 
du haut fleuve Blanc, peur se porter plus à l'ouest par le Bahr el- 
Ghazal. C'est là que les dernières nouvelles laissent la caravane, 
bien décidée à s'avancer dans cette direction aussi avant que pos- 
sible. 

" La saison est décidément bien avancée, écrivait du Bahr el- 
Ghazahà la date du 21 mars dernier, la mère de miss Alexandrina, 
et il peut se faire que nous nous embourbions dans les pluies et la 
boue; mais ne vous alarmez pas. Nous avons deux savants pour 
nous conduire, soixante-dix ou quatre-vingts soldats bien armés 
pour nous garder, — sans compter Ja renommée qui nous précède, 
et l'idée que c'est la fille du sultan qui voyage sur un vaisseau de 
feu ! " 

Les deux savants de Mme Tinné ne l'ont pas suivie seulement 
en curieux ; là, comme partout, ils voyagent en observateurs. 
Mais, hélas ! des deux guides de l'expédition il n'en reste qu'un 
aujourd'hui ; au milieu de cette troupe pleine de courage et d'en- 



JOURNAL DE L'INSTRUCTION PUBLIQUE. 



train, la mort a *aisi sa proie. Le docteur Steudner, attaqué par 
ce mal terr ble qu'on nomme les fièvres paludéennes, véritable 
empoisonnement parles miasmes de l'atmosphère, a succombé le 
10 avril, au moment où les voyageurs, sortis des marécages du 
Bahr el-Ghaza'. allaient entier dans une région plus élevée et moins 
insalubre. M. de Heugliu lui-même avait été fort éprouvé. Ses 
dernières lettres sont du 5 juillet , il se regardait alors comme hors 
d'inquiétude. Mais les grandes pluies étaient arrivées, et le dé- 
boidement des rivières ne permettait plus d'avancer. Il n'en faut 
pas moins attendre du zèle du voyageur d'importantes observations 
sur des contrées qui n'ont été vues jusqu'à présent que par les 
tiaitants de gomme et d'ivoire, dont les informations, en ce qui 
touche à la géographie, sont nécessairement vagues et fort impar- 
faites, 

IV. 

Il est fort à regretter, assurément, que la mission organi ce à 
Gotha, il y a trois ans, pour la recherche de< traces de Vo ' l et la 
poursuite des explorations du Soudan, se soit dissoute et dispersée 
presque en touchant le sol d'Afrique, — montiant ainsi | .:r un nouvel 
exemple, après l'entreprise avortée du comte d'E-c. yrac de Lau- 
ture, combien il es' difficile île maintenir l'unité (ans les éléments 
d'une expédition collective ; mais la mission allemande, malgré 
sa dissolution précoce, n'en auia pas moins marqué son passage 
par de- trav.iux qui laisseront leur trace. M. de Heuglin, son pre- 
mier chef, accompagné du naturaliste de l'e\péilition, le docteur 
Steudner (celui-là même qui vient de succomber dans les maré- 
cages de Bahr el-Ghazal), après avoir revu une partie de l'Abys- 
sinie, a étudié île nouveau (!) les territoires de la Haute-Nubie qui 
bordent au nord les derniers gradins du plateau abyssin ; et nous 
l'avons laissé tout à l'heure sur la flottille des dames Tinné, à l'en- 
trée des pays inexplorés qui s'étendent au loin vers l'intérieur à 
l'ouest du haut fleuve Blanc. Son successeur dans la conduite de 
la mission, M. Werner Munzinger, avant de se diriger sur Khar- 
toum et le Kordofan avec l'astronome KiuzeiDach, avait aussi con- 
sacré une longue étude aux populations nubiennes limitrophes du 
Tigré, et à leurs territoires dans Ja direction de Souâkïn ; et il a 
pu dire sans présomption que ses courses dans le Baza (entre le 
haut Athara et la mer Rouge) " avaient donné à la géographie une 
nouvelle terre, et à l'ethnographie un nouveau peuple.'' Des dé- 
terminations astronomiques, de nombreux relevés, des vocabulaires, 
des éludes linguistiques, des informations de tonte sorie, en un mot, 
sont sortis île ces investigations locales dont il n'y a de publié jus- 
qu'à présent qu'une faible portion ; elles enrichiront singulière- 
ment ce coin de la carte d'Afrique, où elles répondent en paitie au 
royaume du M é rodé des auteurs classiques. 

A ces informations nouvelles on peut joindre dès à présent la 
riche moisson de renseignements que renfeime la belle et savante 
relation des courses de feu M. le baron de Barnim dans le Senna'ar 
et la haute Nubie, que vient de publier son compagnon de voyage, 
le docteur Hartmann. Ce livre remarquable, qui est à la fois une 
œuvre d'art et de science, mériterait ici un espace que je ne puis 
lui donner ; mais sans doute le Tour du Monde le fera connaître à 
ses lecteurs d'une manière plus spéciale et tout à fait digne de la 
double importance de l'ouvrage. Disons enfin qu'à cette masse de 
précieux renseignements sur des pays à peine connus de nom il y 
a vingt-cinq ans, notre compatriote Guillaume Lejean a joint tout 
récemment sa part d'informations, recueillies avec l'intelligence 
et le zèle dont il a donné déjà tant de preuves. 

Le nom de M. Lejean est bien connu- de nos lecteurs. Nommé, 
l'année dernière, après son retour du fleuve Blanc, au poste d'agent 
consulaire en Abyssinie, il a pris la route de Khartoum pour se 
rendre à Gondar. Ses lettres, comme toujours, sont nourries de 
faits et pleines d'intéressants aperçus. L'une d'elles, imprimée 
au cahier de septembre du journal géographique du docteur Peter- 
mann (2), donne des indications nouvelles sur le cours de l'Atbara 
au voisinage de la source, et sur la vraie forme du grand lac Tza- 
na, mal figuré sur nos meilleures cartes; puis, avec son ardeur 
habituelle, le voyageur énumère une série de courses en perspec- 
tive, tant au nord qu'au sud des provinces du Négous. Malheu- 
reusement, depuis la date de cette lettre (elle est du 22 février), il 
e^t survenu pour M. Lejean des circonstances extrêmement fâ- 
cheuses, cjuî compromettent fort la réalisation de ses excellents 
projets. Par des motifs jusqu'à présent assez mal expliqués, l'em- 

(1) M. de Henghlirj avait déjà vu une partie de ces territoires peu 
connus, dan3 un premier voyage (1852) dont il a publié la relation sous 
le titre de Voyages dans le nord-e3t de l'Afrique (Reisez in Nord-Ost 
Afrika, 1807). 

(2) Miltheilungen, 1863, No. 9. 



psreur Théodore, après avoir fait à notre compatriote un accueil 
des pus flatteurs, revenant tort a coup sur ces bonnes dispositions, 
fit saisir M Lejean qui fut iete en prison. 

Mais dans ce malheureux pays, dont on pouvait croire les des- 
tinées mieux assises depuis les événements qui avaient mis le pou- 
voir souverain aux ma us de Théodore, une nouvelle révolution est 
survenue qui a tout ternis en question. Celte révolution, du moins, 
a eu pour M. Lejean l'heureux résultat de le rendie à la liberté. 
Voici ce que 'on rapporte : Un soulèvement formidable aurait 
éclaté dans le Choa (dont le Raz a été dépossédé il y a deux ou 
trois ans) : et l'empereur Théodore, accouru pour réprimer le mou- 
vement, aurait été complètement défait. Selon un usage assez 
habituel en Abyssinie à l'égard des prisonniers d'importance, 
Theodore avait fait amener M. Lejean à la suite de son armée ; si 
uien que dans la déroute notre compatriote est tombé aux mains du 
vainqueur, qui l'a traité, assure-t-on, avec toutes sortes d'égards. 
Les lettres du voyageur lui-même ne sauraient manquer de nous 
apporter bientôt de plus complets renseignements. 



Nous avons été arrêtés longtemps dans ces régions du haut 
ba.-sin du Nil, où se concentrent tant d'efforts et de persévérance 
énergique : c'est que là e>t le grand intérêt actuel des explorations 
africaines. Nous pouvons passer plus rapidement en revue les en- 
treprises qui se préparent ou se poursuivent dans les autres parties 
de l'Afrique, bien que plusieurs ne manquent ni d'importance ni 
d'avenir. 

De sinistres nouvelles sont arrivées de Soudan : la mort de M. 
de Beurmann, annoncée depuis un certain temps et dont on s'ef- 
forçait de douter, paraît maintenant trop certaine. Il était parti de 
Kouka, le 26 décembre 1862, pour tenter la route du Ouadây par 
le nord du lac Tchad ; c'est dans cette tentalive qu'il a succombé. 
Les délails manquent encore. C'était sur le docteur Beurmann que 
reposaient les dernières espérances du comité de Gotha pour les 
explorations du Soudan oriental. 

Sur noire territoire algérien et ses oasis du sud, rien de considé- 
rable à signaler, si ce n'est la relation officielle des commissaiies 
envoyés à Gh'adamès, dans les derniers mois de 1862, pour con- 
clure avec les Touareg une convention commerciale, et la publi- 
cation prochaine d'un volume de M. Henry Duveyrier, avec une 
grande et belle carte où sont tracés tous les itinéraires de ses trois 
années de voyages dans les parties inexplorées du Sahara algérien 
et dans le pays des Touareg. Le livre de M. Duveyrier sera une 
acquisition précieuse pour la géographie de ces contrées saha- 
riennes, où tant d'intérêts considérables s'ouvrent aujourd'hui pour 
nous, et, eu attendant, la relation des commissaiies de Gh'adamès 
nous apporte des données d'une grande valeur pour l'étude physi- 
que et économique du Sahara tripolitain et de ses populations. 

A l'antre extrémité de la région de l'Atlas, un voyageur alié- 
na md, M. Gerhard Rohlf de Brème, est parvenu l'année dernière, 
sous les dehors d'un Arabe musulman, à visiter les oasis de Ta- 
filelt et de Fighig, dont nous n'&vons jusqu'à présent aucune rela- 
tion européenne, et le récit de cette excursion vient d'être publié 
dans les Miltheilungen (1). Dans les conditions où il a fait cette 
traversée de caravane, M. Rohlf n'avait avec lui aucun instrument 
et n'a pu faire aucune observation, pas même avec la boussole ; 
néanmoins sa notice a pour nous Je vif intérêt d'une course accom- 
plie à travers un pays inconnu. On y prend au moins une idée 
général de la nature et de la disposition du pays, avec des détails 
tout à fait neufs sur les localités principales. C'est, au total, une 
bonne acquisition pour la géographie. M. Rohlf, revenu dans la 
province d'Oran, se disposait à entreprendre la traversée du grand 
désert jusqu'à Timbouktou. Un à un, tous les voiles qui naguère 
encore nous déiobaient ces vastes contrées du nord-ouest de l'Alri- 
qne s'écartent devant nous, et la carte se couvre rapidement de 
détails qui nous montrent le Sahara sous un aspect tout nouveau. 

Au Sénégal, le retour de M. Faidherbe au poste de gouverneur, 
dont on l'avait vu s'éloigner avec tant de regret il y a un an, est 
d'un heureux présage tout à la fois pour le rapide développement 
de la colonie et de l'extension de nos connaissances sur les contrées 
et les tribus environnantes, M. Gérard, le célèbre tueur de lions, 
a ambitionné une gloire plus haute que celle d'intrépide chasseur; 
il a pensé, sans doute, que les sauvages n'étaient pas plus rudes à 
affronter que les lions de l'Atlas, et il a voulu, lui aussi, devenir 
un explorateur. Après plusieurs projets conçus et abandonnés, il 
a trouvé à Londres les moyens d'organiser un voyage de décou- 
vertes dans la haute Guinée, au-dessus de l'Aehautî. Il y a là 
toute une région inconnue entre les pays de la côte et le bassin. 

(1) Au No. 10 de 1863, cahier d'octobre. 



JOURNAL DE L'INSTRUCTION PUBLIQUE. 



supérieur du Dhioliba ; si M. Gérard peut y porter ses reconnais- 
sances et y utiliser les instruments dont il a dû se rendre l'emploi 
familier, il aura bien mérité de la science. 

Vivier de Saint Martin. 
Le Tour du Monde. 
(A continuer.) 



Jugement erroné de M. Ernest Renan sur les 
langues sauvages. 

(Suite.) 

Afin de n'être pas trop long, passons vite à la page 22 : "On 
" peut dire que 'es langues ariennes, comparées auxlangues sémiti- 
" ques, sont les langues de l'abstraction et de la métaphysique, com- 
" parées à celles du réalisme et de la sensualité." Nous ne croyons 
pas qu'on puisse le dire ; nous pensons, au contraire, qu'il y a 
simi itude parfaite, entre 1er, unes et les auties de ces langues. 
Mais M. Renan qui croit pouvoir le dire, devra dire aussi que les 
langues américaines tiennent à la fois des langues ariennes et des 
langues sémitiques, mais beaucoup plus des premières que des 
secondes. Car, d'un cô'é, elles se font remarquer par leur sou- 
plesse merveilleuse, leurs flexions variées, leurs pattirutts déli- 
cates, leurs mots composés. A îous ces égards, l'algonquin et 
J'iroquois laissent bien loin derrière eux le grec et l'allemand eux- 
mêmes. C'est à peine s'ils leur sont inférieurs pour ce qui regarde 
cet admirable secret de l'inversion qui permet de conserver l'ordre 
naturel des idées suns nuire à la détermination des rapports 
grammaticaux'. D'où il résulte que nos idiomes sauvages peuvent 
lout aussi bien que les langues ariennes, nous transporter tout 

D'ABORD EN PLEIN IDEALISME, ET NOUS FAIRE ENVISAGER LA CREA- 
TION DE LA PAROLE COMME UN FAIT ESSENTIELLEMENT TRANSCEN- 
DENTAL. 

D un autie côté, en parcourant la série des racines américaines, 
nous en trouvons un certain nombre qui sont empruntées à l'imita- 
tion delà nature, avec cette énorme différence, toute à l'avantage 
des idiomes d'Amérique, que les racines sémitiques offrent tou- 
jours, d'après M. Renan, un premier sens matériel appliqué, par 
des transitions plus ou moins immédiates, aux choses intellec- 
tuelles, tandis que les racines américaines, désignant des objets de 
l'ordre métaphysique, n'ont actuellement qu'une seule acception, 
qu'un seul sens, l'acception intellectuelle, le sens psychologique. 
Ainsi quanti il s'agira d'exprimer un sentiment de l'âme, les Amé- 
ricain ne seront pas obligés comme les Sémites, d'avoir recours 
au mouvement organique qui d'ordinaire en est le signe. S'ils 
peuvent exprimer cornmeeu hébreu, l'idée par exemple de colère, 
de plusieurs manières également pittoresques et toutes empruntées 
à des faits physiologiques, ils peuvent aussi exprimer cette idée, 
et plus communément ils l'expriment par un terme auquel il 
serait difficile d'assigner actuellement un premier sens matériel. 

Nous disons, actuellement, car nous sommes entièrement per- 
suadé que dans toutes les langues sans exception, les termes 
métaphysiques originent d'ordinaire de quelque fait physiologique, 
ou sont empruntés à l'imitation de la nature, et, conséqnemment, 
n'ont é'é appliqués aux choses intellectuelles que par des transi- 
tions plus ou moins immédiates. Ici s'applique dans toute sa foice 
le fameux axiome de l'Ecole d'Aristote : nihil est in intellectu 
quod prius non fueiut in sensu. Eh! l'exemple lui-même que 
cite M. Renan, le mot colère n'a-t-il pas une origine sensuelle, ne 
tient-il pas sa raison d'être d'un fait physiologique? 

Voici maintenant de quelle ingénieuse manière notre habile cri- 
tique explique la richesse des langues sauvages " Les linguistes 
"ont été surpris, dit-il, (1) de trouver, dans les langues réputées 
" barbares, une richesse de formes à laquelle atteignent à peine les 
" langues cultivées {dites plutôt : a laquelle sont loin d'attein- 
" dre. . . ) Rien de plus vrai, dès que l'on accorde que cette variété 
"c'est l'indétermination même. Les langues qu'on peut appeler 
"primitives sont riches parce qu'elles sont sans limites. Chaque 
" individu a eu le pouvoir de les traiter presque à sa fantaisie ; mille 
"formes superflues se sont produites, et elles coexistent jusqu'à 
" ce que le discernement grammatical vienne à s'exercer. C'est un 
"arbre d'une végétation puissante, auquel la culture n'a rien re- 
" tranché, et qui étend ses rameaux capricieusement et au hnsard. 
"L'œuvre de la réflexion, loin d'ajouter à cette surabondance, sera 
"toute négative ; elle ne fera que retrancher et fixer. L'élimination 
" s'exercera sur les formes iituti es; les superfétatious seront bannies; 
"la langues sera déterminée, réglée, et, en un sens, appauvrie." 
Voilà certes de belles phra.-es, des termes sonores et à effet ; on 
ne peut s'empêcher d'admirer la brillante imagination de l'écrivain, 

(1) Loc. cit. p. 100. 



son style est magique. Hélas ! quel dommage que la vérité y 
fasse défaut! M. Renan a manqué sa vocation, il était né poète. 
Au lieu de faire de la philologie, nous regrettons qu'il n'ait pa- mis 
en vers français les métamorphoses d'Ovide ou le Talmud de Baby- 
lone. 

Un peu plus loin (p. 136) il ajoute: "Tontes les langues sont 
"riches dans l'ordre d'idées qui leur est familier ; seulement cet 
" ordre d'idées est plus ou moins étendu ou restreint. ... Dans le 
"cercle d'idées où se mouvait l'esprit des Juifs, leur langue était 
" aussi riche qu'aucune antre : car, si les racines hébraïques sont en 
"petit nombre, elles ont l'avantage d'être d'une extiême fécondité... 
"Il semble que les Sémites aient visé à l'économie des radicaux, 
" et aspiré à tirer de chacun d'eux, au moyen de la dérivation, tout 
"ce qu'il pouvait contenir." (Loc. cit. passim.) 

Quant à nous, nous ferons observer que les langues américaines 
sont plus riches en radicaux que les langues sémitiques, et leurs 
radicaux plus féconds. Outre ces deux immenses avantages, les 
langues d'Amérique possèdent au plus haut degré la faculté de 
produire des mots composés. Aussi est-il bien rare qu'elles aient 
recours à des emprunts comme ont fait et font encore tous les jours 
nos langues académiques : elles trouvent abondamment dans leur 
propre fonds tout ce qui est nécessaire à la pensée ; elles ne sont 
pas mendiantes comme les nôtres. 

Enfin, en terminant la première partie de son livre, M. Renan 
compare encore les langues sémitiques avec les langues indo-euro- 
péennes. En dépit de toutes les analogies qu'il constate lui-même, 
en dépit de l'autorité du très-grand nombre des philologues, il veut 
absolument qu'il y ait une différence radicale entre le système 
grammatical des unes et celui des autres. Quant à la partie lexico- 
graphique, il est bien forcé d'admettre que plusieurs racines sont 
communes à ces deux classes de langues ; mais il trouve la raison 
île cette identité soit dans le hasard, soit dans l'onomatopée, soit 
enfin, remarquez bien, dans ['unité psychologique de l'espèce 
humaine ! ! ! 

Il nie positivement qu'on puisse trouver celte identité dans 
l'unité primordiale du langage qu'il traite de ridicule chimère, 
et dont il attribue lacroyauce légendaire au mythe le plus bizarre. 
An reste, cela est tout naturel. Comment, en effet, admettrait-il 
cette unité primitive du langage, lui qui refuse même d'admettre 
l'unité de l'e>pèce humaine. Ecoutons sa profession de foi : " Il 
"ne peut entrer (1) dans la pen-ée de personne de combattre un 
•'dogme que les peuples modernes ont embrassé avec tant d'empres- 
•' sèment, qui est pre-qne le seul article bien arrêté de leur symbole 
"religieux et politique, et qui semble de plus en plus devenir la base 
"des relations humaines sur la suifacedu monde entier ; mais il est 
"évident que cette foi à l'unité religieuse et morale de l'espèce 
"humaine, cette croyance que tous les hommes sont enfants de Dieu 
" et frères, n'a rien à faire avec la question scientifique qui nous 
"occupe ici. Aux époques de symbolisme, on ne pouvait concevoir 
"la fraternité humaine sans supposer un seul couple faisant rayonner 
" d'un seul point le genre humain sur toute la terre ; mais avec le 
"sens élevé que ce dogme a pris de nos jours, une telle hypothèse 
"n'est plus requise. Toutes les religions et toutes les philosophies 
" complètes ont attribué à l'humanité une double origine, l'une ter- 
" restre, l'autre divine. L'origine divine est évidemment unique, en 
"ce sens que toute l'humanité participe, dans des degrés divers, à 
" une même raison et à un même idéal religieux. Quant à l'orL ine 
" terrestre, c'est un problème de physiologie et d'histoire qu'il faut 
" laisser au géologue, au physiologiste, au linguiste, le soin d'exa- 
" miner, et dont la solution n'intéresse que médiocrement le dogme 
"religieux. La science, pour être indépendante, a besoin de n'être 
" gênée par aucun dogme, comme il est essentiel que les croyances 
" morales et religieuses se sentent à l'abri des résultats auxquels 
" la science peut être conduite par ses déductions." 

Nous n'avons pas à relever ici tous les paradoxes et toutes les 
contradictions dont fourmille le livre de M. Renan. Un si vaste 
dessein ne pouvait entrer d ns notre pensée. Nous nous sommes 
proposé uniquement de montrer qu'il a jugé les langues sauvages 
sans connaissance de cause, qu'il a parlé de choses dont il n'avait 
pas la moindre notion. Ou a pu remarquer, par plusieurs passages 
cités, que l'auteur abonde suitout en assertions purement gratu.tes. 
Comment pouvait-il en être autrement ? Est-ce qu'il est possible 
de trouver des preuves à ce qui est faux et inconnu ? Jusqu'ici nous 
nous sommes borné à combattre ses prétendus principes de linguis- 
tique et ses règles de philologie comparée, par le cé'èbre axiome : 
Quod gratis asserilur, gratis negatur. Nous avons nié purement 
et simplement ce qu'il affirmait, affirmé ce qu'il niait. Quelquefois 
aussi, nous lui avons rétorqué ses arguments ou plutôt ses soph ismes. 
Mais, comme Relorquere, non est respondere, et que, d'ailleurs, 

(1) Loc. cit. p. 464. 



JOURNAL DE L INSTRUCTION TUBLIQUE. 



nous ne voudrions pas tomber clans le défaut si justement reproché 
à M. Renan d'affirmer ou de nier sans dire pourquoi. Voici don : les 
preuves de nos propres affirmations, et les raisons que nous avons 
eu de donner si souvent le démenti à notre adversaire. Nous avons 
à venger l'honneur des deux mères-langues de l'Amérique du 
Surd, comme les appelle Chateaubriand. Mais auparavant, nous 
devons faire une remarque qui s'applique en général à toutes les 
langues sauvages. 

Plusieurs personnes et parmi elles, M. Renan, comparent aux 
enfants les peuples aborigènes de l'Amérique. A leur avis, " les 
'• uns et les autres n'ont pas la force de s'écarter de la simplicité de 
M la nature, e: ce défaut de capacité ou d'expérience les oblige à 
"réduire leur langage à un petit nombre de termes qui peuvent pré- 
" semer des idées différentes, se. on l'objet dont on parle." Ces 
termes, ajoute-t-on, sont pour la plupart " monosyllabiques, bien 
" raieraient emploient-ils des dissyllabes, jamais ils ne vont au delà. 
" C'est précisément ce qui a lieu chez les enfants : leurs premiers 
"sons articulés ne sont que des monosyllabes; dès que la parole 
"leur devient familière, ils s'attachent aux dissyllabes; mais ce n'est 
•'qu'à la longue et peu à peu qu'ils apprennent à prononcer les 
"mots composés de plusieurs syllabes." (1; 

Tout cela pourra paraître ingénieux, naturel, vraisemblable ; 
mais néanmoins tout cela offre l'inconvénient très-grave d'être faux, 
en ce qui regarde les sauvages, voire même les enfants sauvages, 
lesquels prononcent dès l'âge de quatre ans, et sans difficulté 
aucune, des polysyllabes qu'auraient peine à égaler les plus longs 
mots de notre langue française. Il est également faux que les 
racines américaines soient en petit nombre ; pour preuve, nous 
renvoyons au dictionnaire iroquois et au dictionnaire algonquin ; 
qu'on confronte l'un et l'autre avec le lexique hébraïque, et on 
verra de quel côté penchera la balance. Quant au prétendu mono- 
syilabisme des idiomes d'Amérique, nous croyons devoir entrer dans 
qne'ques développements. Cette erreur a été malheureusement 
propagée en Europe par les renseignements on ne peut plus 
inexacts de certains soi-disant savants des Etats, maintenant désu- 
nis d'Amérique. Quelques-uns dins des romans, d'autres dans 
des livres sérieux, citant tantôt des échantillons de littérature 
indienne, comme chansons, contes, îécits de chasse ou de guerre, 
eti'.. laiitôl des fragments de traduction de nos Saints Livres, ou 
bien encore de simples phrases dé achées, ou même seulement des 
li.-tes de mots. Or, ces auteurs, n'ayant pas même la première 
teinture des langues dont ils se mêlent de parler, et par conséquent, 
ignorant le plus souvent où commence et où finit le mot qu'ils ont 
à transcrire, ont adopté assez communément une méthode bien 
commode et bien facile, celle de séparer toutes les syllabes sans 
exception, laissant à de plus instruits qu'eux, le soin de rejoindre 
ensuite les syllabes qui n'auiaient pas dû être séparées. Ajoutons 
pourtant que parmi eux, quelques-uns ont pu agir de bonne foi, et 
croire que chaque syl abe formait réellement un mot ; car c'est 
ainsi qu'écrivent ceux d'entre les indiens qui n'ont pas reçu d'in- 
struction. Mais il est une autre erreur à laquelle n'ont nullement 
donné lieu les sauvages, mais bien encore les prétendus linguistes 
d'Amérique, et aussi certains touristes et voyageurs européens. 
C'est l'erreur de ceux qui ont cru que les langues américaines 
étaient des langues d'agglutination (2) D'abord ils ont été frap- 
pés de surprise à la vue île certains mots surtout, d'une longueur 
démesurée. Dans de précédents documents, les mots étaient tous 
divi-és en syllabes : croyant d'après cela au monosyllabisme de la 
langue, ils ne voient dans ces grands et longs mots qu'on leur pré- 
sente maintenant, que de simples aggregations de monosyllabes, 
et sont loin de s'imaginer que plusieurs sont absolument indivisi- 
bles, et même irréductibles à l'oligosyllabisme, qu'ils ne sont nul- 
lement le résultat d'une simple juxtaposition, et qu'en aucun sens 
on ne peut dire qu'ils ont été construits par voie d'agglutination. 

Témoin d'une telle di vergence d'opinions sur la manière d'écrire 
Jes langues il'Amérique, quelques savants, Eichhoff à leur tê'e, ont 
tioivé plus commode de Jes caractériser sous le nom d'idiomes 
vagues, mobiles, bizarres, incohérents. Us ont eu grand tort de 
précipiter leur jugement ; mieux eût valu, pour l'honneur de leur 

(1) Coutumes religieuses des peuples, tom. VII. Dissert, sur les peu- 
ples de l'Amérique. 

(2) La manière inexacte dont trop souvent on a écrit les mots sau- 
vages, a occasionné, an moins dans une certaine mesure, cette dénomi- 
nation i de langues d'agglutination, inventée tout exprès.si je ne me trompe, 
pour distinguer les langues du nouveau continent. Les ministres pro- 
testants ont contribué, pour leur bonne part, à accréditer ce faux système, 
en écrivant par exemple, dans leurs traductions de l'Evangile : Peterdmh, 
JewAuth, accolant ridiculement la particule dac au mot qu'elle accom- 
pagne, mais avec lequel il est tout aussi absurde de la confondre, qu'il 
le serait de dire en lutin d'un seul mot : Petrutvero, Judœiantem. 



réputation, le suspendte prudemment, et se renfermer, jusqu'à plus 
ample inlormation, dans un silence modeste. 

Un écrivain du jour regrette avec raison, que les philologues 
aient reculé lâchement devant les difficultés que présente la lin- 
guistique, au lieu d'essayer à les vaincre, qu'il s'en soit trouvé 
même qui, ne réussissant pas dans leur recherches trop hâtives et 
trop supeificielles, aient imité le renard de LaFontaine, jetant le 
mépris et l'injure à l'objet qu'ils n'ont pu atteindre, ou bien, plus 
souvent encore, qu'i's aient bâti des systèmes plus on moins ingé- 
nieux qui ne servent qu'à découviir leur profonde ignorance sur le 
sujet même de leurs travaux. " Rien pourtant, dit cet écrivain, de 
" plus important pour l'histoire de l'homme que l'étude des langues 
"du nouveau continent. Malheureusement, rien de plus incertain 
"que les données générales sur lesquelles celle étude a reposé jus- 
" qu'ici. Les causes de cette incertitude sont le nombre et la diffi- 
" culte de ces langues. ., le mauvais vouloir des Indigènes, l'incurie 
"des observateurs, l'imperfection des méthodes de transcription, 
" l'esprit de système." (1; Parmi les causes énoncées, il en est de 
véritables, notamment l'esprit de système et l'incurie des observa- 
teurs. D'autres ne le sont pas, comme le nombre et la difficulté 
des langues. Elles étaient bien plus nombreuses il y a deux siècles, 
et la difficulté qu'elles offraient était bien autrement considérable 
au temps des Biard, des Brébeuf et des Lejeune. (2) Ces illustres 
missionnaires et tant d'autres n'étaient pas dans des conditions 
aussi avantageuses que le sont ceux qui veulent aujourd'hui étudier 
les langues d'Amérique. Ce furent eux qui tracèrent la route, et 
qui dirait tout ce qu'il leur en coûta d'efforts et de sacrifices? Le 
mauvais vouloir des indigènes ! oh ! oui, ils eurent souvent occasion 
de l'éprouver ; mais aidés du secours de Dieu, dont ils étaient les 
fidèles ministres et dont ils cherchaient uniquement la gloire, ils 
triomphèrent de cet obstacle aussi bien que de tous les autres. 

Quant aux méthodes de transcription, nous ne voyons pas de 
quel avantage peuvent être les signes nouveaux qu'introduisit, il 
y a quelques années, M. Haie pour les langues de l'Amérique du 
Nord ; au contraire, nous concevons très-bien que son innovation 
n'ait pas été goûtée, et que la Société ethnographique américaine 
ait publié le vocabulaire de ce philologue en y transcrivant en 
lettres latines des sons que ces caractères déjà connus peuvent 
tout aussi bien représenter que le pouvaient faire d'autres carac- 
tères également arbitraires et de fraîche invention. Dira-t-on que 
les Polonais ont eu tort d'adopter pour leur langue l'alphabet 
latin ? Cet alphabet ne leur suffit-il pas, et même, dirons-nous, ne 
vaut-il pas mieux que l'alphabet si bizarrement hétérogène que se 
sont fabriqué les Russes? A quoi bon encore vouloir faire usage 
des lettres hébraïques, comme en a eu l'idée, dans ces derniers 
temps, un nouveau venu d'Italie ? Singulier moyen pour simplifier 
la lecture et l'écriture, faciliter la prononciation et diminuer les 
difficultés ! Un autre a inventé, à la Baie d'Hudson, un système 
d'écriture qui est capable, à lui seul, de faire des livres Cris ou 
Mackegons autant de livres à jamais scellés pour les philologues, 
et ces langues de l'extrême Nord pourront périr avant que les lin- 
guistes d'Europe en sachent le premier mot. 

Pourquoi donc ne pas se servir de nos caractères ? Us suffisent 
abondamment à bien représenter tous les sons américains, si Lien 
qu'il n'est même pas besoin du secours d'un maître, ce qui, certes, 
n'a pas lieu pour nos langues d'Europe, témoins, entre autres, le ch 
des Allemands, la jota et la zêta des Espagnols, le th des Anglais, 
et, à l'égard des étrangers, notre m et notre _;' français II seiait 
facile, par des expériences, de démontrer que ce que nous venons 
d'avancer n'est point un paradoxe. Mais, sans avoir besoin de 
recourir à ce moyen, on aura garde de nous accuser d'exagération 
et de charlatanisme, quand on aura jeté les yeux sur les règles si 
simples de la prononciation des deux langues dont nous parlons. 

Il faut 18, ni plus ni moins, de nos caractères pour peindre tous 
les sons algonquins ; 12 suffisent pour représenter ceux de la langue 
iroquoise. 

1ère R. gén. Dans l'une et l'autre langue, toutes les lettres se 
font sentir dans la prononciation, c'est-à-dire qu'il n'y a jamais de 
lettres quiescentes, chose si fréquente dans d'autres langues. 

2de R. gén. Les lettres conservent la même valeur dans tous 
les cas ; leur prononciation n'est pas flottante et indécise comme 
il arrive si souvent en anglais, par exemple, et en français. 

Voici l'alphabet algonquin: a b c d e g h i j km. n o p s t w z. 

On prononce comme en français, sauf les exceptions suivantes: 
C se prononce à l'italienne, c'est-à-dire comme cil français ou sh 
anglais. N, à la fin d'un mot, n'est pas nasal comme en fiançais ; 



(1) Enrycl. du XIXe siècle, t. 26, p. 500. 

(2) Voy. les Relations des Jésuites, missionnaire» dans la Nouvelle- 
France. 



JOURNAL DE L'INSTRUCTION PUBLIQUE. 



mais se prononce comme en latin ; au contraire, il est nasal à la 
fin d'une syllabe qui ne termine pas le mot. 

G, s, t, d'après la 2de règle générale, gardent toujours leur son 
propre, comme en grec et en hébreu, et jamais ne s'adoucissent 
comme en français. 

La langue algonquine n'a pas les sons de/, /. r, v. Voila, avec 
I'm français, tout ce qu'il lui manque. Elle a toutes nos chuintantes, 
notamment, ce reiioutable j français, l'écueil de nos voisins soit 
d'outre-Manche, soit d'outre-Rhin, d'au delà des Alpes comme 
d'au delà des Pyrénées. Le w a la même valeur qu'en anglais ; 
comme dans cette langue, il est tantôt voyelle, et tantôt consonne. 
On ne fait aucun usage du q et de l'x, lettres complètement mu- 
tiles et que l'académie espagnole a eu, ce nous semble, grande- 
ment raison de ietrancher de l'alphabet castillan. Pour la même 
raison, nous avons supprimé l'i grec. _ 

Les 12 lettres de l'alphabet iroquois sont : a efh i k no r s t w. 

En Iroquois aussi bien qu'en Algonquin, e a toujours le son de 
l'e lermé. L'n, à la fin soit d'un mot soit d'une syllabe est tou- 
jours nasal ; pour l'empêcher de l'être, on le double. 

Avec ces seules explications, M. Renan sera en état de lire et 
de prononcer l'iroquois et l'algonquin de manière à être parfaite- 
ment compris des Sauvages. Seulement nous aurons soin de mar- 
quer les longues et les brèves, comme on l'a fait clans l'Epitome 
de Lhomond° en faveur des enfants qui commencent à étudier le 
latin. Dans le même but, nous indiquerons la séparation des syl- 
labes, ainsi qu'on le voit pratiqué communément dans les abécé- 
daires. 

Pour premier exercice de lecture à offrir à M. Renan, nous ne 
pouvons choisir rien de mieux, à tous les points de vue, que l'admi- 
rable prière enseignée à tous les hommes par celui qui est venu 
les sauver tous. M. Renan connaît très-certainement cette prière; 
peut-être même l'a-t-il mentionnée, hélas ! pour la profaner, dans 
son roman sacrilège. Quoiqu'il en soit, la voici sous deux formes 
qui lui sont également inconnues. Qu'il veuille bien faire atten- 
tion à la quantité; les syllabes non marquées sont communes, 
c'est-à-dire ni longues ni brèves ; les diphtongues sont indiquées 
par ce trait : ~ 

ORAISON DOMINICALE 



EDUCATION 



EN ALOONQUIN : 

8ê-ni-djâ-ni-si-mï-Tang 8â-k8ing 
ë-pï-ân, kë-ko-na kï-tci-t8a-8i-dji- 
kâ-tek kit ï-ji-ni-kâ-zô-8ïn, kë-kô- 
na pitc-ï-jû-mâ-gak ki tï-bë-nin- 
gê-8ïn, kë-kô-na ï-ji-pâ-pà-mï-tà- 
gôn à-king ên-gi 8â-k8ing. Ni 
pa-k8ë-jï-gâ-nï-mï-nan nê-nin-go- 
ki-jik ë-ji ma-në-si-iâng mï-ji-ci. 
nam nôn-gom ôn-gâ-jï-gâk. Ga- 
ie ï-ji 8â-nï-sï-ta-mâ-8i-ci-nani ï- 
nï-kik nëc-kï-hï-nang ë-ji 8â-nï- 
sï-ta-ma-8ân-gitc â-8ï-ia ka nïc- 

kï-hïa-mïn-djin. Gra-ie kâ-8in pâ- 
kï-të-nï-mï-cï-kan-gen8à pa-cï- 
8ï-nï-gô-ian-giu ; a-tcitc ï-nï-na- 
mâ-8i-ci-nam nia-ia-nâ-tak. 



EN IROQUOIS : 

Tâ-k8â-ien-ha ne ka-ron-hiâ- 
ke te-sï-të-ron, a-ie-sa-sên-nà-ien, 
a-ie-sa-8ën-ni-iô-stii-ke, a-ie-sa- 
8ën-nâ-ra-k8a-ke non-8ën-tsia-ke 
tsï-nï-iôt ne ka-ron-hû-ke tie-sa- 
8ën-nâ-râ-k8a. Tâ-k8a-nont ne 
kën-8ën-te îa-kionn-hë-kon ma- 
te-8ôn-nï-së-râ-ke ; sa-sâ-nï-kônr- 
hen mon-k8a-ri-8à-në-ren, tsï-nï- 
îot n'i-ï tsion-k8â-nï-kônr-hens. 
O-thë-non îon-kï-uï-kôn-râ-ksa- 
ton n'ôu-k8e ; tô-sa a-ion-k8â- 
sën-ni ne kà-ri-8â-në-ren, â-k8ë- 
kon ë-ren sâ-8it n'iotàk-sens. 



N. 0. 



(/l contiuuer.) 



»e l'enseignement de la lecture. 

(Suite.) 
II. — Etude des mots et connaissance du langage. 

L'écriture ou l'impression est la représentation du lan- 
gage. Lire est donc parler un langage écrit. Mais pour 
parler une langue, il faut la savoir ; de même, pour bien lire 
une langue, il faut la connaître. 

Cette dernière proposition est si vraie que les personnes 
les plus intelligentes et les plus exercées à la lecture hési- 
tent lorsqu'elles ont à lire une langue qu'elles ne connais- 
sent pas : chacun de nous a pu en faire la remarque. En 
effet, que dans le cours d'une lecture il nous arrive de ren- 
contrer des noms étrangers ou des mots d'une langue que 
nous ignorons, à l'instant nous sommes arrêtés, parce que 
nous ne voyons plus aussi rapidement comment on peut 
décomposer le mot pour grouper en syllabes les lettres dont 
il se compose. 

Or les enfants qui apprennent à lire sont dans le cas d'une 
personne qui lit un livre dans une langue étrangère. Comme 
ils ne connaissent encore qu'une faible partie des mots de 
leur langue maternelle, un très-grand nombre de ceux qu'ils 
rencontrent dans la lecture sont pour eux comme des mots 
d'une langue inconnue. 

Voilà ce qu'où semble méconnaître en général, et il en 
résulte des conséquences très-importantes. 

Et d'abord, c est la raison pourquoi il est d'autant plus 
difficile d'enseigner à lire que les enfants sont plus jeunes. 
A mesure qu'ils avancent en âge, leur connaissance de la 
langue maternelle augmente; mais, en général, pendant 
les premières années, le vocabulaire des enfants est exces- 
sivement restreint. A égalité de méthode, plus ils sont jeu- 
nes, plus on a de difficulté à leur apprendre à lire. Si, dans 
les familles aisées, on réussit promptement avec de très- 
jeunes enfants, c'est qu'à égalité d âge, ceux des classes 
aisées sont bien plus avancés que ceux des classes labo- 
rieuses. Il ne faut pas en conclure que cette différence 
tienne à une supériorité de nature qui serait le privilège de 
la richesse ; elle provient seulement de ce que, dans les 
classes aisées, les enfants sont sans cesse entourés de per- 
sonnes qui les initient à la connaissance du langage, et 
développent leur intelligence en leur parlant et les faisant 
parler, tandis que, dans les classes laborieuses, les enfants, 
abandonnés à eux-mêmes pendant la plus grande partie du 
jour, restent sans culture et sans moyen d'apprendre leur 
langue. 

De là vient qu'au même âge, les enfants des classes ai- 
sées ont plus d'idées ; ils savent surtout mieux les expri- 
mer, parce que leur vocabulaire est beaucoup plus étendu. 
A force de parler et d'entendre parler, leur langage est plus 
riche en mots et en expressions de toutes sortes ; ils em- 
ploient des tournures infiniment plus variées. Les autres, 
au contraire, sont arrêtés à chaque instant par les mots en 
apparence les plus usuels aux yeux de ceux qui écrivent 
pour la jeunesse ; les tournures les plut simples les embar- 
rassent parce qu'ils ne sont pas habitués à les entendre, et 
encore moins a les employer. Les expressions figurées, qui 
reviennent à chaque instant dans le langage écrit, sont en 
effet peu compréhensibles pour de jeunes êtres qui ne sont 
guère accoutumés encore qu'à exprimer des sensations ou 
des besoins physiques. 

Aussi remarque-t-on que presque tous les essais que les 
auteurs de méthodes ont faits, en dehors des écoles, sur leurs 
propres enfants ou sur des enfants d'amis, ont toujours été 
peu concluants ; rarement ils ont été sanctionnés par la pra- 
tique. C'est que les enfants sur lesquels on expérimente, 



JOURNAL DE L'INSTRUCTION PUBLIQUE. 



appartenant en général à des familles instruites, sont ton- 1 
jours plus avances que la masse. 

Quoi qu'il en soit des considérations précédentes, il est un 
fait qui a passé trop inaperçu, ou du moms auquel on n'a 
pas accordé toute l'attention qu'il mérite : c'est que l'éten- 
due des idées d'une part, et la connaissance du langage de 
l'autre, facilitent singulièrement la lecture. C'est ce dont 
on a pourtant la preuve quand les enfants lisent un livre 
très-aisé ou lorsqu'ils en connaissent déjà le sujet : chacun 
sait qu'ils lisent alors avec infiniment plus de facilité. Amis 
précisément alors on voit nu inconvénient dans ce qui nous 
semble à beaucoup d'égards un avantage. 

L'objection que l'on fait au sujet des livres de lecture, 
lorsque les enfants les ont déjà lus, est trop générale et 
poussée trop loin. — Quand les enfants connaissent un livre, 
dit on, ils n'apprennent plus ; ils lisent trop aisément, trop 
vite. Qu'est-ce à dire par là, sinon que, dans ce cas, les élè- 
ves lisent comme nous, sans être arrêtés dans le déchiffre- 
ment des mots par la distinction des lettres ou la division 
des syllabes. 

Que faisons-nous, en effet, quand nous lisons? Nous ne 
voyons pour ainsi dire plus de lettres ni de syllabes, ou du 
moins elles [tassent si rapidement devant nosyeux que nous 
ne voyons que des mots et des membres de phrases. Nous 
sommes entraînés par notre connaissance du langage, par 
l'habitude d'entendre des expressions et des tournures et 
de nous en servir, et enfin par une notion plus ou moins 
cl ire du sujet. Nous ne déchiffrons plus des mots, et en- 
core moins des syllabes; nous devinons. 

Eh bien, quand un enfuit lit un livre qu'il connaît, il se 
trouve relativement à ce livre à peu près dans le même état 
que nous quand nous lisons. S'il en était de même de tous 
les livres qu'on lui met entre les mains, il lirait presque 
comme nous. La lecture d'un livre déjà lu a donc l'avan- 
tage de l'habituer à ce déchiffrement rapide, à ce groupe- 
ment instantané des lettres en syllabes qui constitue la 
lecture. 

Il ne faut pourtant rien exagérer. Si un élève ne lisait 
qu'un livre, il finirait parle savoir réellement par cœur: 
dès lors il ne lirait plus, il réciterait. La lecture est beau- 
coup plus qu'on ne croit une affaire d'habitude. A force de 
voir les mots, on les reconnaît à leur longueur, à leur as- 
pect général, et on les lit sans hésitation. C'est ainsi que 
nous lisons rapidement tous les mots d'une langue que nous 
connaissons bien, et que nous sommes toujours plus ou 
moins arrêtés par ceux qui ont un caractère d'étrangeté. 

L'un autre côté, si on lit toujours les mêmes mots, l'œil 
ne s'habituera qu à ceux-là, et ne connaîtra qu'eux ; il en 
sera de même pour les expressions et les tournures. Dans 
un même livre on ne peut pas rencontrer toutes celles que 
comprend la langue ; aussi, lorsqu'elles se présenteront aux 
yeux, il faudra faire une décomposition plus ou moins ra- 
pide dis locutions en mots, et peut-être des mots en sylla- 
bes. En effet, tout n'est point dans tout, quoi qu'en ait pu 
dire l'auteur d'une célèbre méthode, et le meilleur livre de 
lecture ne saurait jamais comprendre qu'une bien petite 
partie des mots et des expressions de la langue. Il est donc 
indispensable de faire lire aux enfants différents livres et 
des livres de diverses espèces, afin de leur faire passer sous 
les yeux beaucoup de mots ainsi que des expressions et des 
tournures de toutes sortes. 

Mais ce n'est pas assez d'habituer les yeux à ces expres- 
sions et à ces mots, il faut encore y habituer l'esprit: or 
c'est par le langage qu'on y parvient. L'étude de la lec- 
ture serait en effet singulièrement facilitée si, lorsqu'on les 
y met, les enfants y étaient mieux préparés par leur âge et 
leur habitude de la langue, ou si du moins on étendait leurs 
idées et leur connaissance du langage en leur parlant et en 
les faisant parler. Il faut bien se garder de croire que ce 
soit là un temps perdu. L'expérience démontre que, si, sur 



un temps donné que l'on consacre à l'instruction déjeunes 
enfants, on en emploie une partie seulement à leur ensei- 
gner à lire, et l'autre partie à développer leur intelligence 
et à meubler leur esprit de mots et d'idées, on arrivera au 
moins aussitôt à leur apprendre à lire que si tous le temps 
eût été affecté à la lecture. On y parvient d'ailleurs avec 
bien moins d'ennui et beaucoup plusde profit pour l'enfant. ; 
car, tandis qu'il apprenait à lire, son intelligence s'est dé- 
veloppée et ses idées se sont étendues. 

Mais, quelque connaissance de la langue que les enfants 
puissent avoir, cette connaissance est toujours limitée par 
leur âge. De là l'importance du choix des premiers livres 
de lecture. Dans ce choix il faut surtout avoir en vue deux 
choses, la simplicité du sujet et la simplicité du langage. 

Les sujets traités dans les livres élémentaires de lecture 
doivent être très-simples, afin d être toujours à la portée des 
enfants. A cet égard, on remarque que les sujets moraux 
sont d'une lecture bien plus facile que les sujets instructifs 
proprement dits. Ils offrent, il est vrai, une moins grande 
variété de mots; mais c'est précisément pour cette raison 
qu'ils conviennent mieux pour le commencement, parce 
qu'ils offrent beaucoup moins de difficultés. 

Du reste un livre n'est pas aisé seulement par le choix 
des sujets, il l'est encore par la simplicité du langage. Un 
sujet très-simp'e, par exemple, cessera de l'être s'il est traité 
dans un langage peu accessible aux enfants. C'est ce qui 
aura lieu s'il est hérissé de mots et de tournures choisis en 
dehors de leur vocabulaire habituel. Il y a cependant à 
craindre dans ce cas un écueil que ne savent pas toujours 
éviter ceux qui écrivent pour l'enfance: en cherchant la 
simplicité, ils tombent parfois dans la fadeur et "la niaise- 
rie ; en fuyant la recherche dans le siyle, ils tombent dans 
la trivialité. C'est là un double excès qui rend si difficile 
d'écrire pour les enfants ; c'est pourquoi aussi le choix à 
faire entre les premiers livres de lecture est jusqu'à ce jour 
si limité. 

Il importe donc dans ce choix de consulter à la fois l'âge 
des enfants, le développement de leur intelligence et le 
milieu dans lequel ils ont vécu jusqu'à ce jour. On com- 
prend d'ailleurs sans qu'il soit besoin de le dire qu'avec les 
mêmes enfants, on fera choix de livres graduellement plus 
difficiles par le sujet et par le style, à mesure qu'ils seront 
plus familiarisés avec les difficul'és mécaniques de la lec- 
ture. Mais, pour hâter ce moment, il est utile de joindre à 
la lecture proprement dite l'étude des mots et du langage. 
— Journal des Instituteurs de Paris. — (A Continuer.') 



Singulières propriétés du nosobre neuf. 

(Lu, par M. "l'Inspecteur Juneau, à la Conférence des instituteurs de 
l'école normale Laval. 

Si l'on additionne chacun des chiffres, dans leur ordre naturel, 
avec chacun de ces mêmes chiffres dans l'ordre renversé, on aura 
pour produit le nombre neuf. Ainsi : 

0123456789 
9876543210 

9999999999 
Si l'on multiplie le nombre neuf par 2, par 3, par 4, par 5, 
par 6, par 7, par 8, par 9, etc., etc., on trouvera que les chiffres 
composant le produit de chacune de ces multiplications, addi- 
tionnés ensemble, donnent neuf ou un multiple de neuf. Ainsi : 

2 fois 9 font 18 1 et 8 font 9 

3 <! 9 " 27 2 et 7 " 9 

4 " 9 " 36 3 et 6 " 9 

5 " 9 " 45 4 et 5 " 9 

6 " 9 « 54 5 et 4 « 9 

7 « 9 " 63 6 et 3 " 9 

8 " 9 " 72 7 et 2 " 9 

9 « 9 " 81 8 et 1 " 9 



JOURNAL DE L'INSTRUCTION PUBLIQUE. 



On peut prolonger à l'infini ces multiplications et ces additions, 
et l'on trouvera toujours que les chiffres des produits, additionnés 
entre eux, donneront neuf ou un multiple de neuf, ainsi : 

12x9 = 108 ou 1 plus plus 8 font 9, 

13 x 9 = 117 ou 1 plus 1 plus 7 font 9, 

14 x 9 = 126 ou 1 plus 2 plus 6 font 9, etc. , propriété dont 
jouit seul le chiffre neuf. 

Pour connaître si un nombre peut être divisé exactement par 
neuf, on cherche la somme des chiffres qui l'expriment, si elle est 
neuf ou un multiple de neuf, on peut être assuré que le nombre 
est divisible par neuf, et par conséquent par 3, par 18, et par 6, 
s'il est pair; par 45, et par conséquent par 15, s'il est terminé 
par 5, et par 36, s'il est en outre divisible par 4, etc. Ainsi : 

576 multiple de 9 ; 5 + 7 + 6 = 18, ou 2 x 9 = 18, ou 1 + 8 = 9. 

Le nombre 576 sera divisible par 9, par 3, par 18, et par 36. 

Le nombre 405, autre multiple de neuf, 4 + + 5 = 9, sera 
divisible par 9, par 45 et par 15. 

Les chiffres qui expriment un nombre quelconque étant trans- 
posés de telle manière que l'on voudra, et les différents nombres 
qui en résultent étant comparés deux à deux, leur différence sera 
toujours neuf, ou un multiple de neuf. Ainsi : 

642—624= 18 ou 1 + 8 =9 ou 2 x 9= 18 

264—246= 18 ou 1 + 8 =9 ou 2 x 9= 18 

462—426= 36 ou 3 + 6 -.9 ou 4 x 9= 36 

624—462 = 162 ou 1 + 6 + 2 = 9 ou 9 x 18 = 162, etc., etc. 

Il en sera de même en changeant l'ordre de deux chiffres qui 
expriment un nombre, car la différence entre ces deux nombres 
changés d'ordre, sera toujours neuf ou un multiple de neuf; si 
l'on prend, par exemple, le nombre 21 et que l'on change de place 
ces deux chiffres, on aura 12, la différence qui existe entre 12 et 
21 sera 9 ; de 52 on fait 25, la différence entre ces deux nombres 
sera 27, ou 2 plus 7 = 9, ou 3 x 9 = 27. Le nombre 13 renversé 
nous offre 31, la différence entre ces deux nombres est 18, ou 1 + 

8 = 9, ou 2x9 = 18, etc. 

Bien plus, cette propriété, qui se voit entre deux nombres ainsi 
changés, se retrouve encore entre les puissances quelconques de 
ces mêmes nombres : si l'on prend pour exemple 12 et 21 ; le 
carré de 12 sera de 144, ou 1 +4 + 4 = 9, et celui de 21 de 441, 
ou 4 + 4 + 1 = 9; leur différence sera de 297, multiple de 9, ou 
2 + 9 + 7 = 18, ou 2 x 9 = 18, ou 1 + 8 = 9. 

Si l'on passe au cube : on voit que le cube de 21 est 9261, ou 

9 + 2 + 6 + 1 = 18, ou 2 x 9, ou 1 + 8 = 9 ; celui de 12 est 1728, 
ou 1 + 7 + 2 + 8 = 18, ou 2x9, ou 1 + 8 = 9; leur différence 
7533, est un multiple de neuf, ou 7 + 5 + 3 + 3 = 18, ou 2 x 9, ou 
1 + 8 = 9. 

Le nombre 37 multiplié par 3, ou un multiple de 3 jusqu'à 27, 
ou 2 + 7 = 9, a la propriété de donner toujours pour produit trois 
chiffres absolument semblables, ainsi : — 

37 multiplié par 3 donne 111 



37 


(i 


6 


« 


222 


37 


« 


9 


a 


333 


37 


a 


12 


a 


444 


37 


<( 


15 


il 


555 


37 


(i 


18 


if 


666 


37 


<< 


21 


ii 


777 


37 


a 


24 


ii 


888 


37 


a 


27 


ii 


999 

F. E. JUNEATJ. 




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Exercices pour les Elèves des Ecoles. 

PROBLÈME DE GÉOMÉTRIE. 

Une boule en bois, dont la densité est de 0,659, est jetée à 
l'eau et s'y enfonce en partie. La hauteur de la partie de la boule 
qui est en dehors de l'eau a 3,125 pouces. Trouvez, en pouces, 
le rayon de la boule. 



PROBLEME D'ARITHMÉTIQUE. 

Une personne achète, pour revendre ensuite, 25 douzaines 
d'œufs à 10 sous la douz. et 25 douzaines à 12 sous; 435 livres 
de beurre à 12 centins, et 324 à 13£ centins, et 27 couples de 
poulets à 2s. 4d. Elle donne $4.45 pour le transport, et perd 2£ 
douz. d'œufs de 10 sous et 3£ douz. d'œufs de 12 sous. Trouvez 
le profit net que fait cette personne, en revendant tout ce qui lui 
reste à 15 pour cent de plus qu'elle n'a payé. 



AVIS OFFICIELS. 




LIVRES APPROUVÉS PAR LE CONSEIL DE L'INSTRUCTION PUBLIQUE. 

Le Conseil de l'Instruction Publique du Bas-Canada, à sa réunion du 
10 de novembre dernier, a approuvé les livres dont suivent les titres 
Celte approbation a été confirmée par Son Excellence, le Gouverneu 
Général, par minute en Conseil du 5 de décembre dernier. 

(Sur le rapport du comité des livres.) 

lo. Dictionnaiie Classique de Bénard, édition de 1863. 
2o. Réponses aux programmes de pédagogie et d'agriculture, nouvelle 
édition, en fiançais et en anglais, par M. Jeau L.ingevin, piètre. 

{Sur le rapport des membres catholiques du même comité.) 

3o. The Metropolitan Illustrated Speller; édition de 1861. D. et J. 
Sadlier et Cie., éditeurs. 

4o. The Metropolitan Speller and Pictorial Definer, with relative and 
associated words; édition de 1860. Mêmes éditeurs. 

5o. The Metropolitan First Reader, in prose and verse; édition de 
1860. Mêmes éditeurs. 

6o. The Metropolitan Second Reader, in prose and verse : édition de 
1860. Mêmes éditeurs. 

lo. The Metropolitan Third Reader, in prose and verse; édition de 
1801. Mêmes éditeurs. 

8o. The Metropolitan Fourth Reader, compiled for the use of colleges, 
academies and the higher classes of select and parish schools ; édition 
de 1861. Mêmes éditeurs. 

Ce dernier livre, (Fourth Reader,) n'a été approuvé que sous la réserve 
de certains changements indiqués. 

LOUIS GlAED, 

Secrétaire- Archiviste. 
NOMINATIONS. 

EXAMINATEUR. 

Il a plu à Son Excellence, le Gouverneur Général, par minute en con- 
seil du 15 de décembre dernier, de nommer Sévère Dumoulin, Eeuyer, 
membre du Bureau des Examinateurs de Trois-Rivières, en remplace- 
ment de John Whiteford, Eeuyer, absent. 

COMMISSAIRES D'ÉCOLE. 

Son Excellence, le Gouverneur Général, a bien voulu, par minute en 
conseil du 15 de décembre dernier, approuver les nominations suivantes 
savoir : 

Comté de Charlevoix. — Petite-Rivière: MM. Ismaël Lavoie, Téles- 
phore Lavoie, Léon Lavoie, François Simard et Elzéar Tremblay. 

Comté de 1 Outaouais. — Hull : M. John Ferris. 

Comté de Richelieu. — Paroisse de Sorel : M. Augustin Lavallée. 

Comté de Térui3couata. — St. George de Cacouna: M. Célestin Sain- 
don. 

Comté de St. Maurice. — St. Etienne :' Jean-Baptiste Beauchemin, 
Eeuyer. 

syndics d'écoles dissidentes. 

Son Excellence, le Gouverneur Général, a bien voulu, par minute en 
conseil du 15 de décembre dernier, approuver les nominations suivantes ; 
savoir : 

Comté de Napierville. — St. Michel-Archange: MM. David Forrester, 
William Forrester et John Forrei'.er. 

Comté des Deux-Montagnes. — St. Joseph : MM. Robert Walker, James 
Walker et Hugh McCole. 



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JOURNAL DE L'INSTRUCTION PUBLIQUE. 



DIPLÔMES ACCORDÉS PAR L'ÉCOLE NORMALE LAVAL, DEPUIS LE MOIS DE 
JUILLET DERNIER. 

Pour écoles modèles, F. et A.— MM. Pierre Giroux et Elzéar Octave 
Ouellet. 

Pour écoles élémentaires, F. et A. — Melle. Caroline Dufresne. 

BUREAU DES EXAMINATEURS CATHOLIQUES DE MONTRÉAL. 

Diplôme d'écoles élémentaires de 2ème classe, F. : Melle. Marie Rose 
Marier. 

Oct. le 4 août, 1863. 

Diplôme d'écoles élémentaires de 1ère classe, F. : M.Louis Napoléon 
Ledoux. 
Oct. le 6 août, 1863. 

F. X. Valade. 
Secrétaire. 

BUREAU DES EXAMINATEURS PROTESTANTS DE MONTREAL. 

Diplômes d'académies de 1ère classe, A.: MU. John J. Maclaren et J. 
0. Edward Rob?rts. 

Diplômes d'écoles modèles, 1ère classe, A.: MM. William Cairns, 
James McGrrgor. John Ko' lit et Isaac W. Wallace. 

2ème classe, A. : If. Andrew J. Kay. 

Diplômes d'écoles élémentaires, 1ère classe, F.: M. Edouard Roy. 

1ère classe, A.: .M.M.James Crothers, John Long, Melles. Margaret 
Croihers et Martha McMartin. 

2ème classe, A. : M Thomas Burton, Melles. Sarah Ann Brown, Ca- 
tharine C. Clarke, Marion R. Dalgleish, Sarah Dalgleisb, Ann Gibson, 
Eiiza Holland, Jessie Home, Mary Ann McGarrie, Ann McLean et Isa- 
bella Mathieion. 

Oct. le 1 nov. 1863, (séance ajournée). 

T. A. Gibson, 

Seciétaire 

BUREAU DES EXAMINATEURS DE KAMOURASKA. 

Diplômes d'écoles élémentaires, 1ère classe, F., et 2ème classe, A. : 
Melle Justine G 'gnon. 

2éme classe, F. : Melles Marie Justine Letellier et Célarine St. Onge. 



Oct. le 3 nov., 1863. 



P. Dumais, 
Secrétaire. 



BUREAU DE3 EXAMINATEURS CATHOLIQUES DE QUEBEC. 

Diplômes d'écoles élémentaires, 2ème classe, F. : M. Edmond Bernard 
et Melle. Marie Célina Canac dit Marquis. 
2ème dusse, A. : Melle Mary Ann Fahey. 
Oct. le 1er déc, 1863, (séance ajournée). 

N. Laçasse, 

Secrétaire. 

BUREAU DES EXAMINATEURS DE P0NTIA0. 

Diplômes d'écoles élémentaires, 1ère classe, A. : MM. Archibald Car- 
son et Joseph Totton. 

2eme classe, A. : MM. Charles Campbell, Thomas Donaldson et George 
Hodgins. 

Oct. le 17 nov., 1863, (séance ajournée). 

OVIDE LeBLANC, 

Secrétaire. 

DON OFFERT A LA BIBLIOTHÈQUE DU DÉPARTEMENT. 

M. le Surintendant accuse avec reconnaissance réception de l'ouvrage 
suivant : 

De MM. Dawson frères, Montréal : " A Practical Grammar of the 
French Language," par William J. Knapp, A. M., 1 vol. 

AVIS AUX ASPIRANTS A L'ENSEIGNEMENT. 

Le Bureau de3 Examinateurs catholiques de Montréal tiendra sa 
séance trimestrielle le premier mardi de février prochain, à la Salle St. 
Michel, Ecole des Frères, rue Vitrée, à 9 heures A. M. 

Les aspirants à un diplôme devront se pourvoir de tons les documents 
requis, tela qu'extraits de baptême, certificats de moralité, et le tout 
conforme aux règlements du Coi.seil de l'Instruction Publique. 



Par ordre, 



F. X. Valadb. 
Secrétaire. 



JOURNAL DE L'INSTRUCTION PUBLIQUE 



MONTRÉAL, (BAS-CANADA,) JANVIER, 1864. 



Enseignement Agricole. 

La mesure adoptée par la Chambre d'Agriculture du Bas- 
Canada et dont nous empruntons l'exposé à la Gazette des 
Campagnes, est certainement, après l'établissement des 
écoles de Ste. Anne et de Sle. Thérèse, le pas le plus déci- 
sif que le pays ait fait dans la voie de l'enseignement agri- 
cole. Les écoles d'agriculture ne se soutiennent qu'au 
moyen de bourses accordées aux élèves; et la célèbre école 
de Giignon, elle-même, n'a guère d'autres élèves que les 
boursiers et les étrangers venus de toutes les parties de 
l'Europe et de l'Amérique. 

La Chambre s'occupe, en outre, de préparer des program- 
mes pour l'examen des professeurs d'agriculture, et l'Exé- 
cutif a pris pour règle de n'accorder de subvention qu'aux 
écoles d'agriculture dont les professeurs auront obtenu un 
certificat de capacité. 

Nous attirons particulièrement l'attention des autorités 
scolaires et des instituteurs sur les détails qui suivent. L'er- 
reur qui avait eu lieu au sujet du nombre des districts judi- 
ciaires a été réparée dans la dernière séance de la Chambre, 
et le nombre des bourses a été porté à vingt, dix pour 
chaque école. 

" Depuis l'ouverture des écoles d'agriculture, tous ceux 
qui voulaient y entrer étaient abandonnés à leurs propres 
ressources. C'était d'abord une lutte en forme à soutenir 
contre plusieurs parents, beaucoup d'amis et tous les voisins. 
Mais cet obstacle renversé, il en restait un autre non moins 
sérieux, les frais de la pension et ceux de l'enseignement. 
La Chambre d'Agriculture vient de lever en partie cette 
difficulté. 

" Dans une assemblée, tenue à Montréal le 16 décembre, 
elle a affecté une somme de $950 à la création de dix-neuf 
bourses de $50 chacune, une par chaque district judiciaire, 
en faveur des jeunes gens qui se sentiront disposés à profiter 
des bienfaits de renseignement agricole, pour se faire une 
position comme cultivateurs. Dix sont distribués à l'école 
Ste. Anne, neuf à celle de Ste. Thérèse. 

" Les élèves choisiront l'école qu ils voudront. 

" Le choix des prétendants à ces bourses est laissé aux 
piésidents des sociétés d'agriculture de chaque district. Si, 
d'ici au 15 mai prochain, les Présidents n'ont fait connaître 
leur choix à la Chambre d'Agriculture, celle-ci nommera 
elle-même les élèves boursiers, avant le 1er juillet. 

" Ainsi, il n'y a pas de temps à perdre pour ceux qui 
désirent profiter des avantages offerts par la Chambre. 
Chacun doit s'adresser au président de la société d'agri- 
culture de son comté, faisant connaître son âge, son degré 
d'instruction et surtout justifier des moyens de se livrer à 
la culture de la terre, après la sortie de l'école, soit pour 
son propre compte, soit pour le compte d'un autre qui lui 
assurerait d'avance une ferme bien montée. 

" Sans l'effet immédiat de l'exemple d'une culture rai- 
sonnée, l'enseignement reçu serait un coup manqué. 

" La chambre d'agriculture n'a encore rien réglé quant 
aux conditions à exiger des aspirants. Elle a pensé sans 
doute que, pour le moment, il suffisait de s'en tenir aux 
conditions d'admission du programme de chaque école. 
Pour Ste. Anne, on se contente à la rigueur de la langue 
française apprise par principes, des quatre premières règles 



JOURNAL DE L'INSTRUCTION PUBLIQUE. 



11 



de l'arithmétique, simples et composés, fractions et règles 
de trois. Il faut avoir au moins 16 uns. Nous disons à la 
rigueur, car on préférerait celui dont l'esprit aurait été cul- 
tivé par de plus furtes études, supposé que, d'ailleurs, il 
offrît les mêmes garanties de talents, de bon caractère et 
d'amour du travail surtout. Un jeune homme placé dans 
de telles conditions apprendra toujours bien plus vile qu'un 
autre possédant seulement une simple instruction primaire. 

" Nous croyons savoir que, pour de bonnes raisons, la 
Chambre ne s'opposerait pas à ce qu'une bourse fut divisée 
en deux. 

" Les bourses devraient pouvoir être retirées en tout temps 
si les titulaires venaient à démériter. La Chambre trou- 
vera sans doute à propos de faire une règle à ce sujet. 

" Comme chacun des 20 districts judiciaires a droit à 
l'une de ces bourses, il n'y a pas de paroisse si petite, ni de 
village si pauvre ou si éloigné des grands centres, qui ne 
puisse prétendre à l'honneur d'envoyer un sujet à l'une de 
ces deux écoles. La chambre d'agriculture ne pouvait pas 
faire un acte plus équitable, puisque, représentant elle-même 
les intérêts 'agricoles de tout le Bas-Canada, elle offre un 
droit égal à toute sa population, sans distinction d'origine, 
ni de localité." 



Le Calendrier de l'Instruction Publique. 

Nous adressons à nos lecteurs, avec les souhaits qui, pour 
être d'usage, n'en sont pas moins sincères, notre calendrier, 
que nous avons considérablement augmenté en y ajoutant 
des renseignements sur les Bureaux d'Examinateurs, les 
Ecoles Normales, etc. Nous donnons, en même temps, la 
table et le couvert du volume de l'année 1863. Nous 
recommandons particulièrement l'usage du calendrier aux 
personnes chargées du fonctionnement de la loi des écoles, 
ou qui y prenneut un intérêt direct. Un coup d'œil jeté à 
temps sur ses colonnes peut épargner bien des démarches, 
quelquefois même bien des dépenses. 



Extraits des rapports de MM. les Inspecteurs 
d'Ecole, pour les années 1S61 et 1§©2. 

Extrait du rapport de M. l'Inspecteur Boivin, pour l'année 1861 

COMTÉS DK CHARLEVOIX ET SAGUENAY. 

(Suite.) 

Voulons-nous avoir des instituteurs qui remplissent leurs devoirs 
avec cou te' Ue ment ? entourons les de toit le respect, de toute l'af- 
fection qu'ils méritent pour les services importants qu'il rendent à 
la jeunesse du pays. 

Eut sommaire de l'éducation dans chaque municipaltté du comté 
de Charlevoix : 

1. St. Fidèle. — A trois écoles en activité, et toutes dirigées par 
des institutrices habiles. 

Les maisons d'école sont malheureument dans un mauvais état 
et manquent du matériel nécessaire ; cet état de choses n'est que 
la conséquence d'une dette contractée par la commission, il y a 
quelques années, et qui maintenant est presque éteinte. J'ose 
espérer qu'avec des finances plus en ordre, on pourra s'occuper de 
la réparation des maisons. 

2. Malbaie. — Des difficultés entre les contribuables, au sujet du 
choix de deux sites d'école, ont longtemps entravé la marche des 
affaires scolaires dans cette municipalité. Maintenant qu'elles 
sont réglées, les choses vont prendre une autre tournure. Il y a sept 
écoles en activité dans cette municipalité, dont six sous contrôle et 
une indépendante. L'école modèle est sous la direction d'un maître 
capable, M. Ociave Martin, qui enseigne avec assez de succès 
l'anglais, le français, ainsi que toutes les branches requises par la 
loi pour une école modèle. Il est, cependant, à regetter que M. 
Martin ait retardé jusqu'à présent d'adopter l'enseignement moni- 



torial ; avec un aussi grand nombre d'élèves, ses progrès eussent 
élo plus rapides. 

L'école des filles fait peu de progrés ; j'ai cru cependant m'aper- 
cevoir, à ma dernièie visite, qu'il y avait une meilleure discipline 
et plus de zèle de la part Je la maîtresse. Le résultat de mes 
visites dans les autres écoles a été assez satisfaisant; mais 
je dois mentionner ici particulièrement l'école tenue par Mlle. 
Marie Pacaud, tant pour sa bonne discipline que pour les progrès 
rapides qu'elle fait faire à ses élèves. Une nouvelle maison d'édu- 
cation est en construction: toutes les autres maisons sont dans un 
état convenable et pourvues d'un assez bon matériel. 

Les finances de la corporation sont prospères. 

3. Sle Agnès. — Avait, lors de ma visite, quatre écoles en opéra- 
tion, toutes dirigées par ties institutrices. Depuis cette époque, et 
sur ma recommandation, une d'elles a été congédiée à cause de 
son incapacité absolue. Les élèves ont fait des progrès satisfai- 
sants dans deux de ces écoles. Il s'est élevé une grande difficulté 
dans cette municipalité, entre les contribuables et les commissaires 
d'un côté, et le secrétaire-trésorier de l'autre, au sujet des comptes 
de la corporation que le secrétaire était incapable de rendre. Je 
suis parvenu, non sans peine, à les débrouiller, et, par là, à rétablir 
l'harmonie. 

Fur cette reddition, les commissaires se trouvent à avoir une 
dette passive de $200.00 ; mais, en augmentant lacolisation comme 
ils l'ont fait, celte dette sera bientôt éteinte. 

4. St. lrénêe. — Petite municipalité qui compte deux écoles 
élémentaires et une école modèle. 

L'école modèle, établie en juillet dernier, giâce au zèle de M. 
l'abbé Mailley, est sous la direction d'une jeune institutrice foimée 
à l'école normale Laval. Comme cette école, lors de ma visite, 
n'était en activité que depuis quelques jours, je ne puis rien en dire. 
L'école du second anonuissement est dirigée par une maîtresse 
habile, et les élèves font des progrès satisfaisants. Je ne puis, 
malheureusement, en dire autant de celle du troisième ; car cette 
institutrice est peu instruite et manque absolument de pratique. 
Les affaires mouélaires sont prospères et bien administrées. 

5. Ebonlements. — Celte municipalité, outre une école indépen- 
dante, possède 5 écoles élémentaires et une modèle. 

L'école modèle est, sans contredit, une des meilleures demon 
district : elle est toujours sous la direction de M. Cléophas Côté. 
Cette école, qui ne compte que trois années d'existence, a déjà 
formé des jeunes gens qui ont subi avec avantage, devant le bureau 
de.* examinateurs de Québec, l'examen pour un brevet d'école 
élémentaire ; ils enseignent dans la municipalité et prendront, j'en 
suis certain, la méthode de l'excellent maître qui les a formés. 
L'école des filles, toujours dirigée par Mlle. Boudrean, fait aussi 
les plus grands progrès. 

Je suis satisfait de la manière dont sont dirigées les autres écoles 
élémentaires ; mais je regrette d'avoir à dire que l'une d'elles 
manque du materiel nécessaire. 

Les commissaires d'école ont retiré presque tous les arréragea 
qui leur étaient dus, et j'ai la satisfaction de constater que leurs 
affaires monétaires sont maintenant dans un état prospère. 

6. Settrington. — Celte municipalité est nouvelle et pauvre ; une 
seule école, qui ne .suffit pas aux besoins de la population, y est 
en activité ; et, jusqu'à présent, on s'est toujours opposé à l'établis- 
sement de la cotisation, seul moyen d'avoir d'autres écoles. 

7. St. Urbain.— A quatre écoles en opération, trois sous con- 
trô'e et une indépendante. 

M. Onésime Larouche dirige toujours, avec succès, l'école du 
premier arrondissement. Bien que l'institutrice qui dirige celle 
du second me paraisse dévouée, ses élèves font cependant peu de 
progrès, parce que la plupart manquent de livres, papier, etc. 

L'institutrice du no. 3 s'acquitte de ses devoirs à la satisfaction 
des contribuables de cet arrondissement. 

En général, je suis satisfait de l'état des choses dans cette muni- 
cipalité, qui construit actuellement une nouvelle église ; ce qui ne 
l'empêche pas, malgré la gêne où elle se trouve, de faire encore 
honneur à ses affaires scolaires. 

(A continuer.) 



Bulletin des Publications et des Réimpressions 
les plus Récentes. 

Paris, novembre et décembre, 1863. 

Figuier : La Terre et les Mers, 1 vol. in-8, Hachette. 
C'est un volume de plus ajouté à la charmante collection que le com- 
pilateur de V Annie Scientifique a entrepris de publier pour vulgariser 1» 



12 



JOURNAL DE L'INSTRUCTION PUBLIQUE. 



science, et ce livre, orné de 170 vignettes et de 20 cartes, est une diçne 
continuation des Savants du Foyer et de la Terre avant le Déluge. 

Gabriel Ferrt : Les Révolutions du Mexique, 1 vol. Dentu. 

Tout le inonde a lu le Coureur des Bois et les Scènes de la Vie Mexi- 
caine, du iriême auteur Les aventureuses destinées d'Iturbide, de Busta- 
menie et de Sania-Anna se prêtent mieux encore à la plume du romancier 
qu'à celle de l'historien ; ou, plutôt, leurs biographies sont des romans 
véritables, et uni ne pouvait mieux les écrire que M. Gabriel Ferry. 

Migxet : Eloges Historiques, 1 vol in-S. Didier. 

Les éloges, qui forment ce volume ont été prononcés, à différentes 
époques, dans les séances annuelles et publiques de l'Académie des 
Sciences Morales et Politiques, dont M. Mignet est le secrétaire perpé- 
tuel. Entre autres esquisses, ce volume contient celles de la carrière de 
Jouffroy, de Schelling, de Hallain et de Lord Macaulay. 

De Hailly: Campagnes et stations sur les côtes de l'Amérique du 
Nord, I vol. in-18. Dentu. — Les Antilles Françaises en 1863 ; souvenirs 
et tableaux. Livraison du 15 de déC' mbre de la Revue des Deux-Mondes. 
Xous avons déjà parlé des Campagnes et Stations qui ont été publiées 
d'abord dans la Revue. Le nouveau travail de M. du Hailly est l'objet 
d'une critique assez vive par M. Melvil-Bloncourt, dans la Revue du 
Monde Colonial. M. du Hailly, comme presaue tous les auteurs d'articles 
de ce genre, aurait commis des erreurs assez amusantes sur la géographie 
et l'ethnographie des Antilles : il ne faut, en général, lire ces esquisses 
que sous bénéfice d'inventaire. M. Melvil-Bloncourt commence, lui-même, 
une série d'articles qui aura pour titre : Les scènes émouvantes de la vie 
coloniale. Comme le Canada devra y figurer, nous attendons le critique 
à l'œuvre. 

Nous pensons que nos lecteurs nous sauront gré de l'extrait suivant du 
travail de il. du Hailly. Ils y verront que le nom d'habitant, que portent 
encore nos cultivateurs, avait aussi été donné dans le principe aux 
planteurs des Antilles. 

"C'est un curieux et touchant spectacle que celui de la vie coloniale 
dans quelques-unes de ces possessions d'outre-mer conservées en trop 
petit nombre à la France, et traitées par elle bien souvent avec un 
injuste dédain. Il n'est pas nécessaire d'être un bien grand économiste 
pour deviner que, sans exagérer l'importaoce des iles sur lesquelles 
nous voudrions réunir ici quelques souveuirs, il faut en tenir plus de 
compte assurément qu'on ne le fait aujourd'hui, ne fût-c° qu'en raison 
de l'indestructible et profond attachement qui les unit à lu métropole. 
Comme l'enfant que la mète sent tressaillir dans son sein, nos colonies 
des Antilles vivent de la vie de la mère-patrie, elles en sont le fidèle 
reflet: culle part nos succè3 ne sont plus sincèrement acclamés, nos 
revers plus vivement sentis, et, loin de s'affaiblir avec le temps, le sou- 
venir d'une commune origine semble y devenir d'année en année plus 
vivace. Ce n'est pas tout : indépendamment de considérations patrio- 
tiques qui touchent peu certains esprits, les Antilles françaises offrent 
un champ d'études d'un intérêt tout spécial. Ce riche archipel, où 
flottent les pavillons de toutes les nations maritimes d'Europe, offre 
aux divers systèmes de colonisation mis en œuvre de nos jours un 
théâtre sur lequel ils sont à même de se produire dans les conditions les 
plus propres à faciliter une comparaison équitable. Aune époque où, 
grâce aux progrès de la science économique, toutes les doctrines colo- 
niales sont en voie de métamorphose, cette comparaison ne saurait être 
inopportune, et le résultat, on va le voir, n'a rien de décourageant pour 
nous. 

" Aller aux îles !. . . . c'était jadis l'expression consacrée, et Dieu sait 
le monde fantastique que nos candides aïeux se représentaient au terme 
du voyage. Le paisible marchand du vieux Paris, qui du fond de son 
arrière-boutique voyait les riches produits d'outre-mer couvrir s°s rayons 
enf imés, ne songeait pas sans une terreur peut-être secrètement mêlée 
d'envie aux étraDges récits qui circulaient sur ces pays lointains : c'était 
le péril incessamment bravé, les merveilles de climats inconnus, la for- 
tune pour qui triomphait de ces épreuves ; c'était par-dessus tout la 
fastueuse existence au sein de laquelle le planteur créole apparaissait 
comme le héros d'un conte de fées. Alors le luxe des colonies était sans 
bornes ; pour elles, la métropole tissait ses étoffes les plus précieuses, 
ciselait ses bijoi x les plus exquis, et dans la petite ville de Saint-l'ierre- 
Mariiuique, surnommée le Paris des Antilles, l'opulence ne se mesurait 
qu'à la prodigalité. Cette brillante auréole a singulièrement pâli. La 
vapeur a si bien supprimé le prestige de 1 éloignement, que cette terrible 
traversée, dont un testament était la préface obligatoire, n'est plus 
désormais qu'une promenade de douze jours en été, de quinze en hiver. 
On ne va plus guère chercher fortune aux îles, et quant à euvier le sort 
des colons, c'est ce dont assurément nu 1 ne s'avise. Pauvres îl> s 1 elles 
ne sont pourtant aujourd'hui ni moins fécondes en promesses d'avenir, 
ni moins richement pâtées de leur éternelle verdure qu'aux plus beaux 
jours du siècle dernier. Elles sont encore prêtes à faire, quand nous 
le voudrons bien, la fortuue de qui attachera son sort au leur ; c'est nous 
qui avons changé, non pas elks, et il y a plus que de l'injustice à les 
rendre respon-ables d>-s mésaventures économiques dont nous nous 
sommes volontairement faits les victimes. Est-ce leur faute si, après les 
avoir enfeimées deux siècles dans les serres chaudes de la protection, 
nous les arons brusquement iran.-portées au grand air, en nous bornant 
à leur donner pour médecin soit une émigration coûteuse, soit un crédit 
foncier un peu trop illusoire, soit toute autre mesure aussi incomplète? 



Puis, lorsqu'à chaque nouveau topique les doléances recommençaient, on 
en concluait qu'il est dans la nature créole de se plaindre, et l'on ne 
s'en inquiétait pas autrement. Aux yeux de combien de personnes d'ail- 
leurs ces deux îlots ne sont-ils qu'un insignifiant royaume de Barataria, 
où l'on continue à fabriquer par habitude un sucre que la métropole 
achète presque par charité ? Pour moi, après trois années de vie colo- 
niale, je vois en eux deux départements appelés à compter parmi les 
plus riches territoires de France. Il ne s'agit pour cela que de retrouver 
dans des conditions normales de liberté industrielle le développement 
qu'ils ont dû jadis aux factices avautages d'un régime aboli. 

" C'est dans les campagnes, loia des villes, qu'il faut aller chercher 
la vie coloniale, si l'on vent en saisir la physionomie vraiment originale. 
Un monde à part s'y révèle dès les premiers pas. En France, les nom- 
breux villages qui servent de centres agricoles rappellent à l'esprit et le 
temps de la féodalité et l'obligation de se réunir en groupes pour se 
défendre pendant des siècles de barbarie. Il en fut autrement dans nos 
îles. La crainte des luttes intérieures ne tarda pas à disparaître avec les 
Caraïbes aborigènes, et, chaque colon pouvant librement s'établir et 
s'arganiser sur le terrain qui lui était concédé, les rares villages qui se 
créèrent se virent en quoique sorte annulés d'avance. Presque en même 
temps l'esclavage vint donner une forme définitive à cette existence à 
la fois agricole et manufacturière. Bien que sur toute l'étendue de l'ha- 
bitation (c'est le nom que l'on donnait à ces domaines, dont le posses- 
seur s'appelait habitant) l'autorité du maître fût plus absolue que ne 
l'était au moyen âge celle du baron sur ses vassaux, ce n'était pas la 
féodalité, si hiérarchique au sein de ses désordres, mais plutôt une sorte 
d'autocratie patriarcale, dont nos sociétés européennes n'offraient aucun 
exemple, et qui, tantôt prônée avec excès, tantôt calomniée ontre 
mesure, ne manquait pourtant ni de mérite propre ni d'une certaine gran- 
deur. Un groupe de chaumières ou de cases à nègres éparpillées pêle- 
mêle entre des touffes de bananiers ; sur un plateau voisin, la maison 
principale ; plus bas, la sucrerie et les ateliers qui eu dépendent ; tout 
autour, de vastes champs d'un vert pâle dominés par de puissantes mon- 
tagnes chargées de foiêts, tel est le tableau m itéiïel de ceite existence, 
tel est le coup d'œil général de la campagne de nos Antilles. Péné- 
trons dans une de ces habitations où s'élabore la fortune coloniale. 
L'hospitalité y est traditionnelle, et les révolutions ne changeront rien 
sous ce rapport. 

" Pour l'Européen habitué à voir l'agriculture, sinon dédaignée, du 
moins généralement abandonnée à des mains rustiques, ce sera une pre- 
mière surprise que de rencontrer un propriétaire scrupuleusement civi- 
lisé et d'une distinction, d'une urbanité de manières dont se préoc- 
cupent peu nos fermiers de la Beauce ou de la Brie. C'est que l'habi- 
tant est tout à la fois agriculteur, industriel et manufacturier. Outre les 
qualités naturelles qui lui sont nécessaires pour diriger un personnel 
nombreux, sa fabrication encrier e exige un ensemble assez étendu de 
connaissances acquises, où souvent la théorie vient se mêler à la pra- 
tique. On s'est longtemps représenté en France le planteur de nos 
colonies comme un type de mollesse et d'indolence, comme un maître 
égoïste s'enrichissant sans remords du travail d'autrui. Que le despo- 
tisme autorisé par l'esclavage ait eu ses abus, c'est ce que nul ne niera, 
car l'omtii otence est le pire écueil de notre nature 11 est probable 
pourtant que ces abus ont éié exagérés, et que l'on y a souvent pris 
l'exception pour la règle; l'intéiêt bien entendu du maître en est la 
meilleure preuve. Quant au reproche do mollesse et d'oisiveté, de tout 
temps il a dû être peu fondé, et sous ce rapport la vie de l'habitant 
devait être au siècle dernier fort semblable à ce que nous la voyons de 
nos jours. Se lever avec le soleil, le devancer même souvent, ne reptrer 
qu'après avoir fait le tour de la propriété pour suivre le développement 
de chaque plantation de cannes, passer de longues heures à la sucrerie, 
au moulin ou devant les chaudières, surveiller des travaux d'entretien, 
des réparations sans cesse renaissantes, ne négliger en un mot aucun 
des cent détails d'une exploitation toujours complexe alors même que 
l'échelle en est restreinte, tel est le programme d'une journée qui n'est 
assurément pas celle d'un oisif. Et cette surveillance incessante est de 
première nécessité, on ne s'en aperçoit que trop en comparant l'habita- 
tion sur laquelle plane l'œil du maître avec celle où trônera négligem- 
ment un régisseur insouciant. En revanche, s'il est vrai de dite que 
rien n'attache comme la terre, nulle part ce dicton n'est plus vrai que 
pour ces habitations qui résument l'histoire d'une famille, les splendeurs 
du passé, les atfections du présent, les espérances de l'avenir. On peut 
les quitter, on les quitte même trop souvent, mais il est rare que l'on n'y 
revienne pas. On voit des créoles heureux de retrouver la vie d'habi- 
tant après avoir dépensé dans les salons de Paris les dix meilleures 
années de leur jeunesse D'autres, avec une fortune plus que suffisante, 
remettent d'année en anuée leur départ définitif pour la Fiance, et 
finissent par ne plus partir du tout, ou à peine ont-ils touché l'Europe 
qu'ils regrettent déjà la colonie. D'autres enfin vont jusqu'à abandon- 
ner leurs intérêts dans la métropole pour venir aux îles remettre en 
valeur quelque propriété patrimoniale." 

L'Economiste Français : Cet organe des colonies françaises va dou- 
bler sa publicité et devenir hebdomadaire. L'abonnement est de 25 fr. 
par année, pour l'étranger. On s'abonne : à Montréal, chez M. Rol- 
land ; à Québec, chez M. T. E. Roy. 

L'Economiste ne néglige point notre pays, et s'en occupe plus spécia- 
lement que ne le fait aucune autre publication du contineut euiopéen. 
Nos journaux en ont reproduit dernièrement deux articles très-remar- 



JOURNAL DE L'INSTRUCTION PUBLIQUE. 



13 



quables, l'un de M. Onésime Reclus, sur l'émigration française au 
Canada; l'autre de M. Rameau, sur la politique canadienne. 

Québec, janvier, 1864. 

Drapeau: Etudes sur les développements de la colonisation du Bas- 
Canada depuis dix ans, (1851 à 18G1,) constatant les progrès des défri- 
chements, de l'ouverture des chemins de colonisaiion et des développe- 
ments de la population canadienne-française, par Stanislas Drapeau, 
agent de colonisation et promoteur des sociétés de secours ; 593 p. in-8, 
et 2 cartes géographiques. Léger Brousseau. 

Nous n'avons ni le temps, ni les moyens, de constater, en toutes choses, 
l'exactitude de l'ouvrage que nous avons sous les 3 7 eux ; mais, cette 
réserve faite, (et elle est importante quand il s'agit d'un travail de cette 
nature ) nous devons dire que le plan nous en a paru singulièrement 
habile, et que l'entreprise en elle-même nous a vivement frappé par son 
importance et son utilité. 

Il y a, dans tout le livre, une méthode, une proportion et un arrange- 
ment dignes d'éloge. L'auteur a su être intéressant et complet sans 
être prolixe, concis sans être ob-cur. Non-seulement il a renfermé dans 
ses divers chapitres, un compte-rendu des progrès opérés depuis les dix 
dernières années dans la colonisation ; mais il a résumé, pour chaque 
comté, l'histoire et la statistique de ses établissements, anciens ou nou- 
veaux, passant plus légèrement sur ce qui avait moins d'actualité ; mais 
donnant toujours, dans un cadre plus ou moins restreint, un tableau de 
toutes nos paroisses, tant au point de vue de la production agricole 
qu'à celui de la topographie, de la population, de la propriété mobi- 
lière et des instiiutions religieuses, littéraires et sociales. Ce travail 
est fait avec un esprit tout patriotique, et les développements de la 
population franco-canadienne à travers le3 obstacles qui l'entravent y 
sont tracés avec intelligence et avec amour. 

M. Drapeau a divisé le Bas-Canada en sept régions, qu'il a étudiées 
séparément, quatre au sud du St. Laurent : la Gaspésie, la Région Est, 
la Région Centrale et la Région Oue.-t ; trois au nord: la Région de 
l'Ontaouais et du Nord de Montréal, celle du St. Maurice et la Region 
du Saguenay et du Labrador, qui comprend aussi Québec et ses envi- 
rons. La description détaillée de chaque région est précédée d'une 
carte où ies cantons et les chemins de colonisation sont indiqués, et elle 
est suivie d'un résumé statistique et d'un tableau synoptique qui, dans 
une seule page, montre ses richesses agricoles et ses produits de tout 
genre, d'après le dernier recensement. 

C'est, en un mot, ce recensement lui-même rendu attrayant et mis à la 
portée de tous, en même temps qu'il est accompagné d'un coup-d'œil 
rétrospectif et des ob?ervations qui peuvent donner de la vie et une si- 
gnification à cette énorme masse de chiffres. 

La Semaine : Revue religieuse, pédagogique, littéraire et scientifique. 
Cette nouvelle publication a commencé avec l'année, et elle a pour 
rédacteurs MM. Lafrance, Thibault et Létourneau. M. Lafrance insti- 
tuteur a déjà lu plusieurs études intéressantes dans les confé- 
rences de Québec ; M. Thibault est professeur à l'Ecole Normale 
Laval, et M. Létourneau est un ancien élève de cet établissement. 
La Semaine est imprimé par M. C. Darveau ; elle paraît chaque samedi, 
et le prix d'abonnement est d'une piastre par année, payable d'avance. 
N'oublions point d'ajouter que la partie religieuse est sous la surveillance 
d'un prêtre eminent, qui en revoit tous les articles. 

Le Foyer Canadien : Une jolie pièce de vers de M. Garneau, fils, une 
satire de M. Boucher, une charmante romance de M. Blain de St. Aubin, 
ouvrent la nouvelle année de ce recueil. Elles sont suivies de Jean 
Rivard, économiste, par M. Lajoie. Tons ceux qui ont lu Jean Rivard, 
défricheur, voudront renouveler connaissance avec ce brave garçon, que 
nous ne soupçonnions pas, toutefois, de continuer Adam Smith et Jean- 
Bte. Say. L'œuvre de M. Lajoie, nous l'avons déjà dit, indépendam- 
ment des hautes qualités littéraires qui la distinguent, est essentielle- 
ment patriotique et nationale. 

Voici un type bien complet et dont les copies ne sont malheureuse- 
ment que trop nombreuses: 

"Mais un autre personnage, dont nous devons dire quelques mots, 
éraigra aussi vers cette époque dans le canton de Bristol, sans toutefois 
prendre conseil de Jean Rivard. 

" Il venait d'une des anciennes paroisses des bords du St. Laurent, 
d'où sans doute on l'avait vu partir sans regret, car il était difficile 
d'imaginer un être pins maussade. 

" C'était l'esprit de contradiction incarné, le génie de l'opposition 
en chair et en os. 

" Quoiqu'il approchât de la cinquantaine, il n'avait encore rien fait 
pour lui-même, tous ses efforts ayant été employés à entraver les me- 
sures des autres. 

" Il avait gaspillé en procès un héritage qui eût suffi à le rendre indé- 
pendant sons le rapport de la fortune. Sa manie de plaider et de con- 
trediie l'avait fait surnommer depuis longtemps le Plaideur ou le 
Plaideux, et on le désignait communément sous l'appellation de Gen- 
drean-le-P lai deux. 

" Au lieu de se réformer en vieillissant, il devenait de plus en plus 
insupportable. Contrecarrer les desseins d'autrui, dénaturer les meil- 
leures intentions, nuire à la réussite des projets les plus utiles, s'agiter, 
crier, tempêter, chaque fois qu'il s'agissait de quelqu'un ou de quelqne 
chose, telle semblait être sa mission, 



" Hâbleur de première force, il passait ses journées à disserter à tort 
et à travers, sur la politique d'abord, puis sur les affaires locales et 
municipales, les affaires d'école, les affaires de fabrique, et si ces sujets 
lui faisaient défaut, tant pis pour les personnes, c'étaient elles qui pas- 
saient au sas de sa critique. 

" Dans la paroisse où il demeurait avant d'émigrer à Bristol, il avait 
été pendant vingt ans en guerre avec ses voisins pour des questions de 
bornage, de découvert, de cours d'eau, pour de prétendus dommages 
causés par des animaux ou des vol ailles, et pour mille autres réclama- 
tions que son esprit fertile se plaisait à inventer. 

" Ces tracasseries, qui font le désespoir des gens paisibles, étaient 
pour lui une source de jouissance. 

" Il se trouvait là dans son élément. 

" Une église à bâtir, un site à choisir, une évaluation à faire, un che- 
min public à tracer, une école à établir, des magistrats à faire nommer, 
des officiers de voierie à élire, toutes ces circonsiances étaient autant de 
bonnes fortunes pour notre homme. 

" Un fait assez curieux peut servira faire comprendre jusqu'à quel 
point cet individu poussait l'esprit de contradiction. 

" En quittant sa paroisse natale, où il avait réussi, on ne sait comment, 
à se faire élire conseiller municipal, il refusa de donner sa démission en 
disant à ses collègues : je reviendrai peut-être ; en tous cas, soyez 
avertis que je m'oppose à tout ce qui se fera dans le conseil en mon 
absence. 

" C'était là l'homme que Jean Rivard allait avoir à combattre." 

Nous sommes certain que M. Lajoie ne manquera point de confondre 
Gendreau-le-Pl&ideux. Mais qui nous délivrera de toute l'engeance? 

Les vers de M. Garneau sont très remarquables. Si nous osions nous 
permettre quelques mots de critique, nous nous en prendrions peut-être 
aux boU tout pénétrés de lune pure, et à la pensée prompte à jouer comme 
une hirondelle de grève ; mnis la pièce est, du reste, si harmonieuse, elle 
contient un si grand nombre de stances irréprochables, que nous nous 
inclinerons poliment devant ces fantaisies de la muse canadienne. Nous 
ne sommes point de ceux que les hardiesses poétiques scandalisent faci- 
lement ; ainsi, nous défend: ions volontiers, quoiqu'on en puisse dire, et 
la forêt que les orages jettent dans de blanches fureurs, et les bouleaux aux 
longs fûts de maibre qui, à l'aube, ont l'odeur des rosiers. Tant mieux 
pour le promeneur matinal. 11 faut espérer cependant que nos jeunes 
poètes n'iront point trop loin dans les sentiers que fréquentent Louis 
Bouilhet, Charles Baudelaire, Leconte de Lisle et les autres lauréats de 
la Revue Contemporaine. 

Les Sotrées Canadiennes: La livraPon de janvier renferme une élé- 
gie de M. Taché, que nous reproduisons, et des souvenirs de voyage de 
M. Bourassa. Madel a réellement existé, et l'on se rappelle encore dans 
une de nos paroisses la Chanteuse du Cimetière. M. Taché sait écrire la 
légende avec grâce et simplicité, soit qu'il le fasse en prose, soit qu'il 
emprunte le langage des dieux. 

Montréal, janvier, 1864. 

Danseread : Annales Historiques du Collège de l'AssomptioD, depuis 
sa fondation, 1ère livraison, 44 p. Senécal. 

Ce travail est principalement rédigé sur des mémoires de M. l'Abbé 
Poulin et de M. l'Inspecteur Dorval, anciens élèves de cette maison. Il 
serait à souhaiter que chaque maison d'éducation recueillît les faits les 
plus intéressants de ses annales, et l'idée qui a inspiré cette publication 
mérite tontes les sympathies de cette elasse nombieuse qui, chez nous, 
doit son élévation sociale à nos colleges et aux sacrifices que se sont 
imposés leurs généreux fondateurs. M. Dan3ereau rend un juste tribut 
d'hommages au Dr. Meilleur et à M. Labelle, qui ont doté le pays d'un 
de ses établissements les plus importants. 

L'Année Religieuse de Montréal, 83 p. in-8. Plinguet et Laplante. 

C'est la troisième année de cet utile recueil. Outre 'es renseigne- 
ments ordinaires, on y trouve un compte-rendu de la démonstration qui 
a eu lieu à l'anniversaire de la naissance de Mgr. l'Evêque de Montréal et 
une notice historique sur la paroisse de Laprairie. 

L'Echo du Cabinet de Lecture Paroissial, revue religieuse, scien- 
tifique, historique, littéraire et artistique. Cette publicntion, dont M. 
Royal était lepropriétaire et le rédacteur-en-chef, est passée en d'autres 
mains, et la rédaction en a été confiée à M. Achille Belle. La première 
livraison du 6e volume renferme, entre autres choses, un article sur les 
Trappistes en Canada et une très-jolie piece de vers, intitulée : Voyage 
à Québec. L'Echo paraîtra, comme par le passé, tous les quinze jours, 
et l'abonnement est réduit à $1 par année. 

The Canadian Patriot, 64 p. in-8. Beckett ; $1 par année. 
Tel est le nom d'une nouvelle publication mensuelle anglaise, qui 
commence avec l'année. 

Les Beaux-Arts : Cette publication commence son second volume 
par une livraison de 16 pages de texte et de deux pages de musique. 
L'amélioration dans la typographie, dans le rapier et l'augmentation du 
nombre de pages justifient l'élévation de l'abonnement à $2. On voit 
que le cadre de notre presse périodique se complète rapidement. Nous 
n'aurons bientôt plus rien à envier aux autres pays sons le rapport du 
nombre et de la variété des publications. Le tout se trouve couronné 
par l'apparition de la Revue Canadienne, dont nous espérons pouvoir 



14 



JOURNAL DE L'INSTRUCTION PUBLIQUE. 



aralyser la première livraison dans notre prochain numéro, et qui, en 
attendant, par la hardiesse de l'entreprise au point de vue du succès 
matériel, et par le mérite bien connu de ses directeurs, a droit à nos 
plus vives sympathies. 



Petite Revue Mensuelle. 

Il v a longtemps qu'une année ne s'est ouverte sous d'aussi formi- 
dables auspices. L'année 1863 n'a vu finir aucune des guerres, aucune 
des mésintelligences dont elle avait hérité de 18G"2, et elle les a léguées 
à son successeur avec de nouvelles discordes. " La Pologne, dit M. 
Gaillardet dans sa correspondance du Courrier des Etats-Unis, lutte 
toujours contre son puissant adversaire ; mais elle agonise et n'a à 
espérer aucun secours efficace des peuples qui sympathisent le plus avec 
elle. L'Italie du Nord n'a pu encore assimiler complètement l'Italie 
Méridionale ; le brigandage et l'anarchie désolent toujours Xaples et lu 
Sicile ; les Français continuent d'occuper Rome, et les Autrichiens de 
garder Venise. Le Danemark et l'Allemagne sont sur le point d'en venir 
aux mains, et la diplomatie ne sait comment conjurer ce conflit, qui peut 
mettre le feu à l'Europe entière. L'Angleterre n'est pas la puissance 
que cette perspective effraie le moins. Elle ne sait pourqi prendre 
parti, car elle voit le beau-frère de la reine, et le beau-père de sa fille, 
c'est-à-dire, le Duc de Snxe-Cobourg et le Roi de Prusse, près de croiser 
la bayonnette avec le l'ère de la Princesse de Galles, femme de l'héritier 
présomptif de la couronne britannique. Cette situation embarrasse fort 
l'Angleterre. E'.le craint d'autant plus d'être entrainée dans une guerre 
européenne, qu'elle bataille déjà en Chine, au Japon, dans les Indes, 
dans la Nouvelle-Zélande, un peu partout. Que serait-ce, s'écrie le 
Times, si la guerre civile allait cesser en Amériqne ! Les Amé icains 
as-ailliraient de récriminations et d'exigences leur cousin John Bull, 
dont ni le Nord, ni le Sud, n'ont eu à se louer." 

Le cabinet anglais n'a point non plus resserré, il s'en faut, les liens 
déjà trè -lâches <le l'alliance française, par la réponse carrément néga- 
tive qu'il a donnée à 1 invitation de l'empereur. Les journaux, tant offi- 
ciels qu'officieux, ces derniers surtout, se montrent de fort mauvaise 
humeur et annoncent que l'on tâchera de se passer, cette fois, d'alliés 
aussi peu aimables. L'empereur a profité des suggestions que faisait le 
roi de Prusse, pour déclarer qu'il n'avait aucune objection à ce que le 
congrès auquel toutes les autres puissances ont consenti, sous diver- 
ses réserves, fût précédé de correspondances entre le3 ministres de 
tons les gouvernements. L'Autriche, quoique pas aussi formellement 
que l'Angleterre, a repoussé les proposition-3 de Napoléon III, qui, 
malgré cela, parait croire à la paix, ou feint d'y croire. Sa réponse 
à l'adresse du Sénat et son allocution du premier de jantier ont été éga- 
lement rassuiantes. L'échange de notes diplomatiques préalables qui 
se fait maintenant amènera-t-il quelque résultat? C'est ce dont il est 
permis de douter, lorsqu'on considère les immenses difficultés dont sont 
entourées toutes les questions en litige, et surtout lorsqu'on songe qu'à 
un moment donné les plus minces en apparence peuvent devenir les plus 
formidables en réalité. Lord Paismerston, qui est le wit, l'homme d'es- 
prit par excellence du cabinet britannique, a fort bien exprimé ces 
subites transformations, en disant que la torche de la Pologne n'avait 
pa3 encore mis le feu aux poudres; mais que l'allumette du Danemark 
menaçait de tout faire sauter. 

C'est grâce aux exigences progressives de l'Allemagne que le conflit 
danois en est venu à cette crise. Elle ne demandait d'abord que le 
retrait de la patente du 30 mars ; cette patente est abrogée. De suite, elle 
décrète l'exécution fédérale ; le Danemark retire ses troupes. Aujourd'hui, 
non contente de voir le Holstein acclamer le duc d'Augustenbourg, elle 
s'attaque au Schleswig, terre danoise, qu'elle menace d'envahir. Car ce 
n'é*ait que comme duc du Holstein que le feu roi gouvernait les deux 
autres duchés : l'Allemagne pouvait dire alors qu'elle s'en prenait au 
duc et non pas au souverain. Aujourd'hui, c'est au roi de Danemark 
qu'elle en veut : et l'Angleterre, qui n'a point voulu d'un congrès euro- 
péen pour la Pologne, sollicite des conférences à Londres pour la ques- 
tion danoise. 

Quelques sombres voiles qu'ait jeté3 sar l'avenir l'année 1863, elle n'a 
pas laissé de donner au monde des compensations sous plusieurs points 
de vue. La question de 1 isthme de Suez, si importante pour la civili- 
sation de l'extrême Orient, a fait de très grands progrès. Le canal, dû 
à l'énergie et à la persévérance de M. de Les?eps, est très-avancé, et, 
si ce n'était des querelles que la Porte lui a suscitées avec une rare mau- 
vaise foi, on pourrait espérer voir, dans le cours de l'année, cette grande 
œuvre couronnée d'un plein succès. Une question qui fait le pendant 
de celle-ci a été agitée et dans le monde scientifique et dans celui des 
capitalistes, c'est celle de la canalisation de l'isthme de Darien. Une 
grande découverte géographique, dont les difficultés avaient depuis 
longt»mp3 tenu la science en échec, a été aussi accomplie l'année 
dernière : on peut dire que l'on connaît aujourd'hui, sinon la source, du 
moins les sources du Nil. Enfin, la science de la navigation aérienne, 
problème encore plus difficile, semble à la veille d'être résolu. Comme 
d'autres matières nous ont empêché, dans le cours de l'année, de tenir 
no3 lecteurs au courant de ces divers sujets, nous allons leur consacrer 
aujourd'hui quelques lignes: cette revue complétera ainsi ce qui man- 
quait à l'i nsemble de celles de notre dernier volume. 

La nature paraît n'avoir laissé les deux isthmes de Suez et de Panama 
comme obstacles à la circumnavigation directe du globe, que pour offrir 



à l'homme le mérite de les faire disparaître. Il suffit, en effet, de jeter 
un coup d'œil sur une carte pour être frappé du peu d'importance rela- 
tive des deux langues de terre, dont l'une joint l'Afrique à l'Asie en 
barrant à l'Europe le passage, des Indes, et dont l'autre unit les deux 
Amériques en obstruant l'autre route vers l'extiême Orient, si longtemps 
cherchée et dont l'idée a été la cause première de la découverte du 
Nouveau-Monde. Sans doute que ce qui parait peu de chose sur une 
carte on un globe, est cependant encore assez formidable. L'isthme de 
Panama, surtout, à raison de l'élévation des terres où origine la chaîne 
des Cordillières, présente des difficultés assez grandes ; et les sables des 
déserts de Huez ne sont pas non plus bien faciles à conduire ; ni l'une 
ni l'autre de ces entreprises n'était, cependant, au-dessus des forces 
matérielles ni des capitaux dont dispose, depuis longtemps, le monde 
civilisé. Mais c'est qu'il y a quelque chose de plus difficile à vaincre 
que les montagnes et les déserts : ce sont les jalousies et les défiances 
des grandes puissances. Nulle ne veut laisser aux autres ces deux clefs 
de la navigation de l'univers ; et toutes ne sauraient, ou, du moins, n'ont 
pu jusqu'ici s'entendre pour s'en partager l'usage. 

Quoiqu'il ait affecté de nommer l'association qu'il a fondée pour sa 
vaste entreprise, " La Compagnie Universelle," et qu'il ait fait appel 
aux capitaux de toutes les nations, M. de Lesseps n'en a pas moins ren- 
contré, de la part de l'Angleterre, la plus vive opposition. Au moment 
où l'on apprenait le succès d'une partie considérable de cette œuvre 
gigantesque, une consultation, signée par trois des plus célèbres juris- 
consultes de Paiis, se publiait eu faveur du Pacha d'Egypte, qui veut 
tout simplement s'emparer de l'entreprise. 

Voici en quoi consiste le triomphe matériel que vient de remporter M. 
de Lesseps. Plusieurs grands lacs s'étendent de Suez à Port Saïd. On 
prétend même que, dans des temps très-anciens, les deux mers commu- 
niquaient directement. Le lac Timsah se trouve à rai-distance. La Com- 
pagnie, outre son grand canal rriaiitime, avait entrepris un canal d'eau 
douce, du Caire, sur le Nil, au lac Timsah, et. de la, à Suez Une sem- 
blable voie, dont on troure encore des vestiges, existait dans l'antiquité. 
Le nouveau canal est fini, et l'eau a coulé du Nil à la mer Ronge ! 
" Notre siècle, dit à ce sujet M. Noirot, n'aura plus rien à envier à celui 
des Pharaons; caries barques qui voguent actuellement sur le Nil ne 
sont, sans doute, pas bien inférieures, comme tonnage, à celles de Né rbao 
ou des Ptoléraées. Le moindre pêcheur, de nos jours, voudrait à peine 
confier sa vie au frêle esquif qui portait César et sa fortune." 

Quant à l'entreprise principale, elle avance à grand- pas dans toutes 
ses parties ; car le travail se fait par section et simultanément. 

N'est-il pas étonnant que l'année où le Nil a été rejoint à la mer 
Rouge, ait vu aussi la découverte des sources de ce fleuve, si fameux 
dans l'histoire Y Ce dernier événement est raconté et habilement com- 
menté dans la Revue Géographique du Tour du Monde, dont nous com- 
mençons aujourd'hui la reproduction, et nous renvoyons nos lecteurs à 
ce travail, plein d'intérêt. 

Longtemps avant que l'Egypte fût devenue la nourrice de l'Italie, le 
Nil avait éveillé la curiosité des rois et des savants. Psamméthique, le 
fondateur de la 26e dynastie, essaya, mais sans succès, d'organiser une 
expédition jusqu'aux sources présumées du fleuve. Cambyse re:>rit le 
projet de Psamméthique; l'insuccès de sa campagne contre l'Ethiopie 
l'arrêta au début de l'entreprise. Alexandre, en même temps qu'il faisait 
explorer l'océan Indien, songeait au Nil ; la découverte de se3 sources 
était un des mille projets de ce vaste génie. César passa plusieurs 
nuits de suite avec les prêtres de l'Egypte, espérant leur arracher un 
secret qu'ils ignoraient eux-mêmes. On connaît la brillante campagne 
de Bonaparte en Egypte, la fondation de l'Institut du Caire, les travaux 
des savants dont il s'était fait accompagner. " Le Nil, dit la Revue 
Contemporaine, a donc eu le singulier privilège d'éveiller et de déjouer 
La curiosité d'Alexandre, de César et de Napoléon." 

Mais enfin ce problème n'était point insoluble . il n'y avait que de 
grandes difficultés à surmonter. En est-il de même du problème de la 
navigation aérienne Y 

Ce n'est point, on le sait, Vaérostat tel que nous le connaissons qui 
peut donner la solution. L' 'aéro-nef, c'est-à-dire le ballon, qui se dirige 
lui-même, reste encore à inventer. Aussi, Nadar n'a-t-il voulu faire 
autre chose, par son ballon monstre, que d'attirer l'attention et se pro- 
curer l'argent nécessaire pour des expériences d'un genre tout différent. 

Tons nos lecteurs connaissent les aventures heureuses et malheureuses 
du Géant; comment il s'éleva aux yeux des Parisiens lavis en extase... 
ce qui est moins dangereux que de l'être en ballon ; quelle niche char- 
mante il fit aux douaniers de la fiontière belge ; comment ii s'en allait 
se perdre dans les légions glaciales, s'il n'eût préféré redescendre hum- 
blementà terre dans le royaume de Hanovre, ce qui ne put se pratiquersans 
le graves accidents, dont plusieurs des voyageurs se sentiront toute leur 
vie ; mais ce qu'ils ne savent point, peut-être, c'est que le Géant, et son 
successeur l'Aigle, qui se prépare sur des dimensions pins colossales 
encore, seront peut-être les derniers des ballons. 

On veut, en effet, en arriver tout simplement à supprimer le ballon : 
la chose est-elle possible Y M. Babinet le croit; MM. d'Amécourt et de 
La Landelle l'assurent. 

L'hélicoptère de M. de Ponton d'Amécourt est composé de trois hélices. 
Les deux premières se meuvent en sens contraire, car avec une seule 
hélice l'aéronaute eût été promptement étourdi par la rotation imprimée 
à la nef aérienne. La troisième hélice est verticale et sert à diriger 
l'appaieil. 

Le modèle-miniature fonctionne, dit-on, admirablement et s'enlève de 



JOURNAL DE L'INSTRUCTION PUBLIQUE. 



15 



lui-même dans l'air an moyen d'un ressort ; mais on sait que cette force 
motrice ne saurait s'appliquer en grand. La difficulté consiste donc 
surtout dans le poids du moteur quelconque qu'il faudra adapter aux 
hélices. Les machines à vapeur ou à air comprimé, même en les cons- 
truisant en aluminium, le plus léger des métaux, seraient encore trop 
pesantes. Pour nous, nous croyons que l'électro-magnétisme est destiné 
à donner la solu ion du problème, et nous croyons, de plus, que cet agent 
formidable est loin d'avoir dit son dernier mot dans les progrès de la 
science et de l'industrie. 

Depuis longtemps, du reste, les aéro-nefs ont occupé les mécaniciens 
et les savants. Le mécanicien Simon Stevens, ou Stevinus, fut célébré 
dans un distique latin de Grotius, pour avoir inventé une voiture moitié 
aérostat, moitié bateau, digne de figurer parmi les constellations avec 
le navire Argo, conduit par Tiphys. Voici cette curiosité littéraire: 

" Scandit aquas navis ; currus ruit aère prono, 
Et merito dicas : hic volât illa natat." 

Ce que M. Pichot, de la Revue Britannique, traduit comme suit: 

" Cette nef fend les eaux et ce char le nuage, 
" On dit, avec raison, l'un vole et l'autre nage." 

Nadar a eu le même honneur : on a fuit pour lui un distique et un 
quatrain, que nous empruntons au même recueil. 

" Jam tibi défichât terra? nec non maris iter, 
Divisum imperium cum Jove Nadar hab?s. 

La parodie du fameux di-tique de Virgile est excellente, et le quatrain 
suivant, pouvant servir d'affiche, n'est pas moins spirituel: 

" Vous que jadis la fondre avait marqués au front, 
Fiers Titans, vous aurez enfin votie revanche ; 
Un fils digne de vous, vengeur de voUe affront, 
Escalade 1 Olympe, à quatre heures dimanche." 

Tels sont quelques-uns des grands événements scientifiques de l'année 
qui vient de s'écouler. Elle n'a pas été non plus sans Sf s grandes catas- 
trophes. Le tremblement de terre de Manille est peut-être un des plus 
ter.ibles, depuis celui de Lisbonne, parle nombre de victimes qu'il a 
faites, et l'incendie de l'ancienne église des Jé.-uites à Santiago, au Chili, 
est un désastre dont les proportions sont pre-que aussi déplorables. Près 
de trois mille personnes ont péri, et cela en partie par suite d'un vice 
de construction qui a été cause, en Canada, d'un sinistre du même 
genre, l'incendie du théâtre Siint-Louis, à Québec. On n'en a pas moins 
continué, et on n'en continuera pas moins peut-être, ici et ailleurs, à 
faire des portes qui ouvrent en dedans au lieu d'ouvrir en dehors, comme 
le voudrait le simple bon sens. 

L'année 1863 a été, de plu?, remarquable par le grand nombre d'illus- 
trations qu'elle a vus disparaître. 11 nous reste malhe* reusement encore 
beaucoup à ajouter aux nombreuses nécrologies que nous avons publiées 
dans le cours de l'année. L'Angleterre surtout a été fort maltraitée : 
Lord Lnnsdowne, Lord Normanby, Lord Lvndhurst et Lord Elgin, 
voilà pour l'arislocratie et le monde politique; Madame Trollope et 
Thackeray, voilà pour le monde des lettres ; le Dr. Whateley, arche- 
vêque de Dublin, voilà pour l'église anglicane. 

Lord Lansdowne avait 84 ans: il fut le collègue de Fox et l'adver- 
saire de Pitt. Lord Normanby était presque aussi célèbre dans le monde 
littéraire que dans celui de la politique et de la diplomatie. Sa carrière, 
comme vice-roi d'Irlande, lui avait valu d'O'CoDnell cet éloge : that he 
was the best Englishman Ireland had ever seen. Il était ambassadeur à 
Paris lors du fatneux coup d'état, et il a écrit, sur la France, des mé- 
moires pleins d'intéiêt. Il était âgé de 67 ans. 

Né en 1 772, à Boston, John Singleton Copley, depuis Lord Lyndhurst, 
était fils d'un artiste bien coDnu par son tableau de la Mort de Chatham. 
Son père l'amena en Angleterre à l'âge de 3 ans. Il étudia à Cambridge 
et se distingua au barreau, surtout par sa défense de Watson et de 
ThistUwood, accusés de hante trahison. On placardait, à cette époque, 
sur les murs de Londres: " Copley et la Liberté! " Le jeune Copley 
n'en entra pas moins au parlement sons les auspices des torys, et ne 
tarda pas à devenir solliciteur général. Orateur éloquent et sarcastique, 
il se distinguait surtout, chaque année, par un discours où il faisait la 
revue de la session ; il y avait foule ce soir-là, et c'était comme une fête 
annuelle qu'il donnait au profit de son parti et à la plus grande conf j- 
sion de ses adversaires. En 18"5, à l'âge de 84 ans, il fit, au sujet de la 
crise européenne, un de ses plus grands efforts oratoires. Son dernier 
discours fut, nous croyons, celui qu'il prononça, il y a deux ans, sur l'af- 
faire du Trent. Il fut écouté, admiré et applaudi comme aurait pu l'être 
un orateur dans toute la vigueur de l'âge. 

Le triste événement qui a enlevé Lord Elgin, lorsqu'il avait encore 
devant lui une si belle carrière, a causé, dans ce pays, une trop vive 
sensa.ion pour qae nous entreprenions de condenser sa biographie dans 
le peu d'espace qui nous reste. Nous la remettrons à une prochaine 
livraison, ainsi qu'une notice sur Mgr. Hughes, archevêque de New-Yoïk, 
décédé le 3 de janvier. 

La plus grande perte que la France ait faite, en 1863, est sans contredit 
celle de M. Billault, le ministre oue l'Empereur avait chargé de défendre 
sa politique dans le corps Législatif et sur qui le gouvernement comptait 
pour se mesurer avec la nouvelle opposition, formidable par ses talents 
quoique insignifiante par le nombre. Cette mort, arrivée la veille de la 



bataille, est une de ces grandes leçons sur l'inanité des espérances 
humaines que la Providence nous ménage de temps à autre. 

Auguste-Adolphe-Marie Billault naquit à Vannes, en Bretagne, en 
1805. Avocat distingué et bâtonnier du barreau de sa province, il entra 
à la chambre des députés en 1837. Lors de l'avènement du ministère 
Thiers, en 1840, il remplit les fonctions nouvelles de sous-secrétaire 
d'Etat, charge qui fut Lientôt supprimée- Il se fit inscrire au barreau de 
Paris et y plaida avec succès. Orateur de l'oppo.-ition, il fut surtout un 
des plus vifs adversaires du droit de visite, comme plus tard de l'indem- 
nité Pritchard. Aux approches de la révolution de 1848, il ne voulut 
point cependant prendre part aux banquets réformistes. 

A la constituante, M. Billault se pinça dans les rangs de la démocratie 
modérée. Après le coup d'état, il fut choisi pour le premier président 
du nouveau Corps Législatif. Le 23 juillet 1854, il succéda à M. de 
Persigny comme ministre de l'intérieur et fut appelé au Sénat. Il en 
sortit le 8 février 1843 et y rentra le 13 novembre 1859. M. Billault 
était, on le voit, un de ces hommes habiles qui professant des opinions 
modérées peuvent trouver leur place sons divers régime-, sans avoir 
trop de chemin à faire. Cormenin a tracé do lui, dans son Livre des 
Orateurs, le portrait suivant : 

" Il est le plus remarquable de tous les nouveaux orateurs. S'il était 
plus précis, il serait comme Phocion, la hache des discours de M. Guizot 
cet autre Démosthènes. Lieutenant de M. Thiers, il aime à se divertir 
i comme son général dans les pérégrinations Ce n'est pas que M. Bil- 
lault ne puisse être un jour un très-prod'ictif mini-tre de n'importe 
quelle branche du service publie. Il n'est gêné du côté droit ni du côté 
gauche par aucun piécédent. Il a ses petites entrées an Louvre sans y 
être ni échanson, ni panetier. Il jouit des bonnes giâees de l'opposi- 
tion sans qu'il lui faille approcher les doigts des cha'bons ardents du 
radicalisme. Il a la parole à tout, S'- porte en avant, bat en retraite, se 
jette sur les talus du chemin, et revient au lancé avec la même pres- 
tesse d'évolution. Ces sortes d'éloquence chauffées à une température 
moyenne sont encore après tout celles qui réussissent le mieux dans nos 
serres du monopole." 

Enfin, pour nous mettre en règle avec la nécrologie canadienne de 
18(3, nous devons mentionner M. Dufresne, longttmps missionnaire au 
lac des Deux-Montagnes et très-versé dans les langues sauvages, M. 
Saint-Germain, curé de St. Laurent et fondateur de deux excellentes 
maisons d'éducation, le Colonel Wolff, ancien militaire, qui avait fait 
sous Wellington les campagnes de la Péninsule et fit les premières cam- 
pagnes contre la foiêt à Valcartier, dont il fut un des pionniers ; et M. 
Charles Têtu de la Rivière Ouelle. Homme généreux, industrieux et 
habile, M. Têtu montra, ce qui est plus grand qu aucune autre chose, un 
noble courage dans l'infortune. C'est à lui qu'on doit la création de 
deux nouvelles industries, l'exploitation de l'huile de marsouin et l'emploi 
du cuir de ce cétacé à divers usages. Il obtint des prix aux expositions 
de Londres et de Paris pour ces utiles découvertes. 



NOUVELLES ET FAITS DIVERS. 



BULLETIN DE L'INSTRUCTION PUBLIQUE. 

— La Semaine publie un compte-rendu d'une fête que les élèves de 
l'Ecole Normale Laval ont donnée, le jour de la St. Jean, en l'honneur 
de leur digne Principal. M. le Grand-Vicaire Cazeau a bien voulu pré- 
sider à cette séance littéraire et musicale, et il a félicité les élèves sur 
leurs succès. 

— Décédée, au Noviciat des Sœurs de Jésus-Marie, à St. Joseph de 
la Pointe-Lévis, le 11 de décembre dernier, Mlle. Dnlice Pérusse, âgée 
de 22 ans, ancienne élève de l'Ecole Normale Laval, aussi distinguée 
par ses talents brillants que par son aimable caractère. Elle apparte- 
nait à la Société Ste. Marie. Priez pour elle. — Communiqué. 

BULLETIN DES SCIENCES. 

— On nous écrit ce qui suit : 

" La plante, dont la Gazette des Campagnes donne la gravure dans 
son numéro du 2 janvier, est le Céanothe, Ceanothus Jmericanus, L., 
(de Keanothus, nom grec d'une plante épineuse, donné par Linnée à ce 
genre de plante ;) elle est décrite dans la Flore Canadienne de l'Abbé 
Provancher, page 128. Voici ce qu'il en dit : 

" C. d'Amérique, C. Americanus, L.— Jersey Tea; Red Root. Arbris- 
seau de 2-4 pieds, effilé, à branches cylindriques, rougeâtres, glabres. 
Feuilles ovales-acuminées, dentées, 3-nervées, pubescentes en dessous, 
deux plus longues que larges. Fleurs petites, blanches, en panicule, de 
l'aisselle des feuilles supérieures. Etamines renfermées dans Us capu- 
chons des pétales. — Canada, Floride; taillis, juin. La racine, grosse et 
rouge, donne une couleur nankin. Les feuilles desséchées sont employées 
en guise de thé." 

" Cette plante est de la famille des Rhamnées, tandis que le thé est 
de la famille des Camelliacées. 

" L'JÎmerican Agriculturist de septembre dernier, le numéro même qui 



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JOURNAL DE L'INSTRUCTION PUBLIQUE. 



donne la gravure dont la Gazette reproduit «ne copie fidèle, dit : " La 
plante en question est le Cianothus Americanus, où le thé de New-Jer- 
nom qui lui a été donné, sans doute, parce que l'on s'en est servi 
dans le New-Jersey, comme succédanée du thé, pendant la guerre de 
l'indépeuda: 

■' Dans son numéro de décembre dernier, VJmcrican Agriculturist nous 
donne une gravure de la feuille du thé et aussi une de cille de la plante 
en question, afin que l'on puisse les comparer. " La compagnie améri- 
caine se vaute de pouvoir livrer ce thé pour le prix de treize cents. Dans 
ce cas, la tentation est grarde et les commerç m'.s pourraient bien être 
tentés d'adultérer le thé importé, et c'est pour cela que nous donnons 
les gravures en question." 

•' Enfin, je lis, dans le numéro de janvier courant de VAmerican Agri- 
culturist, le passage ou entre-filet suivant : 

" Thé de Xcic-Jersey. — Les feuilles de cette plante ont été tout récem- 
ment analysées par le Professeur Gibbs, et on n'a pu y trouver de théine, 
ni de substance analogue. Comme c'est de la théine que le thé tire 
toute sa valeur, l'on peut dire que la plante de New-Jersey n'est pas plus 
un succédané du thé que plusieurs autres plantes que l'on boit infusées. 
(herb drink)." 

" P. S — Voilà que mon affaire se complique. La plante de la Gazette 
pourrait bien être la Spirea salcifolia, comme le dit un correspondant 
nouveau, qui cite l'abbé Provancher. La gravure donnée serait donc 
le Cétinolhe Américain, et la plante trouvée en Canada, la spirée à feuilles 
de saule. Le port de la spirée est bien autre, d'après mes souvenirs, 
que celui du Ce inothe." 

— On lit dans le Mjnileur de France : 

A la séance du 8 décembre (1863) M. le Baron de la Crosse, Séna- 
teur, Secrétaire du Sénat Français, lit la lettre suivante : 

( " Château de Villejnngis, 
l 10 novembre 1863. 

" Monsieur le Président, 

"J'ai l'honneur d'informer Votre Excellence de la perte douloureuse 
que je viens de faire en la personne de M. le Marquis de Barbançois, 
mon pè r e. 

" Agréez, Monsieur le Président, l'assurance des sentiments de haute 
considération avec lesquels j'ai l'honneur d'être, 

" Votre très-humble et obéissant serviteur, 

" Marquis de Barbançois." 

" M. le Président. — Je crois, MM. les Sénateurs, ne pas devoir laisser 
passer la lecture de cette lettre sans demander au Sénat d'enregistrer 
dans son procès-verbal les regrets qui lui sont inspirés par la mort de 
H. le Marquis de Barbançois, aimé de tous ici par la franchise et la 
loyauté de son caractère. S'il n'y a pas d'opposition, l'insertion aura 
lieu au procès-verbal." — Marques générales d'assentiment. 

C'est à l'infatigable énergie et à l'activité persévérante de M. le 
Marquis de Barbançois, qui vient de mourir, qu'est due la revendication 
de la seigneurie du Sault Ste. Marie, en litige depuis près de quarante 
uns, procès qui a eu tant de retentissement depuis que l'honorable 
défunt était parvenu à le faire passer du Congrès devant les tribunaux 
des Etats-Unis, afiu d'établir et de faire reconnaître la validité de ses 
titres. 

Le Marquis de Barbançois, Léon Formose, né le 24 mars 1792, appar- 
tenait à une maison très-ancienne qui jouit, des le XlVe siècle, des 
honneurs de la cour et se distingua par ses services militaires et ses 
alliances. Il était chevalier de St. Louis et de la Légion d'Honneur, 
et avait épousé, en 1826, Mademoiselle Honorine LeG.irdeur de Repen- 
tigny. petite fille de M. le chevalier Louis de Repentigny, qui avait 
obtenu, le 18 octobre 1750, conjointement avec le chevalier de Bonne de 
Lesdignière, tué neuf ans plus tard au s ége de Québec, la concession 
de six lieues carrées sur la rivière Ste. Marie, représentant la seigneurie 
actuellement en litige qui ne contient pas moins de neuf townships et 
un village très-florissant. 

C'est ce même M. de Repentigny (1) qui commandait le bataillon de 
Montréal, à la fameuse bataille de Ste. Foye, le 28 avril 1760, et dont 
le chevalier de Lévis, dans son journal des opérations militaires, paile 
en ces termes : " Le bataillon de la ville de Montréal, sous les ordres de 
" M. de Repentignv, a servi avec le même courage que les troupes 
" réglées." 

M. de Repentigny passa ensuite en France où le roi Louis XV, pour 
le récompenser, le nomma successivement comte, chevalier de l'Ordre 
Royal et militaire de St. Louis, brigadier de ses armées et enfin Gouver- 
neur-Général et commandant du Sénégal. 

M. i.ouis de Repentigny était gtand père de Madame la Marquise de 
Barbançois, et feu 1° Marquis de Barbançois se trouvait être le beau-frère 
de la famille de3 Juchereau Duchesnay, du Canada, de M. If Marquis 
Louis, Barbe Juclureau de Si Denis, et allié aux plus anciennes familles 
de ce pays: les de Beaujeu, de St. Ours, de Boucherville, de Léry et 
plusieurs autres. — Mintrve 

(1) Né à Montréal, le 5 août 1721, marié à Québec, le 20 avril 1751. a Délie. Marie 
Magdeleine Chaussegros de Lérj\ et décédé à Paris, le 9 octobre 1786, âgé de 65 ans. 



— L'assemblée annuelle de la Société Numismatique de Montréal a 
eu lieu le 1er de décembre dernier. . Le président, M. Boucher, annonça 
la publication prochaine d'un catalogue de toutes les monnaies de cuivre, 
d'argent et de papier, en circulation dans le Canada et dans les autres 
provinces anglaises de l'Amérique du Nord. Cet ouvrage sera orné de 
deux planches, photographiées par M. Notman, qui est membre de la 
Société. Le conservateur du musée signala le3 dons généreux de MM. 
Nathanael Paine, de Worcester, James Ferrier et J. 1,. Bronsdon, de 
Montréal. L'élection des officiers, pour l'année courante, donna les résul- 
tats suivants : Président, M. Ferrier ; vice-président et conservateur du 
musée, M. Adélard Boucher ; trésorier, M. Bronsdon ; secrétaire, M. 
John J. Brown. 

BULLETIN DES LETTRES. 

— Il se publie actuellement à Paris, (août 1863,) 609 journaux et 
recueils périodiques, qui sont classés comme suit : Religion, 83, (catho- 
liques, 62; protestants, 18 ; Israélites, 3) ; littérature, 74; modes, 66 
théâtres et beaux-arts, 52 ; arts et métiers, 51 ; médecine, 40 ; jurispru 
dence, 40 ; agriculture, 30 ; architecture et mécanique; 27; sciences, 24 
politique, 22 ; géographie, 18; instruction et éducation, 17; finances 
15 ; histoire et géographie, 12 ; sport, 10 ; art militaire, 10 ; marine, 10 
horticulture, 8. — Journal d'Education de Bordeaux. 

— Tous les amis du pays, ton3 les amis surtout de notre histoire et de 
notre littérature, apprendront avec plaisir que la cité de Québec vient 
d'accorder à M Garneau, depuis longtemps greffier du conseil muni- 
cipal, une pension de retraite. Les études auxquelles M. Garneau s'était 
condamné, en sus des laborieuses occupations de sa charge, ont préma 
turément détruit sa sanlé, et, s'il est vrai de dire que le pays entier a 
profité de ses efforts, Québec en tirera un double lustre et réclamera 
plus tard l'honneur d'avoir donné naissance au premier historien cana- 
dien. Elle aurait eu mauvaise grâce à revendiquer ce titre de gloire 
sans l'acte de justice qu'elle vient d'accomplir. 



^isr^oisrcE 



" Journal de l'Instruction Publique " et 
" Journal of Education." 

L'abonnement à chacun de ces journaux est d'une piastre par année 
et d'un écu seulement pour les Instituteurs et pour les Institutrices. 

Ces journaux s'occupent aussi de science et de littérature, et con- 
tiennent une revue de tous les événements de chaque mois. Ils ont été 
mentionnés avec éloge par le jury du Département de l'Education, à 
l'Exposition de Londres, en 1862, et il a été accordé une médaille de 
première classe pour leur rédaction. 

On peut se procurer, au Département de l'Instruction Publique du 
Bas-Canada, la collection complète pour les prix suivants : 

Chaque volume cartonné en papier se vend $1.10 ; élégant cartonnage 
en toile avec vignette en or sur plat, $1.25 ; les deux journaux, français 
et anglais, cartonnés ensemble, $2. La collection complète de l'un ou 
de l'autre journal, formant 7 volumes, se donne pour $7 ; aux institu- 
teurs, moitié prix, et aux Collèges, Académies, Institutions Littéraires et 
aux Bibliothèques de Paroisse, $5. Ceux qui désireraient se procurer 
des collections complètes feront bien de s'adresser de suite au Bureau de 
l'Education, où il n'en reste plus qu'un petit nombre de séries, l'année 
1857 étant presque épuisée. 

Le journal français se publie à 3000 exemplaires, le journal anglais à 
1500. Ils ont l'un et l'autre une circulation à peu près uniforme dans 
tout le Bas-Canada, et un grand nombre d'exemplaires s'expédie à 
l'étranger. 

On ne publie que des annonces qui ont rapport à l'instruction Dtiblique, 
aux sciences, aux lettres ou aux beaux-arts. Le prix des annonças est de 
7 ceutins par ligne pour la 1ère insertion et 2 centins pour chaque inser- 
tion subséquente. 

Les éditeurs de journaux qui reproduiront l'annonce ci-dessus, auront 
droit, pour chaque insertion, à un des sept vnlumes. Deux insertions 
leur donneront droit à deux volumes, et ainsi de suite. Il faudra indi- 
quer l'année du volume que l'on désire avoir 

La collection complète sera donnée à toute personne qui nous trans- 
mettra le montant de vingt nouveaux abonnements. 



Typographie d'EusÈBE Senécal, 4, Rue St. Vincent, Montréal, 






Volume VIII. Montréal, (Bas-Canada) Février et Mars, 1884. Nos. 2 et 3. 



SOMMAIRE.— Littérature. — Poésie: Amende honorable, par Victor do La- 
prade.— SCIENCE : Revue Géographique de 1863, par Vivien de Saint Martin. 
(suite et fin.)— Jugement erroné de M. Ernest Renan sur les langues sauvages, 
par N- 0. (suite et fin.) — Compte-rendu du Cours d'Histoire du Canada do 
l'abbé Ferland, (suite).— Les deux abbés de Eénélon, par II. V-— Education- : 
Do l'enseignement de la lecture, (suite.)— Singulières propriétés du nombre 
neuf, par M. Juneau, (suite et fin).— Solution des problèmes delà dernière 
livraison. —Avis Officiels : Examen sur l'agriculture et la pédagogie. — 
Erection de municipalités scolaires. — Nominations de Commissaires et de 
Syndics. — Diplôme accordé par l'école Normale Laval. — Diplômes accordés 
par les bureaux d'examinateurs.— Partie Editoriale : Mort du juge en chef 
LaFontaine. — Examen sur la pédagogie et l'agriculture. — Vingt deuxième 
conférence de l'association des Instituteurs de la circonscription de l'Ecole 
Normale Jacques Cartier. — Vingt-unième conférence des Instituteurs de la 
circonscription de l'Ecole Normale Laval.— Extraits des Rapports des Inspeo 
teurs d'école.— Bulletin des publications et des réimpressions les plus récentes 
Paris, Québec, Montréal— Petite Revue Mensuelle.— Tableau de la distribu 
tion de la subvention des municipalités pauvres pour 1863. 



littérature; 



POESIE. 

AMENDE HONORABLE. 

Dieu do mon berceau, sois le dieu de ma tombe 
Lamartine, Hymne au Christ. 



Christ, ta passion sera donc éternelle ! 
L'homme à percer ton cœur s'exerce chaque jour ; 
Et l'affreux déicide, hélas! se renouvelle 
Sans lasser nos fureurs, pas plus que ton amour. 

Toujours des voix en foule acclament ton supplice ; 
Toujours, pour le subir, tu redescends du ciel. 
Au pied du Golgotha, dans ton amer calice, 
Chaque siècle en passant vient exprimer son fiel. 

On t'ôte, on te redonne un sceptre dérisoire 
Qui sert à te meurtrir sur tes âpres chemins ; 
Et Pilate, impassible en son hideux prétoire, 
Livre le sang du juste et s'en lave les mains. 

Nous, indignes témoins de la grande agonie, 
Réveillés par trois fois, nous dormons lâchement ; 
Et plus d'un faible ami se cache ou te renie 
Et ne t'avouera Dieu qu'à son dernier moment. 

Donc tu mentais à l'homme, au ciel qui te délaisse : 
L'arrêt en est porté par la foule et ses rois, 
Et ce monde ironique, en raillant ta promesse, 
Te crie : " moribond, descends-tu de la croix? " 



L'orgueil du moindre enfant se rit de ta parole ; 
Ta loi tombe à son tour sous le niveau fatal, 
Et le peuple, en travail d'une nouvelle idole, 
Court adorer ses dieux forgés dans le métal. 

Te voilà donc vaincu par l'esprit, par le glaive ! 
Eh bien ! ton lourd tombeau tu le soulèveras ; 
Entre tout ce qui tombe et tout ce qui s'élève, 
Toi seul, ô divin mort, tu vis et tu vivras. 

Tu t'es fait du Calvaire un trône impérissable ; 
Et ton peuple, à genoux sur ces chastes hauteurs, 
Verra tomber, ce soir, les empires de sable 
Que dressaient contre Dieu des rois spoliateurs. 

Même à cette heure, ô Christ, et sur tout notre globe, 
Par delà ces docteurs ligués pour te honnir, 
Tandis que les soldats tirent au sort ta robe, 
Vois ces mille ouvriers de ton règne à venir ! 

Partout où l'âme est libre, où la terre est féconde, 
Où règne un autre Dieu que l'or ou le canon, 
C'est ta loi qui demeure, ô Christ ! ou qui se fonde ; 
Nos dernières vertus ne germent qu'en ton nom. 

Vainement s'unissaient, pour ébranler ton culte, 
Le despote au sophiste et le peuple aux licteurs ; 
Là-bas on meurt pour toi, si chez nous on t'insulte ; 
Vois, combien de martyrs pour un blasphémateur ! 

Vois ces soldats enfants, ces vierges, ces lévites 
Qui s'arment de ta croix et meurent sur l'autel ; 
Tout ce peuple en pâture aux Nérons moscovites, 
Et qui, te prouvant Dieu, se démontre immortel. 

Vois, par delà les mers, se choquer ces armées : 
La servitude expire et fait place à ta loi. 
Tant de sang, tant de pleurs, de luttes enflammées, 
C'est pour la liberté. ... je veux dire pour toi. 

C'est pour toi, pour panser tes divines blessures, 
Qu'autour des lits de mort et sur ces champs affreux 
Des anges descendus touchent de leurs mains pures 
Le sang noir des blessés et la chair des lépreux. 

On les trouve à genoux sous les gibets infâmes ; 
Chez tous les délaissés, innocents ou pervers, 
Elles vont, sans frémir, humbles et fortes femmes, 
Epouser tes douleurs au bout de l'univers. 

C'est pour planter ta croix qu'on découvre des monde? 
Vers l'antique Orient ramenant nos vaisseaux, 
La barque d'un apôtre y rend les mers fécondes. 
Partout ton labarum précéda nos drapeaux. 



IS 



JOURNAL DE L'INSTRUCTION PUBLIQUE. 



Ton astre, que suivaient les bergers et les mages, 
Partout annonce à l'homme une plus douce loi ; 
Chez les peuples eufants visités par nos sages, 
Le véritable jour ne luira qu'avec toi. 

En vain nous y portons notre science humaine, 
Nous leur prêtons nos arts, nos lois, nos chars de feu ; 
La raison s'est éteinte et l'âme existe à peine 
Dans ces mondes vieillis qui ne t'ont pas pour Dieu. 

II. 

Et voilà qu'on proclame, — ô siècle de chimères ! — 
Que ta parole, ô Christ, pâlit à nos lumières ; 
Voilà qu'au Dieu vivant un ver se dit pareil, 
Et que la lampe insulte aux clartés du soleil! 
Ainsi tu fis de nous ton image suprême 
Pour aider notre orgueil à s'adorer lui-même ! 
Ce ciel vide de toi, ces œuvres de ta main 
N'ont pour veiller sur eux que le regard humain 1 
Dans leur éternité, ces mers, ce monde immense, 
Ce peuple de soleils flottent sans providence ; 
Nul n'a tracé leur route et nul ne les connaît, 
Hors l'insecte pensant qui meurt sitôt qu'il naît. 
Le monde a pour raison le seul esprit de l'homme, 
Et Dieu tient tout entier dans le mot qui le nomme. 

Prenez-le donc ce mot, dans son inanité, 

Et tâchez d'en nourrir la triste humanité 1 

Servez au lieu du Christ, au lieu du pain des anges, 

Servez aux affamés vos formules étranges. 

A qui pleure une mère, un enfant, une sœur, 

Offrez ce Dieu sans voix, sans regard et sans cœur; 

Donnez-le pour richesse à ces pauvres chaumières, 

A nos temps assombris, donnez-le pour lumières ; 

Donnez-le pour espoir aux veuves, aux mourants, 

Pour seul juge aux vaincus, pour seul frein aux tyrans. 

Tâchez que l'univers un moment le proclame, 

Ce Dieu que chacun fait et défait dans son âme, 

Qui pense avec Socrate et meurt avec Caton, 

Mais qui rugit aussi dans le tigre et Néron j 

Qui chez un Attila se retrouve et s'adore ; 

Qui, couvé dans la brute, en Marat vient éclore; 

Qui siffle avec le fouet du planteur insolent, 

Et, dans la main du Czar, s'allonge en knout sanglant. 

Sur le trône du Christ faites qu'il règne une heure ; 

Puis comptez nos vertus ! Voyez ce qui demeure, 

Et ce qu'un pareil Dieu garde à l'humanité 

De justice et d'amour, surtout de liberté. 

Prophètes du néant, voyez 1 le ciel est vide ; 
La prière tarit sous votre souffle aride ; 
Gardant pour dieux secrets le dédain et l'orgueil, 
L'homme a la haine au cœur et l'ironie à l'œil. 
Comme la feuille au vent, les âmes desséchées, 
A l'arbre de la croix par le doute arrachées, 
Roulent en tourbillons sans guide et sans chemins. 
Les peuples ne sont plus que des sables humains ; 
Et dans un noir désert traversé de fantômes, 
Un orage éternel emporte ces atomes. 

Pulvérisez encore, ô funèbres vainqueurs, 

Ce qui restait de Dieu pour cimenter les cœurs ; 

Ecrasez sur leur croix le Christ et son vicaire ; 

Aplatissez le monde en rasant le Calvaire, 

Pour que les hauts Césars demeurent, parmi nous, 

Les seules majestés qu'on adore à genoux ; 

Que la chair et ses dieux, seuls debout dans nos temples, 

Soient dotés chaque jour de domaines plus amples ; 

Que les peuples, enfin, tous passés au niveau, 

Sous le même boucher ne forment qu'un troupeau. 

III. 

A genoux 1 et veillons en armes 
Autour de l'auguste rocher. 
Enfants, objets de mes alarmes, 
Venez défendre avec vos larmes 
Ce Dieu qu'on veut nous arracher. 

Vous verrez de tristes années : 
Des hommes sans Dieu seront rois ; 

Les mœurs, les lois sont entraînées 

Enfants I de vos mains acharnées, 
Cramponnez-vous à cette croix. 

Tous les aïeux morts à son ombre, 
Accourus vers le sa>nt tombeau, 
Groupés sous ce ciel lourd et sombre, 
Vont faire un cortège sans nombre 
Au Christ qui saigne de nouvean. 



Leurs faces de pleurs sont trempées ; 
De l'outrage, hélas ! avertis, 
Tous ont porté leurs mains crispées, 
Les uns à leurs grandes épées, 
D'autres à leurs rudes outils. 

Voici le chœur des saintes femmes 
Avec des vases précieux : 
Sur les places des clous infâmes 
Elles versent, à pleines âmes, 
Des parfums rapportés des cieux. 

Dans son angoisse maternelle 
Chacune, au pied du crucifix, 
Regarde en tremblant autour d'elle, 
Si, parmi la troupe fidèle, 
Elle aperçoit au moins son fils. 

De leur groupe qui se resserre 
Ce cri s'élève et nous défend : 
" O Jésus, retiens le tonnerre 
Et n'abandonne pas la terre 
S'il nous y reste un seul enfant 1 " 

Exauçons ce vœu de nos mères, 
Et Dieu l'accomplira sur nous. 
Laissons au monde ses chimères, 
Ses fruits pleins de cendres amères. . . . 
Voici la croix, tous à genoux ! 

Petits enfants à tête blonde, 
Vous dont l'âme est un encensoir, 
Priez ! la prière est féconde. . . . 
Un enfant peut sauver un monde, 
En joignant ses mains, chaque soir. 

Peut-être que Dieu veut encore, 
Lorsque tant d'hommes sont menteurs, 
Prendre, au lieu d'oracle sonore, 
La voix d'un enfant qui l'adore 
Pour confondre les faux docteurs. 

Le soir, que dans chaque famille, 
Au pied de l'arbre des douleurs, 
L'enfant rose et la jeune fille, 
Pour tous ceux dont la foi vacille, 
Offrent leur prière et leurs pleurs. 

Tandis qu'au fond du sanctuaire 
Les apôtres en cheveux blancs, 
La recluse et le solitaire, 
Les voix qui ne peuvent se taire 
Chantent leurs hymnes vigilants. 

Vous qui savez parler aux chênes, 
A la mer grondante, au ciel bleu, 
Qui forcez les cimes hautaines, 
Les oiseaux, les lis, les fontaines, 
A confesser le nom de Dieu ; 

Tirez de toute créature, 
Répandez sur tous les chemins 
Des fleurs, des larmes sans mesure, 
Et les remords de la nature 
Pour tant de blasphèmes humains. 

L'homme, hélas 1 ce pauvre brin d'herbe, 
A son orgueil s'est trop fié : 
Qu'il revienne adorer le Verbe. . . . 
Prosterne-toi, raison superbe, ■ 
Aux pieds du Dieu crucifié. 

Victor de Lapbade, 

{Le Correspondant.) 



SCIENCE. 



Revue Géographique, 1863. 

V. 

(Suite et fin.) 
Le Gabon est aussi un pays nouveau pour la géographie. 



Les 

excursions que Du Chaillu y a poussées en deux ou trois directions 
ont été, en Angleterre, le sujet de vives controverses, où il y a eu 



JOURNAL DE L'INSTRUCTION PUBLIQUE, 



19 



souvent moins de justice que de passion ; il est du moins Un 
honneur qu'on ne peut lui refuser: c'est d'avoir appelé l'intérêt 
sur ties contrées jusqu'alors inconnues, et d'en avoir provoqué une 
étude de plus en plus agrandie. Plusieurs notices intéressantes en 
ont été adressées depuis un an aux sociétés savantes par les mis- 
sionnaires américains qui y ont des établissements ; et notre manne 
y a opéré de nouvelles reconnaissances dans le Gabon même ou 
ses affluents, et sur le bras principal d'un fleuve un peu plus méri- 
dional, l'Ogovaï. Un voyageur qui pourrait remonter au loin ce 
dernier fleuve y serait certainement conduit à des découvertes 
importantes. L'embouchure de l'Ogovaï est à un degré au sud de 
Péquateur, précisément sous le parallèle central du Nyanza, dont 
un intervalle de vingt-deux degrés, ou cinq cent cinquante lieues à 
vol d'oiseau, la sépare. Quel explorateur comblera ce vide im- 
mense ? 

Cette gloire périlleuse, Du Chaillu a le désir honorable d'y entrer 
au moins pour une part. Après avoir complété à Londres son édu- 
cation géographique sous de bonnes directions, il est parti, dans les 
premiers jours d'août, muni d'instructions et d'instruments, avec 
îa ferme intention de pousser aussi avant que possible, et de vérifier 
par des observations précises ses premières reconnaissances. 

Un de nos officiers de marine les plus distingués, M. "Vallon, a 
publié tout récemment, sur les parties de l'Afrique occidentale qui 
commencent au Sénégal et finissent au Congo, une étude extrême- 
ment remarquable (1). Ce morceau, fruit d'une longue et solide 
expérience, est ce qui, depuis longtemps, a été écrit de plus subs- 
tantiel et de plus instructif pour l'étude à la fois géographique, 
économique et ethnologique d'une région qui prend chaque jour 
pour nous plus d'importance et d'intérêt. 

Non loin du Gabon, au fond du golfe de Guinée, une célébrité 
éclatante de nos explorations contemporaines poursuit obscurément 
quelques entreprises isolées. Le capitaine Burton s'est séparé du 
capitaine Speke, par je ne sais quelle triste question de préséance, 
après leur commune expédition de 1858 aux grands lacs de l'Afrique 
australe; et pendant que l'un retournait avec ardeur au cœur de 
l'Afrique conquérir une nouvelle illustration par de plus grandes 
découvertes, l'autre, exilé volontaire, allait se confiner dans le 
poste de consul à Fernando Po. Mais, selon notre proverbe, bon 
sang ne peut mentir, M. Burton a bientôt senti fermenter le vieux 
levain. Des courses sur les côtes avoisinantes et des excursions 
vers l'intérieur ont rempli, depuis trente mois, le vide de ses fonc- 
tions officielles. Il a gravi le premier les cimes difficilement acces- 
sibles du mont Cameroun, qui domine la côte en vue de Fernando 
Po ; il a pénétré sur le territoire des Fân, ce peuple anthropophage 
dont on a tant parlé depuis deux ou trois ans, et confirmé ce que 
Du Chaillu et d'autres ont rapporté de leurs habitudes ; il a réuni, 
en unmot, les matériaux d'un nouveau livre sur l'Afrique occiden- 
tale, dont on annonce la prochaine apparition, mais qui ne rempla- 
cera pas celui qu'il nous aurait donné s'il était retourné avec Speke 
dans la région des sources du Nil. 

Il est un autre voyageur dont on attendait beaucoup d'après la 
vigueur de ses débuts : c'est le baron de Decken. M. de Decken 
est un compatriote du docteur Barth (tous deux sont nés à Ham- 
bourg), qui réunit, ce qui n'est pas commun, la fortune à l'amour, 
plus encore, à la pratique de la science. En 1860, il partit pour la 
côte orientale d'Afrique, dans l'intention d'y rejoindre le docteur 
Roscher, un autre de ses compatriotes, qui avait essayé à plusieurs 
reprises de pénétrer dans ia région des grands lacs intérieurs, et 
dont les tentatives avaient échoué, faute de ce qui est le nerf des 
voyages aussi bien que de la guerre, l'argent. Rien n'égale la 
rapacité de ces peuples africains, et surtout des chefs, vis-à-vis des 
blancs; leurs exigences sont devenues telles, qu'un voyage dans 
ces contrées barbares est maintenant plus coûteux qu'un séjour de 
même durée au milieu des raffinements de nos capitales. Le mal- 
heureux Roscher avait été victime de cette avidité effrénée ; faute 
d'avoir pu s'entourer d'une escorte suffisante, il se trouva à la 
merci d'un noir qui l'assassina pour le dépouiller. M. de Decken 
arriva dans ces parages pour apprendre la catastrophe. Elle avait 
eu lieu à la hauteur de Quiloa. Sa pensée alors se tourna vers une 
entreprise qui était aussi au nombre de ses projets : c'était de 
gagner Mombaz, sur ia côte du Zanguebar, et de s'avancer de là 
dans l'intérieur jusqu'aux montagnes neigeuses de Kilimandjaro 
et du Kénia. Quoique signalée depuis treize ans par les mission- 
naires de Mombaz, l'existence de ces montagnes et de leurs neiges 
éternelles avait été contestée par un hypercritique anglais, M. Des- 
bourough Cooley, qui semble avoir pris à tâche de s'inscrire en 
faux contre les découvertes des explorateurs africains (2;. M. de 

(1) Dans la Revue maritime et coloniale, novembre 18(i3. 

(2) On jugera de la rectitude d'appréciations de M. Cooley par un 
seul fait encore tout récent. Par une de ces tristes bizarreries que ren- 



Decken s'adjoignit un géologue, le docteur Thornton, qui avait 
accompagné Livingstone dans ses dernières reconnaissances du 
Zambézé, et tous deux arrivèrent au Kilimandjaro. La montagne 
fut gravie jusqu'à la hauteur de huit mille pieds,— moins de la 
moitié de sa hauteur totale, — et la présence des neiges permanentes 
y fut directement constatée. D'autres observations furent rapportées 
de cette course, que la saison des pluies obligea de discontinuer. 

L'année suivante (au mois d'octobre 1862), M. de Decken est 
allé pour la seconde fois au Kilimandjaro, qui a élé de nouveau 
gravi jusqu'à cinq mille pieds au delà de la première station ; mais 
des difficultés imprévues n'ont pas permis au voyageur de s'avan- 
cer plus avant dans l'ouest, ni de se diriger au nord vers le mont 
Kénia. Il y a là, cependant, de belles découvertes à faire, surtout 
si l'on peut redescendre à l'ouest la pente de cette haute région 
qui verse sûrement ses eaux au lac Nyanza. Au moment où nous 
traçons ces lignes, le voyageur est de retour en Europe, mais seu- 
lement, annonce-t-il, pour se procurer un bateau à vapeur, avec 
lequel il veut tenter de remonter, au-dessus de Mombaz, quelqu'une 
des rivières inexplorées qui débouchent à la côte et qui ont leur 
source, selon toute probabilité, dans le massif que couronnent les 
sommets du mont Kénia. 

On ne saurait trop louer cette persévérance du voyageur, tout en 
regrettant qu'il n'art rendu publics jusqu'à piésent (saut des lettres 
d'une nature très-générale adressées au docteur Barth, et qui ont 
été publiées dans le journal géographique de Berlin) aucune des 
observations, aucun des matériaux nr des cartes qui sont le fruit de 
ses deux voyages. Mais sans doute M. de Decken ne quittera pas 
l'Europe avant d'avoir payé sa dette au monde géographique. 

Parlerons-nous de Madagascar et des projets d'exploration qu'on 
y avait formés ? Ici, ce sont des empêchements d'une autre nature, 
des empêchements dont la cause est bien connue, qui ont arrêté les 
études dont l'île allait être l'objet. A la suite du traité de commerce 
conclu en 1862 avec le nouveau roi Radama II, une commission 
scientifique s'était constituée pour en relever la géographie et en 
explorer les richesses naturelles, qui sont immenses. Cette com- 
mission allait qui'.ter la France, lorsque est arrivée, au mois de 
juillet 1863, la nouvelle foudroyante de la sanglante révolution qui 
venait de mettre à mort notre ami le roi Radama, et de relever la 
politique de la vieille reine Ranavalo, politique dont le dernier mot 
est la proscription des blancs et de toute influence des mœurs étran- 
gères. C'est la barbarie, avec ses instincts féroces, qui se dresse 
contre toute idée de civilisation. Au point de vue de la science, le 
seul où nous ayons à l'envisager, ce triste événement est profondé- 
ment regrettable ; car Madagascar, chose assez singulière pour 
une contrée qui a été regardée longtemps comme une terre presque 
française, est encore aujourd'hui une des parties de l'Afrique les 
plus imparfaitement connues. Les notions que nous en avons sont 
vagues, très-incomplètes et sans contrôle sérieux. Les détails 
topographiques dont les faiseurs de cartes la couvrent à l'envi sont 
en très-grande partie des détails de pure fantaisie, dont personne 
n'a sérieusement vérifié la source. Même sur les peuples de l'île, 
on n'a que des idées généralement fausses, à en juger par ce qui 
est imprimé; entre les Hovas, la population dominante à peau 
claire, celle dont Radama était le chef, entre les Hovas, disons- 
nous, et les autres populations de l'ouest et de l'est (les Sakalaves 
et les Malgaches), on établit des distinctions absolues qui, sans 
aucun doute, n'existent pas; car chez tous la langue est au fond la 
même, et si les traits diffèrent, ce doit être par suite d'un mélange 
plus ou moins intense de la race supérieure avec un fond nègre 
probablement aborigène, et aujourd'hui complètement absorbé. 
Enfin c'est une opinion reçue que les Hovas sont d'origine malaise, 
ce dont il y a de très-fortes raisons de douter, pour ne pas dire plus. 
Tout cela était un champ d'étude, important sous plus d'un rap- 
poit, qui s'ouvrait à nos explorateurs et qui s'est violemment 
refermé devant eux. M. de Decken lui-même avait eu un moment 
l'idée, quand il a dû quitter le Zanguebar, d'entreprendre une ex- 
cursion dans l'intérieur de l'île. Espérons encore que les événe- 
ments reprendront un aspect plus favorable, et que l'on pourra 
revenir aux investigations interrompues. 



contrent les esprits enclins au paradoxe, le critique anglais venait d'im- 
primer un long mémoire dans VMhenœum pour établir que la position 
de Gondokoro, sur le haut fleuve Blanc, devait être portée pour le moins 
au neuvième degré de latitude, lorsque le capitaine Speke publia, il y a 
quelques mois, ses observations vérifiées par un des astronomes de 
Greenwich, qui fixent la position de Gondokoro, comme on l'a vu plus 
haut, à 4° 54' 5" de latitude 1 Si ces excentricités venaient d'un homme 
inconnu dans la science, elles resteraient ensevelies dans l'oubli qui 
leur appartient ; mais M. Cooley a publié autrefois des travaux qui 
témoignent d'un savoir sérieux, et qui ont attaché à son nom, au moins 
en Angleterre, une sorte d'autorité, — aujourd'hui un peu compromise, 
il est vrai. 



80 



JOURNAL DE L'INSTRUCTION PUBLIQUE. 



VI. 

Nous avons pu nous arrêter longtemps en Afrique, parce qu'en 
dehors de ce grand théâtre ties explorations actuelles nous n'avons 
nuère à noter aujourd'hui de faits importants. Eu Australie, où 
depuis quelques années les explorations ont été si actives, il s'est 
fait un temps d'arrêt ; en attendant la reprise des reconnaissances, 
on liquide les résultats acquis et on prépare les publications. Deux 
ou trois ont déjà vu le jour ; mais ce ne sont pas les plus impor- 
tantes. Les relations qui nous viennent de ce côté ont, au surplus, 
et cela est inévitable, un singulier caractère d'uniformité. Dans 
la triste monotonie de ces espaces immenses, au milieu de ces 
plaines intérieures d'un aspect aride et nu, sans chaînes de mon- 
tagnes, sans larges vallées, sans forêts, sans rivières permanentes, 
sans autre végétation que des arbustes rabougris, armés de redou- 
tables épines, sans autre verdure qu'une herbe temporaire qui 
apparaît avec les pluies tropicales et disparaît avec elles ; lorsque 
durant des semaines et des mois entiers le voyageur n'a rencontré 
rien qui ait vie à travers ces solitudes désolées, ou que dans les 
rares tribus qu'il aura trouvées ça et là aux approches des zones 
littorales il n'a sous les yeux que le dernier degré de l'abrutisse- 
ment et la dégradation physique et morale la plus absolue où 
puisse descendre un être à face humaine, quelle variété pourrait-il 
répandre dans ses récits? Toujours les mêmes fatigues, les mêmes 
périls, les mêmes privations ; toutes les journées se ressemblent et 
aussi tous les voyages. II ne faut rien inoins qu'une catastrophe 
comme celle de Burke et de Wills, ou les anxiétés causées par la 
disparition d'un voyageur tel que Leichhardt, pour relever un peu 
la pesante monotonie de ces relations australiennes. Et puis, au 
total, la science y a peu de part ; ce ne sont pas des observateurs 
proprement dits que les colonies du sud ou de l'est envoient vers 
l'intérieur, mais des hommes vigoureux, des bushmen, rompus à 
la vie du désert, et qui doivent être avant tout en état de supporter 
longtemps les rudes épreuves de ces terribles courses. La science 
gagne toujours quelque chose, sans doute, à ces voyages qui nous 
apportent peu à peu des données positives sur la nature des parties 
centrales du continent australien ; mais ce n'est pas là ce que les 
voyageurs de ces dernières années ont cherché. Leur préoccupa- 
tion principale, comme aussi leur principal intérêt, est de trouver, 
dans les espaces inexplorés de l'intérieur, des pacages où les colons 
puissent étendre et multiplier l'é'evage de leurs troupeaux. Le 
surplus, c'est-à-dire l'extension des notions géographiques et des 
sciences qui s'y rapportent, est une affaire accessoire et de second 
rang. 

Si maintenant nous tournons les yeux vers les pays que la politi- 
que ou les armes ont, dans ces derniers temps, ouverts à l'investi- 
gation européenne ; si nous demandons ce que les événements 
nous ont valu de connaissances nouvelles sur la Chine, sur les 
pays d'Annam, sur le Japon, sur le Mexique, — pour cette fois il 
nous faudra répondre : Rien, ou peu de chose. Nous en sommes 
encore à la période des promesses et des espérances. Mais le 
temps marche, notre activité est en éveil, et sûrement les espéran- 
ces seront réalisées, dépassées peut-être. L'intérieur de la Chine, — 
tout un monde à conquérir pour nos explorateurs, — ne sera pas 
toujours livré aux horreurs de la guerre intestine ;et avec la Chine 
s'ouvriront pour nous les portes des contrées centrales de la haute 
Asie. Au Japon, la course littorale dont un consul anglais, Ruther- 
ford Alcock, a publié l'intéressante relation, et les communications 
a'un de nos compatriotes, M. Robert Lindau, nous donnent un 
avant-goût de ce que seraient pour notre instruction des voyages à 
l'intérieur. C'est au Mexique surtout que le champ est large 
et que la moisson sera belle. Il y a là à réaliser d'immenses 
conquêtes scientifiques , en même temps qu'une grande régé- 
nération sociale. Même après les travaux d'Alex, de Hum- 
boldt, après les publications précieuses de Ternaux Compans et 
l'ouvrage historique de Brasseur de Bourbourg, il y a là encore, 
dans ce pays si longtemps fermé aux recherches savantes, des 
investigations à poursuivre dans les archives publiques, des études 
à reprendre sur les constructions gigantesques dont Jes anciennes 
races ont couvert le sol depuis le centre de l'isthme jusqu'au fond 
de la Californie, sur l'écriture idéographique des Azteks, sur les 
idiomes encore vivants des Indiens et sur les Indiens eux-mêmes, 
sur les rapports de ces langues entre elles et avec celles des popu- 
lations du sud, et sur bien d'autres questions qui touchent aux 
vieux temps du Mexique en même temps qu'aux origines améri- 
caines. L'histoire, l'archéologie, la linguistique, l'ethnologie, ré- 
servent à nos investigateurs une foule de problèmes à scruter, sinon 
à résoudre, sans parler des questions économiques sur lesquelles 
repose l'avenir du pays, et de la topographie si imparfaite encore 
qui appelle toute l'activité de nos ingénieurs. La tâche est vaste, 
mais il sera glorieux de l'avoir remplie. Notre présence dans ce 



pays régénéré doit être marquée par un monument scientifique 
comparable ou supérieur à celui qu'a enfanté, il y a soixante-cinq 
ans, notre expédition d'Egypte. 

Le temps, ai-je dit, n'est pas venu encore où les nouveaux rap- 
ports de commerce ou de guerre avec l'extrême Orient et l'Amé- 
rique aient pu ajouter notablement à la somme de nos informations 
scientifiques; quelque exception, cependant, pourrait être faite 
pour l'Indo-Chine. Les reconnaissances de nos officiers de marine 
dans notre récente colonie de Cochinchine sont une bonne acquisi- 
tion pour la géographie positive. Le vice-amiral Bonnard, au mois 
de septembre 1862, remonta le grand fleuve du Kambodje jusqu'à 
cent vingt lieues de ses embouchures; et près d'un large lac que 
le fleuve traverse à cette distance il put contempler les magnifi- 
ques ruines de l'ancienne cité d'Ongkor, (1) restes d'un élablissement 
bouddhique dont les Siamois ne parlent qu'avec admiration comme 
de l'ouvrage des génies. Les constructions d'Ongkor ont une grande 
analogie avec les monuments bouddhiques de l'île de Java ; elles 
sont, comme ceux-ci l'œuvre d'une civilisation importée. L'époque 
n'en est indiquée par aucune donnée précise ; mais il est bien pro- 
bable qu'elles doivent appartenir à la période de la grande prospé- 
rité du bouddhisme de l'Inde, qui fut aussi le temps de la grande 
propagation extérieure du culte de Câkyamouni, ce qui nous con- 
duit au troisième ou au deuxième siècle avant l'ère chrétienne. 
Les statues colossales du Bouddha taillées dans les rochers d'Ong- 
kor ont une frappante analogie avec les colosses bouddhiques de 
Bamyân, dans l'Asie centrale, qui remontent incontestable Tient à 
des temps voisins de notre ère. Deux ans avant la visite de l'amiral 
Bonnard, le site d'Ongkor avait été vu et décrit par un voyageur 
français, M. Mouhot, dont le Tour du Monde a publié la relation. 
M. Mouhot voyageait surtout en naturaliste, et ses collections, que 
la mort a interrompues, sont d'une extrême richesse ; mais il savait 
aussi voir et décrire ce qu'un pays peu connu offre de curieux à 
l'observateur. Nos lecteurs ont pu juger de l'intérêt de ses jour- 
naux en même temps que de la beauté des dessins dont il avait 
formé un riche portefeuille. Ses courses dans le Kambodje et les 
provinces de Siam ne présentent pas un développement de moins 
de huit cents lieues dans l'espace de trois années; c'est, au total, 
un des voyages les plus importants et les plus instructifs que pos- 
sède aujourd'hui l'Europe sur la péninsule indo-chinoise. 

Vivien de Saint-Martin. 

Le Tour du Monde. 



Jugement erroné «le M. Ernest Renan sur les 
langues sauvages. 

(Suite et fin.) 

Par ces deux spécimens, on verra les différentes combinaisons 
que les lettres forment entre elles, et dans quelle proportion chacune 
d'elles est employée. Nous recommandons le takSaxenha à l'at- 
tention toute spéciale de M. Renan qui, dans son triste livre de 
L'origine du langage, a cru devoir choisir la langue iroquoise 
comme le type, comme le nec plus ultra des idiomes barbares. 
Il ne pourra s'empêcher de remarquer dans ce morceau, bien que 
composé seulement de onze lettres, un heureux mélange de sons 
doux et d'articulations fortes ; et, quoiqu'il soit dépourvu de plu- 
sieurs de nos articulations françaises, nous espérons qu'il lui épar- 
gnera le reproche d'être monotone. Mais passons vite à un point 
plus important. 

M. Renan sera probablement surpris d'apprendre que cette lan- 
gue iroquoise qu'il s'était figurée être si barbare, ne laisse pas que 
d'avoir certaines analogies très-curieuses avec les langues savantes. 
Ainsi ces racines quadrilitères et quinquilitères tant hébraïques 
qu-'indo-germaniques dont M. Renan fait un si pompeux étalage 
dans son livre de philologie comparée, ont leurs émules dans la 
/aligne iroquoise ; et certes les mots raonraon, kitkit, 8iion8iion, 
taraktarak, sarasara, teriteri, k8isk8is, herhar, tsiskoko, k8itok8ito, 
iekanienk8irok8iro, et autres, peuvent très-bien entrer en parallèle 
avec . gargar, tsiflsêj, tsiltsêl, gargaiuser, GARGARIZEIN, 
pipi vit, PIP1ZEIN, tintinnavit, klingeln et les autres mots cités 
dans la liste de M. Renan. Concluons donc qu'en matière d'ono- 
matopée, les langues américaines (1) ne le cèdent à aucune, et 
que, parmi elles, l'iroquois se distingue par des tendances à revêtir 
la forme quadrilitère. Mais il est d'autres analogies qui frappe- 

1. Nokhor, selon M. Pallegoix. 

(1) L'Algonquin en particulier offre d'assez nombreux exemples de 
mots formés par imitation de la nature, tels que ceux-ci : kokoc, kokoko . 
kackackipinesi, kakaki, makaki, anhanh8e, etc 



JOURNAL DE L'INSTRUCTION PUBLIQUE. 



21 



ront davantage M. Renan, et l'obligeront, sinon à réformer ses 
opinions, du moins à les exprimer en des leimes plus modérés et 
d'un ton moins affirmât if. 

Telle sera l'analogie qui existe entre les préfixes algonquins et 
les affixes hébraïques. Que M. Renan veuille bien les comparer 
Jes uns aux autres : 

SabaktaNI, tu m'as abandonné, nt, me, moi, 
IadekA, ta main, ka, de toi, 

RaghelO, son pied, o, de lui, 

Nlnaganik, il m'abandonne, ni, me, moi, 
Kinindj, ta main, ka, de toi, 

Osit, son pied, o, de lui ou d'el 

Où trouvera-t-on ailleurs une analogie plus remarquable? Est-ce 
dans le sanscrit qu'allègue si souvent M. Renan? 

Mais voyons si, à son tour, la langue iroquoise n'offrirait pas, elle 
aussi, quelques rapports de similitude, en matière tie pronoms. 

M. Renan fait observer quelque paît que certains pronoms-isolés 
hébraïques réclament l'appui d'une syllabe préformante à laquelle, 
pour cette raison, on donne le nom de soutien. Or, c'est aussi ce 
qui a lieu à l'égard de certains pronoms-isolés iroquois, comme ii, 
moi, ise, toi, l'i initial sert ici de soutien, de même que la préfor- 
mante AN dans les pronoms hébraïques ani, anta. Otons pour un 
moment ces soutiens, et il nous reste des deux côtés i, pour pro- 
nom de la 1ère personne, forme commune à presque toutes les 
langues d'Europe ; et, quant au pronom de la 2de p., nous aurons 
du côté sémitique : ta, et du côté iroquois : se, forme identique au 
grec su, et dont il reste d'évidents vestiges dans le latin, le fran- 
çais, l'espagnol : 

} comediS, ( loqueriS, 
v. g. \ tu mnngeS, < tu parleS, 
) comeS ( hablaS. 

Mais il y a plus encore : à l'état préfixe, la forme du pronom .e 
Ja 1ère p. est ik on simplement , k. Ne peut-on pas voir dans 'eitr 
forme ik le pronom grec et latin Ego ? Qu'en pense M. Reu^n ' 

Si ces exemples ne suffisent pas, nous ne sommes pas encore . 
bout de nos ressouices. Nous pouvons mettre à contribution 'es 
noms de nombre, et fournir en cette matière de nouvelles richesses 
au trésor de philologie comparée que M. Renan a eu le bonheur de 
découvrir et qu'il désire sans doute grossir et voir se développer 
davantage. Il aura donc le bonheur aujourd'hui d'ajouter à sa liste 
de noms de nombre, à côté de l'hébreu ehad et du sanscrit cka, 
le huron '1) skat et l'iroquois enskal ; et immédiatement au-des- 
sous, en face du nombre deux, le huron tidi et l'iroquois tekeni à 
côté du chaldaïque thayim. 

Allons, cher M. Renan, ne dites donc plus qu'un abîme sépare- 
les races inférieures du nouveau-monde de celles de l'ancien con- 
tinent; car on ne vous croirait pas. Tenez, écoutez bien ceci : Si 
Son Excellence le Ministre tie l'Instruction Publique lève enfin la 
suspense qui vous a fait descendre si soudain de votre chaire de 
philologie comparée, et qu'il vous soit permis d'y remonter, de 
grâce, au lieu de faire, comme la première fois, votre profession, 
non pas de foi, mais d'incrédulité, enseignez, faute de mieux, à 
vos élèves, ce qu'on vient de vous apprendre ici. Ajoutez-y encore 
ce qui va suivre. 

C'est un exemple qu'on peut considéier comme un argument en 
faveur de l'homogénéité primordiale du langage, et de plus, qui 
démontre que les langues sauvages n'ont pas un caractère exclusi- 
vement sensilif, dans Je sens que M.Renan attache à ce mot; 
mais qu'elles sont, pour le moins, aussi psychologiques que les 
langues indo-germaniques. Voyez et jugez vuus-même, M. Renan: 
La racine algonquinc ENIM sert à exprimer toutes les opérations 
intellectuelles, toutes les dispositions de i'âme, tous les mouvements 
du cœur, tous les actes soit de l'esprit soit de la volonté. Ainsi on 
dira: ni minSenindam, je suis content, ni gackenindam, je suis 
triste, ni min&enima, je suis satisfait de qlq., ni cingenima, j'en 
suis mécontent; ni sakenima, je lui suis cordialement attaché, 
nindapilenima, je l'estime, ni nickenima., je trouble son esprit, je 
Je fâche, ni pagosenima, je le supplie dans mon cœur, je le prie 

(1) Le huron et l'iroquois ne sont que des dialectes de la même lan- 
gue, ou si l'on veut en faire deux langues distinctes, nous dirons que le 
rapport qui existe entre elles est à peu près le même que le rapport exis- 
tant entre le portugais et l'espagnol. Le huron est à présent réduit à 
l'état de langue morte, nous dirions presque de langue éteinte. Cela 
est très-regrettable au point de vue de la linguistique américaine, qui 
trouverait dans l'intelligence de certaines racines huronnes la clef pour 
découvrir peut-être l'étymologie véritable d'un petit nombre de mots 
iroquois dont la première signification est restée jusqu'à ce jour dans 
une sorte d'obscurité. 



intérieurement, ni kilcit8a8enima, je le vénère, je le pense digne 
d'honneur, ni kik.nima,]a le connais, ni kSaiakSennna, je le con- 
nais parfaitement, ni piziskenima, je puis me le rappeler, ni 
mikaèenima, je me souviens de lui, ni m.ilonenima, je pense à lui, 
ni nibSaka8enima, je le crois sage, ni tak8enima, je Je comprends, 
je le conçois, je le saisis par la pensée, nind otileienima, j'arrive 
à lui par la pensée, mon esprit atteint jusqu'à lui, ni tanenima, je 
crois qu'il est présent, ni panenima, il échappe à ma pensée, mon 
esprit ne peut aller jusqu'à lui, ni 8anenima, je l'oublie, j'en perds 
le souvenir, ni tangenima, (1) je le touche en esprit, il me semble 
que je le touche, etc. 

L'on a rapproché le latin animus du grec anemos. Nous pou- 
vons avec autant et même plus tie raison, rapprocher de ce der- 
nier, notre racine enim. En effet elle se retrouve sous la forme 
anim, avec l'acception grecque, dans les verbes monopersonnels 
animât, il y a du vent, pitanfwiat, le vent souffle par ici, ondanim&t, 
le vent vient de là, etc. . . . 

N'est-ce pas quelque chose de vraiment digne de remarque que 
le rôle important de cette racine ENIM, cent fois plus féconde 
sans contredit que ses congénères anima et animus ? 

Eh bien ! que dit M. Renan de tout cela ?. . . . Nous faisions-nous 
illusion en croyant devoir lui suggérer l'idée d'en tirer parti dans 
la prochaine édition de son fameux ouvrage, sorti des presses de 
l'imprimerie impériale 1 . . . . 

Mais voici encore une particularité qui se présente en ce mo- 
ment à notre souvenir, et qui ne peut manquer de fixer l'attention 
d'un orientaliste. 

En hébreu, c'est la 3e p. masc. sing, du 1er temps de l'indica- 
tif, qui sert à former toutes les autres personnes et tous les autres 
temps du verbe. 

En algonquin, c'est la 3. p. du sing, commun (2) genre, du pré- 
sent de l'indic. qui sert à former tous les autres temps et personnes 
du verbe. 

Ainsi en hébreu, on dit : Qâthal, il a tué, qâthaltâ, tu as tué, 
qâthaltî, j'ai tué. De même en algonquin on dira : Nici8e, il tue, 
ki niciSe, tu tues, ni nici8e, je tue. 

Dans l'une et l'autre langue, la 3e p. ne prend pour elle aucune 
caractéristique, tandis que les deux autres se font accompagner ou 
précéder des signes qui les distinguent, ...ta, tî ; ki, ni. 

Cette 3e p. se trouve donc être la racine du verbe. Aussi est-ce 
là Ja raison pour laquelle Je dictionnaire algonquin donne tout 
d'abord celte personne, à l'instar du dictionnaire hébraïque. 

Nous avons dit que la syntaxe de nos deux langues sauvages 
était assez compliquée. Elle l'est trop pour que nous puissions, 
dans un travail du genre de celui-ci, entrer dans des détails qui 
pourtant seraient nécessaires, afin d'en donner une idée juste. 
Pour le même motif, nous ne donnerons pas la nomenclature des 
conjonctions soit iroquoises soit algonquines ; nous nous contente- 
rons de dire qu'elles se divisent en copulatives, disjunctives, sup- 
positives, concessives, causatives, temporelles, adversatives, opta- 
tives, expletives. 

Nous avons affirmé que ces deux langues étaient très-claires, 
très-précises, exprimant avec facilité non-seulement les relations 
extérieures des idées, mais encore leurs relations métaphysiques. 
Et en effet, l'algonquin, pour sa part, n'a pas moins de huit modes, 
dont voici les noms : indicatif, conditionnel, impératif, subjonctif, 
simultané, participe, éventuel, gérondif. A l'exception du dernier, 
chacun de ces modes a plusieurs temps. En les réunissant, ils 
donnent un total de 29. Les verbes iroquois comptent 21 temps 
distribués dans trois modes, l'indicatif, l'impératif et le subjonctif. 

(1) Est-ce un simple effet du hasard que la racine TANG soit commune 
au latin et à. l'algonquin? Mais voyez un peu quelle admirable variété 
de formes suivant l'instrument ou l'organe qui agit : Ni tangENiMA, je 
le touche de la pensée, ni tangisa, je le touch'3 de la main, ni tangiCKA8A, 
je le touche du pied, ni tangAMa, je le touche des lèvres, ni tangAiiAMa, 
je le touche des yeux, etc., etc. En latin, ce sera invariablement tango, 
et si on veut préciser, il faudra ajouter au verbe le nom même de l'objet 
ou du membre mis en usage. En algonquin, il suffit d'une ou deux con- 
sonnes intercalées entre la racine verbale et la terminaison temporaire 
pour exprimer clairement et sans équivoque le jeu de l'esprit, de l'œil, 
de l'ouïe, de l'odorat, des dents, du pied, de la main, du couteau, de la 

hache, de la corde, etc Oh ! oui, n'en déplaise à M. Renan, nous 

dirons et dirons hardiment que Dieu seul a pu faire les langues sauvages. 



pas 



2) La langue algonquine est du nombre de celles qui n'admettent 
t»ttd la distinction des genres, laquelle " distinction, a dit un savant 
académicien, (Duclos, Rem. sur la gramm. gen.) est une chose purement 
arbitraire, qui n'est nullement fondée en raison, qui ne paraît pas avoir 
le moindre avantage, et qui a beaucoup d'inconvénients." 

Ainsi que dans le basque, les noms se divisent en deux classes, 1ère 
et 2de cl., suivant que les êtres qu'ils désignent sont animés ou inanimés. 



•22 



JOURNAL DE L'INSTRUCTION PUBLIQUE. 



1 
En voilà bien assez sans doute pour exprimer les relations méta- 
physiques des idées, comme parie M. Renan. Quant aux relations 
extérieures, que sont les sept formes hébraïques auprès îles quatre 
grandes classifications des verbes algonquins et de leurs quinze 
accidents ? Que sont ces sept formes en présence des conjugaisons 
iroquoises qui offrent tant de richesse et de variété qu'on ne sait 
vraiment auquel des deux idiomes américains on doit donner la 
palme ? 

Les noms n'offrent guère moins de merveilles ; ils se conjuguent 
plutôt qu'ils se déclinent. On dira en iroquois : Kasitake, à mes 
pieds, sasitake, à tes pieds, rasitake, à ses pieds (à lui), et en 
algonquin : nisit, (1) mon pied, kisit, ton pied, osit, son pied, comme 
on dit: Katkahtos, ni 8ab, je vois; satkahtos, ki 8ab, tu vois; 
ralkahtos, Sabi, il voit. Les préfixes des noms sont, à peu de chose 
près, les mêmes que ceux des verbes. Il y a en iroquois, tant dans 
les conjugaisons nominales que dans celles des verbes, 15 pert-on- 
nes, dont 4 au sing., 5 au duel, 5 au pluriel, et 1 à l'indéterminé. 
Les Algonquins n'ont que 7 personnes, mais néanmoins leurs 
noms possèdent un nombre prodigieux de flexions, à cause des 
accidents auxquels ils sont sujets, et dont voici la liste : le diminu- 
tif, le détérioiatif, l'ultra-détérioratif, l'investigatif, le dubitatif, le 
prétéritif prochain, le prétéritif éloigné, le locatif, l'obviatit, le 
surobviatif, le possessif, le sociatif et le modificatif. 

Il s'agirait maintenant de faire admirer à M. Renan la souplesse 
merveilleuse tant de l'Algonquin que de l'Iroquois, leurs particules 
délicates, leurs mots composés ; mais un travail sur celte matière, 
pour être exact, demanderait des développements que ne compor- 
tent pas les étroites limites dans lesquelles nous voulons nous ren- 
fermer: car nous n'avons pas le loisir de composer un volume. 
Nous nous contenterons donc de faire observer qu'en iroquo-algon- 
qum, presque tous les mots sont verbes ou peuvent le devenir, et 
que c'est là une des principales sources de la souplesse merveil- 
leuse de ces langues ; elles possèdent des particules délicates en 
grand nombre, et d'une délicatesse telle que, le plus souvent, il 
est impossible de les rendre dans aucune langue indo-germanique. 
Quelques-unes donnent de l'énergie au discours, d'autres lui don- 
nent de la clarté, plusieurs ne 6ont employées que pour l'ornement. 
Les interjections sont, les unes propres aux hommes, (2) les autres 
aux femmes et enfin d'autres sont communes aux deux sexes. 

Enfin nous ferons remarquer, et ce sera notre dernière remarque, 
que les mots peuvent se composer, pour ainsi dire, à l'infini ; 
qne deux ou trois mots, purs ou accidentés, peuvent se réunir 
en un seul, tantôt au moyen de voyelles unitives ou de consonnes 
transitives, tantôt sans aucun ciment ni trait-d'union ; que cette 
composition des mots n'est pas toujours une simple juxta-position, 
comme cela a lieu d'ordinaire dans les langues généralement con- 
nues, mais qu'elle se fait assez souvent par manière d'intro-sus- 
ception. Deux exemples vont expliquer la chose. Cette phrase: 
j'ai de I'argent, peut se rendre littéralement en iroquois par celle- 
ci : 8akien oSista ; mais il sera plus élégant de joindre les deux 
mots ensemble de cette manière : 8a/c8isTAî"en. Le verbe Sakien 
joue ici le rôle d'une bourse qui s'ouvre pour recevoir et garder 
l'argent qu'on lui confie. On dira en algonquin ni sakiTA8kK.Ena 
mahingan,_7e tiens le loup par les oreilles; le v. ni sakina a 
l'air de s'ouvrir ici comme un étau ou comme un piège pour saisir 
et retenir sa proie. 

De cette prodigieuse aptitude à la composition résultent quelque- 
fois des mots dont l'excessive étendue étonne et, pour ainsi dire, 
va jusqu'à mystifier ceux qui ne connaissent point le mécanisme 
et le eénie des langues d'Amérique. Ainsi, par exemple, d'un 
6eul mot algonquin : 

Aiamie-oza8ieonia-8asakor.enindamaganabikonsitokenak, 

on pourra traduire toute cette phrase : Ce sont sans doute de petits 
chandeliers d'or d'église. Cette autre phrase: "on vient d'arri- 
ver encore ici exprès pour lui acheter de nouveau avec cela toute 



(1) La racine SIT e3t peut-être la seule qui soit commune à nos deux 
langues américaines,le3quelles, comme jadi3 les deux jumeaux de Rebecca, 
semblent ne se tenir que par le pied. Chose singulière ! ces deux lan- 
gues ont entre elles moins d'affinité qu'avec les langues d'Europe et 
d'Asie. Sur les caries de géographie de l'ancien continent on trouve çà 
et là des mots sauvages, et en particulier de3 mots iroquois. 

(2) De même, dan3 le langage de l'ancienne Rome, les hommes ju- 
raient par Hercule, Meherde, les femmes par Castor, Mecastor, et les uni 
et les autres par Pollux, Pol ou Edepol. 



sorte d'habillements " se traduira très-intelligiblement et sans 
forcer la langue, par ce seul mot iroquois : 

Tethon8atiata8itserahninonseronniontonhaties. (1) 

Que M. Renan vienne lui-même en mission scientifique au mi- 
lieu des faiseurs de cabanes (2) et des mangeurs d'arbres. (3) Il 
y trouvera une ample matière à ses recherches linguistiques. Qui 
sait? peut-être même qu'en étudiant les langues de ces peuples, il 
retrouvera le préeier.x trésor de la foi qu'il a malheureusement 
perdu dans l'oigueilleuse étude du persan et du sanscrit. Peut-être 
que, tandis que les langues ariennes l'ont transporté tout d'abord 
en plein idéalisme, c'est-à-dire l'ont rendu de plus en plus idolâtre 
de lui-même et de ses propres lumières, les langues américaines 
l'obligeront à s'humilier et à rendre gloire à Dieu, et, parce moyen, 
le transporteront dans le domaine de la vérité en lui faisant envi- 
sager la parole, non pas comme une création humaine, mais comme 
une création divine, au sens qu'attachent à ce mot les de Bonald 
et les de Maistre. Fiat ! fiat ! 

N. 0. 



HISTOIRE DIT CANADA. (1) 

COMPTE-RENDU DU COURS DE M. l'aBBÉ FERLAND, A L'UNI- 
VERSITÉ-LAVAL. 

XXXV. 



(Suite.) 

Les Iroquois étaient partout. En 1651, ils forcèrent souvent les 
habitants des environs de Québec à laisser leurs travaux pour se 
cacher : ils surprirent, au sud des Trois-Rivière6, sous la conduite 
d'un chef célèbre, le Bâtard Flamand, deux Fiançais occupés à la 
pêche et les blessèrent ; ils tuèrent plusieurs Français dans le voi- 
sinage de Montréal. 

On sait que Mlle. Manse avait placé son Hôpital de Montréal à 
quelque distance du fort de la Pointe-à-Callières : c'était une posi- 
tion dangereuse, malgré les précautions prises ; car on avait 
entouré l'Hôpital d'une enceinte fortifiée dans laquelle on entrait 
par une seule porte, défendue par une tourelle à galerie. 

Le 6 mai, un colon de Montréal, nommé Jean Boudart, ou le 
Grand Jean, était occupé dans son champ, près de l'Hôpital, avec 
sa femme et un engagé du nom de Chicot, lorsqu'ils virent una 
bande d'Iroquois sortir d'un taillis où ils étaient en embuscade. 
Chicot se cacha dans un arbre creux et Grand Jean et sa femme 
se mirent à fuir vers l'Hôpital ; mais la pauvre femme tomba entre 
les mains des Iroquois. Grand Jean qui était bon courreur eut pu 
se sauver ; mais il voulait sauver sa femme ou périr avec elle, et, 
bien qu'il fut sans armes, il se précipite sur les Iroquois avec les- 
quels il lutte, mais pour être bientôt tué ; la pauvre femme resta 
prisonnière et fut plus tard brûlée par les barbares. Chicot décou- 
vert, sortit de son arbre creux et se défendit bravement ; mais 
enfin il tomba blessé et les sauvages le laissèrent sur la place 
après lui avoir enlevé la chevelure, ce qui ne l'empêcha pas de 
vivre encore une quinzaine d'années. 

Des Français avaient entendu les cris des trois malheureuses 
victimes, et ils volèrent au secours de leurs frères, c'étaient Charles 
Lemoine, un sieur Archambault et un autre dont le nom n'a point 
été conservé. En arrivant sur la scène, ils se trouvèrent en face 
de onze Iroquois qu'ils se disposaient à attaquer, lorsqu'ils virent 
déboucher de la forêt une autre bande d'une quarantaine d'Iro- 
quois : voyant alors que la lutte était impossible, ils se dirigèrent 

(1) On pourrait encore allonger ces deux mots de plusieurs syllabes, 
par exemple 

A'ia'mi'e-'mi'ki'Sa'men'sing'da'jc'-o'za'Silco'ni'a-Sa'sa'ko'neinin / 

Ce sont sans doute les petits chandeliers 

da'ma'ga'na'bi'kon'si'to'ke'nak. (32 syl.) 
d'or de la chapelle. 

Ta'on'taisaikoina'tiaUa'Si'tse'ra'hniinon'se'ron'nion'ton'haUie'se 
ke. (21 syllabes.) 

Il faudrait qu'ils vinssent encore ici leur acheter de nouveau avec cela 
toute sorte d'habillements. 

(2) Rotinonsionni, les faiseurs de cabanes, nom donné aux Iroquois 
par les Hurons. 

(3) Ratirontaks, les mangeurs d'aibres, nom que les Iroquois donnent 
aux Algonquins. 

(1) Voir le Journal du mois d'octobre dernier. 



JOURNAL DE L'INSTRUCTION PUBLIQUE. 



23 



à la course, poursuivis par l'ennemi, vers l'Hôpital où Mlle. Manse 
était presque seule avec ses malades et des enfants. Les trois 
braves eurent le temps de fermer la porte d'entrée, de monter sur 
la galerie de défense, et, aidés des femmes et des infirmes, de rece- 
voir les Iroquois à coups d'arquebuses : leur résistance fut si vigou- 
reuse que les Iroquois durent se retirer. Sans cette circonstance 
providentielle, l'Hôpital était dévasté et ses habitants massacrés 
ou laits prisonniers. 

Deux mois environ après le 26 juillet, il y eut une autre attaque 
bien plus sérieuse encore. Deux cents Iroquois arrivèrent jusqu'à 
l'Hôpital, sans être de suite aperçus, en suivant un fossé profond 
qui avoisinait l'enceinte allant du nord au sud. Débouchant pres- 
que subitement, ils attaquèrent la palissade, défendue par peu de 
monde et l'auraient infailliblement emportée, si le brave Lambert 
Closse, qui remplissait au fort de la Pointe-à-Callières les fonctions 
de Major-de-ville, ne fut accouru au secours. Avec seize braves 
seulement, cet homme d'un courage chevaleresque parvint à s'ou- 
vrir un passage à travers les Iroquois et à se jeter dans l'enceinte 
de l'Hôpital. Là, il soutint pendant douze heures les efforts des 
Iroquois et finit par les repousser, malg.é l'accident qui lui arriva ; 
car le canon du petit rempart creva au commencement de l'action 
et tua un des hommes de Lambert Closse. L'attaque avait com- 
mencé à six heures du malin ; à six heures du soir les Iroquois se 
retirèrent, emportant avec eux un bon nombre de leurs morts et 
un plus grand nombre de blessés. 

Nonobstant cette victoire, il devenait évident que l'Hôpital n'était 
plus tenable et Mlle. Manse vint habiter le fort avec tout son 
monde. Les attaques des Iroquois avaient lieu sans trêve ni repos, 
et les pertes avaient été telles à Montréal qu'en 1652, il n'y restait 
que dix-sept à dix-huit hommes parfaitement dispos. 



Les trois années de gouvernement de M. d'Aillebout étaient 
écoulées, et ce fut le 13 octobre, 1651, que son successeur, M. de 
Lauzon, arriva à Québec. M. de Lauzon était un des principaux 
membres de la Compagnie des Cent Associés et paraît avoir été 
l'âme de cette association : il était de plus membre du Conseil du 
Roi. Il désirait établir sa famille en Canada et il obtint à cet effet 
de vastes concessions, entre autres, la seigneurie de Lauzon, l'Ile 
de Montréal qu'il céda, comme nous l'avons vu, et une étendue 
considérable de terrains sur la live sud du fleuve en face de l'Ile 
de Montréal. Il s'était offert pour être gouverneur île la Nouvelle- 
France et cette offre avait été acceptée par le Roi. 

M. de Lauzon jouissait de beaucoup de crédit. Un manuscrit 
dit qu'il était homme de lettres, et il semble qu'il ait été spéciale- 
ment chargé d'opérer îles changements dans l'administration de la 
Colonie, et investi du droit de nommer lui-même les membres du 
Conseil de Québec. 

M. de Lauzon avait quatre fils. L'un était ecclésiastique et fut 
plus tard chanoine de Notre-Dame de Paris. L'aîné de la famille, 
Jean de Lauzon, avait servi avec distinction comme capitaine dans 
l'armée; les deux autres portaient les noms de M. de Laeilière et 
de M. de Charney. Tous trois se marièrent à des filles du pays, 
peu après leur arrivée. M. de Lacitière épousa Mlle Catherine 
Nault de Fossambault qu'on destinait à être religieuse ; mais qui 
paraît n'avoir pas eu la vocation ; car, après la mort de M. de Laci- 
tière, qui se noya peu après son mariage, elle se remaria à M 
Peuvret, greffier du Conseil. M. de Charney épousa une Dlle 
Giffard ; devenu bientôt veuf, il se fit prêtre. 

Quand à l'héritier du nom de Lauzon, M. Jean de Lauzon, 
qu'on appelait le Grand Sénéchal, il eut de Mlle. DesPré<, sa 
femme, un fils qui retourna en Fiance. En sorte que les projets 
d'établissements que M. de Lauzon avait' formés pour sa famille 
furent sans résultat et il ne resta dans la colonie aucun descendant 
de cette famille qu'il y voulait établir. 

M. de Lauzon fit un changement qui ne plut pas à tout le monde 
dans la Nouvelle-France, bien qu'il fut peut-être nécessaire. La 
société des habitants, à laquelle on avait cédé le droit île la traite, 
était obligée de veiser 30,000 francs au trésor public pour le paie- 
ment des salaires des fonctionnaires religieux et civils. Pour ce 
faire, on mettait de côté, chaque année, un quart du castor qui 
entrait dans les comptoirs de la Société ; mais, la traite ayant con- 
sidérablement diminué, par suite de la destruction des Huions et 
des guerres entre les Iroquois et les Algonquins, ce quart de castor 
ne suffisait plus et comme ou ne prenait pas d'autres mesures, il y 
avait souffrance. 

La traite de Tadoussac produisait beaucoup et M. de Lauzon relira 
de la socié'.é des habitants le droit de Iiaiteà Tadoussac en la 
déchargeant de l'obligation de payer les 30,000 francs de sub- 
vention. 

M. D'Aillebout, l'ancien gouverneur, demeura en Canada et c'est 



le seul gouverneur qui se soit fixé dans ce pays : il n'avait pas 
d'enfant ; mais il y avait dans la colonie un de ses neveux qu'il 
adopta comme son fils, c'était M. d'Aillebout de Coulonges qui, 
marié dans le pays, eut une nombreuse famille: plusieurs Je ses 
descendants se sont distingués au service des colonies françaises 
de la Nouvelle-France, de la Martinique et de Saint-Dominique 
comme hommes de guerre et comme hommes de mer. 



En 1652,1e Père Buteux, missionnaire des Attikamègues, remon- 
tait le Saint-Maurice pour aller trouver ses chers sauvages, lors- 
qu'au commencement d'un portage, il vit sortir du bois une bande 
d'Iroquois. Le Père était accompagné d'un jeune Français et 
d'un Sauvage; les Iroquois tuèrent le Père Buteux et le jeune 
Français, et emmenèrent le Sauvage piisonnier ; ce même Sauvage 
revint au Canada quelques années plus tard. Le Père Buteux était 
le sixième missionnaire jésuite martyr. 

Il y avait des Hurons à Trois-Rivières et cela attirait les Iioquois ; 
mais il arrivait quelquefois que parmi les Iroquois se trouvaient eu 
majorité des Huions associés, ou Iroquoinisés ; alors on était surpris 
de voir deux bandes qui s'étaient approchées pour se combattre, 
s'aborder amicalement et se retirer paisiblement, après avoir fait 
la conversation. Cela arrivait quand des parents et des amis se 
reconnaissaient dans les rangs opposés. 

Le 2 juillet, 1652, quelques Français et quelques Hurons, montant 
une chaloupe, furent attaqués dans le voisinage de Trois-Rivièies 
par une flottille de canots iioquois ; mais, faisant force de rames, ils 
purent échapper et gagner le rivage voisin du fort. D'autres Fran- 
çais et Hurons Jes ayant rejoints, ils partirent tous sur deux cha- 
loupes et se mirent à leur tour à la poursuite des Iroquois, qu'ils 
pressaient de très-près, lorsque deux canots se détachant de la 
flottille iioquoise, vinrent au-devant des chaloupes et commen- 
cèrent à parlementer avec les Hurons. 

Les Iroquois dirent qu'on s'était mal compris et que le chef qui 
les commandait, Aontarisati, était venu pour traiter de la paix et 
non pour continuer la guerre. Les Français avaient peu de con- 
fiance dans cette protestation faite si subitement, néanmoins ils se 
rendirent à terre et invitèrent les Iroquois à envoyer des ambassa- 
deurs. 

Bientôt Aontarisati vint, accompagné d'un autre Iroquois, pour 
traiter avec les Hurons. Le chef huron, si habile, que nous avons 
vu à l'Ile Manitouline, Annahotahe, était à Trois-Rivières. Il com- 
prit que Aontarisati n'était pas venu avec une bande de quatre- 
vingts guerriers pour faire la paix, et il fit le chef iroquois et son 
compagnon prisonniers. 

Les deux prisonniers fuient donnés à des familles huronnes qui 
avaient eu des leurs tués par les Iioquois, et ces familles, selon le 
code sauvage, les condamnèrent irrévocablement à la mort. Les 
missionnaires, impuissants à sauver les prisonniers, voulurent au 
moins les préparer à mourir pour le ciel. Ces deux Iroquois avaient 
déjà quelques notions de christianisme ; ils écoutèrent les bons 
pères, abjurèrent leurs erreurs ; le 3 juillet, ils furent baptisés et le 
4 ils furent mis à mort par les Huions. 

Cette circonstance de la prise et de la mort d'un grand chef 
iriita les Iroquois au delà de tout ce qu'on peut imaginer, et leurs 
bandes plus nombreuses affluèrent dans les environs de Trois- 
Rivières, et bientôt ils prirent sur les Français une terrible revan- 
che de l'échec éprouvé et de la perte de leur chef Aontarisati. 

Un parti iroquois était venu enlever des bestiaux près de Trois- 
Rivières. Ces dépiédations hardies et menaçantes irritèrent le 
gouverneur de cette ville, M. Dupiessis Bochard, au point que, 
sans vouloir écouter les représentations des autres personnes impor- 
tantes de la localité, il résolut de poursuivre les Iroquois. Il partit 
avec quarante hommes, Français et Huions, sur deux chaloupes et 
à environ deux lieues au-dessus de Trois-Rivières, il aperçut les 
Iroquois sur le rivage. 

Les abords de la rive étaient difficiles, la plage était formée de 
marécages et de bourbiers d'un accès difficile. M. Dupiessis 
Bochard, trop confiant dans la grande supériorité des Français sur 
les Sauvages, ordonne la descente; mais, à peine eût-on mis le 
pied hors des chaloupes, que les hommes se trouvaient embourbés 
de manière à leur rendre la marche et le maniement des armes 
extrêmement difficiles. Les I-oquois, profitant de cette circons- 
tance, dirigèrent un feu bien nourri contre les Français et les 
Hurons, ei,quand ils eurent tué M. Bochard lui-même avec plusieurs 
de ses gens, ils se précipitèrent sur ceux qui restaient et les firent 
prisonniers à l'exception d'un certain nombre qui parvint à gagner 
les chaloupes. 

Les prisonniers furent emmenés chez les Iroquois : de ce nombre 
étaient les Sieurs de Normanville, de Francheville, Poisson, La- 
palme, Turcotte, Chaillou, St. Germain. Quelques jours après, on 



24 



JOURNAL DE L'INSTRUCTION PUBLIQUE. 



trouva sur les lieux, occupés par les Iroquois avant leur départ, un 
écriteau île la main de Normanville qui, avec les noms ci-dessus 
donnés, contenait les noms Onncgouts et Agniers, signifiant que 
les Iroquois appartenaient à ces deux tributs et qu'on n'avait pas 
maltraité les prisonniers, si ce n'est que Normanville avait perdu 
un ongle. 

Cet événement était déplorable sous bien des points de vue et 
donnait aux Iroquois une nouvelle audace; car c'était la première 
fois qu'un haut fonctionnaire civil et militaire de la colonie tombait 
sous leurs coups. 

(J. continuel:) 



£.es deux Abbés de Fénélon. 



L'été dernier, la Correspondance Littéraire (1), s'appuyant sur 
un passage du Cardinal Bausset et sur une lettre de Louis XIV, affir- 
mait que Fénélon, avant de travailler à l'éducation du duc de Bour- 
gogne, s'était consacré aux missions du Canada; mais qu'il s'y 
était rendu coupable d'une faute, sur laquelle elle demandait à être 
édifiée, parce que les documents où elle puisait ne donnaient pas 
assez de détails. 

Ce serait sans doute pour nous un juste sujet de gloire que de 
compter parmi les apôtres de notre pays l'auteur de Télémaque ; 
malheureusement, il y a longtemps que nous aurions dû aban- 
donner cette prétention, si nous l'avions eue, car disons-le pour la 
justification de la Correspondance, ce n'est pas la première fois 
que nous voyons cette erreur : depuis le P. Hennepin jusqu'à l'abbé 
Brasseur de Bourbourg, tous deux de véridique mémoire, elle a sou- 
vent été reproduite ; mais aussi ce n'est pas Ja première fois qu'elle 
est refutée. 

Quant à l'espoir de rencontrer un scandale, si léger qu'il puisse 
être, il faut absolument y renoncer. 

Voici ce que dit le cardinal Bausset : . . . " Des pièces originales 
" qui nous ont été communiquées semblent indiquer que le zèle de 
" Fénélon le portait alors, malgré sa jeunesse et sa faible santé, à se 
" consacrer aux missions du Canada. . . . L'abbé de Fénélon s'était 
" rendu auprès de son oncle pour lui faire part de sa résolution et lui 
"demander son agrément. L'évêque de Sarlat fut effrayé avec rai- 
" son d'une résolution qui était absolument incompatible avec la 
" santé si délicate de son neveu. Il lui refusa son consentement et 
"lui ordonna de retourner au séminaire de St. Sulpice, etc." (2) 

De l'autre côté, on a trouvé aux Archives de la marine un docu- 
ment où il est question d'un abbé de Fénélon : c'est une lettre de 
Louis XIV à M. de Frontenac : 

" J'ay blasmé, dit Je roi, l'action de l'abbé de Fénélon, et je luy 
"ay ordonnnéde ne plus retourner au Canada. Mais je doibs vous 
"dire qu'il estait difficile d'instruire une procédure criminelle contre 
" luy, ny d'obliger les prestres du Séminaire Saint-Sulpice qui sont 
' à Montréal, de déposer aussy contre luy ; il fallait le remettre entre 
" les mains de son évesque ou du grand vicaire pour le punir par les 
"peines ecclésiastiques, ou l'arresteret le faire repasser ensuite en 
" France par le premier vaisseau." (3) 

De là, la Correspondance, ignorant l'existence d'un autre abbé 
de Fénélon, croyait pouvoir accuser le cardinal Bausset d'avoir 
méconnu un fait important de la vie du futur archevêque de Cam- 
brai : celui-ci aurait réalisé son pieux dessein ; mai- les forêts de 
la Nouvelle-France ne l'auraient pas mis à l'abri d'une première 
disgrâce du grand roi. Après un temps assez long (4\ un corres- 
pondant timide "passablement irrité de l'indiscrète curiosité des 
chercheurs," se recrie enfin contre l'idée d'une tache dans la vie 
de Fénélon, et réclame au nom de la gloire si pure du reste de son 
existence et du témoignage flatteur que lui a donné Louis XIV en 
Je nommant précepteur d'un des entants de- France. (4) Si un 
Fénélon est coupable ce ne peut être celui-ci, mais un de ses 
frères, car l'écrivain a cherché et il a découvert à l'auteur de 
Télémaque un frère, obscur abbé mort à l'âge de trente-huit ans ; 
c'est sur lui que 'doit retomber toute la haine des gens de bien. 



(1) Correspondance Littéraire du 25 juillet 18C3. " Un fait inconnu de 
la jeunesse de Fénélon." 

(2) Vie de Fénélon par le cardinal Bausset, X, Œuvres de Fénélon, 
edit : de 1852. 

(3) Cette lettre manque parmi celles que le gouvernement canadien a 
fait copier à Paris : elle est aux Archives de la marine, Registre des or- 
dres du roy pour les compagnies des Indes orientales et occidentales, fol. 
10 et suivant. 

(4) Correspondance Littéraire du 25 octobre 1863, 



L'écrivain a trouvé juste ; mais il n'aurait pas dû s'en tenir là : 
sacrifier au " Minotaure de la critique " une victime parce qu'elle 
est obscure, ne paraît pas un procédé très-logique, ni surtout très- 
juste. L'accusé, qu'il soit perdu au bout du monde parmi les 
tribus sauvages, qiril brille sur ie siège d'une grande église, ne 
doit jamais être condamné légèrement. Ce correspondant semble 
redouter la critique historique : il a tort : abordons-la franchement, 
remontons aux sources premières : ces études ont réhabilité la 
mémoire d'un plus grand nombre de personnes qu'elles n'en ont 
flétries. C'est ce qu'a compris M. Alfred Lemoine. (1) Il a ouvert 
Charlevoix et il a trouvé que M. de Frontenac accusait l'abbé 
de Fénélon " d'avoir prêché contre lui, et d'avoir tiré des attes- 
tations des habitants de Montréal en faveur de M. Perrot leur 
gouverneur que le général avait fait mettre aux arrêts." M. Le- 
moine pouvait aussi consulter aux archives de la marine, toute la 
correspondance de M. de Frontenac sur cette affaire. 

Voilà pour le scandale : nous exposerons plus loin les causes de 
ces difficultés et nous les apprécierons. Pour le moment, reste 
toujours la première question : cet abbé de Fénélon et l'archevê- 
que de Cambrai sont-ils un seul et même personnage ? 

II. 

Pour la résoudre, les écrivains de la Correspondance n'avaient 
qu'à consulter les précieuses annotations de l'abbé Gosselin dans 
la belle édition qu'il a donnée des œuvres complètes de Fénélon et 
reproduites dans l'édition in 4to. de 1852. Ils pouvaient encore se 
renseigner au 'séminaire de St. Sulpice, auprès de M. l'abbé Faillon 
dont l'érudition est certainement connue à Paris. 

Ici, en Canada, il y a longtemps que M. l'abbé Ferland, dans 
ses Notes sur l'histoire du Canada de Brasseur de Bourbourg, et le 
commandeur Viger, dans sa Liste du Clergé (2), ont répondu néga- 
tivement à cette question. 

L'abbé de Fénélon et l'archevêque de Cambrai étaient frères 
consanguins, leur père s'étant maiié deux fois (3). Le premier 
naquit en 1641, et fut appelé François, tandis que le second ne vint 
au monde que le 6 août 1651, et reçut les prénoms de François Ar- 
mand. A l'âge de vingt-quatre ans, François renonça au monde et 
au brillant avenir, que lui promettaient la noblesse de sa naissance, 
et les alliances nombreuses et puissantes de sa maison (3). Il entra 
au séminaire de St. Sulpice le 23 octobre 1665. 

Ame ardente, pleine d'énergie et de religion, au témoignage de 
ses amis et de ses ennemis, il ne tarda pas à s'enthousiasmer pour les 
missions du Canada. MM. de Tracy «t de Courcelle venaient de for- 
cer le pays des Iroquois ; ces fiers ennemis humiliés demandaient la 
paix, et des missionnaires ; on publiait en France le martyre de MM. 
Vignal et le Maistre ; le roi désirait que le supérieur de St. Sulpice 
de Paris envoyât à Montréal de nouveaux ouvriers évangélique's : il 
n'en fallait pas plus pour Pabbé de Fénélon : il quitte tout à coup 
le séminaire, dans les premiers jours de 1667, afin de se préparer 
à son lointain voyage. Mais son oncle, l'évêque de Sarlat, se 
montra mécontent d'une résolution qui contrariait ses projets : il 
s'en plaignit assez vivement à M. Tionson, comme on peut voir 
par quelques passages de la réponse de celui-ci : nous les citons, 
parce qu'ils confirment ce que nous avons dit plus haut. " Mon- 
>< seigneur, je ne doute pas que le dessein de votre neveu ne vous 
" ait fort surpris. Le droit que vous avez sur lui par toutes sortes 
" de titre, et Jes vues raisonnables et très-saintes que vous don- 
" nent les besoins de votre diocèse, ne peuvent que vous fournir en 
■' cette rencontre un fondement de peine bien légitime de la pri- 
" vation de ce secours. . . . Mais sa résolution est d'une nature que 
" je ne vois pas ce que je puis faire à présent, après ce que je lui 
" ai dit avant son départ de cette ville. . . . J'ai tâché, dans les ren- 
" contres, d'éloigner autant que j'ai pu cette résolution. Je lui ai 
" parlé plusieurs fois pour le porter à ne pas se précipiter ; je lui 
" ai dit nettement que s'il pouvait modérer son désir et demeurer 
" en paix, il pourrait en continuant ses études et ses exercices de 



(1) Correspondance Littéraire du 25 décembre 1863. 

(2) lo le 20 février 1629 à Isabelle d'Esparbez de Lussan ; 2o le 1er 
octobre 164?, à Louise de la Cropte de St. Abre. C'est par le premier 
mariage que le nom et la famille de Fénélon, se sont perpétués jusqu'à 
nous. Le seul représentant de cette maison est actuellement Charles 
Louis de Salygnac marquis de Fénélon né en 1*799. (Renseignements 
fournis par l'Hon. Saveuse de Beaujeu.) 

(3) " Nous avons eu dans notre famille plusieurs gouverneurs de 
province, des chambellans des rois, des alliances avec les premières 
maisons de nos provinces, un chevalier de l'ordre du St. Esprit, des am- 
bassades dans les principales cours, et presque tous les emplois de guerre 
que les gens de condition avaient autrefois." — (Œuvres de Fénélon. 
Lettre au chevalier son frère. Edit, de 1852.) 



JOURNAL DE L'INSTRUCTION PUBLIQUE. 



25 



" piété se rendre plus capable de travailler un jour dans l'église. 
" Enfin, Monseigneur, j'ai tâché de mettre sa fermeté à l'épreuve, 
" en lui représentant ce que j'ai cru le plus capable de l'ébranler, 
" mais après ces épreuves son inclination se trouvant toujours 
« également forte, et ses inclinations paraissant désintéressées, je me 
" suis vu hors d'état de passer outre 

" P. S. — J'ai cru, Monseigneur, devoir ajouter ici un mot sur le 
" silence que nous avons gardé en cette affaire, que j'ai appris de- 
" puis ma lettre écrite vous avoir fait quelque peine 

" Vous jugerez de sa vocation mieux que je ne pourrais faire. 
" Son inclination forte et permanente, la fermeté de sa résolution, 
" la pureté de ses intentions et de ses vues est ce qui m'a paru 
" bien considérable pour y faire attention. Et c'est ce que j'ai cru 
** devoir exposer ici pour vous rendre compte avec toute l'exactitude 
« qui m'est possible de notre conduite en cette affaire, qui nous don- 
" lierait un sujet de mortification considérable si elle vous laissait 
" le moindre soupçon que nous eussions voulu manquer au respect 
" que nous vous devons." 

C'est cette lettre qui a trompé le cardinal Bausset ; il a pensé, 
comme nous l'avons vu plus haut, qu'il y était question de François 
Armand. Mais il n'a pas remarqué qu'elle est datée du 19 février 
1667 ; qu'à cette époque François Armand n'avait pas encore 16 
ans, et qu'il fréquentait bien probablement encore le collège de du 
Plessis où le cardinal nous le montre prêchant, comme Bossuet, à 
l'âge de quinze ans. 

Quoiqu'il en soit, l'abbé François de Fénélon fut aussi inébran- 
lable auprès de son oncle qu'auprès de M. Tronson. Dès le com- 
mencement du printemps, il s'embarquait avec un condisciple et 
ami, M. Trouvé, et débarquait avec lui à Québec le 21 juin 1667. 
Il est probable qu'ils se rendirent au séminaire de Montréal pour 
se préparer aux ordres sacrés, car ils reçurent la prêtrise l'année 
suivante, M. Trouvé le 10 juin, M. de Fénélon, le lendemain (l). 

III. 

A cette époque le champ des missionnaires s'agrandissait de tous 
côtés. Au fond du Lac Supérieur, où il s'était rendu en 1665, le 
Père Allouez rencontrait une vingtaine de nations, la plupart nou- 
velles, qui lui apportaient leurs mœurs et leurs langues différentes, 
depuis les Illinois doux et hospitaliers, jusqu'aux Sioux farouch s, 
qui préferaient encore l'arc au fusil, et vivaient sous des tentes de 
peaux, jusqu'à des peuplades du Nord qui mangeaient leurs ennemis 
et luttaient contre les ours. Ils lui annonçaient d'autres nations 
plus nombreuses qui habitaient au delà des chaudes contrées qu'ar- 
rose le Mississipi, vers la ceinture des Montagnes Rocheuses, aux 
glaces de la Baie d'Hudson, c'était à ne pas y croire ; c'était la 
vague de l'océan continuellement poussée et remplacée par une 
autre vague. " Ce sont de nouvelles missions, s'écrie le P. Le 
*' Mercier, qui s'ouvrent de tous cotez, à l'Orient, à l'Occident, au 
" Septentrion, au Midy. — Nous levons les mains au Ciel afin qu'il 
" nous envoyé du secours de ces grands cœurs dignes de vivre dans 
** les travaux et d'y mourir mesme, au milieu des flammes et des 
" brasiers des Iroquois." (2) 

Un appel aussi pressant fait au zèle des missionnaires fut en- 
tendu des MM. du Séminaire de Montréal dont le nombre com- 
mençait à s'accroître, et MM. de Fénélon et Trouvé se tinrent 
prêts à partir à la première occasion favorable qui se présenterait. 
M. Faillon (3) nous apprend que Mgr. de Laval " cédant au 
désir du roi permit aux prêtres de St. Sulpice de porter l'Evangile 
aux Sauvages, ministère qu'il avait réservé jusqu'alors aux KR. 
PP. Jésuites, sau» doute pour qu'il y eût plus d'unité et de concert 
dans les missions." La cour, en effet, paraissait s'alarmer de 
l'union qui régnait dans le clergé canadien. Dès 1665, l'inten- 
dant M. Talon, avait été chargé de diminuer certaines influences 
qu'on s'exagérait. Il y mit d'autant plus tie zèle, qu'aux idées 
parlementaires, de tradition dans sa famille, au désir de vouloir 
tout diriger qu'il laissa percer au milieu des plus belles qualités, 
venaient se joindre des motifs personnels, sou neveu, M. Penot, 
ayant été désigné au gouvernement de Montréal par M. de 
Bretonvilliers. Mais l'évêque de Pétrée et les prêtres de St. 
Sulpice demeurèrent constamment étrangers à toutes ces intrigues. 
Le premier avait trop le sentiment de son devoir pour permettre à 
une pression étrangère de venir se mêler à son autorité, il l'a 
prouvé : les seconds, fidèles à l'esprit de leur saint fondateur de se 
consacrer à l'œuvre des paroisses et des séminaires, n'étaient 
point préparés aux missions lointaines, et ils y renoncèrent aussitôt 
qu'ils purent le faire convenablement. 

(1) Archives de l'Archevêché de Québec, Manuscrits du Commandeur 
Viger. 

(2) Bel : des JJ., 1667, p. 29, édit: de Québec. 

(3) Vie de la Sœur Bonrgeoys, p. 177. 



Depuis quelques années (1), un certain nombre d'Iroquois, la 
plupart Goyogouins et Tsonontouans émigraient sur Ja rive septen- 
trionale du lac Ontario. Pressés par la faim, ils venaient poursui- 
vre le castor et Je chevreuil dans les forêts dont ils avaient déjà 
massacré ou dispersé les habitants, leurs anciens ennemis. Ils y 
avaient formé cinq villages dont celui de Kenté est le plus connu. 
(2) Charlevoix désigne d'une manière générale Je territoire qu'ils 
occupaient sous le nom de puys des Iroquois du Nord. 

II. V. 
01 continuer.) 



EDUCATION. 



De l'eBîseignememt de la lecfua-e. 

(_Suite.) 

La lecture confine par certains points à la grammaire. 
Elle y touche notamment par l'orthographe, et cela est si 
vrai que la question tant controversée de l'ancienne et de 
la nouvelle épellation et des systèmes d'épellation ou de 
non-épellation a toujours été compliquée par la préoccupa- 
tion des facilités ou des obstacles que l'un ou l'autre sys- 
tème offre pour la connaissance de l'orthographe. 

Mais l'orthographe ne constitue pas tous les rapports qui 
existent entre la lecture et la grammaire. La connaissance 
de la nature des mots joue son rôle, et un très-grand, dans 
la lecture. Pour en citer un exemple entre beaucoup d'au- 
tres, comment l'enfant distinguera-t-il la manière de pro- 
noncer en lisant un nom, un adjectif ou tout autre mot 
terminé en ent où ce son nasal est sonore d'avec les verbes 
où ce même son est complètement muet 1 Quoi qu'on en 
puisse dire, c'est l'intelligence seule de la phrase qui peut 
guider l'enfant dans ce cas. Comment encore, sans la con- 
naissance de la signification des mots et de leur formation, 
l'enfant trouvera-t-il la véritable prononciation de certa : ns 
mots, tels que dessous, dessus, ressource, ressemblance, où la 
première s ne modifie pas le son de l'e qui précède, tandis 
qu'elle le modifie dans les mots essence, messe, etc. 

Quelques notions sur la composition des mots, sur la ma- 
nière dont ils sont formés, sur leurs dérivés et sur les fa- 
milles qu'ils constituent sont donc pour ainsi dire indispen- 
sables pour arriver à une prononciation exacte. Or, la 
prononciation est une des parties fondamentales de la lec- 
ture. Et pourtant ce n'est là qu'un accessoire de cet ensei- 
gnement. 



(1 ) Vers 1665, Lettre de Mgr. de Laval à M. de Fénélor, plus loin ; 
Rel. de 1668, p. 20. Voyage de M. de Conrcelle au lac Ontario 1671, 
Documents copiés à Paris. Quant à ce dernier voyage, remarquons en 
passant qu'il semble avoir été rédigé par M. Dollier de Casson qui ac- 
compagnait le gouverneur. 

(2) Les autres villages étaient Gandatsetiagon, Generaske, Tannaou'e 
et Ganneious. Ils sont indiqués dans les cartes du P. Charlevoix dressées 
par IMlii], 1744. (Charlevoix, t. III, p. 276,) dans celles de Vogondy, 1755, 
de d'Anville copiée par Jeffreys, 1760. Gandatsetiagon devait se trouver 
dans les environs de Darlington ; Generaske, de Port Hope, quoique M. 
O'Callaghan (Documents, etc., IX, Paris Documents p. 112) le place à 
l'entrée de la rivière Trent ; mais ce dernier endroit était occupé par le 
village de Tannaoute. Ganneious était caché dans la petite baie au fond 
de laquelle s'élève aujourd'hui Napanee. La véritable position de Kenté 
me semble encore plus incertaine ; ce village était sur la presqu'île du 
Prince Edouard ; mais d'après la carte du Major Holland, corrigée par 
le gouverneur Pownall 1776, il faudrait le placer à l'extrémité sud, vers 
Little Sandy Buy, tandis que Jeffrey, Vogondy, Charlevoix, semblent le 
reporter vers Brighton. Ces recherches paraîtront peut-être minntienses 
à beaucoup de personnes ; mais il est difficile de résister à l'intérêt qu'on 
éprouve à suivre pa3 à pas ces peuples qui s'en allaient disparaissant du 
sol à mesure que nous nous étendions. On n'a pas assez remarqué que 
l'émigration dont nous parlons a commencé la destruction d'une confé- 
dération aussi forte, non moins redoutable en son temps ; mais plus unie 
que celle qui l'a remplacée plu3 tard sur son propre territoire. On eut 
pendant quelque temps les Iroquois du Nord et ceux du Sud, avec cette 
différence que les confédérés et les fédéraux de cette époque ne se firent 
point la guerre et surent toujours unir leurs forces pour repousser l'en- 
nemi commun. 



^6 



JOURNAL DE L'INSTRUCTION PUBLIQUE. 



Que dire en particulier de la connaissance de la signifi- 
cation des mots ! Est-il un instituteur comprenant sa mission 
et avant le sentiment de ses devoirs qui ne soit convaincu 
qu'il remplirait imparfaitement sa tâche si en faisant lire 
ses élèves il les laissait prononcer machinalement des mots 
dont la signification resterait inconnue pour eux ? Conseu- 
tirait-il de son plein gré à en former des espèces de perro- 
quets qui prononcent des mots qu'ils ne comprennent pas ? 
Le voulut-il d'ailleurs, il ne le pourrait pas, s'il est vrai, 
comme nous l'avons établi plus haut, que l'intelligence du 
langage en facilite la lecture. Donner aux élèves cette 
intelligence du langage est en réalité un des meilleurs 
moyens de hâter leurs progrès en lecture. 

Dans l'intérêt même de ce progrès, les instituteurs doi- 
vent donc s'attacher à faire comprendre aux enfants la 
signification des mots qu'ils ignorent. Sous ce rapport, il 
faut une certaine habitude pour trouver promptement les 
explications et les définitions qui peuvent le mieux donner 
une idée d'un mot quelconque. A cet égard, la meilleure 
manière d'expliquer le sens d'un mot, la plus courte et en 
même temps la plus sûre, est ordinairement de choisir un 
exemple en faisant entrer le mot dans une phrase. Ajoutons 
aussi qu'il faut du tact chez les maîtres et une grande habi- 
tude de l'enfance pour découvrir parmi les mots qui entrent 
dans une lecture ceux que les élèves peuvent ignorer, et 
sur lesquels il est nécessaire de donner une explication. 
Car il est malheureusement trop vrai que les enfants, qui 
devraient être les premiers à interroger sur ce qu'ils igno- 
rent, en sont souvent détournés par une mauvaise habitude 
et par d'autres causes qu'il est inutile d'énumérer ici. 

Cependant, ainsi que nous l'avons déjà dit et que nous 
aurons l'occasion de le dire encore plus d'une fois en trai- 
tant le même sujet, il ne faut rien exagérer. Si donc il 
importe d'associer à l'étude de la lecture celle des mots et 
du langage, n'oublions pas qu'avant tout, dans une leçon de 
lecture, il s'agit de lire et d'exercer à lire ; pour cela il est 
nécessaire de beaucoup lire. Or, si le temps de la leçon 
se passe en grande partie à donner des explications sur la 
signification des mots et des expressions qui peuvent se 
rencontrer dans les différents passages, il n'en reste plus 
assez pour la lecture. 

C'est là un excès que nous ne pouvons nous empêcher de 
blâmer, malgré l'importance que ces explications ont à nos 
yeux. Et c'est précisément cet excès, dans lequel quelques 
maîtres tombent à leur insu, qui a motivé les reproches 
adressés à cet usage. En voyant ainsi dans quelques écoles 
le temps se passer en digressions étrangères à la lecture, 
quelques personnes en sont venues à critiquer l'usage même 
des explications. — On fait de la grammaire dans les leçons 
de lecture, a-t-on dit ; on enseigne la langue, mais on n'en- 
seigne réellement pas à lire, parce qu'on ne lit pas assex. — 
C'est le cas d'appliquer la vieille maxime : L'excès en tout 
est un défaut. Ici l'excès est d'autant plus regrettable qu'il 
peut porter à repousser une chose, non pas bonne en soi, 
mais nécessaire, indispensable même ; une chose que quel- 
ques-uns peuvent trop négliger, comme d'autres ont pu en 
abuser, mais que jamais aucun maître n'a omise entière- 
ment, tant elle est naturelle, et commandée en quelque 
sorte par la position des élèves. 

Il s'agit donc uniquement de se renfermer dans de justes 
limites. Il ne f- ut point vouloir expliquer trop, mais il 
faut expliquer assez. La leçon ne doit pas se passer en 
longues et nombreuses définitions de mots qui ne laisse- 
raient plus de temps pour la lecture; mais il en faut expli- 
quer assez, sinon pour que les passages lus soient parfaite- 
ment compris, du moins pour que les enfants en aient une 
notion claire et suffisante. Il importe donc moins de tout 
expliquer que de bien choisir. Il fautsavoir découvrir entre 
les différents mots plus ou moins inconnus des élèves qui se 



rencontrent dans un passage ceux qui, une fois bien compris 
par eux, peuvent les conduire à l'intelligence des autres. 

Il importe aussi beaucoup d'habituer les élèves à ne pas 
se payer de mots, à ne pas prendre des mots pour des idées, 
à ne pas croire enfin qu'ils ont dit quelque chose lorsqu'ils 
ont prononcé un mot qu"ils ne comprennent pas. C'est à 
quoi l'on parvient en leur faisant connaître la signification 
de ceux qu'ils ignorent. Lors même qu'on ne les leur expli- 
querait pas tous, ils sauraient du moins que chaque mot a 
sa signification, et qu'ils doivent la connaître, non pas im- 
médiatement, si le temps manque, mais tôt ou tard. 

Il faut surtout les convaincre qu'on ne lit que pour profiter 
de ses lectures, et qu'on ne peut s'approprier ce qu'on lit 
qu'autant qu'on le comprend. Pour cela, ce n'est pas seu- 
lement le sens des mots qui doit attirer notre attention, c'est 
non moins le sens des tournures et celui des expressions, qui 
si souvent restent obscures pour eux. bien que formées de 
mots qu'ils connaissent isolément : c'est ce qui arrive à 
chaque instant pour les mots pris dans un sens figuré ou 
détourné de l'acceptation à laquelle les enfants sont accou- 
tumés. 

Le meilleur moyen d'atteindre le but, en évitant le dou- 
ble excès que nous venons de signaler, c'est encore de bien 
choisir les livres qu'on met entre les mains des élèves. 

Journal des Instituteurs de Paris. 
(A continuer.) 



Singulières propriétés du nombre neuf. 

(Lu, par M. l'Inspecteur Juneau, à la Conférence des instituteurs de 

l'école normale Laval.) 

(Suite et fin.) 

Si l'on multiplie 1 2 3 4 5 6 7 9 ( = 37) par 9, ou un multiple 
de 9 jusqu'à 81, on aura encore pour produit tous des chiffres 
semblables, ainsi : 

12345679 x 9 = 111,111,111 = 1x9= 9 

" x 18 = 222.222,222 = 2x9 = 18 ou 1 + 8 = 9 
" x 27 = 333,333,333 = 3x9 = 27 ou 2 + 7 = 9 
« x 36 = 444,444,444 = 4 x 9 = 36 ou 3 + 6 = 9 
x 45 = 555,555,555 = 5 x 9 = 45 ou 4 + 5 = 9 
x 54 = 666,666,666 = 6 x 9 = 54 ou 5 + 4 = 9 
" x 63 = 777,777,777 = 7x9 = 63 ou 6 + 3 = 9 
" x 72 = 888,888,888 = 8x9 = 72 ou 7 + 2 = 9 
" x 81 = 999,999,999 = 9x9 = 81 ou 8 + 1 = 9 
On peut encore trouver le produit d'un nombre quelconque par 
9, par 99, 999, etc., en procédant par la soustraction; si l'on 
veut multiplier, par exemple, 1,240,673 par 999, il faut ajouter 
au multiplicande autant de zéros qu'il y a de 9 au multiplicateur, 
puis, soustraire le premier nombre du second ; en ajoutant trois 
zéros au nombre 1,240,673, on aura 

1,240,673,000 
1,240,673 



1,239,432,327 



produit, de 1,240,673 par 999. Si l'on additionne les chiffres de 
ce produit, on aura encore des 9, ainsi : 1 + 2 + 3 + 9 + 4 + 3 + 
2 + 3 + 2 + 7 = 36, ou 4x9 = 36, ou 3 + 6 = 9. 

On fait encore, avec le chiffre 9, la preuve de l'addition, de la 
soustraction, de la multiplication et de la division. 

Pour faire la preuve de l'addition, on retranche des différentes 
sommes à additionner tous les neufs ; on procède de cette manière, 
on dit, par exemple : 4 et 7 font 9 plus 2, on laisse de côté le 9 
et l'on prend le 2, et l'on dit 2 et 8 font 9 plus 1, ainsi de s u ite. 
Si, à la fin, on trouve 9, on met, au-dessus d'une petite lign e> un 
zéro ou le chiffre restant de 9 ; puis, on retranche du total encore 
tous les 9 ; si l'on trouve à la fin un 9, on met au-dessous de la 
petite ligne un zéro ou le chiffre restant de 9 ; si les deux chiffres 
sont semblables, l'addition est correcte. 



JOURNAL DE L'INSTRUCTION PUBLIQUE. 



27 



Pour faire la preuve de la soustraction, on retranche les 9 de 
la somme supérieure, comme dans l'addition, et si cette somme 
donne tous des 9, on met un zéro du côté gauche d'une petite 
croix, ou le chiffre restant de 9 ; puis on retranche les 9 de la 
somme inférieure, et l'on met le chiffre restant du côté droit ; 
puis, l'on multiplie ces deux chiffres l'un par l'autre, et, du pro- 
duit, on retranche le nombre de fois 9 y contenu et l'on met le 
restant au-dessus de la croix. Ensuite, il faut retrancher les 9 du 
reste et mettre le chiffre restant au-dessous de la croix, et, s'il 
est semblable à celui du dessus, le reste est la somme cherchée. 

La preuve de la multiplication et de la division se fait comme 
celle de la soustraction. Exemples: 



4783 
5217 
4689 
5311 
4342 


Preuve. 
6 


24342 


6 


SOUSTRACTION. 


345678 
245679 


Preuve. 

w 

6X 6 


99999 


MULTIPLICATION. 


12345679 
81 


Preuve 

iVo 


12345679 
98765432 

999999999 


DIVISION 




45)2025(45 
180 

225 
225 


Preuve. 
\°/ 

oV° 


000 


/o\ 



L'année actuelle (1863) est un multiple de 9. Les deux pre- 
miers chiffres, 1 et 8, font 9 ; les deux derniers, 6 et 3, font 9 ; 
si l'on additionne 18 et 63, on aura 81, dont les deux chiffres 
réunis donnent 9 ; si l'on soustrait les deux premiers des deux 
derniers, le reste sera de 45, dont la réunion donne 9 ; si l'on 
divise 63 par 18, le quotient est 3, et le reste 9 ; si l'on addi- 
tionne 1, 8, 6 et 3, on aura 18, dont les deux termes réunis don- 
nent encore 9 ; si l'on divise 1863 par 9, le quotient donne 207, 
dont les trois chiffres réunis donnent 9, etc. ; si l'on multiplie 1, 
8, 6 et 3 les uns par les autres, on aura 144, et ces trois termes 
réunis donnent 9 ; si l'on multiplie 63 par 18, on aura 1134, 
dont les chiffres réunis donnent 9, etc. 

Si l'on renverse l'ordre des chiffres de 1863, on aura 3681, et, 
si l'on retranche de cette somme 1863, on aura 1818, qui, réunis, 
donnent 18, ou 1 et 8 = 9, etc. 

Si du cube de 18 (5832), on retranche le carré de 63 (3969), 
on aura l'année actuelle 1863. 

Les chiffres qui expriment cette année sont encore susceptibles 
de mille et mille combinaisons. On peut, à bon droit, appeler 
cette année, l'année des NEUFS. 



SOLUTION DU PROBLEME D'ARITIIMKTIQUE DE LA DER- 
NIÈRE LIVRAISON. 



25 douzaines d'œufs, à 10 sous, font 

25 " " 12 " 

435 îbs de beurre, à 12 cts., " $52.20 ou 

324 îbs « à 13i cts., " 43.74 ou 

27 couples de poulets, à 2s. 4d., font 

A déduire de 

2h douzaines d'œufs, à 10 sous, £0 1 0J 

3| " " 12 " 1 74 



£ 10 5 

12 6 

13 1 

10 18 8?- 

3 3 



£28 5 7| 



2 8 



Valeur en mains de £28 2 1 1 ? 

Vendu à 15 pour cent, ou 100:15 :: £28 2 llf:x = 4 4 2f 



Reçu 
Payé pour achat, 
" " transport, 



£28 5 7| 
12 3 

Profit, 



£32 7 lf 



29 7 lOf 



£ 2 19 3f 



SOLUTION DU PROBLÈME DE GÉOMÉTRIE DE LA DERNIÈRE 
LIVRAISON. 

Soit F et V les volumes de la boule et de l'eau déplacée ; d 
et 1 les densités du bois de la boule et de l'eau, l'on aura, 
d'après le principe d'Archimède : 

V:V'::l.d, ouV'=Vd 

Soit R le rayon de la boule, et h la hauteur de la calotte qui 
dépasse l'eau ; comme le volume V de l'eau déplacée est égal au 
volume de la boule moins celui de la calotte, on a 

ou 4R 3 d -=- 4R 3 — -àRV + 7i 3 

réduisant, nous aurons 4R 3 (1 — d) — 3Rh 2 + h 3 -— 

BRh* ¥ 



et 



R 3 — 



= 



4(1 — d) 4(1 — d) 

Equation du 3 e degré dont les trois racines, trouvées par la 
méthode de Newton, sont : 

i?=3,991 
R= 1,104 
et R= — 5,0948 

La première est celle cherchée. 



AVIS OFFICIELS. 




AVIS. 

Le Conseil de l'Instruction Publique ayant approuvé des manuels de 
pédagogie et d'agriculture, avis est donné qu'en vertu du lOème article 
des Règlements pour l'examen des candidats au brevet ou diplôme d'institu- 
teur dans le Bas-Canada, les divers bureaux d'examinateurs exigeront 
l'examen sur les programmes qui se rapportent à ces matières, à compter 
de la session du moisd'août prochain. Les candidats qui se présenteront 
à l'examen à la dite session et aux sessions subséquentes devront se pré- 
parer à être interrogés sur ces matières. 

ÉRECTIONS DE MUNICIPALITÉS SCOLAIRES. 

Il a plu à Son Excellence, le Gouverneur Général, par minute en 
Couseil du 18 de décembre dernier, amendée par une autre minute en 
Conseil du 30 de janvier dernier, 

De distraire de la municipalité scolaire de la paroisse de St. Anne-de- 
la-Pérade, dans le comté de Champlain, la partie de territoire ci-après 
décrite, et de l'ériger en municipalité scolaire sépaiée, sous le nom de 
Municipalité du village de Ste. Anne-dc-la-Pérade ; savoir : 



sa 



JOURNAL DE L'INSTRUCTION PUBLIQUE. 



Bornée, vers le nord, par la rivière Ste. Anne ; au sud, par le fleuve 
St. Laurent: au nord-est, par la ligne seigneuriale qui divise la sei- 
gneurie Ste. Anne du fief Dorvillier, partant du fleuve St. Laurent et 
divisant les terres de Narcisse Barril de celles de Pierre Riche Laflèche, 
montant jusqu'au cordon des terres situées au lieu appelé Rapide, sui- 
vant de là le cordon des dites terres jusqu'à la ligne qui divise la terre 
de Damien Mailhot de celle de Ferdinand Laquerre, et descendant dans 
cette ligne jusqu'à la rivière Ste. Anne; au sud-ouest, par la ligne sud- 
ouest de la rivière Ste. Anne, depuis son embouchure en montant jusqu'à 
la terre de Damien Mailhot exclusivement ; et, dans les limites susdési- 
gnées, se trouvant comprises les iles connues sous les noms suivants : 
ïle-du-Sable, île de Madame Dury, Ile-du-Large, île St. Ignace, île Sie. 
Marguerite, ainsi que toutes les autres îles qui se trouvent dans la rivière 
St. Anne, à partir de son embouchure à aller jusqu'à la ligne qui sé- 
pare la terre de Ferdinand Laquerre de celle de Damien Mailhot. 

Il a plu à S. E. le Gouverneur Général par minute en Conseil du 24 
de février courant, de révoquer la commission nommant Cl-arles H. Le- 
roux, écuyer, inspecteur d'école. 

Il a plu à S. E. le Gouverneur Général par minute en Conseil du 24 
de février courant, d'accepter la démission de IVm. Hamilton, écuyer, 
inspecteur d'école. 

NOMINATIONS. 

COMMISSAIRES D'ÉCOLE. 

Sou Excellence, le Gouverneur Général, a bien voulu, par minute en 
Conseil du 29 de janvier dernier, approuver les nominations suivantes 
de commissaires d'école : 

Comté de St. Jean. — St. Jean : MM. Félix Gabriel Marchand et Casi- 
mir Surprenant. 

Comté de l'Outaouais. — Aylmer : John Robert Woods, écuyer. 

Et en date du 8 de février courant : 

Comté de Drummond. — Township de Grantham : 
Le Révérend J. 0. Prince, curé, MM. Moïse Janelle, Norbert Lafon- 
taine, Benjamin Lafond et Edouard Watkins. 

Et en date du 18 de ce mois : 

Comté de Mégantic. — Inverness : M. Neil McKenzie. 
Comté de Rimouski. — Métis: Daniel Macgugan. 

Et en date du 29 de février conrant : 

Comté de Champlam — Village de Ste. Anne-de-la-Pérade : Le Révé- 
rend Louis Edouard Adolphe Dupuis, Curé; MM. Joseph Onésippe Mé- 
thot, Pierre George Beaudry , Louis Gonzague Tessier et Narcisse 
Grimard. 

syndics d'écoles dissidentes. 

Son Excellence, le Gouverneur Général, a bien voulu, par minute en 
Conseil du 29 de janvier dernier, approuver la nomination suivante d'un 
syndic d'écoles dissidentes : 

Comté de St. Jean. — St. Jean : M. James McPherson. 

diplôme accoudé par l'école normale LAVAL, 
Le 1er de Février, 1864. 
Pour école modèle, F. — M. Bernard Garneau. 

DIPLOMES ACCORDÉS PAR LES BUREAUX D'EXAMINATEURS. 

BUREAU DES EXAMINATEURS DE L'OUTAOUAIS. 

Diplômes pour écoles élémentaires de 2ème classe, F. 
M. Elzéar Bertrand et Mlle. Philomène Amiotte. 
Diplômes de 2ème classe, A : 

Mlles. Elizabeth Hews, Anne O'Keefe, Martha Maria Shipman et Julia 
Sullivan. 

Oct. le 2 février, 1864. 

John R. Wood?, 
Secrétaire. 

BUREAU DES EXAMINATEURS DE SHERBROOKE. 

Diplôme pour académies de 2ème classe, A : 

M. Francis E. Gilman. 

Diplôme pour écoles modèles de 1ère classe, A. : 

.Mlle. Jane Green. 

Uiplôrae pour écoies élémentaires, de 2ème classe F : 

-. Marie Adélaïde Phélonise Champeau. 
Diplômes de 2ème classe, A : 

Mlles. Harriet Drummond, Mary Ann Munro et Sarah Young. 
Oct. le 2 février, 18C4. 

S. A. Hurd. 
Secrétaire. 



BUREAU DES EXAMINATEURS PROTESTANTS DE QUÉBEC. 

Diplômes pour écoles élémentaires de 1ère classe, A : 
M.M. Robert Robinson et Wm. Robert Scott. 
Oct. le 2 février, 1864. 

D. WlLKlE, 

Secrétaire. 

BUREAU DES EXAMINATEURS DE RIMOUSKI. 

Diplômes pour écoles élémentaires de 2ème classe, F : 

Madame Narcisse Deroy, (Marguerite Thibault) et Mlle Célina Bérubé. 

Oct. le 2 février, 1864. 

P. G. Dumas, 
Secrétaire. 

BUREAU DES EXAMINATEURS PROTESTANTS DE BEDFORD. 

Diplômes pour écoles élémentaires de 1ère classe, A : 

MM. Whiting R. Bail, William J. Crothers, Mlles. Hattie A. Bédard, 
Jennette Barns, Nancy J. Clark, Mary E. Clark, Adélaïde L Dyer, 
Helen E. England, Annette Gilbert, Lavina Jersey, Dalilah Jennings, 
Tamer Neil, Helen Shepherd et Angeline H. Tenney. 

Diplômes de 2ème classe, A : 

M. W. A. Lay, Madame Sarah McVicker, Mlles. Margaret Adams et 
Rosebell White. 

Oct. les 2 et 3 février, 1864. 

Wm. Gibson, 
Secrétaire. 

BUREAU DES EXAMINATEURS DE STANSTEAD. 

Diplômes d'écoles élémentaires, 1ère classe, A. : MM. Abel M. Davis, 
Milo D. House, Ira Miller, Mlles. Alice A. Atwood, Emeline S. Fox, 
Elizabeth Field, Helen M. Hubbard et Joséphine Morrill. 

Diplômes de 2ème classe, A. : MM. George Bradford, William F. Da- 
vis, Ernest V. Maloney, Mlles Julia E. Langmayd et Lucy A. Libbey. 

Oct. le 2 février, 1864. 

C. A. Richardson, 

Secrétaire. 

BUREAU DES EXAMINATEURS DE BONAVENTURK. 

Diplôme d'écoles élémentaires, 1ère, classe, F. et A. : M. François- 
Xavier Buteau. 

Diplôme de 1ère classe, F. : M. Joseph Guidry. 
Diplôme de 1ère, classe, A. : Mlle. Janet Henderson. 
Diplôme de 2ème. classe, A. : Mlle Robina Henderson. 
Oct. le 2 février, 1864. 

Charles Kelly, 

Secrétaire. 

BUREAU DES EXAMINATEURS CATHOLIQUES DE QUÉBEC. 

Diplôme pour écoles modèles de 2ème classe, F : 

M. Elie St. Hilaire. 

Diplômes pour écoles élémentaires de 2ème classe, F : 

M. Damnse Bourget, Mlles M. Adeline Boisvert et M. Louise Lortie. 

Oct. le 2 février, 1864. 

N. Laçasse. 

Secrétaire. 

BUREAU DES EXAMINATEURS CATHOLIQUES DE MONTRÉAL. 

Diplômes de 1ère classe, F : 

Mlles Philomène Dubé et Marie Célina Dupuis. 

Oct. le 4 août, 1863. 

Diplôme pour écoles élémentaires de 1ère classe, F. et A : 

Mlle Julia Armstrong. 

Diplômes de 1ère classe, F : 

MM- Hector Milette, Magloire Pilon, Mlles. Elisa Marie Brodeur, Marie 
Anne Johnston, Parmelie Laçasse, Henriette Leblanc, Emilie Montreuil, 
Philomène Royal et Domitilde Vermet. 

Diplômes de 2ème Classe, F : 

Mlles. Anathalie Sara Bissonnette, Rosalie Bonin et Elisabeth Gauthier. 

Oct. le 2 fév. 1864. 

F. X. Valade. 
Secrétaire. 



BUREAU DES EXAMINATEURS PROTESTANTS DE MONTREAL. 

Diplôme pour écoles modèles de 1ère classe, A : 

M. George William Webb. 

Diplômes pour écoles élémentaires de 1ère classe, A : 



JOURNAL DE L INSTRUCTION PUBLIQUE. 






Milts. Sarah •.' 

M~: t. Xcnaaa McDoae.. Zton 

et Elean :: 
- 

T. A. Gissos. 

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Diplômes pour éc 
Marconx el 

_ an. 

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J. T. P. Pec 

-. BrsnoTEz^vz do : l .-.-.:- ti :z nt. 

De J. V." 3 -: Principe. 

- 
- 

Dr r.rValade: .Inaalesdc la Propagation 

de le i 



JOURNAL DE L'INSTRUCTION PUBLIQUE 



-- :axai -- 



>Iort du Juïc en Clief Larontaine. 

Peu d'événements ont, à notre connaissance, aussi 
ment impressionné nos populations que la mort du juge en 
chef, et nous croyons ne payer qu'un bien faible tribu: 
mémoire en .: notre feuille des marques de deuil 

ordinaires. La jeunesse, pour qui surtout nous écrivor- 
saurait apprendre trop tôt à vénérer les bienfai leurs de n 
pays. La magistrature a perdu une de ses lumières, Mon- 
. un de ses meilleurs c. la an dr 

is hommes. Il est impossible de taire de lui un meil- 
leur portrait que celni qui fut tracé de main de maître par 
M._Baldwin. dans un discours prononcé devant l'assoc: 
de réforme, à Toronto, en janvier 1 H 

: quant à mon honorabte am aFontaine, j'ai 

trouvé en lui, un vif du droit, une détermination si 

prompte à l'affirmer, un éloignement si profond, si ér. 
que pour tous les petits artir ..irrigues de parti, 

source ordinaire des esprits médiocres qu: pour 

cacher leur stérilité, que c'est pour moi un sujet de s 
.on que de l'avoir pour guide, de gloire que de Va 
pour chef et de bonheur que de l'avoir pour ami. Je le 
dis au peuple du Haut-Canada, il ne saurait trouver un 
homme comme chef du parti uni de la Réforme, plus attentif 
à ses in" à lui donner une administration 

qui puisse le sat> 



tears, de ceux surtout qui veulent obtenir le diplôme poor 

chose de l'art même - _er et de Pagrienltnre, l'occu- 

pation nécessaire de ande majorité de notre popu- 

lation. Le conseil de l'instruction publique, sous ce rapport, 
n'a lait qu'accomplir un vœu très-fréquemment exprimé 
par tous ceux qui en Canada s'occupent d'éducation. 



Examen sur la Pêdasosie et sjr l'Agriculture. 

lecteurs verront à la colonne des avis officiels que 
l'examen sur ces branches importantes, qui avait et 
qu'ici i :eur à partir delà session du 

mois d'août prochain. Nous avons appris avec p'aisir que 
déjà un bon nombre de candidats se sont soumis volontai- 
rement à ces deux épreuves, afin d'emporter, avec leurs 
dip". .? de leurs conn. 

deux s.rets. 

Rien de plus naturel d'ailleurs que c' 



. z^neme Confère:::; ries :--:.:_:_.- : ; . ; 
iscriptioii de l'Ecole r>r tria aie Jacques-Cartier. 
tenue le 29 -Ian— er. ISÔ4. 

Pre Hon. P. J. O. ChatrresQ, Surintendant de 

- "£ 
1M. les Inspecteurs Caroo, Groc .'. U. 

E. Archamba : J. Para T. 

et. Sec 1 . Bordri • . T 

Caron, O. Coca. M. E P. Jar 

s 
S.. Daipé. Frs. Desrosier- 
bord, J. B er, D. Partfcenais, H.Pesar 

rmale Jacques- Cartier. 
- . 
de la dernière confères : e e lu et ac 

qu'il aTaitélé prié de le faire par 2" el l excellent 

résumé de la dernière diseosswn an : emea: des quatre 

■ _• r s de l'arithmétique. 

aJade rut ensuite sur les béantes de 

l'éducation et sur les bieni répand ^an; le cœur et i':n- 

:e _--: :■? - -.: :î:.:s. 

ot par le côté 
::i" : :r. ::i : ^ r :..i . -r ::. :t r- :- - ? 1 ":r?:l ' - : -: .-- :- 

- - 
Le sujet de diseussîoe ^ r 

pour enseigner les fractions vulgaire- et 

la par M -ion, 

- ant un auditoire de 
cations pour la prer 
une cémonsiratioa très- - sa méth: r 

. _" .. 

:rd an ta: - 
noir et démontrèrent ha t 

- - ■ ■ e: > 

. " . - 

part à !a discussion, et, 
socratiqcr 

- : - - -_ 

::~rar: :.-:::■ r — ; -.. r:: r." r.- .e i r rs . . T - : 

■ _ - - - 

_ - - ? r resents - 

: r -v j r as fractions aprr- re première- 

... 

PrL eipal, comme son : 

I. - - - 

gnemenl e 1' — 

• : ;r:e :*.:? r-.77.iri: . : r. ;::.: rr. m 5 r::::; rirre ::"e r 
devient, entre les mains d'en instituteur habile, un - 

igencedr- is. Dans : 

- : r-- 

ruent au 
cours de pédagogie; l'une e: 'antre, toaieibis, ont des rapports 

• 
. ... . ■ . ■ _ 

il y a deux questions à coosl iérer : 1 

. - _ 

:i—i réparer les jennes 

• - 

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tion joue en grand 
• : 

- - ■ ■ ' " . _ 

allant toujc .rile 

■ 



so 



JOURNAL DE L'INSTRUCTION PUBLIQUE. 



absolument tout préparer et prévoir d'avance. Chaque exemple, ou 
chaque application qu'il donne, sera un pas sur l'application pré- 
cédente ei préparera celle qui suit. C'est ainsi que l'enfant com- 
prendra ce qu'est une fraction longtemps avant d'opérer sur les 
nombres qui les représentent. 

-Mais ici se place une question assez importante et qu'il appar- 
tient à la méthode de résoudre. Faut- il enseigner les fractions 
après les règles simples, après les règles composées, ou à la fin de 
l'arithmétique ? 11 semble que le meilleur temps de le faire est 
immédiatement avant les proportions ; les élèves se trouvent alors 
préparés par la connaissance des quantités de différentes espèces, 
qui ne sont que des tractions relatives, et par la réduction des unes 
dans les autres. Placer plus tôt cet enseignement serait trop diffi- 
cile pour les enfants ; plus tard, il laisserait une lacune considé- 
rable dans l'instruction de ceux qui ne peuvent longtemps Iréquenter 
l'école. 

2o. Les Règles. — Avant de passer aux règles, remarquons qu'il 
faudrait changer tout notre système de l'enseignement de l'arith- 
métique ; la question est importante et elle mérite une sérieuse 
étude ; mais pour le moment, disons que : la règle fondamentale des 
fractions est leur réduction au même dénominateur, c'est-à-dire 
leur transformation en parties égales de l'unité. Si l'on a suivi une 
Donne méthode, cette opération ne présentera que peu ou point de 
difficulté, quelque soit le procédé qu'on emploie. ... La règle la 
plus simple paraît être celle des multiples et sous-multiples. C'est 
dans cet ordre que le maitre choisira ses exemples et ses applica- 
tions. Il aura ensuite recours aux procédés qui dérivent de celui-ci 
pour les quantités qui ne sont pas multiples les unes des autres. 
Plusieurs règles viennent d'être développées avec habileté : il n'y 
a pas de doute que l'enseignement des fractions ainsi exposé ne 
perde une partie des difficultés qui effraient les enfants. 

La seconde partie de la discussion, c'est-à-dire "l'enseignement 
des parties aliquotes," fut remise pour être discutée à la conférence 
du mois de mai. 

M. le Surintendant prit ensuite !a parole et félicita tous les insti- 
tuteurs qui avaient pris part à la discussion sur la manière habile 
avec laquelle ils avaient éclairci un point aussi important que l'en- 
seignement des fractions. Il rappela aussi aux instituteurs plu- 
sieurs conseils qu'il leur avait donnés dans d'autres conférences. 
Il félicita l'association de la bonne idée qu'elle a eue de créer une 
bibliothèque du genre de celle qu'elle a maintenant, et engagea les 
membres à faire leur possible pour lui donner beaucoup de circula- 
tion, et il termina en souhaitant aux membres beaucoup de bonne 
volonté et de courage dans l'accomplissement de leur tâche. 

Puis la séance s'ajourna, sur motion de M. G. T. Dostaler, 
secondé par M. P. IL St. Hilaire, jusqu'au dernier vendredi de 
mai, à 10 heures A. M,, précises. 

MM. P. Jardin, J. Paradis et A. Dallaire, furent priés de pré- 
parer des lectures pour la prochaine conférence. 

Les deux sujets suivants seront discutés: " Est-il préférable 
d'enseigner les verbes aux enfants d'après les temps primitifs ou 
d'après les radicaux ? " " Peut-on réduire les règles du participe 
passé à une seule? Si la chose est possible, serait-il avantageux 
d'enseigner les participes aux enfants d'après celte règle unique ? " 

U. E. Archambault, 

Président, 
G. T. Dostaler, 
Secrétaire. 



Vingt-unième Conférence des Instituteurs de la Cir- 
conscription de l'Ecole Normale-Laval. 

Furent présents : le Révérend Jean Langevin, Principal ; M. 
l'Inspecteur Juneau ; MM. C. Dufresne, Norbert Thibault, J. B. 
Cloutier, A. Girardin, N. Laçasse, C. J. L. Lafrance, D. Mc- 
Sweeny, J. Létourneau, A. Doyle, C. Dion, J. B. Dugal, D. Plante, 
F. X. Gilbert. Ls. Lefebvre, L. F. Tardif, F. Fortin, Frs. Parent, 
C. Huot, D. Potvin, A. Esnouf, M. J. Ahern, J. Roy, W. Ryan, E. 
H. Hilaire, F. Auclair, et G. Tremblay, ainsi que les Elèves-Maî- 
tres de l'Ecole Normale. 

Le Secrétaire donna lecture du procès-verbal de la dernière 
assemblée, lequel fut unanimement adopté. 

M. Norbert Thibault retraça l'histoire de l'établissement des 
Ecoles Normales en Europe et en Amérique, et M. A. Doyle fit 
une lecture sur la grammaire anglaise. M. Cloutier parla aussi 
d'une manière générale sur l'enseignement de l'écriture. 

La discussion s'engagea ensuite sur les queotions d'écriture po- 
sées lors de la dernière Conférence. Après un débat assez vif, 



auquel prirent part : M. le Principal et MM. Laçasse, Dufresne, 
Lafrance, Cloutier et Tardif, l'assemblée s'ajourna à midi précis, 

A une heure et demie, M. le Président Dufresne ayant été obligé 
de s'absenter, le Vice-Président, M. Thibault, prit le fauteuil : les 
débats recommencèrent et furent très-animés. On décida enfin de 
répondre de la manière suivante à chacune des questions. 

lOo. Que doit faire l'Instituteur pendant le temps consacré à 
l'écriture ? 

Rép. Il doit se tenir de temps en temps en avant de sa classe 
pour exercer une surveillance générale sur la position du corps, de 
la main, du cahier, et sur la tenue de la plume : mais le plus sou- 
vent, il doit parcourir les tables, et voir tour-à-tour ses élèves, pour 
leur faire remarquer les défauts de leur écriture ; il faut aussi ré- 
péter de temps en temps à toute la classe les principes de la calli- 
graphie. 

llo. Est-il à propos de faire écrire les élèves souvent et long- 
temps à la fois ? 

Rép. Au moins une fois tous les jours, et pendant environ une 
demi-heure. Il faut encore exiger que tous les devoirs soient écrits 
avec soin. 

12o Comment le maître accoutumera-t-il les enfants à incliner 
convenablement leur écriture ? 

Rép. Par des lignes parallèles auxquelles on donne la même 
inclinaison que l'exemple en tête du cahier. 

13o. Comment le maître habituera-t-il les enfants à espacer con- 
venablement leurs lettres et leurs mots ? 

Rép. Par des lignes veiticales indiquant la distance entre les 
lettres et les mots. 

14o. Que doit faire le maître des vieux cahiers d'écriture ? 

Rép. Il conservera le premier et le dernier de chaque semestre 
jusqu'à l'époque de l'examen pour constater les progrès qu'il aura 
fait faire aux enfants ? 

15o. Comment accoutumer les enfants à tenir leurs cahiers pro- 
pres ? 

Rép. Il faut exiger que les enfants aient les mains bien nettes ; 
qu'ils aient toujours un morceau de papier sous la main en écrivant ; 
qu'ils ne prennent pas trop d'encre avec leur plume ; que les en- 
criers soient fixés sur la table et placés, autant que possible, à la 
droite des enfants ; qu'ils aient tons une feuille de papier buvard 
pour étancher leurs cahiers avant de les fermer et que les cahiers 
ne soient pas trop longs. 

Les trois dernières questions ont été remises à la prochaine Con- 
férence, et les suivantes y seront aussi discutées. 

lo. Est-il utile d'enseigner la tenue des livres dans toutes les 
écoles ? 

2o. Quelle espèce de tenue des livres est-il à propos d'enseigner 
dans les écoles élémentaires, et dans celles d'un genre supérieur? 

3o. Quand faut-il commencer à enseigner la tenue des livres ? 

4o. Quelle méthode est-il préférable d'adopter pour la tenue des 
livres ? 

Les MM. dont les noms suivent doivent chacun donner à la 
prochaine assemblée, une lecture sur différents sujets : " M. Du- 
fresne, "quelques remarques sur la philosophie naturelle;" M. 
Thibault, " comparaison entre les Ecoies Normales d'Europe, des 
Etats-Unis et celles du Canada ; " M. McSweeny, " tenue des 
livres ; " M. Doyle, " grammaire anglaise." 

Et l'assemblée s'ajourna au dernier samedi de mai prochain. 

C. Dufresne, 

Président. 
J. Bte. Cloutier, 
Secrétaire. 



Extraits des rapports de MM. les Inspecteurs 
d'Ecole, pour les années 1S61 et 1862. 

Extrait du rapport de M. l'Inspecteur Boivin, pour l'année 1861 

COMTÉS DE CHARLEVOIX ET SAGUENAY. 

(Suite.') 

8. Baie St. Paul. — Grande municipalité qui compte un couvent 
enseignant, une académie de garçons et dix écoles élémentaires. 
Le couvent est sous la direction des sœurs de !a Congrégation 
Notre-Dame. Outre la musique, le dessin, etc., ces dignes institu- 
trices enseignent encore aux jeunes personnes du sexe toutes les 
branches qui forment aujourd'hui une bonne éducation. L'académie 
des garçons est sous la direction de J. B. Déguise, élève de l'école 
normale Laval, instituteur habile et instruit. Cette institution est 
fréquentée par 60 élèves ; les plus avancés étudient toutes les ma- 



JOURNAL DE T, 'INSTRUCTION PUBLIQUE. 



31 



tières requises par la loi pour les académies, et j'ai été surpris du 
progrès de quelques-uns dans l'algèbre et la géométrie. M. Charles 
Martineau est chargé des classes inférieures, et fait aussi faire de 
grands progrès à ses élèves. Sur les dix écoles élémentaires, huit 
sont bonnes et deux médiocres. 

Les commissaires de cette municipalité s'acquittent bien de leurs 
devoirs, et leurs affaires monétaires sont bien dirigées. 

9. Petite-Rivière. — A deux écoles en activité. Celle du premier 
arrondissement, bien que sous la direction d'une institutrice ins- 
truite, ne fait pas tous les progrès désirables; il y a manque de 
discipline, et la lecture est négligée. Je suis bien plus satisfait 
du résultat des examens au second arrondissement ; cette école 
manque cependant du matériel nécessaire, et, malgré mes recom- 
mandations, les commissaires persistent toujours à la laisser dans 
un abandon complet. Les finances de la commission sont bien 
administrées. 

10 lsle-aux-Coudres. — Les anciennes divisions de cette muni- 
cipalité, bien que terminées il y a assez longtemps, y paralysent 
encore les progrès de l'éducation. 

11 y a défiance de part et d'autre, et, partant, point d'union pour 
soutenir les écoles. Cet état de choses durera tant que l'école fer- 
mée par suite de ces anciennes difficultés, ne sera pas remise sous 
contrôle. Les trois écoles actuellement en opération sont peu fré- 
quentées et manquent du matériel nécessaire. 

COMTÉ DE SAGUENAY. 

11. Tadoussac. — J'ai enfin réussi, l'été dernier, à établir une école 
dans cette petite municipalité, et, quoique le système coërcitif ne 
soit pas en force, parce que la plupart des colons sont encore trop 
pauvres pour être cotisés, les plus aisés ont cependant souscrit 
une somme assez élevée pour pouvoir, avec la part afférente du 
gouvernement, soutenir leur école. 

12. Escoumains. — Cette petite municipalité, quoique peuplée 
de familles qui n'attendent leur subsistance que du chantier, fait 
toujours les plus généreux sacrifices pour soutenir une bonne école. 
Les commissaires, à la tête desquels se trouvent des hommes ins- 
truits et dévoués, ne négligent rien pour faire progresser l'éducation. 
Ils ont engagé, cette année, une institutrice munie d'un diplôme 
d'école modèle et formée à l'école normale Laval, à qui ils donnent 
un salaire assez élevé. 

Tel est l'exposé succinct et impartial de l'état des écoles dans 
chacune des municipalités placées sous ma surveillance. 

Pour l'année 1862. 

Il y a, aujourd'hui, dans le district d'inspection de M. Boivin 
49 institutions d'éducation de tout genre, réparties comme suit : 

43 Ecoles élémentaires, 
4 Ecoles modèles, 
1 Académie de filles, 
1 Couvent. 

49. 

Le nombre d'élèves fréquentant ces 49 institutions est de 2433, 
ce qui ferme une moyenne de 50 éièves à peu près pour chacune 
d'elles, et donne une augmentation de 355 élèves sur l'année pré- 
cédente. 

"La loi d'éducation, dit M. Boivin, fonctionne bien dans la plu- 
part des municipalités de ce district et les écoles sont généralement 
tenues d'une manière satisfaisante. 

" Vous verrez par les tableaux statistiques qui accompagnent le 
rapport que le nombre d'enfants fréquentant les écoles clans le 
comté de Charlevoix a considérablement augmenté depuis un an. 
Il y a à présent 1 élève allant à l'école sur 6^ de la population 
totale, ce qui est une bonne proportion pour un territoire d'une aussi 
grande étendue et ayant une population disséminée ça et là.' 1 

M. Boivin fait aussi remarquer que l'on fait dans plusieurs loca- 
lités des efforts généreux, des sacrifices réels pour se procurer des 

s- 
îr 
— ,_~ „.—.. „. 5 u |.vui ,oo «ii^rec- vjii Km icui uuiiiic. Aujourd'hui dans 
le district d'inspection de M. Boivin, le maximum du salaire 
des instituteurs est de $440; celui des institutrices est de $200. 
C'est là un bien beau résultat, sans doute, et qui fait grandement 
honneur à la population des comtés de Charlevoix et de Saguenay. 
Tandis que, dans d'anciennes paroisses, on semble ne vouloir 
jamais sortir de l'ornière où l'on se traîne depuis si longtemps, de 
nouvelles localités, à peine connues il y a quelques années, avec 



une population comparativement pauvre, ne craignent point de 
s'imposer les plus grands sacrifices pour donner l'instruction à leurs 
enfants. C'est à force de sacrifices de ce genre, c'est à force de 
courage et d'énergie que les comtés de Saguenay, de Chicoutimi, 
de Gasj'é et de l'Outaouais se trouvent aujourd'hui, dans une voe 
de piogrès qui permet de bien augurer de leur avenir. 



Extrait du Rapport de M. l'Inspecteur Hume, pour l'année 1861. 

COMTÉ DE MÉGANTIC, ET PARTIES DE CEUX DE DORCHESTER ET DE 
LA BEAUCE. 

En vous faisant rapport sur les écoles de mon district d'inspec- 
tion pour 1861, j'ai le plaisir de constater qu'il s'est opéré un bien 
considérable dans plusieurs municipalités durant l'année qui vient 
de s'écouler. 

En effet, il y a au delà de 500 enfants de plus qui fréquentent les 
écoles ; augmentation dans les contributions locales ; un plus grand 
nombre d'instituteurs munis de diplôme, quoiqu'il en reste encore 
qui n'en ont point, vu la difficulté, dans plusieurs municipalités, 
de s'en procurer d'autres. Il y a, dans mon district, 5 institutrices 
qui ont des diplômes des écoles normales, et, sur ce nombre, 3 ont 
droit d'enseigi er dans les écoles modèles. Je considère que l'en- 
seignement donné par les instituteurs sortis de ces écoles est bien 
avantageux aux élèves confiés à leurs soins, et j'espère qu'avant 
longtemps le nombre de ces maîtres aura augmenté considérable- 
ment, au point qu'il y en aura au moins un dans chaque muni- 
cipalité. 

Je regrette beaucoup que les salaires accordés généralement aux 
instituteurs soient aussi minimes. Il y a, néanmoins, une maî- 
tresse, employée à Leeds et munie du diplôme d'école modèle, qui 
reçoit $240 par an. 

Quoiqu'il y ait progrès cette année sur les années piécédentes, 
il reste encore beaucoup à faire dans certaines localités. Je ne 
puis pas tire qu'il y a vraiment de l'opposition à la loi des écoles ; 
mais il y a certainement apathie et, chez plusieurs, négligence à 
y envoyer leur enfants, et c'est là le plus grand obstacle au progrès 
dans mon district. 

L'opposition qui existait, il y a quelques années, à l'établisse- 
ment de la cotisation, a disparu complètement, et, avant peu, il n'y 
aura pas une seule municipalité où le système des contributions 
volontaires existera. 

Je passe maintenant en revue les différentes municipalités de 
mon district. 

COMTÉ DE LA BEAUCE. 

1. St. Victor de Tring. — II y a progrès dans cette localité, et 4 
écoles bien fréquentées, surtout l'école principale, qui est à présent 
dirigée par un instituteur capable. 

Les contribuables sont zélés et bien disposés. 

2. St. Ephrem de Tring. — A 3 écoles, dont les élèves, quoique 
peu avancés encore, ont fait des progrès. La cotisation, l'année 
dernière, n a pas été payée régulièrement, et les commissaires se 
trouvent considérablement endettés. Ceci est dû à une interrup- 
tion survenue dans la commission et aux frais extraordinaires qu'il 
a fallu faire pour construire trois maisons d'école. 

Les habitants sont très-pauvres, mais sont animés du désir de 
faire instruire leurs enfants. 

3. Forsyth. — Cette municipalité fait peu, et, sans les efforts bien 
louables de M. le Curé Bérubé et de quelques habitants, les con- 
tribuables laisseraient les écoles se fermer. Lors de ma dernière 
visite, il y en avait deux en opération, et quelques-uns des élèves 
ont subi un examen dont j'ai été satisfait. On assiste très-irrégu- 
liérement à l'école, en général. 

4. Lambton. — Je suis heureux de pouvoir constater que tout est 
pour le mieux dans cette localité. La corporation a engagé deux 
instituteurs habiles, qui sont bien rémunérés et qui ont fait faire 
des progrès rapides à leurs élèves. 

5. Aylmer. — A 3 écoles, dont 2 ont été fréquentées négligem- 
ment, et dont les progrès ont été faibles. Les habitants sont pleins 
de zèle pour les écoles, et ont fait pour elles des sacrifices bien 
généreux, si l'on considère les moyens restreints de la plupart 
d'entre eux. 

Il est dû un montant considérable d'arrérages ; ceci ne dépend 
pas de la mauvaise volonté des contribuables, mais bien de la 
grande rareté d'argent dans presque tous les établissements nou- 
veaux. 



S2 



JOURNAL DE L'INSTRUCTION PUBLIQUE. 



6. Shenley. — Nouvelle municipalité, érigée depuis peu, et que 
je visiterai prochainement. 

COMTÉ DE DORCHESTER. 

7. Frampton-Ouest. — Deux écoles fréquentées par un grand 
nombre d'enfants. Résultats satisfaisants. Ces deux écoles ne sont 
pas suffisantes ; mais il sera bien difficile d'en établir une troi- 
sième, à cause de l'indifférence des parents pour tout ce qui a rap- 
port à l'instruction de leurs enfants. On a dû même fermer, l'an- 
i ée dernière, une école, parce que les habitants s'y opposaient par 
haine de la cotisation. Je dois dire en passant qu'il n'y a aucune 
localité, dans tout mon district, où l'on fasse autant d'opposition à 
l'établissement du système coërcilif. 

L'école des dissidents, qui a été en opération durant plusieurs 
années, a aussi été lermée. Il en a été ouvert une autre à 2 milles 
plus loin, dans un endroit habité par des protestants. On a bâti une 
maison d'école et engagé un maître capable. 

8. Frampton-Est. — Il y a deux écoles sur pied, l'une sous le 
contrôle des commissaires et l'autre dissidente. Il est probable qu'il 
en sera établi une ou deux autres prochainement. Il a été acheté 
une maison d'école. 

Ici, comme dans Frampton-Ouest, il y a apathie chez plusieurs 
des contribuables. 

9. Slandon. — N'a qu'une seule école en opération et peu fié- 
quenlée. Progrès faibles. L'instituteur est attentif à son devoir, 
mais presque trop vieux pour le remplir avec efficacité. Les con- 
tribuables ne semblent pas disposés à vouloir payer suffisamment 
pour permetire d'engager un instituteur plus capable. 

10. Cranbourne. — Point d'école. Les commissaires, lors de ma 
dernière visile, m'ont dit qu'ils en établiraient une ou deux aussitôt 
qu'ils auront pu se procurer des instituteurs. 

COMTÉ DE MÉGANTIC. 

11. Leeds. — La cotisation n'est pas encore établie dans celte 
municipalité, mais le sera bientôt, je pense. Les contribuables ont 
fourni généreusement pour le soutien des écoles, de sorte que les 
instituteurs reçoivent leur salaire régulièrement.. Il y a 7 écoles 
sous contrôle et une indépendante; les résultats ont été générale- 
ment satisfaisants. L'école modèle a été établie l'année dernière 
et est dirigée par une élève de l'école normale McGilI, qui rem- 
plit sa tâche avec habileté. 

Cette municipalité est une des plus progressives de mon district 
d'inspection. 

12. Inverness. — Les commissaires d'Inverness méritent des 
éloges pour leur zèle et leur énergie, lorsqu'il a fallu établir la coti- 
sation dans cette localité. Il a été fait une nouvelle division de la 
municipalité en arrondissements, afin de pouvoir donner à chaque 
partie une école. Il y a sept maisons d'école en voie de construc- 
tion, et il a été imposé, pour cette, fin, une taxe spéciale, en à 
compte de laquelle il a cléjà été reçu au delà de $600. Il y a dix 
écoles en opération ; plusieurs ont produit des résultats satisfaisants. 

L'école dissidente est fréquentée par des enfants franco-cana- 
diens. Le maître est vieux et peu capable; il sera remplacé par 
un autre plus habile aussitôt que la maison d'école en voie de con- 
st ruction sera finie. 

M. Hume se plaint ensuite de la coutume établie dans cette 
municipalité et qui retarde de beaucoup les progrès. Cette cou- 
tume, qui est aussi en usage dans plusieurs municipalités des can- 
tons de l'est et aux Etats-Unis, consiste à se servir d'un instituteur 
pendant l'hiver, et d'une institutrice durant l'été. 

13. Nelson. — A 2 écoles, l'une franco-canadienne et l'autre 
anglaise. Il a été bâti une maison dans un troisième arrondisse- 
ment, et l'on y ouvrira une é„-ole bientôt. Cinq écoles ne seraient 
pas trop pour cette localité. 

11. St. Calixte de Sommerset. — Il n'y a point de municipalité 
dans tout mon district où les progrès aient été plus rapides que 
ceux qui se sont tfpérés ici. Il y a un couvent fréquenté par 71 
élèves. Je suis parfaitement satisfait de la méthode suivie dans 
cette maison. L'école modèle est dirigée par un instituteur de 
l'école normale Laval, qui est très-capable et peut également 
enseigner le français et l'anglais. Outre ces deux excellentes ins- 
titutions, il y a 5 écoles élémentaires bien tenues. 

La corpo étion est fortement endettée: elle pourra néanmoins 
acquitter toutes ses dettes sans trop fatiguer les contribuables. 

15. Sle. Julie de Sommer set. — Ici, aussi, il y a progrès. On a 
construit deux maisons d'école. Il y a aujourd'hui 5 écoles élémen- 



taires et une modèle, dirigée par un élève-maître de l'école nor- 
male Laval. Résultats généralement satisfaisants. 

16. Sle. Sophie d'Halifax. — A 8 écoles, toutes habilement diri- 
gées, moins deux, où les progrès ont été faibles. Cette localité, qui 
s'opposait avec acharnement, il y a quelques années, à l'établisse- 
ment de la cotisation, en est contente aujourd'hui et en retire de 
bons fruits. Celte importante réforme est due, en grande partie, 
aux efforts du président des commissaires, M. Théophile Hébert, 
qui occupe cette charge depuis que les écoles sont établies dans 
cette paroisse. 

17. St. Ferdinand d'Halifax. — Cette municipalité a une vieille 
dette passive de $600, qu'elle ne peut acquitter sans imposer une 
taxe spéciale, ce à quoi s'opposent vivement les contribuables. 
Dix écoles en opération, dont 2 tenues par des instituteurs de l'école 
normale Laval. Dans plusieurs écoles, résultats satisfaisants. Il a 
été construit trois maisons et fait des réparations à d'autres. 

Il y a, en outre, 2 écoles dissidentes, qui ont été bien fréquentées : 
bons résultats. Les dissidents ont aussi construit une maison 
d'école. 

18. Ireland. — Cette localité peut donner une preuve de l'avan- 
tage qu'il y a d'établir la cotisation au lieu du système de contri- 
butions volontaires. Tant que ce dernier mode a prévalu ici, il a été 
impossible d'y maintenir les écoles sur un pied durable ; et aujour- 
d'hui qu'il a lait place à la cotisation, les commissaires soutiennent 
sans difficulté 7 écoles, et leurs finances sont dans une voix pros- 
père. Les progrès sont généralement bien bons. 

19. Broughton. — Les limites de cette municipalité ont été chan- 
gées dernièrement, et l'on n'a pas encore eu le temps de former le 
nombre d'écoles nécessaire. Il n'y en a qu'une en opération. 

Pour 1862. 

M. Hume fait remarquer qu'il y a eu progrès cette année sur 
l'année précédente ; surtout sous le rapport de l'assiduité à l'école. 
Il y a eu aussi une augmentation de 400 dans le nombre d'élèves 
fréquentant les écoles, et un plus grand nombre apprenant les ma- 
tières les plus avancées de l'enseignement primaire. 

" Je lemarque avec plaisir, dit M. Hume, qu'il y a un plus grand 
nombre d'instituteurs non-seulement munis de diplôme, mais réel- 
lement plus capables que ceux qui étaient employés l'année der- 
nière. 

" Le chiffre des contributions locales fait voir une augmentation 
assez considérable. 

" Les comptes, dans ce district d'inspection, sont généralement 
bien tenus, et j'ai toujours trouvé les secrétaires-trésoriers bien 
disposés à suivre les suggestions que j'ai cru devoir leur faire au 
sujet de l'administration des finances." 

M. Hume termine par faire observer qu'il lui reste encore beau- 
coup à faire pour arriver à un état vraiment satisfaisant. Il reste 
à ouvrir plusieurs écoles, dont le besoin se fait vivement sentir, et 
à établir la cotisation dans quelques municipalités où la loi ne 
fonctionne qu'au moyen des contributions volontaires, système 
défectueux et qui ne peut produire des résultats durables. 
Cependant le nombre de ces municipalités rétrogrades va toujours 
en diminuant. 

Le plus grand obstacle, dans le district de M. Hume, est la 
négligence qu'on met, dans plusieurs localités, à payer le salaire 
des instituteurs, salaire si péniblement gagné et si légitime- 
ment dû. 

Extrait du Rapport de M. l'Inspecteur Béland, pour l'année 1861. 

COMTÉS DE LA BEAUCE ET DE LOTBINIÈRE. 

Vous verrez qu'il y a progrès en général dans les écoles de mon 
district. Tout le monde, pour ainsi dire, dans mon district d'ins- 
pection, se prête assez volontiers à la mise à exécution de la loi 
d'éducation. 

Les institutrices employées sont capables, quoique plusieurs 
d'elles n'aient pas de diplôme. Elles devront toutes s'en pourvoir 
aussitôt que le bureau d'examinateurs de la Beauce sera organisé. 

Il y a, cette année, 105 écoles fréquentées par 5925 élèves. L'an 
dernier, il y en avait 111. Cette diminution est due aux 12 écoles 
de St. Sylvestre, fermées à cause des difficultés que vous savez. 
Il y a aussi 3 écoles modèles fréquentées par 240 élèves (1). 

(1) Pour obvier aux difficultés, St Sylvestre a été divisé en deux 
municipalités, plusieurs écoles ont été ouvertes depuis, et d'autres le 
seront, il faut fespérer, prochainement. 



Journal de l'instruction publique. 



33 



Nos deux couvents et collèges comptent 475 élèves, tant internes 
qu'externes. 

Le grand total des élèves fréquentant les diverses maisons d'édu- 
cation est de 6640. Sur ce nombre, 1710 commencent l'A, B, C ; 
2290 lisent assez couramment ; 2640 lisent bien ; 3735 apprennent 
à écrire ; 3880 commencent à chiffrer ; 1980 font les règles simples 
et composées ; 150 apprennent la tenue des livres ; 3195 appren- 
nent l'orthographe ; 1045 apprennent la géographie ; 3225 la gram- 
maire française ; un égal nombre l'analyse ; 380 apprennent la 
grammaire anglaise et font un peu de traduction ; 685 étudient et 
pratiquent l'art épistolaire ; 110, les mathématiques ; 120, le mesu- 
rage; 115, le dessin linéaire ; 1215 apprennent la musique vocale ; 
240, la musique instrumentale. 

Je ne compte en tout que 5 instituteurs, ce qui est trop peu ; 
toutes les autres écoles élémentaires sont confiées à ('es institutrices. 
Cela est dû au faible salaire qu'on accorde généralement et qui ne 
rétribue pas suffisamment un instituteur marié, et à peine celui 
qui ne l'est pas. 

Pour l'année 1862. 

M. Béland constate dans le rapport de cette année une amélio- 
ration importante: on commence à comprendre, dans plusieurs 
localités, la nécessité qu'il y a d'accorder de bons traitements si 
l'on veut se procurer des instituteurs capables. 

Il y a 19 municipalités scolaires dans Je district de M. Béland. 
Ces municipalités forment 133 arrondissements et donnent 121 
écoles en opération, dont 4 sont des écoles modèles ayant 335 
élèves. Outre ces institutions, il y a 2 couvents et 2 colleges ayant 
541 élèves. Le nombre total d'élèves, sans compter ceux des 2 
couvents et des 2 collèges, est de 6176, donnant une augmentation 
de 251 élèves sur l'année précédente. 

Le minimum des salaires accordés aux instituteurs est de $120; 
le maximum, de $240. 

Le minimum des salaires des institutrices est de $50 ; le maxi- 
mum, de $100 pour écoles élémentaires et de $200 pour écoles 
modèles. 

Le coût moyen de l'instruction est de $1.75 par année. 

" Les progrès, dit M. Béland, sont généralement satisfaisants et 
plus même que par le passé. Il y a, aujourd'hui, des écoles en 
assez grand nombre presque partout et elles sont toutes bien 
dirigées." 



Extraits des Rapports de M. l'Inspecteur Juneau, pour l'année 1861. 

COMTÉS DE DORCHESTER ET DE I.ÉVIS. 

Premier Rapport; 

J*ai l'honneur de vous transmettre le rapport de ma visite aux 
diverses institutions d'éducation des comtés de Lévis et de Dor- 
chester. 

C'est pour moi une bien douce satisfaction de constater qu'il y a 
eu, presque partout, des progrès marquants depuis ma premiere 
visite, et qu'à peu d'exceptions près, toutes les écoles fonctionnent 
passablement bien. 

Le collège de Notre-Dame-de-Ia-Victoire a changé de maîtres; 
il est aujourd'hui sous l'habile direction des messieurs du sémi- 
naire de Québec. Il recevra, j'en suis assuré, un encouragement 
libéral. 

Les couvents de St. Joseph et de No!re-Dame-de-Lévis sont tou- 
jours bien fréquentés et les progrès toujours constants des élèves 
sont plus qu'une compensation des sacrifices que font les parents 
qui y envoient leurs enfants. 

Les écoles modèles fonctionnent très-bien, et les personnes qui 
les dirigent méritent, à tous égards, une mention honorable. Ce 
sont, pour la plupart, des élèves de l'école normale Laval. 

Il y a, dans les deux comtés, pas moins de 113 écoles, tant supé- 
rieures qu'élémentaires, fréquentées par 7297 enfants des deux 
sexes. 

J'ai pu m'assurer que pas moins de trente mille piastres sont 
employées au soutien de ces écoles. 

( A continuer. ) 



Bulletin des Publications et des Réimpressions 
les plus Récentes. 

Paris, décembre, 1864. 
D'Avezac : Bref récit et succincte narration de la Navigation faite 
«n MDXXV et MDXXXVI, par le capitaine Jacques-Cartier aux îles de 
Canada, Hochelaga, Saguenay et autres— réimpression figurée de l'édi- 



tion originale rarissime de MDXLV avec les variantes des manuscrits de 
la Dibliothèque impériale — précédée d'une bièveet succincte introduction 
historique par M. d'Avezac, gd. iu-12o, XVil — 69, Tross. 

Voici un volume indispensable pour tous les bibliophiles canadiens, 
ceux même de nos lecteurs qui sont assez heureux que de posséder la 
publication déjà très-rare faite par la société historique de Quebec de- 
vront s'empre.ser de le placer dans leur bibliothèque. L'introduction 
de M. d'Avezac et la recension de tous les manuscrits rendent cette 
édition doublement précieuse. Nous tirons de la piéface le passage sui- 
vant qui fera connaître les motifs de cette réimpression. 

" Aucun peuple ne semble avoir tenu aussi peu de compte que les 
Français de la part légitime qui devait lui appartenir dans l'iiistoire des 
découvertes et de l'exploration des contrées lointaines ; nul ne s'est 
montré si peu soucieux de la renommée que pourraient lui acquéiir ses 
aventures maritiu.es ou ses pérégrinations terrestres ; et tandis que 
d'autres nations sonnaient leurs plus éclatantes fanfares en l'honneur de 
leurs propres mérites, nous avons laissé perdre le souvenir des naviga- 
tions et des voyages parallèlement accomplis avec moins de retentisse- 
ment par nos aïeux, et qui nous sont quelquefois accidentellement révé- 
lés, à notre grand ébahissement, par les récits des étrangers. 

" Qui donc, par exemple, nous pourra dire aujourd'hui quel était ce 
navire français dont l'arrivée à Canton est racontée sous la date de 1521 
dans les Annales ctiinoises, à l'époque où le Portugal et l'Espagne pré- 
tendaient avoir seuls, pur privilege, l'accès de ces mers? Bien d'autres 
de nos prouesses, surtout des plus anciennes, ont ainsi disparu, sans 
doute, de la mémoire des hommes. 

" Les entreprises officielles patronnées par le souverain ont presque 
seules échappé à ce total oubli des contemporains et de la postérité ; 
mais pour beaucoup d'entre elles, c'est àgrand'peiue encoie qu'il se peut 
recueillir quelques lambeaux des relations où elles étaient racontées. 

" Tel est précisément le cas pour le célèbre navigateur breton qui le 
premier alla planter le drapeau de la France aux lieux où s'élèvent 
maintenant Québec et Montréal : sur ses trois voyages au Canada, nous 
sommes redevables à un collecteur italien (Rauiusio) de nous avoir 
transmis le récit du premier dans une version que nous tenons volontiers 
pour fidèle, comme nous devons à un collecteur anglais (Hakluyi) d'a- 
voir sauvé les fragments mutilés du troisième dans une traduction que 
nous voulons bien supposer exacte; c'est uniquement pour le second 
voyage qu'il est parvenu jusqu'à nous une relation originale française. 
émanée de l'un des compagnons de Jacques-Cartier, sinon de lui-même : 
et de l'édition qui en fut faite à Paris en 1£,45, les bibliographes ne con- 
naissent plus en Europe qu'un seul exemplaire, conserve au musée Bri- 
tannique ; c'est là qu'il a fallu en aller prendre une exacte copi« à l'in- 
tention des amateurs qui attachent du prix a ces vieilles reiiques, pour 
la reproduire scrupuleusement dans le mince volume en tête duquel nous 
écrivons ces lignes." 

Québec, février, 1864. 

ChandonnEt : Discours' prononcés à Notre-Dame de Québec, au Tri- 
duum de la Société de St. Vincent-de-Paul, les 21, 22 et 23 déc. 1863. 
51 p. in-8o., Léger Brousseau. 

La Société de St. Vincent-de-Paul a fait publier ces remarquables 
sermons qui annoncent chez le jeune prédicateur un talent déjà mûri 
par l'étude et la réflexion. On y rend un jusie hommage à la vertu et 
au courage d'Ozanam, qui peut êtie regardé comme le fondateur de cette 
admirable institution. Ceux qui voudraient étudier davantage la car- 
rière trop courte hélas Idu savant et habile professeur, trouveront dans 
une des dernières livraisons du Correspondant un travail propre à les 
satisfaire., 

Langevin : Réponses aux programmes de pédagogie et d'agriculture 
pour les diplômes d'école élémentaire, d'école modèle et d'académie, 
rédigées par le Révd. M. Jean Langevin, prêtre, 2de édition, approuvée 
par le Conseil de l'Instruction Publique. 51 p. iu-12. Darveau, prix de 
l'exemplaire 25 cts. Le même ouvrage en anglais. On peut se procurer 
ce manuel chez MM. les libraires de Québec et de Montréal, et aussi chez 
MM. les Inspecteurs d'école. 

Taché : The Board of Inspectors of Asylum, Prisons and Hospitals and 
its accusers, by Mr. J. C. Taché, Chairman of the Board. 20 p. 

Ferland: Biographical notice of Joseph Octave Plessis, Bishop of 
Quebec, translated by T. B. French from the original, published by 
l'Abbé Ferland, in the Foyer Canadien, 177 p. in-8o, G. et G. E. Des- 
barats. 

M. French a ajouté à cette traduction une préface dans laquelle il 
rend justice au mouvement littéraire franco-canadien. Cette édition est 
ornée d'une photographie du beau portrait que James avait fait de Mgr. 
Plessis. 

Montréal, février, 1864. 

British North American Almanach by James Kirby M, A. 368 p. 
in-8o., à deux colonnes. Lovell. 

On trouve dans cette publication des renseignements sur toutes les 
colonies anglaises d'Amérique, un résumé des événements des deux 
dernières années, la nécrologie de la même période et une foule de 
choses utiles. La partie qui a rapport à l'Instruction Publique dans le 
Haut et dans le Bas-Canada, a été tirée séparément à un petit nombre 
d'exemplaires. 



34 



JOURNAL DE L'INSTRUCTION PUBLIQUE. 



Pefraclt : Exploration de Québec au Lac St. Jeau, par J. Perrault, 
M. P. P. 5T p. iu-8o. à deux colonnes. 

Ce travail cou idérable est reproduit de la Revue Jgricole. Le sujet 
est plein d'intérêt, et les importantes questions de colonisation qui y 
sont traitées, tout relevées par des descriptions très-émouvantes fournies 
parles divers épisodes de l'expédition. Le volume comprend six chapitres. 
L'auieur se pronouce comme suit sur l'avenir des hauteurs du lac Jac- 
ques-Cariier entre Québec et le lac St. Jean. 

" Nous croyons donc que sur les hauteurs du lac Jacques-Cartier, la 
maturité des récoltes courrait des risques tellement considérables, que 
la culture des céréales serait une impossibilité comme pratique générale, 
sans tenir compte des difficultés des débouchés et de la stérilité du ter- 
rain, l'ouitant nous croyons aussi que dans les vallées profondes, sur 
les bords des cours d'eau, là où se trouvent des alluvions plus ou moins 
faciies à cultiver, là où l'abri des montagnes voisines protégerait la végé- 
tation contre les vents dominants et les effets dé r aslreux de la radiation 
nocturne, où le voisinage mê ne d'un cours d'eau maintient l'équilibre 
dans la température des 24 heures, la culture des céréales serait très- 
possible sur une petite échelle, suffisante peut-être pour la consommation 
du colon, à condition, toutefois que les travaux de semailles fussent exé- 
cutés avec toute la diligence possible et à l'époque la plus favorable. 
Evid'mment les pâturages et les prairies devront couvrir les dix-neuf 
vingtièmes de l'étendue cultivée de cette région, ainsi que cela se prati- 
que en Suisse, où nous voyons quelques petits champs de blé ou de seigle 
dans l'étroite et profonde vallée où est bâti le chalet, tandis que les nom- 
breux troupeaux de bétail gravissent le pench nt des hautes montagnes, 
en suivant la fonte des neiges qui disparaissent successivement, jusqu'à 
ce que le pays tout entier ne soit plus qu'un immense pâturage. L'au- 
tomne, lorsque les premières neiges couronnent les sommets les plus 
hauts, les troupeaux redescendent vers la plaine, suivis de près par le 
blanc manteau de 1 hiver qui tous les jours s'étend davantage en chas- 
sant devant lui les troupeaux, desrendant dans la vallée pour y trouver 
un abri contre le froid et une ration d'entretien pendant un hivernement 
de cinq mois. 

" Le cl mat seul ferait au colon une nécessité delà culture pacagère ; 
mais le sol et les débouchés ne lai laissent plus d'alternative. Composé 
d'un sable peu riche, souvent mêlé de gios cailloux roulés ou de frag- 
ments de roches descendus de la montagne voisine, le sol ne se prête que 
rarement aux travaux de culture. Le pâturage au contraire est peu exi- 
geant sous le rapport des travaux et des engrais et se présente de lui- 
même comme la seule opération possible, à 1 except'on toutefois des 
quelques rares terrains d'alluvion qui bordent les cours d'eau. Les dé- 
bouchés concourant encore à l'adoption de la culture pacagère, dans 
un pay3 où les 'ransports sont difficiles et longs, il est important de pro- 
duire une marchandise pouvant se transporter d'elle-même sur le marché 
de consommation, telle que le bœuf, le mouton ou le porc. Ou bien il 
faut produire une marchandise d'une grande valeur sous un petit volume ; 
or le beurre et le fromage remplissent également bien ces deux condi- 
tions D'ailleuis le colon montagnard devra s'aider de la chasse et de 
la pêche comme moyen d'existence, et ces deux sources précieuses de 
richesse ne peuvent être exploitées qu'autant que le système de culture 
adopié n'est pas trop exigeant sous le rapport des travaux. La culture 
pacagère permettrait donc au colon de s'adonner à la vie des bois tout 
en surveillant ses troupeaux répandus dans la montagne. L'ensemen- 
cement au printemps de quelques arpents de terrain pour sa consomma- 
tion et la fenaison des fourrages de la vallée pour l'hivernemeut de son 
bétail résumeraient à peu près ses travaux pendant la saison des pa- 
cages, tandis que les soins donnés au bétail pendant l'hiver seraient la 
seule occupation de la ferme. 

" Tel est à notre avis le seul avenir possible pour les hauteurs du lac 
Jacques-Cartier. Nous aurons là une population de Montagnards se li- 
vrant à une foule de petites industries, dont le bois leur fournira la ma- 
tière première; des colons vigoureux et hardis, disséminés en petit nom- 
bre sur ou vaste territoire, eue le touriste ira visiter en se rappelant les 
paysages le3 plus renommés de la Sui:se. Mais espérer là un vaste 
champ de colonisation et une population dense de cultivateurs aisés, 
c'est lever une impossibilité, c'est ignorer les données les plus élémen- 
taires sur ce qui constitue, dans tous les pays, la base de la prospérité 
agricole." 

M. Perrault termine son travail par la conclusion suivante : 
" En résumé, le seul moyen pratique selon nous de favoriser la colo- 
nisation du Saguenay, c'est de relier le lac St. Jean avec le centre judi- 
ciaire et le chef-lieu du comté par de bonnes voies de communication se 
ramifiant dan3 les cantons les plus éloignés. Puis de relier Chicoutimi 
à Québec par une ligne de vapeurs régulière arrêtant à tous les princi- 
paux points de îa côte du Nord. A quoi servent donc les sommes fabu- 
leuses dépensées à la construction des quais trop célèbres de la Malbaie, 
de3 Eboulements ? Peut-on concevoir que des centres de population aussi 
cons dérabl.-s que Chicoutimi, Grande-Baie, Malbaie, Eboulements, Baie 
St Panl, St. Joachim, Ste. Anne, Château-Richer restent sans commu- 
nications régulières avec Québec, lorsque sur leur rivage coule un fleuve 
comme le St. Laurent ou une rivière comme le Saguenay? Evidemment 
il y a là un manque d'éneigie qui fait peine Le gouvernement, croyons- 
nous, devrait prendre l'initiative du mouvement en offrant un subside 
postal à toute compagnie de bateaux à vapeur qui entreprendrait le 
voyage régulier de Chicoutimi à Québec en s'arrêtant à tous les ports 
que nou3 avons nommés. De cette manière, les nouveaux colons de ces 



paroisses auraient un transport facile jusqu'à Chicoutimi. De là, aux 
extrémités les plus éloignées du lac St. Jean, il serait facile d'organiser 
le transport par terre ou par eau en se servant du remorqueur de la 
maison Price, avec laquelle l'agent de colonisation de la localité pourrait 
s'entendre pour le nombre de voyages à faire et les jours de départ. 
C'est là, croyons-nous, un projet beaucoup plus réalisable immédiatement, 
beaucoup moins coûteux pour le gouvernement et pour les colons, que 
d'ouvrir un chemin impraticable à travers une région de montagnes 
inaccessibles. 

" Et non-seulement la côte du Nord se trouverait ainsi reliée à Chi- 
coutimi et à Québsc, mais même la côte du Sud jouirait des mêmes 
avantages au moyen du chemin de fer de la Rivière-du-Loup et de la 
traverse régulière qui doit être établie, dès cet ét^, entre ce port et Ta- 
donssac, où est construit actuellement le plus grand hôtel du bas fleuve, 
et qui promet d'être le plus fashiouable de tous les endroits fréquentés 
par les baigneurs, pendant nos étés excessifs. Un bateau à vapeur doit 
faire la traverse régulière de manière à correspondre chaque jour avec 
l'arrivée et le départ des convois du Grand Tronc. En arrêtant à Ta- 
doussac, la ligne de vapeur de Chicoutimi à Québec relierait donc la côte 
du Sud au Saguenay. 

" Rappelons-nous qu'un chemin d'été entre Québec et le lac St. Jean 
coûterait avec les ponts au moms $50,000, saus résultat, et nous n'hési- 
teions plus à abandonner ce projet en faveur des voies de communication 
intérieures et d'une ligne de bateaux reliant le Saguenay avec la Rivière- 
du-Loup et Québec. Si toutefois le gouvernement veut tenter une expé- 
rience, qu'il ouvre un chemin d'hiver en se servant des rivières et des 
lacs glacés, et l'avenir dira si la province peut faire plus en faveur de 
l'intéiêt général." 

La Revue Canadienne : 64 p. in-8o., Eusèbe Senécal. 

Malgré le grand mouvement littéraire qui s'est fait depuis quelques 
années dans notre pays, une chose manquait encore à la littérature 
franco-canadienne : c'était une revue fondée sur L plan des grandes 
revues européennes, et qui, tout en aidant par une sage critique à nos pro- 
grès de tout genre, attirât sur notre pays l'a;tention de l'étranger que 
la presse politique et quotidienne ne saurait capter à un degré suffisant 
pour une foule de raisons faciles à déduire. 

La direction de la Revue offre aussi un trait nouveau dans notre pays : 
tout le profit au delà d'une certaine somme ira à payer la collabotation. 
Jusqu'ici les œuvres littéraires ont été [eu réuiunérées, et le plus sou- 
vent nos écrL ains n'ont d'autre avantage à espérer que celui de se faire 
une iéputation. C'est donc encore un grand encouragement que la nou- 
velle entreprise donnera à notre jeunesse studieuse. 

La première livraison renferme une étude sur le crédit foncier, par il. 
Provencher, les premiers chapitres d'un roman de M. George de Bou- 
cherville, le commencement d'un travail sur le rationalisme, par le Père 
Aubert, supérieur des Oblats, une charmante esquisse de la vie romaine 
par M. Bourassa, et des articles bibliographiques, par MM. de Bellefeuille 
et Royal. Nous parlerons des ouvrages commencés lorsqu'ils seront ter- 
minés et nous ne nous occuperons aujourd'hui que de l'étude de M. 
Provencher. 

Disons de suite que ce jeune écrivain a fait preuve d'un esprit de tra- 
vail consciencieux et modeste, qui lui aurait donné l'entrée de n'importe 
quel recueil européen. Nous devons aussi noter la singulière coïncidence 
qui fait que cet article, peu favorable au système de crédit foncier, que 
l'on a voulu étatlir ici, est immédiatement suivi d'un roman par celui 
qui a été le parrain de cette institution en Canada. 

M. Provencher établit d'abord, qu'en France, le crédit foncier a com- 
plètement manqué sou but; qu'il a bien réussi comme spéculation, comme 
banque, mais nullement comme institution agricole. Il a attiré plus de 
capitaux dan3 les grandes villes, à Paris surtout, qu'il n'en a répandu 
dans les campagnes. De 1853 à 1861, plus des deux tiers des sommes 
prêtées l'ont été dans le département de la Seine. Appuyé sur de nom- 
breuses autorités européennes, notre écrivain fait voir que le caractère 
d'une banque agricole doit être de prêier plutôt sur le crédit que mérite 
le travail que sur l'hypothèque. Le mal n'est point tant, ajoute-t-il, le 
manque de capitaux pour l'agriculture, que le mauvais emploi d'une forte 
proportion de ceux qui se trouvent répartis dans les campagnes, et il cite 
le fait que dans le recensement de 1861, les voitures d'agrément dont se 
sert notre population rurale sont évaluées à $3,771,795, plus de la moitié 
de la valeur des instruments d'agriculture qui ne s'élève qu'à $7,357,- 
202. Le capital provenant du crédit doit donc recevoir un emploi utile, 
sinon il devient une cause de ruine. En un mot, il faut voir à ce que l'on 
emploie le prêt soit à dégrever la propriété des hypothèques qui existent 
déjà, soit à de véritables améliorations agricoles. 

C'est ainsi que l'on a agi en Angleterre. En 1846, Sir Robert Peel fit 
voter une loi pour le prêt de quatre millions sterling aux propriétaires 
qui voudraient drainer leurs terres. 

Mais par cette loi toutes les précautions possibles étaient prises pour 
que l'amélioration que l'on avait en vue fût réalisée; non-seulement un 
rapport d'ingénieur devait constater l'utilité de l'emprunt dans chaque 
cas particulier ; mais pendant toute la durée du prêt (vingt-deux ans) 
on veillait à ce que les travaux fussent tenus en bon ordre. Le même 
principe a été appliqué depuis à toutes les lois que l'Angleterce a faites 
pour des institutions de crédit agricole. 

" Elles ont, dit M. Provencher, grandement contribué à la prospérité 
de ce pays : son agriculture est aujourd'hui la plus prospère du monde 
entier. C'est la culture intensive autant qu'elle peut l'être. C'est en 



JOURNAL DE L'INSTRUCTION PUBLIQUE. 



35 



Angleterre aussi que les autres pays vont s'instruire. Pourquoi ne pas 
profiter nous aussi de cet exemple ? Pourquoi tant tenir à imiter la 
France de préférence à l'Angleterre, lorsque la France elle-même recon- 
naît qu'elle s'est trompée, lorsqu'elle proclame la supériorité de l'Angle- 
terre?" 

M. Provencher voudrait donc que notre législature se préoccupât 
moins de l'hypothèque légale que de l'amélioration foncière , que 
l'opération fût, comme il l'explique, vraiment un crédit, et non pas un 
prêt. Notre loi veut que l'on ne prête que sur première hypothèque, 
ce n'est pas, dit-il, venir au secours de ceux qui doivent ; mais engager 
ceux qui ne doivent pas à s'endetter sans s'assurer d'avance du résultat. 
Nous citerons ce passage. 

" Le dégrèvement de la propriété a été prévu par le crédit foncier de 
France, et nous trouvons dans les règlements de cette institution l'ar- 
ticle suivant dont l'application en Canada serait très-facile : 

" Les sociétés de crédit foncier ne peuvent prêter que sur première 
" hypothèque. Sont considérés comme faits sur première hypothèque 
" les prêts au moyen desquels tons les créanciers antérieurs doivent être 
" remboursés, en capital et intérêts. Dans ce cas, la société conserve 
" entre ses mains une valeur suffisante pour opérer ce remboursement." 
" Et, quant aux améliorations agncoles, ne se trouverait-il pas dans 
chaque paroisse, dans chaque comté, quelques citoyens capables de sur- 
veiller, d'assurer un emploi utile aux capitaux fournis par la banque 
dont ils seraient les agents? Pourquoi le crédit foncier ne demanderait-il 
pas le secours des sociétés d'agriculture? embrassant tout le pays, et 
toutes réunies à la chambre d'agriculture, elles ne peuvent manquer 
d'avoir une grande influence sur l'agriculture, et peuvent certainement 
contribuer pour beaucoup à son avancement. Déjà, par des octrois don- 
nés en récompense des bons résultats produits, des améliorations judi- 
cieuses introduites, de véritables progrès réalisés dans les branches qui 
se rattachent à l'agriculture, elles ont rendu d'importants services. Nous 
croyons que dans la circonstance présente, elles peuvent en rendre de 
plus grands encore, en réglant par de sages mesures, l'emploi des fonds 
qui seraient prêtés par leur intermédiaire. Elles auraient par ce moyen 
plus de facilité de propager les bons systèmes, les découvertes avanta- 
geuses, et surtout de s'opposer aux habitudes de 1 xe et d'inconduite 
sans la notable diminution desquelles il est impossible d'espérer aucun 
résultat sérieux. 

" D'ailleurs ces améliorations, qu'il est urgent de généraliser dans 
notre pays, sont moins importantes en elles-mêmes que dans leurs résul- 
tats. Nous n'en sommes encore ni aux dispendieux travaux de drainage 
et d'irrigation, ni à l'emploi des machines à vapeur. Pour le plus grand 
nombre, ces améliorations se réduisent à l'achat de quelques machines, 
de quelques outils perfectionnés, d'un petit nombre d'animaux de race 
améliorée, aux assolements et à la culture des légumes sur une plus 
grande échelle. Ces résultats seiaknt promptement atteints s'ils étaient 
recommandés et exigés par ceux qui auraient le capital à leur disposi- 
tion. L'intérêt seul qui serait manifesté envers les travaux agricoles 
serait aussi d'un puissant encouragement pour un grand nombre." 

Voici quelle est la conclusion de l'écrivain, dont l'étude mérite assu- 
rément toute l'attention de nos économistes. 

" Un prêt à quinze pour cent n'est pas plus usuraire lorsque l'emprun- 
teur réalise douze, que celui qui est fait à raison de huit ou dix pour 
cent, lorsque les profits de l'emprunteur ne dépassent pas cinq. Dans 
les deux cas, l'emprunteur se ruinera infailliblement ; s'il s'occupe de 
commerce, ses biens passeront dans une autre main, et la société n'y 
perdra rien ; s'il est agriculteur et forcé d'abandonner sa propriété, la 
richesse nationale sera diminuée, parce qu'une partie des améliorations 
précédemment exécutées seront abandonnées par le nouveau maître qui 
aura probablement un système de culture différent. La mobilisation du 
sol est une cause d'appauvrissement pour les peuples agriculteurs. Aussi 
devons-nous des remerciements à la législature qui a refusé de sanc- 
tionner tous les privilèges qu'on lui demandait pour la nouvelle insti- 
tution- Il y avait là une question sociale. La société ne pouvait accorder 
au crédit foncier des avantages spéciaux, lorsqu'il n'offrait aucune ga- 
rantie des promesses attachées à son nom, lorsqu'au contraire il devait 
probablement être une cause de ruine, lorsque même il demandait qu'on 
lui facilitât les moyens d'accomplir cette ruine, par un privilège sur les 
meubles, par l'exécution forcée et par une plus prompte expropriation. 
Il aurait été injuste et impolitique d'accepter les mauvais effets du crédit 
avant de s'en assurer les avantages. 

" Si, puree que la législature a refusé au crédit foncier les privilèges 
qu'il demandait pour favoriser son action, il se croyait délivré de ses obli- 
gations tnvers la société, et se prévalait du droit d'agir à sa guise, sans 
autre souci que de s'assurer de grands profits, il pourra produire l'un ou 
l'autre des deux résultats suivants : s'il ne prête pas aux cultivateurs, 
il ne sera comptable que de l'enthousiasme d'une notable partie de la po- 
pulation qu'il aura trompée, <>t il fera naître dans l'opinion publique une 
réaction qui rendra impossible, pour de longues années, unp nouvelle 
entreprise du même genre ; s'il appuie une partie notnble de ses trans- 
actions sur des propriétés rurales, les hypothèques augmenteront, mais 
non les progrès agr. coles. Voilà les deux alternatives qu'il s'agit d'é- 
viter." 

Dawson : Agriculture for Schools, by J. W. Dawson, L. L. D., 208 p. 
in-12. Lovell. 

Cet ouvrage est orné de plusieurs gravures, et lés connaissances de 
l'auteur font présumer qu'il ne saurait être défectueux du côté de la 



science. Son mérite pédagogique est de la compétence du Conseil de 
l'Instruction Publique, à l'approbation duquel nous croyous qu'il sera 
soumis. 



Petite Revue Mensuelle. 

Nous allons d'abord acquitter une dette contractée dans notre der- 
nière livraison, et en cela nous ne fesons que remplir un religieux devoir. 
Nous avons promis, en effet, à nos lecteurs, des notices biographiques 
sur Lord Elgin et sur Mgr. Hughes, et quant au premier surtout de ces 
deux hommes remarquables, nous avons toutes les raisons du monde da 
tenir à notre promesse. 

J:imes Bruce, fils aîné du second mariage du comte Thomas d'Elgin 
et Kincardine, naquit le 20 de juillet 1811. Son père s'est rendu célèbre 
par l'enlèvement d'une foule d'ornements et de bas-reliefs des temples 
d'Athènes, qui lui ont coûté, outre les sarcasmes de Lord Byron et le 
blâme de Chateaubriand, d'assez fortes sommes d'argent, et sont encore 
connus, dans le Musée de Londres, sons le nom de Elgin Marbles. Ce 
septième comte d'Elgin, qui avait divorcé avec sa première femme, 
Melle. Nesbitt, remariée elle-même à un M. Fergusson, ayant perdu, un 
an avant sa mort, le seul fils de ce premier mariage, James fils aîné de 
celui qu'il avait contracté plus tard avec Melle. Elizabeth Oswald, lui 
succéda comme huitième comte d'Elgin et douzième comte de Kincar- 
dine, en 1841. Le jeune lord avait reçu son éducation à Eton et à 
Christ Church, Oxford, et s'y était distingué par ces succès classiques 
qui, en Angleterre plus que partout ailleurs, sont le présage d'une bril- 
lante carrière. Il venait d'être élu membre du parlement pour South- 
ampton lorsqu'il hérita du titre de son père. Il fut nommé gouverneur 
de la Jamaïque le 16 de mars. 1842, c'est-à-dire à l'âge de 31 ans, et il 
réussit d'une manière si complète dans l'administration de cette colonie, 
alor3 agitée par de grandes dissensions, qu'on lui confia, en 1846, la 
difficile mission de remplacer Lord Metcalfe en Canada. 

Il trouva ici une situation politique encore plus tendue que celle qu'il 
venait de quitter. Le ministère du jour, après avoir usé aussi largement 
que possible de toutes les ressources que la pratique des institutions 
constitutionnelles met à la disposition d'un gouvernement, se trouvait 
au bout de quatre ans d'exercice du pouvoir avec une majorité d'à 
peine une couple de voix, et avait contre lui la presque totalité de la 
représentation du Bas-Canada. De nouvelles élections ramenèrent au 
pouvoir MM. Lafontaine et Baldwin, que des subtilités constitutionnelles 
nouvelles encore dans ce pays en avaient éloignés, au moment même où 
ils disposaient d'une forte majorité parlementaire. La discussion des 
principes du gouvernement constitutionnel, sous lord Metcalfe, avait 
laissé dans beaucoup de bons esprits un doute sérieux sur la sincérité 
des intentions métropolitaines sur ce point. Une excellente occasion se 
présenta bientôt pour lord Elgin de dissiper tout malaise à ce sujet ; et 
une fois entré dans cette voie, il y persévéra non-seulement au peril de 
sa popularité, mais même au péril de ses jours. S'il était, en effet, une 
mesure qui prêtât à l'intervention du chef de l'exécutif, c'était bien celle 
du bill des indemnités, et les ennemis de l'administration ne cessèrent 
de répéter, dans le parlement et dans la presse, que le gouverneur gene- 
ral le réserverait à la sanction royale. Malgré ces prédictions et les 
menaces dont elles étaient accompagnées, le projet de loi reçut, des qu il 
fut passé par les deux chambres, la sanction du gouverneur. Les outrages 
qu'une émeute improvisée fit subir au représentant de la reine^ au nom 
du zèle monarchique dont on se targuait depuis si longtemps ; l'incendie 
du parlement, qui eut lieu le soir même ; les séditions prolongées qui 
firent perdre à Montréal son rang de capitale, tous ces événements sont 
encore présents à la mémoire d'un grand nombre de nos 
cor 
par .^ 

acanise aux émeutiers n'ait été d'un très-funeste exemple, et qua dater 
de cette époque le respect dû à l'autorité ne soit singulièrement dimi- 
nué chez nos populations. Cependant, on doit hésiter avant de blâmer 
l'extrême modération du gouverneur général. La suite des événements, 
aux yeux de beaucoup de gens, lui a donné raison. Moins ferme dans 
ce qui concernait la sanction du bill, il eût rt.mis en question les prin- 
cipes de gouvernement pour lesquels le pays venait de combattre si ener- 
giqnement ; moins patient à l'égard des insultes qu'on lui prodiguait, il 
eut peut-être vu s'allumer une guerre civile, dont la responsabilité eut 
été très-grande pour lui. et dont le contre-coup eut été funeste particu- 
lièrement aux Canadiens-Français, à raison des inevitables sympatnies 
de l'Angleterre pour les populations d'origine britannique. 

L'administration de lord Elgin, en Canada, a vu s'opérer de grandes 
choses. Le développement du système d'instruction publique du 
Haut-Canada, l'achèvement de nos canaux, la construcUon de nos 
grandes voies ferrées, le règlement de la question de 1 Université du 
Haut-Canada, la discussion et, on pourrait presque dire ausai, le règle- 
ment de celles des réserves du clergé et de la tenure seigneuriale, ont 
donné à son gouvernement une importance historique qui ne saurait être 
contestée. La conclusion du traité de commerce entre le Canada et les 
Etats Unis, connu so s le nom de Traité de Réciprocité, et qu il négocia 
lui-mûme à Washington, ajouta encore à l'éclat de sa carrière en Amé- 
rique et fut comme l'avant-conreur des entrepiises diplomatiques aux- 
quelles il devait, plus tard, attacher son nom. De retour en Angleterre, 
il fut pendant quelque temps membre du cabinet, comme maître-gereral 
des postes. En 1857, il fut envoyé, comme plénipotentiaire, en Plaine ; 



La 



induite de lord Elgin, à cette éooque, fut diversement appréciée, même 
ir ies amis de son gouvernement. Il n'y a pas à douter que 1 impunité 



36 



JOURNAL DE L'INSTRUCTION PUBLIQUE. 



et v retourna une seconde fois, le Fils ilu ciel n'ayant point tenu ses pro- 
messes. On sait quel châtiment fut tiré de la duplicité chinoise. Lord 
Elgin fit aussi une expédition au Japon, qui a été racontée par son 
secrétaire, M Oliphant. Lors de la révolte des Cipaies, il était en Chine, 
et prit sur lui d'envoyer au gouverneur général des Indes les troupes 
qui venaient d'arriver et dont il pensait que ce dernier aurait plus de 
besoin que lui-même. L'événement justifia cet acte d'autorité, où il y 
avait, à la fois, de la générosité et du patriotisme ; et lord Elgin en 
reçut, en Angleterre, les plus grands éloges. 

En juin, 1859, il fut nommé pour remplacer Lord Canning, comme 
gouverneur général des Indes. Le climat meurtrier de ces régions, 
ainsi que les fatigues d'un voyage qu'il venait de faire dans l'intérieur 
à travrrs les monts Himalayas", dont il avait fait l'ascension jusqu'à une 
élévation de 13,000 pieds, déterminèrent sa mort, qui eut lieu le 20 de 
novembre dernier, jusqu'au dernier instant, il montra, disent les dé- 
pêches, le plus grand courage et la plus grande fermeté, envoyant des 
télégrammes dans différentes directions, pour qu'aucune partie du service 
ne souffrît de sa perte so idaine. 

Le gouvernement des Indes est, du reste, depuis le commencement de 
ce siècle, fatal à tous ceux qui l'obtiennent. C'est une brillante mais 
dangereuse récompense pour les diplomates et les hommes d'état. 11 n y 
a plus, de vivant, qu'un seul ancien vice-roi ; c'est lord Ellenborough, 
qui fut nommé il y a 22 ans. Lord Auckland, lord Hardinge, le mar- 
quis de Dalhousie, lord Canning et lord Elgin, qui lui ont succédé, ont 
tour à tour payé de leur vie les services qu'ils ont rendus a Sa Majesté 
dans ces domaines éloignés. 

Lord Elgin a en, de son mariage avec une des filles de lord Durham, 
quatre fils, dont un, le troisième, est mort. Victor Alexandre succède 
aux titres de son père ; il est né à Monkland, le 14 de mai, 1849, c'est- 
à-dire peu de jours après l'incendie du parlement et tandis que la posi- 
tion de sa famille était des plus critiques. 

La famille Bruce est une des plus illustres et des plus anciennes de 
l'Ecosse, sur laquelle elle a, même régné pendant nn court espace de 
temps. Robert de Bruce, dont les parents étaient venus de Normandie 
avec Guillaume le Conquérant (1), était un des barons du Yorkshire et 
florissait à la cour de Henri 1er d'Angleterre. Il était très-intime avec 
le prince d'Ecosse, qui devint plus tard roi de ce pays sous le nom de 
David 1er. Il obtint de son ami la baronnie d'Annandale et de grandes 
possessions dans le nord de l'Ecosse. Son fils s'y établit et y fonda la 
grande famille des Bruce. Un de ses descendants épousa une arrière 
petite fille de David 1er, et ce fut en vertu des droits résultant de cette 
alliance que le célèbre Robert Bruce, le héros de Bannockburn, restaura 
la monarchie écosssaise, en 1306. Il n'eut d'autre successeur que son 
fils, et la c «uronne lui ayant échappé , la famille Bruce resta assez 
longtemps dans une obscurité relative. 

Ce n'est pas dans la nuit des temps qu'il faut chercher l'illustration 
de la famille de Mgr. Hughes ; Six'e-Quint fut Dorcher dans son enfance, 
et le premier archevêque de New-York fut jardinier, ce qui, du moins, 
est plus gracieux et plus poétique. Il naquit vers la fin de 1798, à 
Clogher, en Irlande, d'un fermier qui émigra aux Etats-Unis, où il le 
suivit quelques années plus tard. Son biographe ne dit point que per- 
sonne devinât ses talents, et il a affirmé lui-même qu'il ne s'était jamais 
connu un patron sur la terre. Ce fut donc par un effet de sa volonté et 
par la conscience qu'il avait de sa valeur intellectuelle qu'il se mit à 
l'étude de la théologie, au Séminaire du Mont Ste. Marie, à Emmetts- 
burgh. Il fut ordonné prêtre à Philadelphie, en 1825, et nommé curé 
d'une de3 paroisses de cette ville. Ses sermons excitèrent l'attention, 
surtout celui qu'il prêcha au sujet de l'émancipation des catholiques 
dans la Grande-Breiagne, lequel fut publié et dédié à Daniel O'Connell. 

La controverse se fait, aux Etats-Unis, avec moins de réserve qu'en 
Canada: l'église catholique y accepte, des défis qui nous paraîtraient 
étranges. Ce fut surtout dans des conférences publiques avec le Dr. 
Breckenridge, auxquelles une foule immense de catholiques et de. protes- 
tants assistaient, que le Dr. Hughes accrut sa réputation. Ces contro- 
verses furent ensuite publiées en un volume. C'était alors l'époque de 
l'effervescence anti-catholique aux Etats-Unis ; le temps des publications 
de Maria Monk et de l'incendie du couvent du Mont Benedict. 

En 1837, Mgr. Dubois, alors évêque de New-York, (les premiers 
évêques de beaucoup de diocèses des Etats-Unis ont été des prêtres 
français,) demanda un coadjuteur, et M. Hughes fut nommé sous le titre 
d'évéque de Basilopolis. L'année suivante, il devint administrateur; 
mais cî ne fut qu'en 1842 qu'il remplaça Mgr. Dubois. En 1839, il par- 
courut la France, l'Autriche et l'Italie, pour procurer des secours pécu- 
niaires à son diocèse. Il trouva, à son retour, une lutte engagée entre 
les catholiques de New-York et le bureau des écoles communes. Il s'y 
jeta avec l'âpre énergie qui le caractérisait. Il plaida lui-même sa cause 



(1) On a prétendu que cette famille était plutôt bretonne que nor- 
mande. Un de Bruc, de Bretagne, était parmi les compagnons de Guil- 
laume le Conquérant. On lit ce qui suit dans la Bretagne ancienne et 
moderne, par M. Pitre Chevalier : " La conformité de noms n'est pas le 
seul motif qui fait donner, par beaucoup d'historiens, la même origine 
aux B^uc de Bretagne, et aux Bruce qui régnèrent eu Ecosse. M. Mazas 
n hésite pa3 à s'exprimer ainsi en racontant la bataille de Rouvray : 
" Jean Stuart, et son cousin, James Bruce, expirèrent le lendemain. Ce 
dernier mourut ainsi sur la terre de ses aïeux, car Jean Bruce, ou plutôt 
Bruc, était d'origine bretonne." Le Burkes Peerage fait descendre les 
Bruce de Robert de Bruse du château de la Bru3e en Normandie, 



devant le conseil municipal, contre deux avocats et trois ministres. Le 
discours qu il prononça dans cette circonstance et les lectures publiques 
qu'il fit plus tard, à Carroll Hall, sur le même sujet eurent un grand 
retentissement. La violence des passions soulevées par cette nouvelle 
controverse se traduisit par une attaque à main armée sur la résidence 
du prélat, par des misérables qui demeurèrent inconnus. 

En 1845, Mgr. Hughes fit un nouveau voyage en Europe, pour procu- 
rer à son diocèse les Jésuites, les Frères des Ecoles Chrétiennes et les 
Sœurs de Charité. Tels étaient les progrès de son influence dans la 
république, qu'en 1846, il fit, dans la salle des représentants, à Washing- 
ton, sur les instances des membres des deux chambres, une lecture sur 
'' le christianisme seule source de régénération morale, sociale et poli- 
tique," et qu'il fut pressé, la même année, par le President Polk, de se 
charger d'une mission diplomatique au Mexique, chose qu'il refusa en 
s'excusant sur l'état de sa santé. Eu 1850, New-York fut érigé en 
archevêché ; Mgr Hughes se rendit à Rome pour y recevoir le pallium 
des mains du St. Père. En 1854, il tint le premier concile provincial avec 
sept suffcagauts, presque tous à la tête d'évêchés créés dans le territoire 
qui, autrefois, formait son diocèse. En 1858, il posa les fondations d'une 
nouvelle cathédrale aux dimensions colossales et dont les murs, lors de 
sa mort, étaient à peine sortis de terre. C est la plus grande entreprise 
de ce genre qui ait été faite en Amérique, et des protestants y ont con- 
tribué pour l'honneur de leur pays, qui ne possède encore aucun édifice 
comparable à ceux de la vieille Europe. 

Au moment où la guerre civile éclata, la position de l'Archevêque de 
New- York devint plus importante que jamais. Il se trouva presque 
l'arbitre des destinées de l'Union. La population irlandaise et la popu- 
lation allemande des Etats-Unis, avec malheureusement un assez fort 
contingent de l'émigration franco-canadienne, ont formé, jusqu'ici, ce 
que Napoléon appelait la chair d canon ; si les évêques du nord 
eussent manqué de zèle patriotique, il est très-probable que l'armée 
fédérale ne se fut point recrutée aussi facilement. De plus, le gouver- 
nement, dont les relations avec les puissances de l'Europe étaient très- 
tendues, pria Mgr. Hughes de visiter la France et l'Angleterre pour y 
donner en haut lieu des explications sur la politique des Etats-Unis : le 
résultat de cette nouvelle espèce d'ambassade fut plus favorable à la 
cause de l'Union que le négociateur lui-même ne l'imagina. Enfin, ce 
fut à la parole toute-puissante de l'archevêque que s'appaisèrent les 
émeutes soulevées tout récemment par la loi de la conscription. Ces 
diverses circonstances expliquent les marques peu ordinaires de respect 
et de douleur que le gouveruement des Etats-Unis et la municipalité de 
New-York donnèrent à sa mort, et l'immense concours de toutes les 
classes de la société, qui fit de ses funérailles un événement national. 

La guerre qui vieut d'éclater entre le Danemark et l'Allemagne, et 
qui menace l'Europe d'une conflagration générale, a détourné de l'Amé- 
rique l'attention de la France et de l'Angleterre, et la crainte d'une 
iniervention hostile de leur part, qui avait décidé la mission de Mgr. 
Hughes, n'a plus aujourd'hui de raison d'être. 

Le début de la guerre a été défavorable aux Danois, qui, après une 
bataille et quelques escarmouches, ont retraité et évacué le Schleswig. 
L'Angleterre et la France n'ont pas encore jugé à propos d'intervenir, 
et cette dernière puissance est assez généralement soupçonnée de vou- 
loir profiter, plus tard, du conflit qui vient de s'élever, pour s'emparer 
des provinces du Rhiu, objet de ses longues et persistantes convoitises. 
Cependant, pour le moment, la France s'occupe beaucoup plus d'elle- 
même que des autres nations ; elle s'écoute penser et elle s'écoute parler 
comme un malade qui, après une longue léthargie, veut s'assurer de son 
existence. Les débats du Corps Législatif où se sont fait entendre, de 
nouveau, les voix si longtemps populaires de M. Thiers et de M Beriyer 
excitent le plus vif intérêt. Dans son premier discours, par lequel il a 
revendiqué toutes les libertés dont la France est privée depuis le deux 
décembre, l'ancien premier ministre s'est montré égal sinon supérieur à 
ce qu'il fut sous les régimes précédents. Il n'a pas été aussi heureux 
dans son discours contre l'expédition du Mexique. Quelque habile et 
savante qu'ait été son étude sur cette question, il s'est montré moins 
bien inspiré que M. Berryer, dont le discours a été plus goûté parce qu'il 
était plus national. 

La Revue Contemporaine, dans sa dernière chronique politique, fait à 
l'adresse de M. Thiers des réflexions qui, bien que très-sévères et même 
empreintes d'une amertume qui fait voir jusqu'à quel point on redoute 
en haut lieu la brillante campagne qu'il vient de commencer, n'en con- 
tiennent pas moins de très-grandes vérités : 

" D'ailleurs, nous avons ici un parti de la paix à tout prix, qui tend à 
se former sous la haute direction de M. Thiers, et qui compte bien inter- 
dire au gouvernement toute participation aux grandes affaires de ce 
monde. Le peuple allemand, s'il a suivi les débats de l'Adresse au Corps 
législatif, a pu s'apercevoir qu'on y parlait beaucoup et avec une très- 
grande ardeur contre les entreprises aventureuses et lointaines; or, tout 
est lointain pour des myopes et tout est aventureux dans les entreprises 
humaines. La guerre de Crimée était une entreprise aventureuse, celle 
d'Italie en était une autre, car nul ne sait, quand il marche à l'ennemi, 
s'il sera vainqueur. Les plus grands généraux sont quelquefois battus 
et les meilleurs soldais ont d^s heures de défiillauce. Sortir de chez 
soi, c'est courir une aventure; y rester, c'est l'attendre. La sagesse 
humaine n'a qu'une influence relative sur le cours des événements, et 
tout ce qu'elle peut faire, c'est de se ranger toujours du côté de la jus- 
tice et du droit. Aussi repoussons-nous de toutes nos forces cette théo- 
rie l'autre jour émise devaut une assemblée française, et qui consisterait 



JOURNAL DE L'INSTRUCTION PUBLIQUE. 



37 



à ne jamais revendiquer un droit qu'on ne soit sûr à l'avance de le faire 
triompher. Pourquoi les plaideurs ne suivent-ils pas ce conseil? Quelle 
épargne ce serait et de paroles et de jugements ! Qui est jamais sûr de 
faire triompher son droit? Donc, il faut cesser de le poursuivre. L'in- 
sulte faite à la foi jurée, l'outrage et l'exaction prodigués à nos natio- 
naux, l'assassinat et l'impunité accordée aux assassins, voilà des choses 
qu'il faut subir s'il doit en coûter trop pour eu obtenir la réparation. 
Devant une pareille théorie, exposée et soutenue par un esprit certai- 
nement eminent, et qui a trouvé d'autres esprits éminents pour l'ap- 
plaudir, notre raison demeure confondue. Nous avions cru jusqu'ici 
qu'il y avait quelque chose de plus précieux que l'argent et que la vie 
même, l'honneur; nous avions cru que les nations devaient avoir sur ce 
point la même manière de voir que l'individu ; que partout où un outrage 
leur était infligé par un gouvernement organisé, leur premier devoir était 
à tout prix d'eu poursuivre la réparation. 

■' Pour nous, qui voulons la grandeur de notre pays partout, dût-il en 
coûter quelques sacrifices, et qui pensons que le développement de la 
richesse dans le peuple vaut bien qu'on grève les riches de quelques 
millions d'impôts, nous sommes très-loin de professer, contre " les expé- 
ditions lointaines," cette horreur d'occasion qu'on affiche aujourd'hui. 
Nous ne pouvons nous défendre de penser que sans '' les expéditions 
lointaines" et sans les coureurs d'aventure, l'Europe n'aurait pas connu 
l'Amérique, et que, nous en particulier, nous n'aurions pas fondé ces 
grandes et belles colonies, qui s'appelaient le Canada, la Louisiane, les 
Indes oiientales. Que d'autres soient venus après nous cueillir les fruits 
que nous avions semés, à qui la faute, sinon à ces esprits chagrins et de 
courte vue, qui refusaient les subsides et décourageaient les entreprises, 
à ces fameux théoriciens de la politique, qui égrenaient le chapelet de 
nos îles au profit de l'Angleterre, et ruinaient du même coup notre com- 
merce et notre marine ? Si les malheurs du temps ont été pour quelque 
chose dans cette œuvre impie, il faut avouer que les hommes y ont été 
pour beaucoup. Aujourd'hui que, par un bonheur providentiel, il se 
trouve sur le trône de France un homme qui semble avoir conçu le plan 
admirable de nous rendre partout sur le globe ce qui nous appartient, de 
vastes débouchés et de riches colonies, gardons-nous d'enrayer de si 
beaux desseins, essayons, au contraire, de seconder son œuvre dans la 
mesure de nos forces. On comprendrait à la rigueur que, dans un pays 
comme l'Angleterre, où l'esprit d'aventure est très-développé, il fût bon 
de modérer cette aideur des lointaines entreprises ; mais en France, 
dans un pays où l'initiative individuelle a si peu de ressort, et que le 
souverain sollicite en vain à imiter en cela les Anglais ; en France, où 
l'on a taut de peine à risquer ses écus ou sa personne au dehors, n'est-ce 
pas une imprudence extrême, quand on possède le don de la parole et la 
grâce de persuader, que d'étouffer dans sou germe le goût qu'une sage 
pensée s'efforce d'y développer? Ces réflexions, que nous ont inspirées 
les débats de l'Adresse sur le Mexique, et que nous jetons ici en passant, 
mériteraient peut-être de plus longs développements ; nous croyons 
qu'il en sortirait un enseignement plus propre à éclairer la démocratie 
sur ses véritables intérêts, que les plus beaux discours de l'opposition. 
Toujours est-il que si les Allemands ont compté sur l'appui de notre 
opposition et sur l'esprit libéral qui l'anime, pour accomplir leur œuvre 
d'affranchissement et d'unité, ils doivent s'apercevoir, aussi bien que les 
Polonais, qu'ils ont compté sans leur hôte. Des paroles, on en sera pro- 
digue ; des assurances de sympathie, on n'hésitera pas à les répandre ; 
mais quand il s'agira de se mettre à la besogne, on ne trouvera plus per- 
sonne : " Une guerre pour l'indépendance et l'unité de l'Allemagne ! 
une guerre pour l'indépendance de la Pologne 1 y pensez-vous ? Ce serait 
détourner la France de la poursuite des libertés, ce serait augmenter 
encore le prestige et la force de l'Empereur! Nous n'avons que faire de 
songer à l'émancipation des peuples ; songeons d'abord à nous émanciper 
nous mêmes." Polonais et Germains, tenez donc pour assuré que plus 
on se rapprochera en France du régime parlementaire, plus il y aura de 
membres de l'opposition, plus il y aura de beaux discoureurs parmi ces 
membres, et moins vous serez secourus. On parlera peut-être de vous 
davantage, mais ce seront paroles stériles, parce que, sachant le gouver- 
nement de l'Empereur très-disposé à l'action, on sera porté à le rendre 
inactif; sachant qu'il aime " les causes justes," on s'efforcera de traver- 
ser ses projets ; connaissant sa sollicitude pour la gloire du pays, on ne 
cessera de lui opposer ses intérêts. Pour que l'opposition retrouvât son 
vieil orgueil national, il faudrait que l'Empereur étouffât le sien ; pour 
qu'elle reprît les ardeurs guerrières d'autrefois, il faudrait qu'elle vît 
renaître devant elle un gouvernement de paix à tout prix. Il convient 
de bien se figurer qu'en France l'esprit d'opposition se confond singu- 
lièrement avec l'esprit de dénigrement, et que son rôle est beaucoup 
moins d'éclairer que d'embrouiller, de rendre service que de contredire." 

Dans le parlement anglais, qui vient de s'ouvrir, lord Derby a fait 
une véritable immolation de Lord John Russell. Dans un discours beau- 
coup plus sarcastique que ne l'ont été, en France, ceux de MM. Thiers 
et Berryer, il a accusé son ancien adversaire d'avoir menacé et insulté 
tout le monde, pour finir par reculer devant tout le monde. L'Angleterre, 
a-t-.l dit, n'a plus d'alliés : elle a tant proclamé qu'elle ne ferait point la 
guerre pour des idées, qu'elle n'aura bientôt plus la permission d'en 
avoir qu'à la condition de les garder pour elle-même, ce qui vaudrait 
peut-être mieux que de les émettre, pour ensuite les retirer au premier 
coup de canon. On voit que les rôles sont renversés, et tandis qu'en 
France l'opposition veut la paix à tout prix, de l'autre côté de la 
Manche, elle est très-belliqueuse. 



En Canada, elle a été, à certains égards, plus pacifique que de cou- 
tume, et chose presqu'inouïe dans nos fastes parlementaires, elle vient 
de laisser voter l'adresse sans amendement ni division ; mais non pas 
sans débats. Le chef de l'opposition, M. Cartier, a parlé durunt près de 
dix heures dans une même séance. 

La discussion de l'adresse a été interrompue par un ajournement 
adopté unanimement, à l'occasion de la mort soudaine du Juge-en-chef 
du Bas-Canada. Cette pieuse marque de respect donnée à la mémoire 
d'un grand homme par nos législateurs au milieu de la lutte, ce noble 
et éloquent silence des passions politiques devant une tombe si préma- 
turément ouverte, ont fait une vive impression. 

Notre Chronique, commencée par la nécrologie de lord Elgin, se 
trouve donc condamnée à se terminer par celle de son premier-ministre. 
Nous n'avons point la prétention de rendre justice à la mémoire du 
Juge-en-chef dans le peu d'espace qui nous reste, ce que nous allons 
dire n'est que provisoire et en attendant mieux. 

Sir Louis Hyppolite LaFontaine, Baronnet du Royaume-Uni et Com- 
mandeur de l'ordre pontifical de St. Sylvestre, est né à Boucherville, en 
octobre, 1807. Il est mort le 26 février, 1864, et n'était par conséquent 
âgé que de 56 ans et quatre mois. Ses habitudes laborieuses et séden- 
taires, et les luttes politiques avaient miné de longue main un tempéra- 
ment qui était cependant des plus robustes. Il appartenait à une famille 
de cultivateurs des plus respectables : son aïeul avait été membre du 
parlement. Il fit une partie de ses études au séminaire de Montréal, et 
fut reçu avocat à vingt et un ans. Deux ans plus tard, il entrait au par- 
lement. 

Le jeune député avait un de ces types napoléoniens qui se font remar- 
quer partout ; sa gravité et sa tenue, autant que ses talents et ses suc- 
cès au barreau, le désignaient déjà comme le successeur possible de M. 
Papineau, lorsqu'éclata l'insurrection de 183*7. Il voulut, à cette époque, 
prévenir les malheurs qui suivirent, et il descendit à Québec avec M. 
Debartzch et quelques autres représentants, pour prier lord Gosford de 
convoquer une nouvelle session du parlement. Compromis, plus tard, 
par une lettre trouvée parmi les papiers de M. Girouard, et où il parlait 
ironiquement d'armer les bonnets bleus du nord, il se réfugia en Angle- 
terre, ce qui était un peu osé pour un homme accusé de haute-trahison. 
Bien reçu dans les hauts cercles politiques, il fut informé, par M. Ellice, 
que ses obscurs ennemis avaient pris des mesures pour le faire arrêter, 
et il dut se rendre à Paris. De retour au Canada, il fut quelque temps 
emprisonné pendant la seconde insurrection. Lors de l'union, il releva 
le drapeau du Bas-Canada et se posa résolument en adversaire de lord 
Sydenham et de son système. Celui-ci l'éloigna, par la force, du comté 
de Terrebonne, où M. LaFontaine ne voulut point, par humanité, accep- 
ter la lutte ; mais M. Baldwin sut le faire élire dans le comté d'York. 
De ce moment data, entre ces deux hommes, cette étroite amitié qui 
devait avoir tant d'influence sur les événements subséquents. 

" Heureusement, dit un écrivain de la Minerve, le Haut-Canada avait 
aussi son LaFontaine dans Robert Baldwin, politique à vues grandes et 
élevées comme lui, distingué par ia même générosité de sentiments, le 
même amour du travail, le même patriotisme, une admiration également 
passionnée pour la constitution anglaise, ayant le même désir d'en voir 
introduire les principes dans le gouvernement de son pays. De loin, ces 
deux hommes s'étaient compris, quoique à peu près inconnus l'un à 
l'autre. La Providence, qui veillait sur nos destinées, semblait les 
appeler à une action commune, à jeter ensemble les bases d'une société 
politique régulièrement organisée et peut-être les fondements d'une 
grande nation." 

M. LaFontaine se retira de la vie publique en 1851. Peu de temps 
après, il fut fait juge-en-chef, puis baronuet. Il laisse, de sa seconde 
épouse, un fils âgé d'un an et demi, qui succède à son titre. 

Les funérailles de ce grand citoyen ont été un événement public. 
Une courte, mais éloquente oraison funèbre, prononcée par Mgr. l'Evêque 
de Montréal, a retracé les grandes qualités de l'illustre défunt et fait 
écho à la douleur publique. 

M. LaFontaine a publié un ouvrage sur les Bureaux d'enregistrement 
et plusieurs brochures sur des questions de jurisprudence ou de politique. 
Dans les dernières années de sa vie, il s'est occupé de recherches histo- 
riques et généalogiques. Il laisse d'importants manuscrits et une biblio- 
thèque considérable, riche surtout en ouvrages rares sur la jurisprudence 
et sur l'histoire de l'Amérique. 

P. S. — Au moment où nous terminons, un télégramme nous apprend 
l'explosion d'une fabrique de cartouches près de la porte St. Jean, à 
Québec. La commotiou s'est fait sentir à une grande distance. Les sol- 
dats employés à la confection des cartouches, au nombre de quinze ou 
seize, ont été tués, et leurs corps sont mutilés et dispersés de la man'ère 
la plus horrible. Le capitaine Mahon, qui se trouvait dans l'édifice, a eu 
la vie sauve ; mais a été gravement blessé. Plusieurs explosions succes- 
sives ont eu lieu, et l'on a craint pour un grand dépôt de poudre situé 
à une petite distance. Si le feu s'y était communiqué, il ne serait point 
resté de Québec pierre sur pierre. On frémit lorsqu'on songe à la possi- 
bilité d'une telle catastrophe. 



S3 



JOURNAL DE L'INSTRUCTION PUBLIQUE. 



TABLEAU DE LA DISTRIBUTION DE LA SUBVENTION SUPPLÉMENTAIRE AUX MUNICIPALITÉS PAUVRES, POUR 1863. 



COiMTÉ8. 


Municipalités. 


Motifs qui ont porté à accorder 
la subvention supplémentaire et qui en ont déter- 
miné le montant. 


Montant de la 
subvention annuelle 

ordinaire. 




Montant de la 
cotisation prélevé. 


Montant de la 
subvention supplémen- 
taire demandé. 




1 

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Ai'fenteuil. . 


Mille-Isles 


Nouvel établissement dont les habitants sont pauvres 

On y a construit une maison d'école ; valeur $104 

Ils sont peu nombreux et ont 2 écoles à soutenir 


$ 
63 
51 
41 


cl 
54 
32 

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$ 

222 
280 
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240 


cl 
00 
00 

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00 


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40 on 


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29 ( 


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Chatham No. 1 (Dissid ) 
Gore et Went worth 


1 
80 

50 

80 
80 
60 

80 
80 

100 
80 

80 

80 


10 
JO 

00 
00 
00 

00 
00 

00 
00 

00 

00 


29 0<- 

24 0< 


M 


ii ii a 5 ii ii 


89 66 
1222; 
28 00 
84 9(»' 


29,0( 


Arthabaska. . . . 


Etablissement tout nouveau 


50 00 
72 on 


29 0( 


t< 


St. Léonard 


" " On y a réparé une maison d'école. 

" " On y soutient 3 écoles, etc 

ii it ii 2 " 

" " On y a bâti une maison d'école. 

" " On y soutient 2 écoles, etc 

ti it ii 2 " . . ( 
« " On a bâti 2 mais. ; val. $390. { 
fi " On a construit 1 maison d'école. 
tt a u 3 u 

Nouvelle municipalité qui a 2 maisons d'école à bâtir 


29* 0( 


ii 




160 

195 

65 


00 
00 

00 


290( 


n 


Chester-Est 


88 
21 
55 

150 

13 

70 


98 
36 

•28 

46 

78 

30 


29 n( 


ii 


Ste. Clotilde 


27 
27 
20 
20 
24 
29 


o( 


it 




180'; 00 
330 on 


0( 


ii 


St. Médard 


()( 


« 
ii 


" (Dissidents.) 
St. Venceslas 


74 

72 

213 


00 
00 

00 


Of 

0( 


ii 


St. Norbert 


0( 


it 


Victoriaville 


29 0( 


Bonaventure . . 


Hope . . 


Etablissement pauvre qui a toujours soutenu 2 écoles 


ii2 

84 
93 
50 


14 
18 
94 
00 


200 

109 

64 


00 

00 
00 


29 
29 


0( 


ii 




40100! 
40 00 
60 00, 


ni 


ti 




it it 


20 0( 


ii 




il li et bâtit 1 maison d'école .... 


60 00 


20 0< 


ti 




" " (colonie acadienne) 






29 01 


it 


New Richmond 

" (Dissid.) 




170 

108 
206 


70 

30 
10 


179 

300 
221 
286 


00 
00 
25 
00 


80 00 


20 
20 
20 


01 


ti 


Les syndics soutiennent 3 écoles ( 


40 
60 

50 


00 
00 
00 





ti 


Etablissement peu populeux qui soutient une école modèle. 
Cette municipalité soutient 6 écoles 





ii 




29 01 


u 


Ristigouche (Sauvages.) 
Aylmer 


Ils sont trop pauvres pour pouvoir payer une contribution . . 
u ii 5 u 


50|00 
97 78 

169:58 
38|27' 
93 72 

141 ! 00 
99 48 


40 


Beauce 


227 

232 

100 

173 

240 

188 

315 

74 

202 

1 147 

2000 

181 

101 

212 


68 
00 
00 
00 

00 
00 
00 
00 
97 
12 
00 
60 
69 
00 


60 

60 

40 

40 

40 

40 

100 

50 

100 

80 

1 

' 80 

40 


00 

00 
00 

00 
00 
00 
00 

00 

00 

00 

00 
00 


29i0 


ii 


St. Frédéric 


29 


ii 


Forsyth 


u u 2 " 


29 


n 


St. Ephrem 


it tt 3 ii 


29 


n 


St. Victor 


it u 3 u 


29 
29 
29 
29 
29 
29 
29 
29 
29 





n 




ti ii 2 " 





ii 
Bellechasse.. . . 


Aubert-Gallion 


Pauvre, soutient 3 écol. : sont cotisés p. la cons, d'une église. 
Municipalité pauvre et de création récente 


200 

73 

108 

105 


10 

26 
86 
9.4 







Bagol 


St. Bonaventure 

St. André 


" " et soutient 4 écoles.. 





il 


« u u 2 " 





tt 


La population s'est accrue de beaucoup depuis deux ans.. 







Brome 


Bolton (Dissidents.). . . . 




60|00 
92 26 
43 40 
39 34 
69 04 





Chicoutimi 


'* " qui soutient 3 écoles 





H 


Harvey 


u a a 2 " 


290 


li 


Anse St. Jean 


" " La récolte y a manqué, l'année dern. . 


29 
29 
29 
29 





II 




202 25 


80 

50 

200 

80 

40 


00 

00 

00 
00 

00 





II 


Grande-Baie 


ti ti u 4 n 


147 

45 
90 

268 


86 
58 
66 
50 


167 
218 
298 
850 
109 


00 
00 

00 

00 
65 





II 


Ouiatchocan 


a ti ii 2 " 





II 
II 


Chicoutimi, (Village)... 
" (Paroisse) . 
Bagotville (Village) 


On y a établi 1 école modèle outre les 3 écoles élémentaires. 
Ecoles en opération : 8. . . . 


290 
290 


II 




48 62 
109 62 


29|0 


II 


Nouvelle municipalité qui soutient 3 écoles 


160J00 
18000 
211 22 
160 00 


29l0 


li 


Winslow-Nord 


tt ii a 4 ii 


104 
33 

61 
57 


46 

58 
50 

78 


29|0 


West Bury 


Nouvelle municipalité soutenant 2 écoles 


40 00 


290 


il 


Ciifton [Hampden. . 

Whittan, Marston, 
Newport et Auckland. . . 


a n it 5 ii 


60 
40 
40 
40 
40 
400 
40 

40 


00 
00 
00 

00 
00 
00 
00 

00 


29;0 


II 


ii tt tt 2 '* 


67 
311 


00 
20 


2910 


II 


tt tt tt 3 ii 


45' 56 
41 1 38 

63 76 


29.0 


il 


a tt tt 5 it 


150 00 
297 00 


290 


II 


Lingwick 


it it it 4 tt 


29 


il 


Winslow-Sud 




102 
121 
110 
61 
112 


18 
64 
6 fi 
04 
82 


350 
240 
176 
18 
300 


00 

00 

00 

00 

00 


290 


Champlain .... 




Les contribuables ne sont pas riches et soutiennent 4 écoles. 


290 




29 


Charlevoix 


Settrington 


Nouvelle municipalité et très-pauvre. . 


290 


ci 




Moyens restreints et soutient 3 écoles. ... 


60] 00 
40; 00 
50 00 
80 00 
40:00 
40 00 


29l0 


a 


St. Urbain 


a il il 3 u 


86 02 
149 68 
82 30 
94| 52 
45 00 
79! 14 
50i74 


143 00 
264 00 


290 


u 


Ste. Alliés 


a .i u 4 tt 


29 


tt 


Petite-Rivière 


a ti u 3 tt 


80 
168 

72 


00 
00 

00 


29 


u 


Si. Fidèle 


tt tt ci 3 a 


29 


il 


Nouvelle municipalité et soutient 1 école 


29 


u 


Isle-aux Coudres .... 
St. Piacide 


Cette municip. n'a que de faibles ressources et sout. 4 écoles. 
il tt t( a il 2 " 


230 00 
120 00 


40 
40 


00 
CO 


29 
29 













JOURNAL DE L'INSTRUCTION PUBLIQUE. 



39 



TABLEAU DE LA DISTRIBUTION DE LA SUBVENTION SUPPLÉMENTAIRE AUX MUNICIPALITÉS PAUVRES, POUR 1863— (Suite.) 



Comtés. 



Municipalités. 



Motifs qui ont porté à accorder 
la subvention supplémentaire et qui en ont déter- 
miné Je montant. 



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2-Monta°;nes. . . 



Dorchester. 
Drummond. 



Gaspé 



n 
Hochelaga.. . 
Huntingdon . 
L'IsIet 



Joliette 

« 

Kamouraska. 
a 

« 

Lotbinière .. . 



Lévis 

Mégantio 

Montmagny . . 

Montmorency. 
n 

Maskinongé... 
Nicolet 



Outaouais 



Portneuf 



Pontiac 
a 



Québec 



Eimouski 



Saguenay 



St. Maurice.. 
Stanstead.. . . 



Témiscouata 



Terrebonne. . 



St. Canut 

St. Colomban 

St. Placide 

St. Maiachie 

St. Germain 

St. Frédéric 

Wiekharr 

Durham (Dissidents). 



St. Pierre 

Newport 

Pabos 

Grande-Rivière 

Rivièie-au-Renard 

Cap-des-Rosiers 

Monts-Louis 

Percé 

Cap-Désespoir 

Ifle-Boiiaventure 

St. Louis (Dissidents) . . 
Huntingdon (Dissidents) 

St. Aubert 

St. Cyrille 

St. Ambroise (Dissid.). . 

Ste. Mélanie 

Mont-Carmel 

Ste. Hélène 

St. Ouésime 

St. Alexandre 

St. Flavien 

St. Gilles 

St. Agapit 

St. Lambert 

Inverness (Dissidents).. 

Isle-aux-Grues 

Laval 

St. Féréol 

St. Didace 

Ste. Gertrude 

Ste. Monique No. 2 

Blanford 

St. André-Avellin 

Haitwell et Ripon 

Eardley 

St. Casimir 

Cap-Rouge 

YValtham 

Franktown 

Calumet 

Litchfield 

Stoneham 

St. Dunstan 

" (Dissidents). 

Métis 

St. Fabien 

St. Simon 

Escoumains 

Tadoussac 

Shaouinigan 

Bai'ford 

Hat ley (Dissidents). . . . 

St. Antonin 

N. D. du Portage 

Si. Eloi 

St. Modeste 

St. Jérôme No. 4 



On a de faibles ressources et l'on soutient 3 écoles 

a « a a 3 u 

tt a it a 5 « 

tt « << (t 3 a 

tt tt tt a 5 tt 

!On a imposé une taxe de $900, pour liquider d'anc. dettes. 

On a peu de ressources et l'on a bâti deux maisons d'école. 

" " et la population est éparse 

" " et l'on soutient 13 écoles 

« h « j2 « 

Les contribuables de cette municipalité sont pauvres 



On a peu de ressources et on y soutient de bonnes écoles.. 

U H tt Il tt tt 

Les moyens y sont très-restreints 



On y a construit 3 maisons d'école 
Les contribuables sont pauvres.. . . 



La population est peu nombreuse 

La population est pauvre et soutient 1 bonne école. 
" " " 5 écoles 



» l cl 
93 28 1 

101 J30! 

16*l20! 



et soutient 5 écoles. 

" 2 " . 

" 5 " . 

« 4 a 

" 6 « . 

" 5 " . 

» 2 " . 



On soutient 6 écoles et l'on a bâti plusieurs maisons 

" 2 " et l'on n'a que de faibles ressources.. . 
On a peu de ressources et l'on soutient 2 écoles 

• ' a a a 2 " 

" " et l'on doit $324 p. const. 1 mais. d'é. 
" " et l'on soutient 5 écoles 

« « a te 5 u 

a a ii il 2 " 

a n n n 2 " 

x n n n 5 it 

Nouvelle municipalité qui a à se bâtir des maisons d'école. 

" " manquant de ressources 

On a à soutenir 4 écoies avec de faibles moyens 

On a une balance de jugement à payer : $744 

Nouvelle municipalité qui n'a que de faibles moyens 



153 
177 
143 
97 
20 
183 



$ 

360 
320 
423 



198 00 

46 92 

58 22' 

141 42 

100 84 



39 

22 

292 



20 
36 



30 00 
149 86 

73 70 

29100 
158 60 

67 



60 

58 
60 

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88 
30 

70 

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68 28 
69,76 
99,70 
159162] 
160 64 



143 
80 

196 

115 
97 
38 

186 



160 00 
400 67 
64200 
535 00 

90| 00 
472 14 
814' 00 

62 00 



347 
400 
120 



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80 00 
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100 

40 



100 00 
100 00 



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20100 



60 00 
163,00 

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225 ' 00 
143 00 
100 ! 00 
495,50 
94' 52 
200,00 
174 00 



120 00 

40 00 

8o;6o' 

28 00! 



Municipalité pauvre où l'on soutient 3 écoles.. . . 

" " et nouvellement érigée 

" " qui a bâti 2 maisons d'école. 



et soutient 3 écoles. 
" 6 " . 
ii 7 u 

« 2 " . 



" " et soutient 3 écoles. . 

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" " et population éparse. 

" " et soutient 3 écoles. . 

a il te 4 << 

<< a ii 5 u 

ie u it 2 " 

On a à liquider une forte dette 



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22 

173 
91 

113 



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67 50 
4552 



118 

118 

45 

40 



57 00 
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13646 



116 

51 

114 

79 



100 72 

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157 
70 

27 



240 
218 

97 

38 
206 

96 

92 

72 

97 
202 
250 
154 

56 
492 
166.00 
409 00 
202 00 
100| 00 
400,00 
210 00 
408 82 



00 
90 

30! 
70 
00 
00 
00 
00 
00 
75 
00 
00 
00 
00 



40 00, 
80,00! 
40 00 
100 00 
40 00 



30 

25 



50 00 



60 



120 
40 
80 



00 



00 

00! 

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420 

60 

50 

45 

120 

251 



315 15 
120 00 



80 
152 



300,00 
130 00 
116100 
183 91 
195 12 
120 00 
200 , 00 
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60 00 


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20 00 
29J00 
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29,00 
29 00 
40100 
20 [00 
20.00 

20! 00 

29 00 
29,00 
29 00 
20,00 
29 00 
29 00 
29! 00 
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20 00 
40 00 
20 00 
29 00 
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29 
20 
29 
20 



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00 
00 
00 
00 
00 



29,00 
20'00 
29!00 
50 00 
29 00 
20|()0 
29 00 



29 
29 
29 



00 
00 
00 



20,00 
29 00 



29 
29 
29 
29 



00 
00 
00 
00 



29100 
29 00 
20 00 
29J00 
29 00 
29 00 
29 00 
40100 



40 



JOURNAL DE L'INSTRUCTION PUBLIQUE. 



TABLEAU DE LA DISTRIBUTION DE LA SUBVENTION SUPPLÉMENTAIRE AUX MUNICIPALITÉS PAUVRES, POUR 1863.— (Suite.-) 









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Motifs qui ont porté à accorder 


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Comtés. 


Municipalités. 


la subvention supplémentaire et qui en ont déter- 


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miné le montant. 


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Nouvelle municipalité qui soutient 4 écoles 


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00 


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« (Dissidents). .. 


" " en construction d'une maison . . 


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'• " et soutenant 3 écoles 


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On y soutient 7 écoles et l'on a bâti 2 maisons 


500 00 


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St. Gabriel 


Municipalité nouvelle qui a bâti 1 maison 


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St. Camille 


" " et soutenant 3 écoles 


00 


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a " " 1 bonne école 


05 






Total 




— 














3955 


00 



















ANNONCE 



"JOURNAL DE L'INSTRUCTION PUBLIQUE" 



ET 



"JOURNAL OF EDUCATION." 



L'abonnement à chacun de ces journaux est d'une piastre par année 
et d'cx écu seulement pour les Instituteurs et pour les Institutrices. 

Ces journaux s'occupent aussi de science et de littérature, et con- 
tiennent une revue de tous les événements de chaque mois. Ils ont été 
mentionnés avec éloge par le jury du Département de l'Education, à 
l'Exposition de Londres, en 18G2, et il a été accordé une médaille de 
première classe pour leur rédaction. 

On peut se procurer, au Département de l'Instruction Publique du 
Bas-Canada, la collection complète pour les prix suivants : 

Chaque volume cartonné en papier se vend $1.10 ; élégant cartonnage 
en toile avec vignette en or sur plat, $1.25 ; les deux journaux, français 
et anglais, cartonués ensemble, $2. La collection complète de l'un ou 
de l'autre journal, formant 7 volumes, se donne pour $7 ; aux institu- 
teurs, moitié prix, et aux Collèges, académies, Institutions Littéraires et 
aux Bibliothèques de Paroisse, $5. Ceux qui désireraient se procurer 
des collections complètes f.ront bien de s'adresser de suite au Bureau de 
l'Education, où il u'en reste plus qu'un petit nombre de séries, l'année 
1857 étant presque épuisée. 

Le journal français se publie à 3000 exemplaires, le journal anglais à 
1500. Ils ont l'un et l'autre une circulation à peu près uniforme dans 
tout le Bas-Canada, et uu grand nombre d'exemplaires s'expédie à 
l'étranger. 

On ne publie que des annonces qui ont rapport à l'instruction publique, 
aux science?, aux lettres ou aux beaux-arts. Le prix des annonces est de 
7 ceutins par ligne pour la 1ère insertion et 2 centins pour chaque inser- 
tion subséquente. 

3F» DFt I 3VE 33 S : 

Le3 éditeurs de journaux qui reproduiront l'annonce ci-dessus, auront 
droit, pour chaque insertion, à un des sept volumes. Deux insertions 
leur donneront droit à deux volumes, et ainsi de suite. Il faudra indi- 
quer l'année du volume que l'on désire avoir 

La collection complète sera donnée à toute personne qui noua trans- 
mettra le montant de vingt nouveaux abonnements. 



Aux Libraires, Inspecteurs et Commissaires d'Ecole, 
aux Institutions Religieuses et au Public. 



LES soussignés ont l'honneur de donner respectueusement avis, qu'ils 
ont fait acquisition, par voie de vente judiciaire, de la propriété litté- 
raire, ainsi que du fonds, des ouvrages suivants, publiés ci-devant par 
MM. J. & O. Crémazie, savoir : 

ÉLÉMENTS DE GEOGRAPHIE MODERNE, imprimés sous la direc- 
tion de la Société d'Education du District de Québec, à l'usage des 
Ecoles Elémentaires ; 

NOUVEL ABRÉGÉ DE LA GÉOGRAPHIE MODERNE, par M. l'Abbé 

Holmes, tout dernièrement revu et corrigé ; 
TRAITÉ D'ARITHMÉTIQUE, à l'usage des Ecoles, par Jean-Antoine 

Bouthillier, revu et corrigé. 

Ces ouvrages sont approuvés par le Conseil de l'Instruction Publique 
du Bas-Canada. 

— AUSSI en vente — 

LE LIVRE DES ENFANTS, Nouvel Alphabet Français, illustré,— 

et la 
NEUVAINE A ST. FRANÇOIS-XAVIER, (ci-devant publiés par MM. 

Crémazie,) sur beau papier et papier ordinaire, avec image du Saint : 

Variété de reliures. 
LE MANUEL DES PAROISSES ET FABRIQUES, par H. Langevin 
LA GRAMMAIRE FRANÇAISE de Lévizac. 
LES STATUTS REFONDUS, et autres, etc. 

LE LIVRE DE PLAIN-CHANT, publié par l'autorité et sous la direc- 
tion de Monseigneur l'Administrateur, en deux volumes 8-vo, sera prêt 

à être livré l'été prochain. 

Les soussignés auront toujours en main un nombre d'exemplaires de 
tous ces livres, suffisant pour remplir tontes commandes sans délai; le 
commerce et autres acheteurs en gros auront comme ci-devant le béné- 
fice d'un escompte libéral. 

DESBARATS & DERBISHIRE, 
Coin des Rues Ste. Anne et Desjardinj. 

Québec, 16 Janvier, 1863. 



Typographie d'EusiBH Sbnécal, 4, Rue St. Vincent, Montréal. 





Volume VIII. 



Montréal, (Bas-Canada) Avril, 1864- 



No. 4. 



SOMMAIRE.— Science': Les deux abbés de Fénélon (suite).— Compte-rendu du 
Cours d'Histoire du Canada de l'abbé Ferland à l'Université-Laval, par l'abbé 
Ferland (suite). — Education : Influence de l'instituteur en ce qui concerne la 
Religion et la société, par M. A.Lamy.— De l'enseignement de la lecture (suite). 
— Avis Officiels : Nominations de Commissaires d'Ecole. — Diplômes accor- 
dés par les Bureaux d'Examinateurs.— Instituteur disponible.— Dons offerts 
à la Bibliothèque du département — Partie Editoriale : L'école militaire de 
Québec— Décision judiciaire. — Extraits des rapports des Inspecteurs d'écolo 
(suite). — Re vue bibliographique : Du bon ton et Du bon langage i«ir Mine Droho- 
jowska. — De l'Art de In conversation et De la charité dans les concersations, par 
le Père Huguet. — Bulletin des publications et des réimpressions les plus 
récentes.— Paris, Londres, Boston, Québec. Montréal.— Petite Revue Men- 
suelle —Nouvelles et Faits Divers: Bulletin de l'instruction publique.— 
Bulletin des sciences. 



SCIENCE 



Hies deux Abbés de Fénélon. 

{Suite.) 

III. 

Les Iroquois de Kenté avaient vu des robes noires dans leurs an- 
ciens villages et leur avaient entendu prêcher l'Evangile ; ils vou- 
lurent en avoir avec eux, quoiqu'ils ne fussent pas très-pressés de 
se faire chrétiens ; c'était un moyen de se rappeler la patrie absente : 
leurs vieillards d'ailleurs avaient besoin d'être consolés ; sans la 
robe noire, les enfants mourants ne pouvaient prendre la grande 
voie des âmes. Au mois de juin 1668, le chef et les principaux du 
village vinrent donc à Montréal prier les MM. du Séminaire de 
leur accorder des missionnaires ; mais la chose parut si importante, 
et tellement en dehors des usages, que le Séminaire ne voulut rien 
décider avant l'arrivée du nouveau supérieur, M. de Queylus, qui 
venait remplacer M. Souart (1); la réponse fut remise au mois de 
septembre (2). Au temps marqué, les députés revinrent à la charge 

(1) M. Gabriel Sonart a trop bien mérité de la ville de Montréal et de 
tous ceux qui s'occupent de l'éducation pour que nous ne rendions pas 
ici un juste hommage à son dévouement. Supérieur du Séminaire de 
cette ville, il y fonda et dirigea lui-même la première école de 
gaiçons, vers 1661 (Mt. Viger), école qui a été la source et l'origine 
première du Collège de Montréal et des nombreuses maisons où se 
donne aujourd'hui l'enseignement primaire. Par un sentiment dont les 
hommes de l'enseignement doivent s'enorgueillir, il faisait ajouter à son 
nom, comme ses plus beaux titres : " ancien curé de N. D. de cette Ville 
" et qui a fait les premières escolles dans ce lieu." Le Séminaire de St. 
Sulpice ferait une chose agréable et en même temps une bonne œuvre, 
s'il publiait la vie de ce serviteur de Dieu : elle a été écrite par M. 
Grandet. 

(2) Histoire du Montréal, par M. Dollier de Casson, lettre de M. 
Trouvé. 



avec plus d'insistance que la première fois. M. de Queylus, en se 
rendant à leurs désirs, ne pouvait être embarrassé dans le choix de 
ses envoyés : les abbés Trouvé et de Fénélon étaient là, tout prêts à 
partir comme nous l'avons vu. Mgr. de Laval leur donna des 
instructions et leur traça des règles de conduite pleines d'une 
rare prudence et qui "font infiniment d'honneur à la main qui les 
" a tracées, au cœur qui les a dictées " (1). En même temps il 
écrivit une lettre particulière à M de Fénélon, pour lequel il sem- 
ble avoir eu beaucoup d'égards à cause de ses vertus et de son 
dévouement, et, sans doute aussi, à cause des rapports qui devaient 
exister entre deux maisons qui s'allièrent quelques années plus 
tard (2). On ne lira pas sans intérêt cette lettre qui est complète- 
ment inédile. 

" C'est avec une singulière satisfaction et consolalion de notre 
" âme que nous avons veu la ferveur et le courage avec lequel 
" vous vous portés à la conversion des nations infidelles et que pour 
" l'exécution de ce pieux dessein vous nous avez fait connoître les 
" sentiments que Dieu vous a donnés d'aller, avant cet hyver, 
" dans un lieu situé vers l'entrée plus proche de nous du lac nom- 
" mé Ontario, coste du nord, pour y travailler à la conversion d'une 
" nation que nous avons appris qui s'y est établie depuis environ 
" trois ans, et y chercher les brebis égarées que cy-devant les 
" Pères de la Compagnie de Jésus avaient amenées au bercail de 
" N. S. J. C. Nous sentant d'autre part portez de contribuer de 
" tout nostre pouvoir et aulhorité à un zélé si saint, et le devoir de 
" nostre charge nous obligeant de pourvoir aux besoins de ce lieu, 
" et ne le pouvant faire par nous mesmes pour la trop grande dis- 
" tance ; estant d'ailleurs bien informez de votre suffisance, piété 
" et bonnes mœurs, Nous vous donnons pouvoir et authorité de tra- 
" vailler à la conversion de ce peuple, leur conféier les sacrements 
" et généralement faire tout ce que vous jugerez à propos pour l'é- 
" tablissement de la foy et l'accroissement de ce nouveau christia- 
" nisme, et ce autant de temps que nous le jugerons à propos, vous 
" enjoignant toutefois d'estre subordonné en toutes les d. tonctions 
" à nostre bien aymé Claude Trouvé, ptre., que nous associons 
" avec vous pour le même dessein, et de recevoir en tout ce qui 
" regardera le salut des âmes, la conduite et le pouvoir de luy, 
" vous exhortant surtout de vivre ensemble dans une Ste. union. 
" Que si par une providence de Dieu, il se présentait quelque 
" occasion d'escrire à quelques-uns des Pères de la Compagnie de 
" Jésus qui sont dans les nations Iroquoises, nous vous exhortons 
" et désirons que vous conferriez avec eux par lettres de toutes 
" les difficultez que vous rencontrerez dans l'administration de vos 
" fonctions, et que vous vous conformiez à la pratique que les 

(1) M. le Commandeur Viger, Liste du Clergé. Ces instructions sont 
aux archives de l'Archevêché de Québec, du Séminaire de Montréal, et 
dans les Ms. Viger. 

(2) Pierre de Montmorency-Laval épousa la cousine de l'abbé de 
Fénélon. C'est la marquise de Laval dont le nom revient si souvent 
dans la Correspondance de l'Archevêque de Cambrai. 



42 



JOURNAL DE L'INSTRUCTION PUBLIQUE. 



" lumières de la grace et une longue expérience leur ont fait juger 
" nécessaire d'étab ir pour conduite de ces nouveaux chrétiens, 
" tant en ce qui concerne l'usage des sacrements, qu'en tout le 
" reste du spirituel. Mais sur toutes choses nous vous conjurons 
" de leur laire paraîîre en toute sorte de rencontre des marques 
" véritables et sincères du ressentiment très-juste que vous avez 
" avec nous des grandes obligations dont cette église naissante est 
" redevable à celte Ste. Compagnii, pour le zèle et les soins conti- 
" nuels avec lesquels elle a travaillé depuis quarante ans et conti- 
" nue de faire encore aujourd'hui ; la grande bénédiction qu'il a plu 
" à Nostre Seigr. de donner à ses travaux nous se r t d'un puissant 
" motif pour vous porter autant qu'il est en notre pouvoir, de con- 
'* server toujours une liaison très-étioite et intime union avec les 
" Religieux Missionnaires de cette Compagnie afin que n'ayant 
" tous qu'un mesme cœur et un mesme espriul plaise à N. S. j. C. 
" le souverain Pasteur des âmes vous rendre tous participans des 
" mêmes giâces et bénédictions. C'est ce que nous le supplions 
" très-humblement de vous accorder par ses mérites, par l'inter- 
" cession de sa très-sainte Mère, du Bienheureux Saint Joseph 
" Patron spécial de cette église naissante, de tous les saints anges 
" tutélaires des âmes qui sont sous nostre charge et de tous les 
" saints Protecteurs de ce Christianisme. 

" Donné à Québec ce quinzième de septembre mil six cent 
" soixante-huit. 

" François, évesque de Petrée." 

Munis de leurs instructions, nos deux missionnaires s'embarquè- 
rent à la Chine (1), le deux octobre. Leur voyage ressembla à 
tous les voyages qu'on entreprenait alors avec les enfants de nos 
forêts. Manier l'aviron sur le fleuve, porter les fardeaux pour éviter 
les nombreux rapides, souffrir de la faim, courir Je danger d'eue 
massacré dans un moment d'ivresse, ou abandonné sous le plus 
léger prétexte ; voilà ce à quoi l'on devait s'attendre en mettant le 
pied dans un canot d'écorce, et c'est ce qui ne manqua pointa 
l'abbé de Fénélon et à son compagnon de voyage. Encore, malgré 
tous leurs efforts n'avançaient-ils que lentement: l'automne se 
faisait sentir; la neige commençai! à blanchir la terre, quand enfin 
ils arrivèrent à Kenté. 

" A la fin, écrivait M. Trouvé à M. Dollier de Casson, à force 
" de nagi'r, le jour de la fête St. Simon et St. Judes, nous arrivâ- 

" mes à Kenté On ne peut pas être reçu avec plus d'amitié 

" que nous reçurent ces barbares, chacun fit tout ce qu'il put.'' 
L'un avait donné la moitié d'un orignal, l'autre les légalait de 
" citrouilles fricassées avec de la graisse, qui fuient trouvées excel- 
" lentes. " Un pauvre homme apportait quelques po ; ssons qu'il 
avait eu beaucoup de peine à pêcher ; une bonne vieille, par une 
attention dont nos missionnaires durent apprécier la délicatesse, 
mettait dans sa sagamité une poignée de sel, seul luxe que lui 
permit sa pauvreté (2). " Il n'y a rien, ajoutait M. Trouvé, qui 
" soit plus capable de mortifier un iroquois quand il voit arriver 
" quelqu'éiranger dans son pays et qu'il n'a rien de quoi lui pré- 
"senter: ils sont forts hospitaliers et vont très-souvent convier 
"ceux qui arrivent à leur nation de venir loger chez eux : il e*t 
" vrai que -depuis qu'ils hantent les Européens, ils commencent à 
" se comporter d'une autre façon ; mais voyant que les Anglais et 
" les Flamands leur vendent tout jusqu'à une pomme, ils les aiment 
" moins que les Français qui ordinairement leur font présent de 
" pain et autres petites choses qu'ils ont chez eux." 



(1) Ce nom venait d'être imposé à cette ancienne paroisse en même 
temps que La rfalle y tentait un établissement. Exprimait-il une pensée 
railleuse, une confiance aveugle dans des projets de découverte ? nous 
n'en savons trop rien. Voici comment M. Dollier constate la date de 
l'appelation sans en donner la cause. " 11 faut que nous commencions 
'■ (de l'automne 1667 à l'automne 1668) par cette transmigration célèbre 
" qui se fit de la Chine en ces quartiers, en donnant son nom pendant 
'• cet hiver à une de nos côtes d'une façon si authentique qu'il lui est 
'" demeuré, si elle nous avait donné aussi bien ses oranges et autres 
" fruit3 qu'elle nous a donné son nom (quand même nous aurions dû lui 
" laisser no3 neiges en la place) le présent serait plus considérable, mais 
" toujours son nom en attendant est-il quelque chose de grand et fort 
" consolant pour ceux qui viendront au Mont-Royal, lorsqu'on leur ap- 
" prendra qu'il n'e:-t qu'à trois lieues de la Chine et qu'ils y pourront 
" demeurer sans sortir de cette isle qui a l'avantage de la renfermer. 
" (Hid. du Montréal)." 

(2) Il provenait sans doute de3 sources salines qui se trouvaient dans 
le3 environs. Heriot (Travels through the Canadas, London, 1807, p. 136) 
prétend qu'on a essayé, mais inutilement, d'employer ce sel pour la con- 
servation des viandes. 



Aussitôt arrivés au terme de leur voyage, nos missionnaires 
commencèrent leur œuvre de prédication et de régénération. Nous 
ne possédons malheureusement sur leurs travaux que trè«-peu de 
détails : fidèles à l'esprit de leur maison, ils ne souhaitaient " rien 
" de plus sinon que tout ce qui s'est passé à Kenté , ne fût 
" connu que de celui à la gloire duquel doivent tendre toutes nos 
"«étions." Nous n'avons, pour nous renseigner, qu'une lettre, en- 
core inédite, envoyée en 1672 par M. Trouvé à M. Dollier de 
Casson. L'évéque de Petrée, qui avait annoncé dans la Relation 
de 1668 les espérances que lui donnait cette nouvelle mi>sion, au- 
rait désiré que les résultats en fussent connus dans l'intérêt de la 
religion : " Monseigneur," lui dit M. de Fénélon à qui il deman- 
dait des délails pour ajouter à ceux que les Relations publiaient 
annuellement, " Monseigneur, la plus grande grâce que vous puis- 
" siez nous faire, c'est de ne rien dire de nous. " Nous savons 
toutefois que l'abbé de Fénélon montra le zèle d'un homme brisé 
aux fatigues de l'apostolat et de la vie sauvage. Dès le prin- 
temps de 1669, il descendait à Montréal dans l'intérêt de sa chère 
mission, et il remontait au Dout de ciuelques jours avec un nouveau 
compagnon (1), conduisant lui-même son canot, le traînant dans 
les portages, souvent enfoncé dans l'eau jusqu'aux bras, les pieds 
déchirés et ensanglantés, toujours gai, toujours actif, amplement 
récompensé de toutes ces fatigues par le baptême d'un enfant 
moribond. Arrive à Kenté, il trouve une deputation des Tson- 
nontouans de Gandatsetiagon (2) qui demandait une robe noire. 
Sans balancer, il s'embarque avec eux et s'en va passer l'hiver 
dans leur village. 

IV. 

L'année suivante, il fait un voyage en France (3), nous ignorons pour 
quel motif. Ce fut peut-être à l'occasion de la mort de son père 
dont il n'est plus question à partir de cette époque ; peut-être aussi 
pour solliciter des secours qui lui permissent de soulager la misère, 
parfois extiême, de ses néophytes. 

A Paris, il trouva plusieurs membres de sa famille. Son frère 
cadet, avec lequel on l'a si souvent confondu, puisa't au Séminaire 
de St. Sulpice ces vertus qui ont mis la gloire de l'évéque encore 
au-dessus de celle de l'écrivain. L'aîné était en faveur auprès de 
la prneesse Conti (4), et il ne fut sans doute pas étranger aux libé- 
ralités que cette sainte princesse, comme l'appelle Mme de Sévi- 
gné, fit cette année là-même aux Sœurs de la Congrégation. Mais 
l'événement principal du voyage de notre abLé fut la rencontre 
qu'il dut faire de M. tie Frontenac chez le marquis de Fénélon, son 
oncie. Le comte de Frontenac et le marquis de Fénélon étaient 
frères d'armes : tous deux arrivaient de Candie (5) où ils s'étaient 
rendus, le premier désigné par Turenne comme le plus digne de 
commander l'armée vénitienne (6>, le second comme volontaire à la 
léte de quatre cents gentilshommes (7) : tous deux s'étaient couveits 
de gloire à ce siège mémorable qui coula si cher aux vainqueurs. 
Notre futur gouverneur se lia d'amitié avec l'abbè de Fénélon. Les 
récits du missionnaire eurent-ils quelque influence 6ur l'âme ar- 
dente du guerrier? l'engagèrent-ils à venir dompter les farouches 
Iroquois, lui qui avait affronté le cimeterre des Turcs? à demander 
un poste dont les difficultés et l'éloignement convenaien' si bien à 
la grandeur et à l'ambiiron de son caractère? Ce que nous savons, 
c'est qu'il fut plus heureux que lecomte de Grignau qui aspirait au 

(1) M. Cicé d'après M. Faillon, Vie de Sr. Bourgeoys ; M. d'Urfé 
d'après la lettre de M. Trouvé. 

(2) C'est ainsi que M. Trouvé écrit ce nom ; mais les cartes de Bellin 
et de Vogondy mettent Gandalsiagon, Kanatsiukon d'après l'orthographe 
actuelle. Le Rév. P. Antoine, qui a eu la complaisance de nous fournir 
plusieurs renseignements, nous apprend que ce mot signifie dans la 
chaudière (de onatdu chaudière, et de la finale kon dans). On sait que 
chez nos sauvage la plupart des noms de lieu étaient des noms parlants, 
indiquant un accident topographique ou un événement passé. 

(3) Faillon, Vie de la Sœur Bourgeoys, t. I, p. 212, etc. 

(4) Œuvres de Fénélon, t. 7, p. 392. 

(5) " Candie, capitale de l'île de ce nom, ville très-forte bâtie sur les 
ruines de l'ancienne Héraclée, se rendit, le 16 septembre 1669, aux Turcs 
qui la prirent aux Vénitiens, anrès plus de trois ans de siège, pendant 
lequel ils perdirent plus de 180,000 hommes." (Nicole de la Croix, édit: 
de 1817.) 

(6) Oraison funèbre du comte de Frontenac. Ms. du Sém. de Québec. 

(7) Voir sur la bravoure de ce digne militaire, ce que disent le cardinal 
Bausset, Vie de Fénélon, et M. Faillon, Vie de M. Olier. 



JOURNAL DE L'INSTRUCTION PUBLIQUE. 



43 



même honneur (8); M. de Frontenac fut nommé gouverneur de 
toute la Nouvelle-France an commencement d'avril 167'2. 
s'empressa, une fois installé à Québec, de donnei 
Ion une marque de l'estime qu'il lui portait. 



à l'abbé de Féné- 
H. V. 



(^1 continuer.) 



HISTOIRE DU CANADA. (1) 

COMPTE-RENDU DU COURS DE M. L'ABBÉ FERLAND,A l'uNI- 
VERSITÉ-LAVAL. 



XXXV. 

(Suite.) 

Pendant l'hiver de 1652-53, il se passa un petit incident qui touche 
aux coutumes des nations sauvages. Ces peuples avaient une 
espèce de droit international dont les prescriptions, pour n'être pas 
confiées au papier, n'en étaient pas moins fidèlement observées; 
de même que les droits respectifs des individus étaient réglés par 
un petit nombre de conventions et de coutumes, de m-ême les rap- 
ports de tribus et d'individus à tribus étaient aussi réglés par les 
lois coutumiéres. 

Deux Fiançais s'étaient introduits dans une cabane d'Algon- 
quins et en avaient enlevé une robe de castor. Ceux-ci, à leur 
retour, s'élant aperçus du larcin et ayant r.etnarqué les indices 
certains qui leur faisaient voir que le dommage avait élé causé 
par des Français, allèrent tout simplement, et sans demander 
jusiiee à per-onne, se placer sur le grand chemin, et attaquérert 
les deux premiers Français qu'ils rencontrèrent et les dépouillèrent 
jusqu'à concurrence de la valeur approximative d'une robe de 
castor. 

Les officiers français firent venir les sauvages et leur firent 
observer que ceux qu'ils avaient ainsi dépouillés n'étaient point 
les coupables, et que .leur action était un acte d'injustice commis 
par eux contre des innocents ; mais ceux-ci répondirent que c'était 
l'affaire des autorités françaises de faire rechercher le coupable et 
de le forcer à indemniser ceux qui avaient été lésés ; que, pour 
eux, ils avaient le droit, en vertu des coutumes sauvages, de se 
récupérer aux dépens du premier venu, membre de la nation à 
laquelle appartenait ce même coupable. 

Cependant le gouverneur ne voulant pas laisser cette coutume 
prendre force de loi, dans l'ajustement des contestations qui pour- 
raient s'élever entre Français et Sauvages, fit remettre les effets 
enlevés aux deux Français par les Aigonquins, en même temps 
que, d'autre part, il faisait amplement indemniser ceux-ci de la 
perte de leur robe de castor et punir les délinquants. 

En mai, 1653, un parti de 500 Iroquois qui rôdait dans le voisi- 
nage de Trois-Rivières s'empara de la personne du sieur François 
Crevier de la Mê'ée, qui fut bientôt cependant mis en liberté. Ce 
nom de Crevier de la Mêlée mérite une mention spéciale. Une 
sœur de ce même M. de la Mêlée épousa le sieur Pierre Boucher, 
gouverneur de Trois-Rivières et fut la mère de cette nombreuse 
famille des Boucher, anoblie plus tard, et dont les membies prirent 
les noms de divers fiefs, Boucher de Boucherville, Boucher de La 
Broquerie, Boucher de Labruyère, Boucher de Niverville. Le 
Sieur Christophe Crevier, père de François Crevier, laissa lui- 
même plusieurs enfants qui prirent aussi les noms de concessions 
faites à leur famille ; Crevier de Saint François; Crevier Duvernay, 
ancêtre de feu M. Ludger Duvernay, si connu dans le pays ; Crevier 
de Bellerive, ancêtre de M. le Grand Vicaire Crevier. 

Au mois d'août, une autre nombreuse bande d'Iroquois vint dans 
les environs de Trois-Rivières, dans l'intention de surprendre le 

(8) Le jour de la nomination de M. de Frontenac, 7 avril, Mme de 
Sévigné écrivait à sa fille: "Ayez une vue du Canada comme d'un 
b'en qui n'est plus à portée ; M. de Frontenac en est le possesseur. On 
n'a pas toujours de pareilles ressources ; mais quoi que votre philosophie 
vous fasse imaginer, c'est une triste chose que d'habiter un nouveau 
monde, et de quitter celui qu'on connaît et qu'on aime pour aller vi^re 
dans un autre climat avec gens qu'on serait fâché de connaître en celui- 
ci. " On est de tout pays''; ceci est de Montaigne ; mais, en disant cela, 
il était bien à son aise dans sa maison." (Lettres de Mme de Sévigné, 
édit. de Monmerqué, t. III, p. 7.) Il e=t facile de prévoir la douleur de 
Mme de Sévigné si Mme de Grignan était venue au Canada. Que de 
lamentations et de pleurs ! Quelles charmantes lettres cette cruelle sépa- 
rion nous aurait valu, et qu'il serait intéressant aujourd'hui de voir les 
hommes et les choses du Canada appréciés par Mme de Sévigné I 



fort et de tout mettre à feu et à sang. Le plan de campagne formé 
par les chefs en cette circonstance montre bien à quel degré de 
ruse les Iroquois étaient arrivés dans le genre de guerre qu'ils 
avaient adopté. C'était le temps où l'on faisait, dans les îles de 
l'embouchure de la rivière Saint-Maurice, la récolte du maïs ; un 
seul canot iroquois était chargé d'aller parcourir les chenaux pour 
surprendre quelque femme ou quelque homme et s'en emparer: ce 
canot devait passer en vue du fort, une fois sa proie saisie, afin de 
réveiller l'attention des Hurons et des Français, pour les engager 
à la poursuite. Le canot poursuivi devait se diriger vers un endroit 
de la côte où une embuscade de onze canots était dressée. 

On avait placé en même temps dans le bois, en arrière de ia 
ville, une troupe de plusieurs centaines de guerriers et, dans le 
voisinage de l'embuscade des onze canots, une flottille de canots 
bien montés. On espérait ainsi attirer les Français et les Huions 
par une suite de petits engagements hors du foit et alors on aurait 
fait marcher sur la ville dégarnie le gros de l'armée iroquoise. 

Ce plan, plein d'habileté stratégique, ne réussit pas. Personne 
ne sortit du fort; le premier canot attendit vainement une ptoie, 
et tous ne voyant rien venir s'ennuyèrent et chacun prit son côté. 
Dans cette suspension d'armes, quelques Hurons, devenus Iroquois, 
eurent des rapports avec leurs fiéres de Trois-Rivières. Ur, Huron, 
associé aux Agmers, avait même une fille dans le fort ; le père et 
la fille se rencontrèrent ; celle-ci fit paît à son père d'un succès_ 
que les Hurons avaient eu à Montréal et de la prise d'un chef 
iroquois qu'on devait mener prochainement à Québec. 

Les Iroquois étaient partout ; ils venaient même de faire prison- 
niers, à Sillery, le Père Poncet et un jeune Français, surpris, alors 
qu'occupés dans un champ à sauver la récolte d'une pauvre femme 
dont le mari était récemment mort ; et ils avaient réussi à échapper 
aux Français qui les avaient poursuivis et à conduire leurs deux 
prisonniers dans leurs pays. D'un autre côté, comme on vient de 
le voir, ils avaient essuyé une défaite près de Montréal. 

On était donc au plus fort de la guerre, lorsque, tout à coup, sans 
cause apparente, les Iroquois demandèrent la paix et suspendi- 
rent, du moins à Trois-Rivières où était le gros de leurs bataillons, 
tout acte d'hostilité. 

Le chef huron, Aouatlé, qui avait défait les Iroquois, descendait 
avec son prisonnier et il était arrivé près des Trois-Rivières, lors- 
que, juste au moment où il disait au chef agnier, son captif, qu'il 
aurait la vie sauve et que les chrétiens ne faisaient ni souffrir ni 
mourir leurs prisonniers de guerre , il est environné de canots 
iroquois qui s'emparent de lui, de son captif et des ses gens. 

Le vieil Aouatté fut fort surpris de voir les Iroquois le traiter 
avec déférence, lui proposer la paix, et le remettre de suite en 
liberté en lui donnant un canot et des armes pour l'engager à con- 
tinuer son chemin vers Trois-Rivières, avec prière d'y entamer 
pour eux des négociations de paix. 

Les' Français firent bon accueil à ces propositions ; mais la pre 
mière condition qu'ils posèrent pour entamer les négociations fut 
la mise immédiate en liberté du Père Poncet et de son compa- 
gnon. 

Les Iroquois expédièrent de suite des canots vers le pays des 
Agniers pour ramener le Père et le jeune Français. Le jeune 
homme, qui se nommait Franchetot, avait déjà été mis à mort, après 
avoir subi bien des toitures au milieu desquelles le bon et brave 
enfant chantait V Ave. Maris Stella. Le Père Poncet, lui, avait été 
passé à la file, avait eu un doigt coupé et plusieurs nitres doigts 
brûlés dans le calumet; finalement il avait été donné comme 
esclave à une vie. Ile femme qui le traitait bien et an moment où 
les envoyés de paix arrivèrent pour réclamer le Père, celui-ci 
était chez les Hollandais, où la vieille lui avait permis d'aller 
pour se procurer quelques habits.— Disons en passant que le bon 
gouverneur d'Orange Van-Cnler, et l'excellent Dominus Joannes 
Megapolensis n'étaient plus là; ils étaient remplacés par des gens 
moins généreux qui reçurent mal le bon Père.— Cependant le Père 
Poncet eut le bonheur de frapper à la porte d'une vieille dame 
écossaise qui le reçut avec bonté, le logea quelques jouis, le fit 
soigner par un médecin et l'habilla à la hollandaise. Le Père 
revint avec les envoyés de la troupe iroquoise du parti des Trois- 
Rivières et reparut à Québec affublé des vêtements hollandais 
d'un bourgeois d'Am-terdam ; ce qui amusa quelque peu les 
Français, heureux de le voir revenir au milieu d'eux. 

La Mère de l'Incarnation dit à propos de ces propositions de 
paix si inattendues que la Nouvelle-France semble avoir élé un 
pays spécialement gardé par la Providence ; c'est justement au 
moment qu'on sembie désespérer de tout, remarque-t-elle, que 
surgissent des événements favorables et c'est quand on croit tou- 
cher à des temps prospères que viennent les épreuves les plus 
sensibles. 



44 



JOURNAL DE L'INSTRUCTION PUBLIQUE. 



XXXVI. 

On ne sait rien du sort qu'éprouvèrent les compagnons de capti- 
vité du Sieur de Normanville, que nous avons vus prisonniers des 
Onneyouts et des Agniers ; mais on trouve, dans Jes lettres de 
noblesse accordées pour la seconde fois à la famille Godefroy, en 
1685, que le Sieur de Normanville fut brûlé chez les Iroquois. 

Des lettres de noblesse avaient été premièrement accordées au 
Sieur Jean Godefroy, en 1668; mais ces lettres, avant de valoir, de- 
vaient être enregistrées au Parlement de Paris ou au Conseil de 
Québec ; or on ne sait si ces lettres furent perdues ; mais toujours 
est-il qu'on ne les trouva plus et que de nouvelles lettres furent 
accordées à René Godefroy de Tonnancourt, petit-fils de Jean Gode- 
froy, et que, dans ce document, on dit que ces titres lui sont donnés 
en récompense des services rendus à la colonie par sa famille et 
notamment par son aïeul, Jean Godefroy, ses frères et ses dix en- 
fants ; et il est spécialement dit que le frère de Jean Godefroy, le 
Sieur de Normanville, a été pris par les Iroquois et " attaché au 
poteau et brûlé.'''' 

Un autre Monsieur Gedefioy prit le nom de Normanville. Cette 
famille Godefroy est la source des familles de Tonnancourt, de 
Saint-Paul, de Linclot et de Normanville. Toutes ces maisons 
canadiennes, comme on le voit, eurent de nombieux descendants. 



Une petite digression sur les institutions municipales du temps 
ne sera pas sans intérêt. On a vu que les villes de Québec, de 
Trois-Riviéres et de Montréal élisaient chacune un 6yndic, dont 
les fonctions étaient analogues à celles de nos maires actuels. Le 
Journal des jésuites de 1653 nous dit que, cette année, on élut dans 
les côtes des adjoints au syndic de Québec et voici les circonscrip- 
tions désignées dans ce document avec les noms des adjoints élus 
par les habitants : 

Côte Sainte Geneviève, adjoint, M. de Tilly. 

Côte de Québec, " " Denis. 

Côte de N.-D. des Anges, " " delà Mêlée. 

Côte de Beauport, " " Guil. Peltier. 

Côte de la Longue-Pointe, " " Frs. Bélanger. 

Cap Tourmente, " " Pierre Picard. 

Côte de Lauzon, " " Buisson. 

La côte de la Longue-Pointe renfermait l'Ange-Gardien et Je 
Château-Richer. Le sieur Buisson, élu adjoint de Lauzon, épousa 
une sœur du sieur Jean Juliette et il obtint la concession de ce 
petit fief de Vincennes, inclus aujourd'hui dans la paroisse de Beau- 
mont : de là son fils et son petit-fils prirent le nom de Buisson de 
Vincennes. Un des descendants de cette famille alla servir dans 
la Louisiane et fut chargé du commandement d'un petit fort de 
l'intérieur qui tomba au pouvoir des Sauvages, malgré l'héroïque 
défense du commandant Buisson de Vincennes et de sa petite 
troupe. Le lieu prit du nom du brave officier le nom de Vincennes 
et c'est aujourd'hui le site de la capitale de l'état de PIndia.na qui 
a conservé, en devenant une ville importante, ce nom tout cana- 
dien de "Vincennes. 

Nos villes du Canada n'étaient pas considérables à cette époque 
i 1653; Ml e Bourgeois, arrivée cette année, dit n'avoir remarqué 



il est probable, furent entraînés à demander la paix un peu malgré 
eux. Quoiqu'il en soit, les ambassadeurs furent bien reçus, bien 
qu'on n'eût pas beaucoup de confiance dans la bonne foi des 
Iroquois. 

Les ambassadeurs arrivèrent à temps pour être témoins d'une 
grande cérémonie religieuse, à l'occasion d'un jubi:é. Depuis 
l'origine de la colonie, les Pères Jésuites avaient joui de tous les 
pouvoirs spirituels suffisants ; mais une nouvelle question se pré- 
sentait: il s'agissait de recevoir les vœux d'obéissance de reli- 
gieuses à qui on avait à accorder la vêture, et i! fallait que ces 
vœux s'adressassent à un chef hiérarchique. Le Père Vimont, supé- 
rieur des Jésuites, s'adressa à Rome, et il fut décidé que l'Arche- 
vêque de Rouen était le chef ecclésiastique de laNouvelle-France. 
Le premier acte d'autorité de l'Archevêqne de Rouen fut de faire 
publier, au mois d'août 1653, un jubilé qui fut célébré peu après. 

Ces fêtes du jubilé, auxquelles assistèrent les ambassadeurs 
agniers et onnontagués eurent lieu avec toute la pompe possible. 
La population de toute la colonie pouvait être alors de 2,000 âmes, 
et on réunit à Québec pour les fêtes du jubilé 400 miliciens qui 
assistèrent en armes à la procession du Saint-Sacrement. Les 
Sauvages étaient émerveillés de tout ce qu'ils voyaient; mais ce 
qui les étonnait le plus c'était les teligieuses, ou, comme ils les 
appelaient, les filles blanches. 

Les Français désiraient la paix ; les guerres continuelles épui- 
saient la colonie et empêchaient les colons de jouir en paix de 
l'abondance que pourrait leur procurer leur travail dans un pays 
nouveau, fertile et plein de ressources de toutes sortes, comme le 
remarque la Mère de l'Incarnation. D'un autre côté, les Iroquois 
étaient fatigués de ces guerres qui avaient fait périr un grand nom- 
bre de leurs guerriers, et probablement que, depuis plusieurs années, 
les vieillards eussent conclu la paix, si ce n'eût été des impru- 
dences et de l'insubordination des jeunes gens. Dans cette répu- 
blique sans ordre des Iroquois, il était difficile d'obtenir l'obéis- 
sance de la part d'une jeunesse sans foi ni loi, livrée à tous ses 
caprices et à tous ses mauvais instincts. Toutes ces considérations 
expliquent bien cette détermination soudaine prise par les chefs 
iroquois et la promptitude des Français et des Huions à entrer en 
négociation avec un ennemi si astucieux et si perfide. 



de 



peuplées. 

A la suite des événements extraordinaires que nous avons ra- 
contés plus haut, l'armée iroquoise se débanda. Plusieurs chefs 
iroquois suivirent de prés le vieux chef Aouattê, à Québec, pour 
traiter des conditions de paix. 

Les Agniers paraissent avoir été engagés à demander la paix 
par l'attitude prise par les autres tribus iroquoisesdes Onnontagués 
îles Onneyouts ilea Uoiogouins et des Tsonnontouans. Les Agniers 
étaient les plus voisins du Canada et des colonies hollandaises et 
ils traitaient facilement et directement avec les Hollandais ; il n'en 
était point ainsi pour les autres tribus qui auraient eu beaucoup 
plus d'avantages à venir directement traiter avec les Français, en 




à peu près, était très-redoutable par la bravoure et l'habileté de 
ses guerriers qui étaient les meilleurs archers de toute l'Amérique. 
Ce furent donc les Onnontagués, habitants des bords du lac 
Onnontaga (dans l'état actuel de New-York) qui d'abord parlèrent 
de paix et envoyèrent des ambassadeurs à Québec. Les Agniers, 



Dans l'automne de 1653, M. de Maisonneuve, absent depuis deux 
ans, revint avec une centaine de colons destinés à remplacer ceux 
que la guerre avait moissonnés et à renforcer sa colonie de Mont- 
real. — Mlle Mance avait reçu 40,000 francs de Madame de 
Bullion pour son hôpital : elle crut qu'il importait de consacrer la 
moitié de cette somme à aider M. de Maisonneuve dans ses efforts 
pour recruter des colons et celui-ci obtint le consentement tacite de 
la donatrice à cet effet. Le gouverneur de Montréal avait donc 
levé des hommes dans l'Anjou et le Poitou et, après une traversée 
dans laquelle il avait perdu huit de ses colons, il arriva à Québec 
avec une centaine d'hommes. 

Avec M. de Maisonneuve arrivait au Canada une sainte fille dont 
le nom ne doit être prononcé dans ce pays qu'avec vénération : 
Mlle. Marguerite Bourgeois. Mlle Bourgeois était née à Troie, en 
Champagne, et elle avait vécu chez la sœur de M. de Maison- 
neuve : c'est là qu'apprenant des nouvelles du Canada, elle forma 
le projet de venir se consacrer à Dieu sur ces lointains rivages. 
Elle faisait partie d'une congrégation de filles formée par les reli- 
gieuses de la Congrégation Notre-Dame: cette société existe 
encore à Paris à l'établissement dit des Oiseaux, fondée par le 
vénérable Père Fourrier; elle se consacrait et se consacre encore à 
l'éducation des filles. 

Mlle Bourgeois venait en la Nouvelle-France pour s'y consacrer 
à l'éducation des jeunes filles et elle fut la fondatrice d'une maison 
dont les succursales couvrent aujourd'hui le pays. 

M. de Lauzon aurait bien voulu engager M. de Maisonneuve à 
laisser à Québec une partie de ses colons; mais celui-ci, comme 
la première fois qu'il mit le pied en ce pays, répondit qu'il n'était 
que l'agent d'une Compagnie et le chargé d'affaires de personnes 
qui lui avaient ordonné de consacrer tous les moyens mis à sa 
disposition au progrès exclusif de la colonie de Montréal, et il se 
rendit à son poste avec son monde. 

En même temps que les ambassadeurs onnontagués et agniers 
venaient à Québec pour y traiter de la paix avec les Français, ils 
s'employèrent secrètement à tâcher de convaincre les Hurons de 
les joindre et de remonter avec eux pour aller habiter leur pays, 
afin de ne faire, comme ils disaient dans leur langage figuré, qu'une 
seule cabane. Dans cette, négociation avec les Hurons, les Agniers 
et Jes Onnontagués se faisaient opposition, car chaque tribu voulait 
avoir les Hurons. Ceux-ci, ne sachant trop que penser de ces 



JOURNAL DE L'INSTRUCTION PUBLIQUE. 



45 



propositions, profitèrent des formes interminables des négociations 
sauvages pour ne pas donner de réponse de suite. 

Les ambassadeurs iroquois reprirent la route de leur pays aux 
approches de l'hiver. Les Huions étaient fort embarrassés et ils 
s'adressèrent à M. de Lauzon et au Père Supérieur des Jésuites 
pour en recevoir des conseils: le chef qui parla le premier com- 
mença ainsi son discours : — " Il nous est venu des présents de la 
" profondeur des enfers ; ils nous ont été remis par un démon, au 
" milieu d'une nuit obscure, et ces présents nous font peur." 

Que voulaient en effet les Iroquois ; était-ce un piège tendu pour 
se venger des récents succès qu'avaient obtenus les Durons? — Les 
pertes essuyées par les Iroquois et les guerres qu'ils étaient encore 
sur le point d'entreprendre, les rendaient-ils véritablement et sin- 
cèrement désireux de s'agréger les Hurons ?— On n'en sait rien. 
Ces propositions des Iroquois furent renouvelées aux Hurons pen- 
dant les années 1653 et 1654 et, d'ordinaire, séparément par les 
Onnontagués et les Agi iers ; ce qui mettait entre ces deux tribus 
uneceitaine jalousie et beaucoup de mauvaise humeur. Les Hurons, 
sans répondie d'une façon décidément négative, n'acceptèrent pas 
ces propositions dans lesquelles ils n'eurent jamais confiance. 

Dès le printemps de 1654, malgré les négociations pendantes, 
les Agniers firent une incursion à Montréal et s'emparèrent de la 
personne d'un jeune chirurgien qui s'était un- peu éloigné pour 
faire la chasse au castor. Les Onnontagués, à qui on se plaignit 
de cet acte d'hostilité, envoyèrent des canots qui ramenèrent sain 
et sauf le jeune chirurgien. 

Les Onnontagués paraissent avoir voulu sincèrement la paix et 
l'alliance des Français ; ils firent demandera Québec qu'on leur 
envoyât des députés jésuites. Le Père LeMoine partit alors avec 
Jes envoyés onnontagués, pour aller représenter Ononthio au pays 
des Iroquois. Le voyage fut heureux ; il rencontia chez les Iroquois 
un grand nombre de ses anciens néophytes du pays des Hurons et 
de chrétiens auxquels il parla de Dieu et des anciennes missions 
huronnes. 

Le Père se rendit au principal village onnontagué par la rivière 
Oswégo, et il fut accueilli par des festins et des discours. Il choisit 
sa cabane dans la tribu et par cela même il devenait cousin de 
tout le monde. La paix fut ratifiée et le Père LeMoine promit 
d'engager Ononthio à envoyer des missionnaires et des Fiançais 
pour résider au milieu des Iroquois. 

En passant près d'un petit lac à demi desséché, situé près d'On- 
nondaga, les sauvages dirent au Père LeMoine que ce lac était la 
demeure d'un Manitou qui rendait l'eau puante et mauvaise. Le 
Père alla visiter ce lac, il en goûta les eaux et trouvant qu'elles 
étaient fortement salées, il en fit évapoier un peu et en retira un 
sel d'une assez bonne qualité. C'est ainsi que le Père LeMoine 
découvrit alors les salines qu'on exploite aujourd'hui dans l'état 
de New-York et qu'il signalait dans son rapport aux autorités 
françaises comme importantes. 

Au moment où le Père LeMoine était parti pour le pays onnon- 
tagué, il y avait des Agniers à Québec : ceux-ci furent très- mécon- 
tents de cette ambassade qui commençait par les Onnontagués 
moins rapprochés des Français qu'eux mêmes, par la position de 
leur pays. Un chef agnier vint trouver M. de Lauzon et lui tint à 
peu près ce langage : — "Est-ce qu'on pénètre elans une cabane 
" par le toit et non par la porte ? — Vraiment tu n'as pas d'esprit ; 
" car si tu avais de l'esprit, tu aurais pris le chemin le plus court 
"pour arriver chez nous! Tu serais entré par !a porte chez Jes 
" Iroquois ? Est-ce que nous ne sommes pas tes voisins et est-ce 
" qu'il ne faut pas passer che^ nous pour aller dans les cantons." — 
M. de Lauzon ne fit point attention à ce discours et endura même 
les insolences- des Agniers afin de ne pas compromettre les intérêts 
de la paix. 

(A continuer.) 



EDUCATION. 



Influence de l'Instituteur en ce qui concerne 
la Religion et la Société. 

{Extrait d'une lecture faite devant l'Association des Instituteurs 
à VEo.lt Normale Jacques-Cartier, par M. A. Lawy.) 

I. 

Il est dans le monde une humble situation, mais dont l'impor- 
tance est maintenant reconnue de tous les hommes, c'est celle de 
l'instituteur. 



Sa mission, suivant plusieurs auteurs, est un apostolat : elle 
prépare à l'avenir une jeunesse qui, bien dirigée, formera une Gé- 
nération capable du marcher vers sa prospérité et son bonheur, en 
rejetant toutes mauvaises doctrines dont le venin gâte les esprits et 
flétrit les intelligences. 

Pour arriver à ce degré de perfection, il faut que l'instituteur 
déploie toute l'activité possible pour inculquer dans l'esprit de 
ses élèves des principes de religion et de morale. 

Mais avant tout, il faut qu'il possède, et dans son école, et dans 
ses rapports avec le public, les vertus et les qualités qui font l'or- 
nement de l'homme probe et intègre. (1) Ces vertus sont, savoir : 

lo. La gravité qui règle notre extérieur conformément à la mo- 
destie, à la bienséance et au bon ordre ; elle est indispensable pour 
s'attirer l'estime et la confiance de ses concitoyens. 

2o. La prudence qui nous fait discerner et employer les moyens 
propres, soit à nous conduire à la fin que nous nous proposons, soit 
à éloigner les obstacles que nous rencontrons pour y arriver. 

Elle consiste aussi à se modérer dans les occasions que l'on au- 
rait d'agir précipitamment, et cela, afin d'avoir le temps de ré- 
fléchir sur les suites de l'action qu'on est porté à faire et d'exa- 
miner de sang-froid, si l'on doit s'en applaudir ou s'en repentir. 
Les motifs les plus impérieux obligent l'instituteur de pratiquer 
cette vertu, sans laquelle tout son travail est infructueux et sou- 
vent reprehensible. Eu effet, il est constamment sous le regard 
attentif de tous ses coparoissiens qui observent toutes ses démar- 
ches, jugent ses actes et ses paroles et s'en entretiennent entre 
eux. 

" Sans la prudence, dit Socrate," il n'y a pas de vertus com- 
plètes. 

3o. La sagesse qui nous fait estimer les choses à leur juste va- 
leur et agir en conséquence. 

Or, c'est la sagesse qui inspire à l'instituteur l'amour de ses 
fonctions ; qui lui fait apprécier les avantages spirituels et temporels 
qu'il se procure à lui-même en se livrant à l'œuvre difficile de 
l'éducation de la jeunesse ; c'est elle enfin, qui lui fait supporter 
avec un courage, souvent héroïque, les différents revers de sa posi- 
tion. 

4o. La piété qui nous fait acquitter de m s devoirs envers Die u - 
Aucune vertu ne semble plus utile à un maître, puisqu'il est ap" 
p lé à former les mœurs des enfants qui lui sont confiés dans un 
âge tendre où les moindres impressions, partieulièrment les mau- 
vaises, influent tellement sur leur esprit, qu'elles s'y enracinent et 
n'en disparaissent que très-difficilement. Il faut donc, pour con- 
duire ses élèves dans la voie du salut, qu'il invoque l'assistance 
divine, sans laquelle sa parole ne serait, comme dit l'apôtre, qu'un 
airain sonnant ou une cymbale retentissante qui ne produirait aucun 
effet sur leur âme. 

5o. L'humilité.— Cette vertu combat directement l'orgueil, qui 
ne devrait jamais paraître dans l'esprit de celui qui, tous les jours 
se trouve pour ainsi dire obligé de se plier, tout en conservant une' 
certaine dignité, aux caprices et aux exigences des enfants qu'il 
instruit et de leurs parents. 

L'humilité rend l'instituteur très-respectueux envers toutes per- 
sonnes d'autorité, dociles à leurs avis, très-affable à l'égard de ses 
confrères, agréable à tout le monde et modeste dans ses paroles. 

6o. La patience. — L'homme qui s'arme de cette vertu, se sou- 
tient dans les plus grands combats et remporte presque toujours la 
victoire. 

Loin d'être une marque de faiblesse, elle est précisément le ca- 
ractère des grandes âmes, de celles qui sont réellement fortes. Elle 
nous fait oublier le mépris et la haine de nos ennemis, nous pres- 
crit le bien que nous devons leur faire, et nous interdit toute ven- 
geance. Sans cette vertu, si essentielle à l'instituteur, que devien- 
drait-il, lui, si souvent en proie à la calomnie de ses persécuteurs ? 

La patience est amère, mais son fruit est doux. 

7o. La constance qui nous fait supporter les adversités sans 
éprouver le moindre découragement. 

L'instituteur qui n'a point cette éminente vertu manque souvent 
d'activité et son inconstance est un grand obstacle aux progrès de 
l'instruction ; et d'où vient cette inconstance ? de ce qu'il ne se 
dévoue à l'enseignement que dans des vues uniquement matérielles 

8o. La fermeté qui prescrit au maître une vie conforme à la ci- 
vilité chrétienne et domestique. 

Eu quelque compagnie qu'il se trouve, il doit toujours avoir de- 



(1) Voyez Les douze Vertus d'un bonmuitre, par le fondateur des écoles 
Chrétiennes, petit volume que chaque instituteur devrait posséder et 
dont cette partie de la lecture de M, Lamy est un excellent résumé ' 



46 



JOURNAL DE L'INSTRUCTION PUBLIQUE. 



vaut les yeux ses nombreux devoirs, et ne jamais céder aux insti- 
gations c!e ses amis, lorsqu'il coit manquer aux obligations dont il 
est rigoureusement obligé de s'acquitter, mais demeurer ferme et 
inflexible. 

9i>. La douceur qui doit être exercée par tous les hommes est 
une venu si recommandable que l'instituteur qui en est doué réus- 
sit toujours mieux à se faiie estimer de ceux avec qui d vil, et il 
se tait tellement aimer par ses élèves qu'il peut façonner leurs 
cœurs comme la cire. 

10. La vigilance qui produit le plus grand bien non-seulement 
parcequ'elle réprime le désordre aussitôt qu'il se manifeste, mais 
encore et surtout parcequ'elle le prévient. 

Ainsi l'instituteur doit donc éviter tout divertissement défendu 
ou même suspect, ne pas recevoir dans sa maison ces personnes 
dont la conduite est blâmable ou capable de jeter dans l'imagination 
des jeunes gens de mauvaises impresions, dont les consequences 
leur 6ont souvent funestes ; n'y jamais permettre de discours im- 
pies et s'éloigner des compagnies qui s'en entretiennent, s'il ne 
peut leur imposer silence. 

llo. Le zélé. — L'homme zélé travaille avec une si grande ar- 
deur à l'avancement de tout ce qui coutiibue à faire le bonheur de 
ses semblables, que partout on le reconnaît. Il est infatigable. La 
bonne opinion que le public a de lui ne l'éi orgueillit pas, mais 
elle l'encourage. 

Cette venu exige donc que l'instituteur consacre jusqu'à ses 
veilles pour s'a; quérir une bonne réputation, afin qu'il soit digne de 
l'emploi honorable qu'il exerce. 

Le zèle qui ne souffre rien qui puisse rendre les conversations 
dangereuses, impose à tous chrétiens l'obligation d'y défendre la 
foi, les ministres de la religion, les magistrals, enfin tous les supé- 
rieurs ecclésiastiques et civils qui y sont si souvent attaqués par 
des hommes imbus de mauvais principes et de préjugés. 

12o. La générosité qui ne connaît pas de borne au cœur de 
l'homme bienfaisant, sei oit-elle limitée dans celui de l'instituteur? 
Il doit donc se faire un plaisir de concourir au bien-être de ceux 
qui réclament ses services sans jamais leur laisser voir de l'im- 
patience ou de l'humeur. 

Enfin, il est une obligation qui doit être regardée comme le sceau 
de toutes les venus qui, sans elle, n'opèrent aucun bien, c'est celle 
de donner constamment le bon exemple. 

L'instituteur doit donc être pou? ses élèves et pour leurs parents 
un sujet continuel d'édification. 

Ah ! s'il arrivait que sa conduite fût pour ses élèves un écueil 
contre lequel se briserait leur innocence; que ses paroles ou ses 
actes poi lassent à soupçonner qu'il a dans le cœur quelque affec- 
tion illégitime, quel mal ne ferait-il pas? et quelle malédiction 
ri'appellerait-il pas sur sa tête? C'est sur lui que s'accomplirait 
cette menace foudroyante prononcée par la Vérité même: " Mal- 
heur à qui scandalise un de ces enfants," et sa réputation serai! 
pour toujours perdue. 

Guidé par de tels principes, l'inst itulewr ne peut manquer de 
rencontrer l'approbation du peuple canadien qui, soyons en certains, 
porte avec anxiété ses regards sur lui. 

Qu'il soit bien convaincu de la grande responsabilité dont il est 
chaigé; c'est sur lui que retomberait une grande partie de l'indi- 
gnation du Bas-Canada s'il fallait, par un manque d'énergie de sa 
part, que notre nation dégénérât ou perdît la moindre parcelle de 
60n honneur ! 

Oh ! je m'arrête ! cette crainte ne doit point troubler mon esprit : 
je vois flotter, au-dessus de ma tête, l'étendard de la nationalité, où 
je lis ces paroles remarquables ; d'un côté : Rendre le peuple meil- 
leur, et de l'autre : Labor omnia vincit. 

IL 

Jetons un coup d'œil 6iir notre industrie agricole, et admirons 
ses progrès réalisés depuis dix ans surtout. 

Le succès obtenu est tellement évident qu'aujourd'hui, nous avons 
des fermes dont les produits rivalisent avec ceux de l'ancien monde. 

C'est en faisant l'application des connaissances agricoles qu'on 
a pu obtenir ces résullats. 

Eh bien ! l'instituteur, dont la noble vocation est de travailler au 
bonheur de ses frères eu s'appliquant avec beaucoup d'empresse- 
ment à leur procurer toutes les connaissances nécessaires aux besoins 
de la vie, doit donner beaucoup d'attention à l'enseignement de 
l'agriculture qui est l'occupation des parents de la plupart de ses 
élevés. 

C'est pour cette raison que cet enseignement fait maintenant 
partie du programme des diverses matières a enseigner dans nos 
éco ! e6. 

Quand les élèves en auront appris les principales notions, ils pour- 



ront graduellement les faire mettre en pratique dans leurs familles, 
en attendant qu'ils puissent utiliser leurs connaissances ; et, lors- 
qu'ils seront parvenus à cet âge, ils s'empresseront de cultiver 
eux-mêmes le bien paternel, l'amélioreront, et leur plus agréable 
occupation sera de tenir les mancherons de la charrue et de défri- 
cher les terres qui les attendent. Ainsi, ces enfants qui, par leur 
habileté, acquise dans nos écoles, auront augmenté la fortune de 
leurs parents ne seront plus dans la triste nécessité de s'expatrier. 

Alors, nos foiêts vierges se coloniseront d'une nation homogène, 
et notre jeunesse y trouvera Ja récompense qu'elle aura méritée. 

Mais pour donner à cette jeunesse tout le dévouement qu'elle 
doit avoir pour embrasser la colonisation, son seul refuge, et la 
convaincre que c'est un malheur pour elle et pour nous d'émigrer 
aux Etats-Unis, où nos meilleuis jeunes gens épuisent leur santé, 
et souvent, perdent ce qu'ils ont de plus cher, leur foi, faisons-lui 
apprendre l'histoire du Canada et celle des Etats-Unis, dont l'épo- 
que la plus intéressante et la plus lugubre est celle que nous avons 
à enregistrer tous les jours. 

Le jeune Canadien, après avoir parcouru l'histoire de son pays, 
s'êlre arrêté sur certains traits dont le seul récit remplit l'âme d'en- 
ihonsiasme, se hâtera de s'emparer de nos terres incultes avant 
qu'une autie main ne vienne exploiter cet héritage que nous ont 
laissé nos ancêtres. 

Quand il aura lu l'histoire de nos voisins, qu'il aura suivi toutes 
les vexations essuyées par ces pauvres Canadiens (au nombre tie 
plus de deux cent mille) qui résident paimi eux, il n'ira peut-être 
pas, comme la plupart d'eux, les yeux fermés, se faire exploiter 
dans la guerre qui déchire la République américaine. 

Continuellement exposés à laisser leur vie sur le champ de ba- 
taille, et voyant tomber à leurs côlés leurs compagnons, ces com- 
patriotes gémissent sous le joug de celte horrible servitude dont 
les nouveles déplorables font, tous Jes jours, verser des larmes aux 
parents de ces infortunés. 

La colonisation est donc d'une importance vitale, puisqu'en don- 
nant de l'extension aux établissements de nos vastes territoires, elle 
gaiantit la sûreté de nos droits et de nos libertés. Il faut donc et 
avec empressement aider ces bons citoyens qui, courbés sous le 
poids des années, et semblables à l'octogénaire qui, à ce grand âç,e, 
plantait des arbres dont il ne devait point goûier les fruiis, nous 
préparent un bonheur dont ils ne j diront jamais, et voient même 
blanchir leur tête avant que de recevoir l'appui suffisant d'un peu- 
ple éclairé. 

Imitons leurs g'orieux exemples, si nous voulons marcher sur 
leurs traces, et, par là, méiiter de leur succéder dans celte voie de 
prospérité. 

Que de gloire n'avons-nous pas à rendre à ces vieux pionniers et 
à la mémoire de ces généreux athlètes qui ont vieilli dans une 
lutte continuelle contre des agressions causées par l'ignorance ! 

Mais puisse le ciel ramener à leur foyer natal ces pauvres frères 
canadiens qui, éloignés sur une terre étrangère, pleurent le jour où 
ils laissèrent leur patrie ! 

Toutes ces considérations ne doivent-elles pas réchauffer nos 
sentiments nationaux et nous faire aimer notre pays? 

Oh ! quel est le Canadien qui ne l'aimerait pas, après l'avoir 
contemplé ? 

Tournons nos regards vers ces belles campagnes qui se dérou- 
lent à perte de vue. 

Quoi de plus digne d'admiration que cette belle et grande 
chaîne de montagnes des Laurentides dont la cime azurée semble 
se confondre avec le firmament? 

Et le St. Laurent le cède-t-il en rien aux plus beaux fleuves du 
monde? Quoi de plus enchanteur, de plus majestueux que ce beau 
fleuve dont les eaux limpides arrosent une des plus belles vallées 
de l'Amérique septentrionale ! 

Le St. Laurent qui traverse le pays d'un bout à l'autre, ne lui 
promet-il pas une heureuse destinée, et l'aspect grandiose des 
beautés dont la nature a doté cette belle colonie, ne doii-il pas 
nous engager à la rendre imposante par sa colonisation, sa civilisa- 
tion et sou commerce ? 

A. Lamy. 



De l'enseignement de la lecture. 

(Suite.) 

III.— Développement de l'intelligence et éducation morale. 

Il y a entre l'étude du langage et le développement de l'intelli- 
gence un tel rapport qu'il seiait en quelque sorte possible de traiter 



Journal de l'instruction publique. 



47 



ces deux points ensemble. Cependant le but n'est pas le même 
dans tous deux, et l'un est plus étendu que l'autre. D'ailleurs, 
dans l'instruction primaire, et il faudrait dire dans toute l'éduca- 
tion, le développement moral doit toujours accompagner le déve- 
loppement intellectuel. C'est sous ce double point de vue que nous 
devons maintenant envisager l'enseignement de la lecture. 

Pourquoi les enfants fréquentent-ils les écoles? Est-ce simple- 
ment pour apprendre à lire, à écrire, à compter? Ce serait singu- 
lièrement restreindre l'objet de l'instruction primaire, et les insti- 
tuteurs seraient à bon droit blessés si on voulait les réduire à n'être 
que des espèces de machines à apprendre ces premiers éléments. 

Il est évident qu'un enfant va à l'école pour s'instruire, en 
général, et pour se préparer à mieux remplir sa destination dans 
le monde, en y tirant tout le parti possible de l'instruction qu'il 
aura acquise. Mais, sans le développement de l'intelligence, com- 
ment tirer parti de ce qu'on peut savoir? Comment même savoir 
quelque chose autrement que d'une manière machinale, et, pour 
nous en tenir à la lecture, à quoi sert de savoir lire si on ne com- 
prend pas ce qu'on lit, et comment le comprendre sans unecer'.aine 
culture de l'intelligence ? 

Pourquoi tant de personnes, hommes ou femmes, qui ont aporis 
à lire ne lisent-elles plus après avoir quitté l'école ? C'est que, 
leur intelligence n'ayant pas éié assez exercée, elles iisent sans 
comprendre, ou du moins, comme elles ont beaucoup de peine à 
comprendre, la lecture est une fatigue pour elles, et elles cessent 
de lire: d'où les accusations portées contre les écoles. 

On se fait illusion en croyant que la culture dé l'intelligence 
résulte de la lecture seule ; quelques amis de l'instruction primaiie 
ont semblé croire pendant un temps qu'il suffirait d'apprendre à 
lire au peuple pour le rendre plus intelligent, plu? moral et plus 
heureux. Ce peut être à beaucoup d'égards une conséquence de 
la lecture ; mais persuadons-nous bien que ces résultats ne seront 
atteints qu'à la condition de faire de cet enseignement un moyen 
de développement intellectuel et moral. Cet enseignement doit 
en conséquence être accompagné d'exercices ayant spécialement 
ce double développement pour objet. 

Quelques maîtres tournent au sujet de la lecture dans un cercle 
vicieux. Ils pensent que les enfants doivent savoir lire pour qu'on 
puisse leur apprendre quelque cho;e, et que jusque-la, il n'y a 
rien à faire avec eux. Cette erreur exerce sur nos écoles une in- 
fluence très-fâcheuse. Sans doute la lecture est un des principaux 
moyens donnés à l'homme pour s'instruire, mais ce n'est pas le 
seul. Avant que l'instruction primaire fût aussi répandue qu'elle 
l'est aujourd'hui, que de personnes ne trouvait-on pas pas qui 
jamais n'avaient appris à lire, et dont l'intelligence était cepen- 
dant très-developpée, qui même savaient beaucoup? C'est qu'elles 
s'étaient trouvées placées dans d'heureuses circonstances où leurs 
facultés avaient pu s'exercer. Les mailles qui croient qu'il faut 
ayant tout savoir lire pour apprendre quelque chose, et qui en con- 
séquence diffèrent de rien apprendre à leurs élèves jusqu'au mo- 
ment où ils savent lire, ne s'aperçoivent pas que, par là, ils retar- 
dent leurs progrés même en lecture. Nous avons en effet démontré 
précédemment que, si la lecture est un moyen d'instruction, le 
développement de l'intelligence est ce qui hâte le plus les progrès 
dans ce', art. D'après cela, et dans l'intérêt même de cet ensei- 
gnement, il convient d'y associer autant qu'on peut un large déve- 
loppement de l'intelligence. 

S'il est une vérité dont on doive être bien convaincu, c'est que, 
6ans ce développement, l'instruction primaire est presque entière- 
ment dépourvue de valeur. En mime temps il faut non moins se 
convaincre que la culture de l'esprit ne résulte pas nécessairement 
de ce qu'on peut apprendre à l'école. Ce n'est point par exemple 
une conséquence nécessaire de l'écriture qui est un art purement 
manuel. Ce ne l'est pas non plus de l'orthographe ni du calcul; 
car que d'élèves d'une intelligence assez bornée mettent passable- 
ment l'orthographe, tandis que d'autres plus instruits commettent 
souvent des fautes nombreuses. De même le calcul, s'il consiste 
eu opérations machinales, n'apprend rien à l'esprit, comme on en 
a la preuve dans ces élèves qui font avec faciliié de longues opéra- 
tions, et qui ne sont pas en élat de résoudre la moindre question. 
Quant à la lecture, l'expérience prouve malheureusement qu'on 
peut apprendre sans que l'esprit et le cœur y gagnent rien. C'est 
ce qui a lieu par exemple si l'on n'est exercé qu'au mécanisme 
de la lectuie. 

Cessons donc de croire que l'esprit et le cœur se forment parce 
qu on acquiert pratiquement la connaissance de tel ou tel art. 
Aucune étude n'est par elle-même un moyen de développement 
intellectuel ou moral, mais toutes peuvent le devenir, les unes d'ail- 
leurs beaucoup plus que les autres, ce qui est principalement le 
cas pour la lecture : aussi est-ce un devoir pour nous de donner à 
cette partie de l'enseignement tout le soin qu'elle comporte. 



La lecture est en effet l'un des principaux moyens de développer 
l'intelligence et de foimer le sens moral ; elle permet plus qu'au- 
cune branche d'instruction de cultiver toutes les facultés et de 
faire appel à tous les bons sentiments. Ce n'est pas sans raison que 
l'élude des langues a toujours é;é considérée comme la meilleure 
gymnastique pour l'esprit. Or, la lectuie est essentiellement nue 
elude de langage, puisqu'on ne peut comprendre ce qu'on lit sans 
connaître sa langue, et qu'or, le comprend d'autant mieux qu'on 
pénètre plus avant dans la connaissance du langage. 

Toutes nos idées s'expriment par la parole, et, sauf le cas très- 
restreint de la mimique, le langage parlé ou écrit est essentielle- 
ment le moyen de les communiquer. En parlant à l'enfant, nous 
lui en communiquons de nouvelles; en le faisant parler, nous lui 
apprenons à exposer les siennes, à les développer, les combiner, les 
associer, les comparer, à les déduire les unes des antres. Nouic trou- 
vons en même temps l'occasion de les rectifier en relevant les erreuts 
qui peuvent s'introduire dans son esprit. En lui faisant remaïquer 
ces erieurs, en lui apprenant à mieux observer les faits à l'égard 
desquels il conçoit des idées, afin d'en avoir une notion plus exacte, 
nous mettons en jeu toutes les facultés de son esprit. L'attention, 
j le jugement, la faculté de raisonner, sont ainsi exercées et fortifiées, 
; et par là le but de l'éducation se trouve alteint. 
I Voilà ce qui résuite essentiellement de l'enseignement de la 
| lecture bien compris. Il est sans contredit la base du développe- 
ment de l'intelligence le plus étendu et le plus complet, par la 
raison que la lecture fournit pour l'opérer plus d'occasions, plus 
(de facilités qu'aucune autre branche d'instruction. Il est vrai que 
j le point de vue sous lequel nous la considérons ici se rapproche 
i beaucoup, tout en en différant, de celui qui nous a occupé piécé- 
demment. Dans ce dernier, il s'agissait avant tout d'initier les 
enfanls à la connaissance du langage-: c'était une étude de mots 
et de leur signification ; puis c'est devenu en avançant une élude 
des expressions et des tournures, mais toujours les explications 
avaient les mots pour base, et se rapportaient au langage. 

Maintenant il ne doit plus être simplement question des mots ni 
de leur signification. A l'élude des mots doit succéder l'étude des 
idées, et, comme le but est différent, la marche doit différer aussi. 

Ce seiait d'ailleurs méconnaître grossièrement l'utilité de la 
lecture que d'y voir uniquement un auxiliaire de la grammaire. 
Ce sont les idées exprimées dans les passages lus par les enfants 
qui doivent à présent être l'objet de leçons et d'explications. Il 
faut s'assurer d'abord si l'idée en elle-même est bien comprise, 
puis, selon le cas, voir ce que l'élève en pense, quel jugement il 
en porte, quelles conséquences il en tire, quelle application il en 
ferait, soit à sa position ou à sa conduite, soit dans telle circons- 
tance qu'on peut indiquer. On voit par là combien on a l'occasion 
d'étendre et de recueillir les idées des élèves et à combien de 
facultés de l'entendement la lecture peut fournir un salutaire 
exercice. 

On voit en même temps qu'un travail de ce genre ne s'adresse 
plus aux tout jeunes enfants qui commencent à lire. A cet égard, 
nous présenterons, avant de nous occuper de la quatrième partie 
de l'enseignement de la lecture, quelques considérations sur les 
différents degrés entre lesquels on peut diviser cet enseignement. 
Disons en attendant qu'à mesure que les élèves avancent en âge, 
les explications peuvent et doivent acquérir plus d'importance. 
Dans le principe, les questions portent sur un mot, un passage 
très-court, puis successivement sur un passage d'une plus longue 
étendue ; très-simples et très-limitées d'abord, elles ont graduelle- 
ment plus de portée : on arrive enfin à pouvoir faire rendre compte 
de la lecture tout entière, les élèves étant peu à peu amenés par 
les exercices précédents à embrasser dans leur esprit un sujet plus 
compliqué. 

Cependant, avant d'en venir là, il est bon que le sujet ait été 
relu, afin que les élèves puissent s'en être bien pénétrés. Le 
conseil déjà donné, de faire relire plusieurs fois le même passage 
d'un livre, trouve principalement ici son application. Lorsque, 
après quelques explications de détail, un passage est relu, il est 
nécessairement mieux compris. Alors les ^interrogations et les 
explications peuvent rouler sur l'ensemble : questions et léponses, 
tout a dès lors plus de portée.— Journal des Instituteurs de Paris. 

(A continuer.) 



48 



JOURNAL DE L'INSTRUCTION PUBLIQUE. 



A-VIS OFFICIELS. 




NOMINATIONS. 



COMMISSAIRES D ECOLE. 



Son Excellence, le Gouverneur Général, a bien voulu, par minute en 
Conseil du 5 du mois de mars dernier, approuver les nominations sui- 
vantes de commissaires d'école : 

Comté d'Arthabaska.— Ticgwick : MM. William F. Welsh, André 
Vien, Edmund Adams, F. E. Cyprien Proulx et Charles Thurber. 

Pour la Cité de Québec, (Protestants) : Le Révérend Henry Roe, MM- 
Andrew Thompson et John Laird. 

Comté d'Arthabaska.— Chénier : Le Révérend Ovide Beaubien, Curé, 
MM. Joseph Descoteaux, jeune, David Pore, John Gleason et George 
Perreault. 

Comté de Drummond. — Wendover et Simpson: MM. Robert James 
Millar, Guillaume Courchêne, Gilbert Massé, Moïse Martel et Guillaume 
Menut. 

DIPLOMES ACCORDÉS PAR LES BUREAUX D'EXAMINATEURS 

BUREAU DES EXAMINATEURS CATHOLIQUES DE QUÉBEC. 

Diplôme pour écoles élémentaires de 2ème classe. F. : 
Mlle. Marie Caroline Trépanier. 
Oct. le 1er mars, 1864. 
(Séance ajournée). 

N. Laçasse. 

Secrétaire. 

INSTITUTEUR DISPONIBLE. 

M. Charles Nabasès, muni d'un diplôme d'école élémentaire. 
S'adresser à ce Bureau. 

DONS OFFERTS A LA BIBLIOTHÈQUE DU DÉPARTEMENT. 

Le Surintendant accuse, avec reconnaissance, réception des ouvrages 
suivants : 

De M. Hector Bossange, Paris : " Dictionnaire des sciences médi- 
cales, par une société de savants," 60 volumes; très-bel exemplaire 
provenant de la biblioihèque du roi Louis Philippe. 

De M. Alphonse Leroy, professeur à l'Université de Liège, Belgique : 
" Principes de grammaire générale, ou exposition raisonnée des élé- 
ments du langage," par P. Burggraff, 1 vol. 

De M. l'abbé Verreau, Principal de l'école normale Jacques-Cartier: 
" The Napoleon Medals," par Edward Edwards, 1 vol. " Atlas du 
voyage de la Troade," par J. B. Lechevalier, 1 vol. 

Du Révérend M. Langevin, secrétaire de S. G. l'Archevêque de Qué- 
bec : — Grammaire de la langue des sauvages nommés Suuteux. 

De MM. Beauchemin et Valois, libraires, Montréal : " Analyse des lois 
d'enregistrement, suivie d'un appendice," etc., par J. A. Hervieux. 

De R. Bellemare, écuyer, Montréal : " Historia de la Isla de Santo 
Domingo," 1 vol. 

De M. James Hall, l'auteur : " Report on the Geological Survey of 
the State of Wisconsin," 1 vol., " Contributions to the Palaeontology of 
Iowa," 1 vol. 

Rapports du Musée de l'Histoire Naturelle de New-York et une Gram- 
maire iroquoise. 



JOURNAL DE L'INSTRUCTION PUBLIQUE 



MONTRÉAL, (BAS-CANADA,) AVRIL, 1864. 



L'Ecole Militaire de Québec. 

Le Courrier du Canada donne sur cet important établis- 
sement, ouvert tout récemment, des renseignements dont 
nous croyons devoir faire part à nos lecteurs. Nous appre- 
nons en même temps avec plaisir qu'un bon nombre de 



jeunes gens de nos campagnes sont déjà rendus à l'école, et 
que beaucoup d'autres se proposent de s'y rendre prochai- 
nement. Le zèle avec lequel les élèves de nos écoles 
normales et de nos collèges se sont livrés aux exercices 
militaires et les succès qu'ils ont obtenus, nous avaient pré- 
paré à l'idée de voir se populariser bientôt cbez toute la 
jeunesse du pays, l'étude du noble métier des armes, dans 
lequel nos ancêtres se sont distingués sur ce continent. 

Pour être admis à l'école militaire, il faut d'abord savoir 
lire et écrire, et transmettre avec sa demande d'admission, 
au Major de brigade du district de sa résidence, un certi- 
ficat du curé, du maire ou d'un juge de paix de sa paroisse, 
constatant que l'on est de bonnes mœurs, de conduite régu- 
lière et sujet de Sa Majesté. La demande d'admission 
doit faire mention de l'âge du candidat, de sa résidence et 
du grade qu'il occupe dans la milice. Jusqu'ici, la préfé- 
rence a été donnée aux demandes venues des campagnes 
sur celles des citadins. On reçoit la réponse du Major de 
brigade à qui l'on s'est adressé. Le nombre des élèves est 
à présent limité à 60, mais, dès que le nouvel édifice des- 
tiné à cette école sera prêt, on le portera à 120 et peut-être 
même à 150. 

L'école est divisée en deux classes, répondant aux diplô- 
mes de première et de seconde classe respectivement. 
L'enseignement consiste en exercices et en lectures ou leçons 
données par les professeurs. Ces leçons se font en anglais 
et en français. M. le Major de brigade Suzor est aussi 
attaché à l'établissement comme interprète français pour 
les exercices. Les élèves de la première classe ont deux 
congés par semaine, le mercredi et le samedi après-midi ; 
ceux de la seconde classe n'en ont qu'un l'après-midi du 
samedi. L'uniforme est fourni par le gouvernement. Les 
livres d'études en français et en anglais sont aussi donnés 
gratuitement. Les élèves malades ont droit au soiu du 
médecin du 17e régiment. Une prime de $50 et les frais 
de voyage sont remis à l'élève avec son diplôme. 

L'examen est présidé par le directeur de l'école ; il porte 
sur les sujets traités dans les lectures : de plus, les élèves de la 
seconde classe ont à faire manœuvrer une compagnie aux 
exercices de compagnie et de bataillon ; les élèves de la pre- 
mière classe ont à faire manœuvrer un bataillon. Le Courrier 
du Canada dit qu'une perspnne qui a déjà acquis quelques 
connaissances générales sur les exercices d'escouade et de 
compagnie, peut facilement obtenir un diplôme de seconde 
classe dans l'espace de quinze jours et cite MM. Nelson 
et Guilbaut, les deux premiers élèves qui ont obtenu le 
diplôme et qui n'ont pas suivi les exercices plus longtemps 

Le personnel enseignant se compose de M. le Colonel 
Gordon, commandant du 17e régiment, président de l'école, 
du capitaine Bradburne, du major de brigade Suzor et de 
huit sergents instructeurs. " Nous devons ajouter, dit notre 
confrère, que tous les élèves font de grands éloges de leurs 
directeurs qui sont pour eux d'une obligeance extrême ; 
ainsi que de notre honorable compatriote, le Lieut. Col. de 
Salaberry, député adjudant général, qui, avec sa bienveil- 
lance ordinaire, fait tous ses efforts pour leur procurer tout 
le confort possible." 



JOURNAL DE L'INSTRUCTION PUBLIQUE. 



49 



Décision Judiciaire. 

On lit dans le Défricheur d'Arthabaska : 

" Dans une cause des commissaires d'école de la muni- 
cipalité de Drummondville contre le Dr. Godfrey de 
Montréal, qui s'était laissé poursuivre pour le paiement de 
ses taxes d'école, la cour donna jugement en faveur des 
demandeurs. Le défendeur prétendait qu'il n'était pas tenu 
de payer parcequ'il s'était réuni aux protestants de la loca- 
lité, et qu'il avait signé une déclaration, par laquelle il 
avertissait les commissaires qu'il se séparait de la majorité 
pour former partie des dissidents en vertu de la loi d'édu- 
cation. 

" Son honneur le Juge Short décida que les propriétaires 
absents ne pouvaient pas se séparer de la corporation sco- 
laire ; que le droit de se séparer n'était accordé qu'aux ha- 
bitants de la municipalité, et que le mot habitant impliquait 
que les dissidents devaient résider dans les limites assignées 
à la corporation dont ils voulaient se séparer." 

Une décision en sens contraire a été donnée, il y a quel- 
ques années, par M. le juge Coursol, dans une cause entre 
les commissaires d'école des Tanneries et Thon. John 
Young. J-ie projet de loi présenté par l'hon. M. Sicotte, 
contenait une clause qui donnait aux absents le droit de 
devenir dissidents. 



Extraits des rapports de MM. les Inspecteurs 
d'Ecole, pour les années 1861 et 1862. 

Extrait du rapport de M. l'Inspecteur Juneau, pour l'année 1861. 

COMTÉS DE DORCHESTER ET LÉVIS. 

{Suite.) 

- Second Rapport. 

Aucun changement notable ne s'est opéré depuis ma première 
visite de l'année ; cependant, j'ai eu le plaisir de constater de nou- 
veaux progrès et une augmentation d'élèves dans un certain nombre 
d'écoles. 

J'ai assisté, dans quelques paroisses, aux examens publics, et 
j'ai remarqué, avec satisfaction, que, dans chaque arrondissement, 
les parents des élèves laissaient volontiers leurs nombreuses occu- 
pations pour assister à ces petites fêtes littéraires. J'ai compté, en 
arrivant à une école, pas moins de quarante voitures. Il y avait 
foule partout. 

L'école de M. Louis Roy et celles de Mlles. Chamberlain!, 
Chouinard, Olivier et Plante, se sont surtout surpassées; j'y ai vu 
des enfants de talents supérieurs. J'ai remarqué, à l'examen de 
l'école de Mlle. Olivier, à St. .Nicolas, une petite fille du nom de 
Joséphine Desrochers, âgée seulement de six ans, lisant et écrivant 
bien, sachant son catéchisme en entier, la grammaire de Lhomond, 
les notions préliminaires de la géographie, la table de multiplica- 
tion, les quatre premières règles simples et composées de l'arith- 
métique, etc. ; cette intéressante enfant écrivait sur le tableau noir 
d'assez longues phrases qu'on lui dictait, et en faisait l'analyse 
mieux qne pouiraient le faire plusieurs élèves de 12 à 15 ans. 

Dans les examens publics et les examens privés, on rencontre 
partout des enfants de bons talents; c'est pourquoi on ne peut trop 
insister sur la nécessité, la grande importance de former de bonnes 
écoles : aussi, les paroisses qui ont le bon esprit de n'emploj'er que 
des instituteurs ondes institutrices capables, ont lien de se réjouir 
des quelques légers sacrifices qu'el'es font pour se les procurer, 
étant amplement récompensées par les progrès de leurs enfants. 

Les comtés de Lévis et de Dorchester comptent aciuellement 
7511 enfants fréquentant les écoles, ce qui fait une augmentation 
. de 314 sur les premiers six mois de l'année 1861. 

Pour l'année 1862. 

J'ai l'honneur de vous transmettre le rapport suivant sur les 
écoles de mon district d'inspection, pour l'année 1862. 



Je suis heureux de constater qu'il y a eu, cette année encore, 
des progrès satisfaisants et que la loi d'éducation fonctionne géné- 
ralement bien. 

Ce dernier rapport de M. Juneau donne une augmentation de 
368 élèves sur le semestre précédent, c'est-à-dire 7879 contre 7511. 

" Je suis heureux d'ajouter, en terminant, dit M. Juneau, que 
j'ai trouvé les comptes des secrétaires-trésoriers généralement 
bien tenus." 



Extrait du Rapport de M. l'Inspect. Crépault, pour l'année 1861. 

COMTÉS DE BELI.ECHASSE, MONTMAGNV ET L'iSLET. 

La loi de l'éducation fonctionne bien dans ma circonscription ; il 
n'y a pas une seule municipalité, un seul canton qui n'ait un 
nombre d'écoles suffisant aux les besoins de sa population. 

Il reste maintenant bien peu à désirer sous le rapport des con- 
naissances chez les instituteurs. Outre l'avantage qu'a cette cir- 
conscription de posséder deux académies sous la sage et zélée 
direction des Frères de la Doctrine Chrétienne, il y a trois couvents, 
tenus, les deux premiers, par les Dames de la Congrégation, et le 
tioisième par les Sœurs de Jésus-Marie, et nous avons à la tête de 
nos écoles un grand nombre d'instituteurs et d'institutrices sortis 
de l'Ecole Normale Laval, qui, presque tous, enseignent avec habi- 
leté et succès. Len autres instituteurs et institutrices font de 
louables efforts pour rivaliser avec eux, d'où il îésulte un progrès 
remarquable dans toutes nos écoles. 

Nous pouvons dire que l'instituteur de nos campagnes com- 
mence à jouir d'une somme de bien-être plus en rapport avec les 
grands services qu'il rend. En effet, si l'on compare son état, sinon 
avantageux, au moins tolerable d'aujourd'hui, à ce qu'il était il n'y 
a pas plus de dix ans, l'on sera forcé d'avouer qu'il a été beaucoup 
fait pour son bien-être matériel, ainsi que pour améliorer sa posi- 
tion morale et intellectuelle. L'on peut donc dire que sa position 
sociale s'est considérablement améliorée et s'améliore encore tous 
les jours. Je me réjouis bien sincèrement de voir cette classe 
d'hommes jouir de droits et d'avantages qui nous furent autrefois 
refusés, à nous leurs devanciers dans la carrière de l'enseignement. 
Je félicite ces confrères des marques de respect, d'estime et de 
considération que leur portent la société et le pays entier. Ces 
changements, cette amélioration dans la position de l'instituteur 
fait honneur à ceux qui ont su attirer sur lui le respect et la consi- 
dération publics. 

Je reviens encore, cette année, à la charge touchant les commis- 
saires d'école illettrés. J'ai déjà signalé dans mes précédents rap- 
ports les désavantages qui en résultent et les inconvénients qu'il y 
a pour une municipalité d'être régie par une corporation scolaire 
incapable de gérer avec connaissance de cause ses affaires. Sui- 
vant moi, l'on ne devrait accorder ces charges qu'aux personnes 
sachant au moins lire et écrire convenablement, dut-on, pour cela, 
en réduire le nombre à trois. 

J'ai eu souvent l'occasion de remarquer que toutes les munici- 
palités qui ont l'avantage d'avoir leur curé, ou au moins quelques 
petsonnes lettrées dans la commission des écoles, s'empressent de 
s'assurer de préférence, au moins pour les écoles modèles et supé- 
rieures de filles, les services d'instituteurs et d'institutrices sortis 
des écoles normales. On fait volontiers le sacrifice de quelques 
louis de plus pour avoir à la tête des écoles des personnes qui ont 
fait des études spéciales, et qui apportent en arrivant à l'école une 
méthode d'enseignement perfectionnée. Tout le contraire ?e voit 
dans la plupart des municipalités conduites par des commissaires 
illettrés. On attend le plus tard possible pour faire les engauemenis, 
et cela par calcul, uniquement pour payer moins cher. Si l'on ne 
réussit pas toujours à engager un maître ainsi à très-bas prix, on ne 
regarde pas à la capacité et à l'aptitude de celui ou de celle qu'on 
engage. L'on est satisfait dès lors que la personne engagée a un 
diplôme des bureaux des examinateurs. 

Je dois dire ici, à l'avantage des municipalités de cette circons- 
cription, qu'elles ont fait preuve de beaucoup de zèle et d'amour 
pour le progrès en se cotisant pour le double et même pour le triple 
de leurs parts d'allocation : c'est beaucoup dire en leur faveur. 
J'ai déjà représenté, dans mes rapports précédents, la nécessité 
qu'il y a, si l'on veut que le progrès qui se fait remarquer soit 
durable, d'augmenter l'octroi législatif. 11 était déjà au début trop 
minime, et il diminue pour chaque municipalité en particulier à 
chaque recensement en considération de nouvelles paroisses, de 
nouveaux cantons qui demandent des écoles. Les gens qui ne 
comprennent pas toujours cette mesure, que rend indispensable 
chaque recensement, croient tout bonnement que le gouvernement 
retire petit à petit ses octrois et qu'il finira par ne rien accorder, 



50 



JOURNAL DE L'INSTRUCTION PUBLIQUE. 



Je crois utile de faire ici la remarque qu'on accorde partout de 
bons traitements aux instituteurs qui ont îles diplômes pour acadé- 
mies ou pour écoles modèles, ainsi qu'aux institutrices d'écoles 
supérieures ; mais il n'en est pas de même des instituteurs d'écoles 
élémentaires. La concurrence que leur font les institutrices, qui 
ont autrefois obtenu avec tant lie facilité un diplôme des bureaux 
des examinateurs, les met dans l'impossibilité de toucher un salaire 
proportionné aux services qu'ils rendent. 

Je ne dois pas omettre de dire que les livres que le gouverne- 
ment a bien voulu accorder en prix aux élèves qui montient le plus 
d'a>siduité et d'application, ont produit les plus heureux résultats. 

Je vais maintenant passer en revue chaque municipalité en par- 
ticulier. 

1. Becumont. — Cette municipalité possède trois écoles, une 
école modèle et deux écoles élémentaires. L'écoie modèle, sous ia 
direction de M. Legeudie, fait honneur à ce monsieur, qui a réussi 
au delà de toute espérance, et qui, à l'aide d'une monitrice, donne 
l'instruction à près de cent élèves. Les deux autres écoles élé- 
mentaires sont aussi bien tenues et suffisent aux besoins de leurs 
arrondissements. La loi de l'éducation fonctionne très-bien dans 
celte petite municipalité, qui jouit à présent du plus grand calme. 
Les commissaires d'école mon' rent de la bonne volonté et du zèle. 
M. Chs. Letellier, leur secrétaire-trésorier, qui possède une bonne 
éducation, les aide efficacement dans l'accomplissement de leurs 
devoiis. Les livres sont bien tenus. 

2. SI. Michel, (village). — Cette municipalité a un collège indus- 
triel et une académie de filles. Le eoiiège est sous la direction de 
M. Dufresne, qui a fait preuve d'habileté et de beaucoup d'activité. 
On lui a donné pour auxiliaires trois autres professeurs. 

L'académie des filles est dirigée par Mlle. Laroche, aidée d'une 
monitrice pour la panie élémentaire. Cette institutrice, qui ne 
fait que prendre la direction de cet établissement, a commencé 
sous les plus heureux auspices. Ces deux institutions font hon- 
neur au village de St. Michel et aux messieurs qui ont su, par leur 
zèle et leurs sacrifices, donner à cette paroisse le pas sur les autres 
de mon district. 

Les comptes sont bien tenus. 

3. St. Michel, (paroisse.) — Il y a dans cette municipalité trois 
bonnes écoles élémentaires. Celle du quatrième rang est tenue 
par M. Defsin, qui enseigne depuis plusieurs années avec applica- 
tion et succès. Mlle. Moffat, qui tient l'école de la troisième ligne, 
est très-capable et a bien réussi. Les commissaires de cette mu- 
nicipalité s'acquittent bien de leurs devoirs. Leur secrétaire-tréso- 
rier est le même que celui du village. Les affaires monétaires de 
ces deux municipalités sont dans un état prospère. 

4. St. Charles. — Neuf écoles, dont une est une école modèle et 
l'autre une école supérieure de filles, sont en activité dans cette 
paroisse. L'école modèle est actuellement sous la direction de M. 
Huot, élève de l'école normale Laval. L'école supérieure des filles est 
dirigée par Mile Couture, qui enseigne depuis plusieurs années, 
et qui a formé à son éco'e beaucoup d'institutrices ; elle a montré 
beaucoup de zèle et de dévouement dans l'accomplissement de ses 
devoirs. Sur les 7 autres écoles, 2 ont fait faire des progrès satis- 
faisants, les 5 autres sont médiocres. 

Les comptes sont tenus régulièrement. 

5. St. Gervais. — Onze écoles fonctionnent dans cette munici- 
palité. M. Larue, qui a obtenu un diplôme à l'école normale Laval, 
dirige dppuis trois ans l'école modèle du village. Ce jeune mon- 
sieur a fait preuve de capacité et a fait faire des progrès à ses 
élèves. Les dix autres écoles sont médiocres. Le secrétaire- 
trésorier, M. E. Couture, tient d'une manière satisfaisante les. 
livres de comptes. Outre ces écoles, St. Gervais possède un 
couvent sous la direction (.les dames de Jésus-Marie ; les progrès 
y sont satisfaisants. 

b'. St. Lazare. — Soutient six écoles élémentaires, mais suffi- 
sant aux Lesoins de ses divers arrondissements, et toutes tenues 
par des institutrices munies de diplôme et assez capables. Les 
contribuables font de grands efforts pour soutenir leurs écoles ; ils 
6ont généralement pauvres. Il est presque impossible pour eux de 
continuer de soutenir le même nombre d'écoles, sans toucher un 
octroi supplémentaire. S'il est une municipalité qui le mérite, 
par les efforts et les sacrifices qu'elle fait, c'est bien celle-ci. 

7. St. Voilier. — Cinq écoles sont en activité dans cette munici- 
palité: elles sont toutes élémentaires. Il a été établi une école 
de filles au village. Les commissaires sont plus zélés que ceux 
qu'ils remplacent. 

8. St. Raphaël.— Soutient une école modèle et quatre écoles 



élémentaires. L'école modèle est actuellement sous la direction 
de Mlle. Chouinard. Les autres écoles suffisent aux besoins des 
différents arrondissements. 

9. Berlhier. — Il existe dans cette municipalité trois écoles, qui, 
pour n'être qu'élémentaires, n'en méritent pas moins une mention 
honorable. L'école de M. Langlois métiteiait bien d'être comptée 
au nombre des écoles modèles. Les commissaiies sont tiés-zélés. 
Cette municipalité est une petite paroisse qui fait honneur à ses 
affaires scolaires, et qui ne néglige rien pour l'avancement de ses 
écoles. 

10. St. François. — Cinq écoles, toutes élémentaires, fonctionnent 
dans cette municipalité : elles sont médiocres. Il y a dans cette 
paroisse un couvent sous la direction îles révérendes Sœurs de la 
Congrégation. Il s'est élevé une difficulté bien regrettable entre 
un des anciens présidents de la corporation et le secrétaire-tréso- 
rier, au sujet des deniers de la municipalité. 

11. St. Pierre. —Soutient une école modèle et trois écoles élé- 
mentaires. L'école modèle a été, pour le premier semestre de la 
présente année, sous la direction de Mlle. Dumais : les progrés ont 
été bien satisfaisants. Les trois autres écoles sont dirigées par des 
institutrices capables. Les commissaiies montrent le plus grand 
zèle pour le soutien de leurs écoles. Les livres et les comptes de 
la corporation sont bien tenus. 

12. St. Thomas. — Cette municipalité soutient huit écoles, 
une est une école modèle ; les sept autres sont élémentaires. 
Les sept dernières sont tenues par des institutrices capables, sur- 
tout celle de Mlle. Dalziel, qui a fait faire des progrès remarqua- 
bles à ses élèves depuis près de dix ans qu'elle enseigne. L'acadé- 
mie des garçons est tenue par les Frères de la Doctrine Chrétienne, 
qui enseignent avec beaucoup de succès. Cetie paroisse a un cou- 
vent sous les soins des Dames de la Congrégation ; il est bien fié- 
quenté. Oulre les sciences ordinaires, on y enseigne l'anglais, le 
piano, le chant, etc. Les comptes sont en ordre. 

13. La Grosse-lsle. — Celte isle obtint, il y a quelques années, 
une école séparée de l'Isle-aux-Grues dont eile faisait partie. En 
conséquence de la suppression, l'été dernier, de la Quarantaine, 
cette école qui n'était fréquentée que par les enfants des employés, 
a été fermée faute d'élèves. Cette école n'a été en opération que 
durant six mois. 

14. Isle-au.v-Grues. — Cette municipalité soutient avec zèle 
et succès deux écoles, dont une est une école modèle, sous la 
direction de Mlle. Painchaud, qui enseigne depuis un grand nom- 
bre d'années. Cette demoiselle est très-cspable : plusieurs de ses 
élèves enseignent aujourd'hui, et quelques-unes avec succès. 

15 Le Cap St. Ignace. — Huit écoles fonctionnent dans cette 
municipalité. L'école modèle du village, qui est sous les soins de 
Mlle Lachaine, élève de l'école normale Laval, est très-bien diri- 
gée. Les sept autres écoles sont médiocres, mais suffi-ent aux be- 
soins de leurs arrondissements. Les commissaires de cette muni- 
cipalité se montrent zélés et bien disposés. Les registres et les 
livres de comptes sont en bon ordre. Il y a eu progrés évident dans 
cette localité depuis quelques années. 

16. L'hltt. — Treize écoles sont en activité dans cette munici- 
palité. L'école modèle est sous la direction des Frères de la Doc- 
trine Chrélienne. On enseigne dans cette institution, outre les 
sciences ordinaires, l'anglais, le dessin et le chant. L'académie 
des filles est tenue par Mlle. Languedoc, qui la dirige avec succès. 
Les onze autres écoles sont toutes bien tenues, surtout celies de 
Mlles. Cloutier, Boucher et C. Fortin. Le secrétaire-trésorier s'ac- 
quitte de ses devoirs avec ordre et régularité. 

17. Si. Cyrille. — Il y a trois écoles dans cette nouvelle muni- 
cipalité. Toutes trois sont tenues par des institutrices capa- 
bles ; une d'elles n'a pas de diplôme. Les contribuables, généra- 
lement pauvres, font néanmoins des sacrifices réels en faveur de 
leurs écoles. 

18. St. Jean-Port-Joly. — Cette municipalité soutient dix 
écoles ; une est une école modèle et neuf sont élémentaires. Ma- 
demoiselle Létoumeau, qui dirige l'école modèle, fait très-bien. 
Les antres écoles sont bien tenues et répondent aux besoins de 
leurs arrondissements. Les comptes sont dans un ordre parfait. 

19. St. Aubert — Cinq écoles sont en activité dans cette mu- 
nicipalité; Ces écoles sont toutes tenues par des institutrices capa- 
bles. Les commissaiies sont pleins de zélé et de bonne volonté. 

20. St. Roch-des-Aunaies — Soutient onze écoles, toutes bonnes 
et tenues par des institutrices pourvues de diplôme. Mlle. Langlais, 



JOURNAL DE L'INSTRUCTION PUBLIQUE. 



51 



qui dirige l'école de filles de l'église, et Mlle. Pelletier qui tient 
celle du bas du bord de l'eau, ont très-bien fait et méritent une 
mention honorable. M. Hudon, qui dirige l'école de la fabrique, a 
fait faire des progrès étonnants à ses élèves, surtout en calligraphie 
et en grammaire française. Il est à regretter qu'il se sou élevé 
certaines difficuliés relativement à l'école du moulin, tenue par 
Mlle. C. Cloutier. 

(jl continuer.} 



Revue Bibliographique. 

De la Politesse et du Bon Ton, ou Devoirs d'une Femme Chrétienne dans le 
monde, par la Comtesse Drohojowska ; 2de édition. Paris 1860. — 
Du Bon Langage et des Locutions Vicieuses à éviter, par le même 
auteur. — L'Art de la Conversation au point de vue Chrétien, par le 
R. P. Huguet; 2de édition. Paris, 1860. — De la Charité dans les 
Conversations, par le même auteur. 

Il n'y a guère de méprise plus funeste que celle qui consiste à 
confondre l'éducation avec l'instruction. Il y a, dans tous les pays 
malheureusement, une foule d'hommes assez instruits qui manquent 
d'une bonne éducation. Si les fondements de la bonne éducation 
se trouvent surtout dans l'instruction religieuse et dans la famille, 
l'étude des principes sur lesquels elle repose peut, jusqu'à un cer- 
tain point, suppléer à ce qui aurait manqué de ce côté, et les 
personnes même les mieux élevées peuvent avoir besoin de se 
remémorer par la lecture les préceptes qu'on leur a donnés dans 
leur jeunesse et que d'autres préoccupations ont pu quelquefois 
leur faire perdre de vue. 

En lisant les ouvrages dont les titres se trouvent en tête de cet 
article, on est frappé tie i'analogie qui existe entre les principes du 
bon ton et du bon langage et les maximes fondamentales du chris- 
tianisme. Cette analogie va même quelquefois jusqu'à l'identité. 

" Faites aux autres ce que vous voudriez que l'on vous fît," est 
en effet la base de tous les codes qui régissent la société chré- 
tienne, depuis les lois civiles et criminelles jusqu'à celle* de la 
politesse et du savoir-vivre. Si l'homme, par sa nature, tend tou- 
jours à s'affranchir, au profit de ses passions, de la règle île perfec- 
tion qui consiste à aimer son prochain comme soi-même, rien ne 
lui répugne cependant plus fortement que de voir les autres hommes 
agir contrairement à ce divin précepte. Il suit de là que les 
règles de la civilité moderne proscrivent en toutes choses l'appa- 
rence de l'égoïsme, de l'envie et de tous les mauvais instincts qui 
leur font cortège. Mais en vain s'efforcerait-on d'être fidèle aux 
formules qui ont pour but d'exprimer, ou, pour mieux dire, de sym- 
boliser les vertus sociales si on ne se pénétrait de leur esprit. 

Sans doute que les usages et les manières varient d'un pays à 
un autre, d'une époque à une autre ; mais, en les examinant de 
près, on peut tout ramener au même principe, et l'on trouvera, 
dans toutes ces choses, moins d'arbitraire et plus de suite et de 
logique qu'on ne l'imaginerait d'abord. 

Ainsi, bien que les livres dont nous allons donner une analyse, 
aient été éciits pour un état de société différent du nôtre, bien que 
beaucoup d'usages suivis aujourd'hui en France y aient été établis 
depuis que nous avons cessé nos rapports avec notre ancienne 
mère-patrie, ou ont été remplacés ici par des habitudes empruntées 
aux populations au milieu desquelles nous vivons, nous n'en trou- 
verons pas moins, dans chaque page de ces petit* volumes, quelque 
bon conseil à répéter à nos lecteurs. Et même, sur plusieurs points, 
quelque autorité qu'ait la maxime : A Rome comme à Rome, il n'y 
aurait aucun mal à revenir aux usages Que nous avons abandonnés 
pour d'autres qui ne les valent point. Mais cela est d'autant plus 
difficile, toutefois, que la première règle du bon ton c'est d*évite; 
l'affectation, et que tonte dérogation aux usages reçus dans le pays 
où l'on vit, quelqu'en soit le motif, ressemble beaucoup à de l'affec- 
tation. 

Mous prendrons pour cadre de cette revue le premier livre de 
Mde Drohojowska, et nous y intercalerons les emprunts que nous 
ferons aux trois autres volumes. 

L'auteur, qui s'adresse à une jeune personne prête à s'établir, 
débute par lui parler des devoirs du foyer domestique. Quoique 
spécialement destinés aux femmes, la plupart de ces conseils 
peuvent être utiles à tous les membres de la famille. Le choix 
d'un logis est la première chose qui l'occupe : 

" Nos bons aïeux se logeaient dans des maisons étroites et som- 
bres ; l'escalier était tortueux et grossier ; les vitres petites, en- 
châssées dans du plomb, ne laissaient pénétrer dans les apparte- 
ments qu'un jour terne et douteux ; on ignorait l'art du parquetage, 



et la cire ne rendait pas encore luisantes les briques grossières 
dont les planchers étaient couverts." 

" Et cependant nos aïeux étaient heureux dans ces tristes de- 
meures; ils y trouvaient un paradis continuel, parce que la piété, le 
contentement de la position, la simplicité des mœurs, et les saintes 
affections de la famille y habitaient avec eux, éclairant les murs 
noiis d'un brillant et céleste reflet. Ce n'est pas cependant que 
je veuille, ma chère enfant, vous ramener à la simplicité rustique 
d'il y a trois on quatre siècles ; non, ceites, nous sommes à une" 
autre époque, et, comme vous, j'admire et j'apprécie les progrés 
croissants de l'industrie et du confortable, et je n'eu veux nulle- 
ment à l'art d'avoir, grâce à sa baguette ciéatrice, tout transformé 
autour de nous. Je trouve très-avantageux " que les maisons des 
plus simples particuliers soient devenues commodes, gaies, pro- 
pres, élégantes même ; que les besoins de la sociabilité, en nous 
forçant à nous produire parfois au dehors, nous aient mis aussi 
dans le cas de recevoir à chaque instant une visite et aient dés 
lors exigé, comme un devoir inspiré par la société, un arrange- 
ment et une propreté continuels." Mais ce que je voudrais, c'est 
que dans ces charmantes cages peintes et si bien ornées où elle 
passe au moins les trois quarts de son existence, chaque femme 
sût introduire ce pur et céleste reflet que nos grand'mères sa- 
vaient faire arriver jusqu'au centre de leurs sombres et austères 
demeures. J'y voudrais voir de véritable* maîtresses de maison, 
de sages mères de Jami/le et non pas de ces brillants oiseaux qui, 
ne sachant que faire admirer leur voix et vanter leur plum.ge, 
osent s'ennuyer dans le calme du chez soi, comme si Dieu et la 
famille, ce n'était pas assez pour remplir un cœur de femme." 

Dans le choix- d'un appartement, l'auteur veut que l'économie, 
la commodité, l'hygiène, soient d'abord consultées. Des personnes 
fort entendues prétendent que le prix du loyer ne doit jamais 
dépasser un dixième du revenu ; voilà pour l'économie, et si l'on 
se trouvait obligé Je dépasser cette règle, ce qui peut être le cas 
dans les grandes villes, il ne faudiait pas au moins le faire par 
pure ostentation, ce qui serait une dépense faite en pure perte ; 
car, à moins de se ruiner, on ne pourrait tenir sa maison sur un 
pied qui répondît au local, et alors il y aurait un mauvais goût ridi- 
cule dans son installation. 

L'exposition est une des principales choses à considérer en ce 
qui regarde l'hygiène. On supplée mal à une disposition d'appar- 
tements qui expose les chambres où l'on se tient habituellement 
au vent ou au fionl, par un grand feu de poêle ou de cheminée ; le 
leu est moins sain que les rayons du soleil, et moins on est obligé 
de donner de chaleur ait ificielle à sa maison, mieux on s'en trouve. 
Rien n'est plus dangereux, pour la santé, que d'habiter une mai- 
son nouvellement construite. Tonte pièce où l'on couche doit avoir 
nu jour direct, les alcoves, les cabinets obscurs, sont malsains. La 
lumière est un principe vivifiant. 

La propreté est la première condition du bon ton et de l'élégance. 
L'ordre, sans lequel la propreté est impossible, est également 
important. 

La maison est en quelque sorte l'enseigne de celui qui l'habite, 
et chacun, en y entrant, doit en pouvoir reconnaître l'hôte. "Ayez-y 
donc, dit notre auteur, quelque chose qui indique à ces visiteurs 
quels sont vos goûts, vos convictions, vos habitudes. Quelques 
tableaux reproduisant les œuvres d'artistes chrétiens, quelques 
livres, quelques gravures, d'un caractère grave et même religieux 
seraient à leur place dans votre salon." — " Efforcez- vous, ajoute-t- 
elle, de bannir de votre maison tout ce luxe à effet qui tient à la 
valeur intrinsèque des objets plutôt qu'à leur beauté véritable." 

" Que votre ameublement soit simple et convenable en même 
temps ; que la matière en soit commune, mais que la forme eu 
soit gracieuse et distinguée ; que tout soit de bon goût et rappelle 
l'idée de cet ordre, de cette harmonie que l'esprit cherche en tou- 
tes choses, parce que Dieu en a fait un de nos besoins les plus 
profonds. L'homme doit, en un certain sens, imiter le Créateur 
qui a fait tout de rien et qui, avec les matières les plus commu- 
nes, produit chaque jour les effets les plus merveilleux. — Les >eu- 
vres de Dieu se distinguent toutes par la médiocrité de la matière 
et la beauté de la forme. Ce n'est ni avec l'or, ni avec l'argent 
qu'ii a préparé le tissu si gracieux du lis des champs, dont ies vê- 
lements de Salomon dans sa gloire n'ont jamais pu atteindre la 
beauté et l'éclat 

" Imitons Dieu, et que la principale valeur des objets dont nous 
nous servons leur vienne de la perfection que vous leur donnerez. 
Votre luxe n'aura rien de choquant pour les pauvres, rien d'inquié- 
tant pour votre conscience, rien de funeste pour votre esprit; mais 
il tournera, au contraire, à l'avantage des ouvriers dont le travail 
aura donné à ces objets tout leur prix, et au perfectionnement de 



52 



JOURNAL DE L'INSTRUCTION PUBLIQUE. 



votre intelligence, en entretenant en vous cette pureté, cette déli- 
catesse de goût, si rare aujourd'hui, et ce sentiment du beau si 
précieux, et dont on peut tirer tant de profit pour la direction mo- 
ra e île la vie, car il y a an grand rapport entre le beau et le bien. 
Piaton définissait le beau: la splendeur du bien. Et comme le 
vrai et le beau sont identiques, ou peut comprendre par quels liens 
intimes l'amour du bien et le goût du beau sont unis dans Fame, 
et quels secours mutuels ces deux sentiments doivent se prêter. 
Plus d'une fois le spectacle du beau a suffi pour éveiller l'amour 
du bien dans une âme que le vice avait flétrie ; et en accoutumant 
les sens à percevoir ce qui est laid ou grossier, on dispose le cœur 
à aimer ce qui est mauvais." 

L'auteur revient ensuite sur les premiers conseils qu'elle a don- 
nés : l'ordre et la propreté. Si la maîtresse de maison ne peut 
voir à tout elle-même, du moins que ses domestiques sachent bien 
que son œil est ouvert sur leur conduite. Mais pourquoi ne don- 
nerait-elle point l'exemple? Ainsi en traversant une chambre où 
les meub'es sont en désordre ne vaut-il pas autant les ranger soi- 
même que de sonner pour sa femme de chambre ? Elle ne veut point 
du reste que l'amour de l'ordre fasse de son élève un insupportable 
tyran domestique. Si elle a la manie si générale d'encombrer son 
salon d'une foule de riens é'égants qu'elle en prenne soin elle- 
même ou qu'elle se résigne aux accidents. L'auleur préfère les tapis- 
series que l'on fait soi-même, les petits chefs-d'œuvre domesti- 
ques à tous les autres ornements. Elle conseille aussi les fleurs 
et ne voit rien de plus joli dans une maison, de plus gracieux 
que des jardinières bien remplies, des fleurs disposées dans les vases 
du saon. Voilà un luxe qui a sa raison d'être dans la nature et 
qu'on ne saurait blâmer. 

( A continuer. ) 



Bulletin des Publications et des Réimpressions 
les plus Récentes. 

Paris, février et mars, 1864. 

L'Economiste Français : Cette importante revue continue à s'occuper 
du Canada ; une de ses dernières livraisons faisait la suggestion de l'é- 
tablissement d'une ligne de steamers entre le Havre et le Canada : elle 
contenait aussi un noirvel article de M. Rameau sur nos affaires politi- 
ques. 

BÉZIER3 : Les lectures de Madame de Sévigné et ses jugements litté- 
raires, in-8o. 

Taine : Histoire de la littérature anglaise; 3 vols. in-8o. Hachette. 

Beauvois : La nationalité du Slesvig ; in-8o. Dentus. 

Grégoire : Le conflit Dano-AUemand, jugé par l'histoire ; in-8o. 

Langlart : Johanna, scènes de la révolution polonaise ; in-8o. 

Fisqdet : Histoire aichéologique et descriptive de Notre-Dame de 
Paris ; 64 p. in-8o. 

Audley : De l'enseignement professionnel et de son organisation ; in- 
8o. Douniol. 

Barthélémy: Erreurs et mensonges historiques; in-18o. (2e série.) 

Commettant : l'Amérique telle qu'elle est, voyage anecdotique de 
Marcel Bonneau dans le nord et le sud de3 Etats-Unis ; Excursion au 
Canada, par M. Oscar Commettant; in-18o. Faure. 

Richelot : Goethe, ses mémoires et sa vie, traduits et annotés par 
M. Henri Richelot ; tome IV. in-8o. Hetzel. 

Moreau : La poli'ique française en Amérique par M. Henri Moreau ; 
in-8o. Dentu. Ce volume est une reproduction d'une série d'articles 
publiés dans le Correspondant, et dont nous avons déjà entretenu nos 
lecteurs. 

Dcquesne : Notice biographique et généalogique sur Duquesne et sa 
famille ; grand in-8o. 

Londres, février et mars, 1864. 

Bcshby : The Danes, sketched by themselves, translated by Mrs. 
Bushby ; 3 vol3. in-80. Pentlay. 

Forsyth : Life of Marcus Tullhi3 Cicero; 2 vols, in-80. Murray. 

Fobte-ccf. : Pnldic schools for the middle classes, by Earl Fortescue ; 
80. Longman k Co. . 

Miter Mr? ; Travels and adventures of an officei's wife in India, China 
and New Zealand ; 2 vols. 80. Hurst and Plackett. 

Tilley : Eastern Europe and Western Asia, political and social 
sketches in Russia, Greece and Syria in 1861, 62 and 63 ; 80. Longman. 



Boston, février, 1864. 

Ticknor : Life of William Hickling Prescott, by George Ticknor ; 
491, petit in-4o. Ticknor and Fields. Prix $6. 

Prescott fut un des écrivains les plus populaires de l'Amérique et un des 
plus connus à l'étranger. Sa vie écrite par son ami et concitoyen, le 
littérateur Ticknor, est du plus grand intérêt. Le volume que nous 
avons sous les yeux est imprimé avec un luxe et une élégance qui riva- 
lisent avec les plus belles publications de Londres. Il est orné d'un por- 
trait et d'un grand nombre de gravures, fac-similé, etc. 

La biographie est une des grandes passions littéraires du jour. Le 
public paraît tellement avide de détails sur la vie intime des hommes 
de lettres, que les biographes, beaucoup san3 doute par amour de leur 
métier, mais un peu aus.-i pour flatter le goût public, sont à l'égard des 
fails et gestes de leur héros d'une minutie qui va toujours en croissant. 
J»ous ce rapport, M. Ticknor n'est resté en arrière d'aucun biographe 
contemporain, si toutefois il ne les surpasse point. Il a cependaut pour 
excuse l'amitié intime qui l'unissait à Prescott et l'anxiété avec laquelle 
il a suivi jour par jour, heure par heure, toutes les phases de cette exis- 
tence maladive et laborieuse. Prescott a eu, comme Thierry, le rare 
mérite d'écrire de nombreux ouvrages après avoir perdu la vue, et il y 
a du reste dans ses études, dans son caractère et dans sa vie, une grande 
ressemblance avec !e célèbre écrivain français. Thierry du reste dictait; 
mais Pre.-cott écrivait à l'aide d'un appareil nouveau qu'on appelle 
noctographe. Pour se servir avec avantage de cet appareil, il lui 
fallait l'excellente mémoire dont il était doué, car il est difficile, par ce 
moyen, de faire des ratures et des corrrections, et l'écrivain qui veut y 
recourir doit composer avant de se mettre la plume à la main. Pour une 
courte notice biographique de Prescott, voyez notre journal anglais de 
janvier, 1859. 

Québec, mars, 1864. 

Les Soirées Canadiennes : La livraison de mars de cette publication 
contient la fin des impressions de voyage de M. Bourassa, des vers de M. 
Lemay, et deux lettres écrites de Châteauguay, l'une avant et l'autre 
après la bataille de 1813, par M. Charles Pinguet, alors lieutenant au 
régiment canadien dit les Fenables. Nous conseillons à tous ceux de 
nos compatriotes qui possèdent des documents inédits de cette nature de 
les conserver précieusement, et même de les faire publier, lorsqu'ils n'y 
voient pas d'objection. En général, on ne conserve pas assez dans les 
familles les lettres et les correspondances qui sont cependant l'histoire 
vraie, naïve et pittoresque des événements et des mœurs de chaque épo- 
que. Que de vieux papiers, brochures, lettres et gazettes ont été déchirés, 
qui feraient aujourd'hui les délices de nos écrivains et de nos antiquaires ! 

Brunet : Notice sur les plantes de Michaux et son voyage au Canada 
et à la Baie d'Hudson, d'après son journal manuscrit et d'autres docu- 
ments inédits, par M. l'abbé Ovide Brunet. 44 p. 

M. Bruneta déjà publié, en 1861, une brochure sous le titre de "Voyage 
d'André Michaux en Canada" dont nous avons rendu compte à nos 
lecteurs. A cette époque, l'auteur n'avait pas vu l'herbier de Michaux 
et n'avait pas encore eu accès au journal manuscrit de ses voyages. On 
conçoit de suite ce que ces deux sources auxquelles il a été à même de 
puiser ont dû ajouter à l'intérêt de sld premier travail. Cette nouvelle 
brochure est donc, comme il le dit lui-même, un supplément à la Flora- 
Boreaii-Americana de Michaux. Par ce moyen les botanistes canadiens 
pourront retrouver les plantes décrites dans cet ouvrage ; les savants 
étrangers y puiseront des renseignements très-utiles pour l'étude de la 
géographie botanique, et tout le monde des détails très-intéressants sur 
cette partie du pays qui s'étend depuis le lac Saint-Jean jusqu'à la Baie 
d'Hudson, vaste territoire dont la topographie e^t à peu près inconnue. 
Le professeur Gray, qui fait autorité en pareille matière, a publié une 
notice très-favorable de ce petit ouvrage dans la dernière livraison de 
Silliman's Jlmericun Journal of Science et a félicité son jeune confrère de 
l'Université-Laval sur cet heureux début. 

Montréal, février et mars, 1864. 

Desautels : Manuel des curés pour le bon gouvernement temporel des 
Paroisses et des Fabriques dans le Bas-Canada, par Mgr. Desautels, 
chapelain d'honneur de S. S. ; 228 p. in-12. Lovell. 

Nous avons déjà, sur le même sujet, les Notes diverses adressées à un 
jeune curé, par M. l'abbé Maguire, et le Manuel des Paroisses et des Fa- 
briques, par M. Hector Langevin. 

Le travail de Mgr. Desautels diffère de ceux de ses devanciers en ce 
qu'il traite, plus au long, de plusieurs questions de jurisprudence ecclé- 
siastique qui ont été plus ou moins controversées dans ce pays. L'au- 
teur s'est surtout efforcé d'établir ce qui constitue, relativement au 
gouvernement temporel des paroisses et des fabriques, le droit ecclésiai- 
tique particulier au Canada. Des pièces justificatives nombreuses et 
importantes sont ajouté* s à ce traité et font du tout un recueil vrai- 
ment précieux. 

Rapport de l'Association de la Propagation de la Foi pour le diocèse 
de Montréal, pour les années 1862 et 1863. 

Cette douzième livraison des annales des Missions du diocèse de 
Montreal ne le cède nullement en intérêt à celles qui l'ont précédée, et 
dont nous avons eu occasion de parler. La description suivante d'une 



JOURNAL DE L'INSTRUCTION PUBLIQUE, 



53 



Tisite des Sioux, chassés du territoire américain, à la colonie de la 
Rivière-Rouge, est extraite d'une lettre de M. Ritchot, missionnaire à St. 
Norbert, dans le diocèse de St. Boniface. Elle renferme une peinture 
bien saisissante des mœurs sauvages, et rappelle des traits du même 
genre qu'on lit dans les anciennes relations. Ce mélange de ruse et 
d'audace avec laquelle les Sioux ont su imposer, sous une feinte amiiié, 
une excursion menaçante à plusieurs égards, est bien caractéristique: 

" Décidément, les Sioux vont devenir célèbres : les journalistes et 
autres écrivains du Minnesota s'en occupent presque tous les jours. 
Déjà, ils ont publié, sur leur compte, de longs articles pleins de colère 
et de menaces. Nous avons même reçu, ces jours-ci, un volumineux 
pamphlet, écrit par un certain " Taylor," qui prouve par mille et un 
texte adroitement empruntés aux psaumes de David, que l'heure est 
venue où le gouvernement des Etats-Unis doit exterminer sans pitié 
toutes les nations barbares qui sont encore sur son vaste territoire On 
nous dit même que plusieurs millions de dollars sont déjà votés pour 
lever une nombreuse armée qui devra, au printemps prochain, parcourir 
toutes les prairies de l'Ouest et exterminer les Sioux jusqu'au dernier. 
Ce n'est pas encore fait. Et la besogne est peut-être beaucoup plus 
dangereuse et beaucoup plus difficile que ne le soupçonnent no3 valeu- 
reux voisins. En attendant, les Sioux, qui ne redoutent que médiocre- 
ment les canons et les soldats américains, dont ils connaissent le courage 
et l'adresse, voyagent tranquilles sur leurs terres et viennent jusque dans 
notre petite colonie nous faire entendre les chants de leur triomphe. Ils 
veulent absolument faire une alliance sincère avec nos Métis. Depuis 
deux mois, leurs ambassadeurs promènent le calumet de paix dans le 
pays ; tout le monde, le Gouverneur et Monseigneur en tête, y ont fumé, 
en signe de paix. Ils ont demandé à venir nous voir en grand nombre 
pour célébrer ensemble la joie de cette nouvelle alliance. En style sau- 
vage, cela veut dire qu'ils ont faim et qu'ils s'attendent à de riches pré- 
sents. Qui sait même si ce n'est pas un prétexte pour avoir la facilité 
de reconnaître les forces de notre petite colonie, afin de mieux nous 
tromper à l'avenir. C'est ce qu'on craint. Aussi leur a-t-on envoyé force 
compliments, quelques présents et d'habiles ambassadeurs pour les assu- 
rer de nos sympathies et les déterminer, en même temps, à ne pas entre- 
prendre ce long voyage. Tout a été inutile; ils ont voulu absolument 
venir nous dire en personnes tout le dévouement qu'ils ont maintenant 
pour tout ce qui n'est pas américain. Après un court séjour à Saint- 
Joseph, ils prenaient le chemin de Saint-Boniface, et, le 27 du courant, à 
5 heures du soir, ils campaient, au nombre de quatre-vingt-dix guerriers 
et de vingt femmes, à deux milles de mon église. Je m'empressai aussi- 
tôt d'aller leur faire visite. Je fus reçu assez froidement ; car j'avais eu 
la prétention de me présenter à leur Grand-Chef, qui est un " grand 
potentat" et qui s'attend au respect de tous ceux qui l'abordent. Il fal- 
lut bien me soumettre au cérémonial, malgré les faveurs que j'étais en 
droit d'attendre à cause des petits présents que j'avais apportés avec 
moi. Je pus néanmoins m'entendre avec leur interprète et obtenir que, 
le lendemain matin, ils fissent une petite halte à mon domicile. C'est 
là où nous les attendions et où nous espérions, à force de présents et de 
bonnes paroles, les déterminer à s'en retourner sur leurs terres. 

" Le lendemain donc, dimanche, 28 du courant, à l'heure de la grand'- 
messe, les Sioux, qui avaient suivi le lit de la rivière, en arrivant sur la 
côte se trouvèrent en face des deux Gouverneurs, de Monseigneur Taché, 
de plusieurs prêtres, des Conseillers d'Assiniboia et de sept ou huit cents 
vigoureux Métis de ma paroisse et de celle de Saim-Boniface, rangés 
sur deux lignes, de manière à offrir une large allée qui conduisait direc- 
tement à la porte de mon église. 

" Ils ne s'attendaient probablement pas à une si imposante réception. 
Aussi, au premier abord, ils parurent quelque peu surpris, je crois même 
qu'ils eurent peur. Néanmoins, les trois grands-chefs, qui précédaient 
la marche, De perdirent pas leur contenance : ils s'avancèrent fièrement 
dans l'allée qui leur était offerte, le fusil sur l'épaule, le sabre au côté, 
la dague à la ceinture et le carquois en bandoulière. Une plume plus 
habile que la mienne pourrait vous dire tout ce que présentait de curieux 
et de pitoyable à la fois, l'aspect de ces pauvres sauvages sous leurs 
costumes bizarres et variés, et la figure tatouée de différentes couleurs. 
Celui-ci, sous un uniforme d'officier américain, avait les tresses de ses 
longs cheveux garnies de plumes d'oiseaux de proie ; un autre avait la 
tête garnie de larges queues de renard, etc., etc., chez le plus grand 
nombre, parmi les femmes surtout, on voyait les oreilles s'étirer démesu- 
rément sous le poids de pièces d'or et de roues de pendule. Quelques- 
uns même étalaient avec complaisance de riches montres en or avec 
tout leur attirail de chaînes et de bijoux, portant des cadrans entiers 
d'horloge sur le ventre. 

" A mesure qu'ils avançaient, nos Métis fermaient leurs rangs et les 
suivaient silencieusement par derrière. Rendus à la porte de l'église, ils 
me remirent le drapeau anglais qu'ils avaient pour insigne. Puis je les 
introduisis et les conduisis directement au jubé où ils se placèrent 
avec ordre et d'où ils entendirent la Sainte Messe avec un profond 
recueillement. Nos Métis, secrètement armés pour la plupart de petites 
carabines, de revolvers et de couteaux de chasse, prirent leurs places 
dans la nef; ensuite je fis mettre les femmes siouses dans l'allée du 
milieu. Ces pauvres créatures écrasaient sous d'énormes paquets qui 
pesaient au delà de 100 livres. — Car il faut vous dire que, selon la cou- 
tume des sauvages infidèles, les femmes sont regardées et traitées chez 
eux comme des bêtes de somme. Ce sont elles qui font tous les ouvrages 
pénibles, qui traînent tous les fardeaux, tandis que les hommes ne por- 
tent que leurs armes et leur calumet. 



" Quelques instants après, Monseigneur Taché, assisté de deux prêtres, 
apparaissait devant l'autel, crosse en mains et mitre en tête, tandis que 
les enfants de chœur de Saint-Boniface, sous la direction du Révérend 
Père Lefloch, entonnaient solennellement la messe royale. Les céré- 
monies, le chant, tout fut beau, magnifique aux yeux de tous, mais 
surtout des Sioux, qui n'avaient jamais rien vu de semblable et qui s'ex- 
tasiaient à la vue d'un Evoque en habits ponficaux. Ce qui fut égale- 
ment bien beau, bien touchant, ce fut l'éloquente allocution que Mon- 
seigneur fit en français, et à laquelle les Sioux ne durent rien comprendre. 

" Sa Grandeur avait pour texte : " Quare fremuerunt génies, etc." 
Elle profita de la présence de ces barbares pour montrer les bienfaits du 
catholicisme et les malheurs de l'infidélité, même sous le rapport tem- 
porel. 

" Après le Saint-Sacrifice, nous transportâmes le Saint-Sacrement 
dans la sacristie et l'église servit de salle d'assemblée. Le Gouverneur 
de la Compagnie de la Baie d'Hudson, celui de la Colonie et Monsei- 
gneur s'adressèrent successivement aux Sioux pour leur dire que tous 
étaient heureux d'être leurs amis, leurs alliés, et pour les exhorter en 
même temps à ne pas se rendre jusqu'à Saint-Boniface ; qu'on avait 
apporté tous les présents que le Gouvernement du pays pouvait leur 
faire, et qu'ils pouvaient s'en retourner sur leurs terres en toute sécurité. 

" A mesure que l'interprète traduisait, on entendait, de temps à autre, 
ces pauvres sauvages qui poussaient des cris de refus on d'approbation, 
suivant qu'on répondait ou non à leurs désirs. Vraiment, il y avait 
quelque chose d'effrayant à les entendre. On eut beau faire, on eut beau 
dire, ils répondirent en définitive et avec un ton qui n'élait pas trop 
mielleux : " Nous sommes partis pour nous rendre à Saint-Boniface et 
dussions-nous y mourir tous, nous nous y rendrons." Que faire de plus 
pour les arrêter? user de violence? C'est un moyen comme un autre et 
qui n'aurait pas excessivement répugné à un certain nombre de nos 
gens qui n'attendaient qu'un signal pour se mettre à l'œuvre, d'autant 
plus qu'à la fin de juillet dernier, ces misérables Sioux, ou quelques-uns 
des leurs, massacraient en pleine prairie plusieurs personnes de la 
paroisse du Cheval-Blanc. Pourtant, l'hiver et le printemps derniers, 
ils étaient encore venus demander et promettre la paix. Franchement, 
la position était délicate : on prit néanmoins le parti le plus pacifique 
et dans un dernier discours, on leur annonça qu'on accédait à leurs 
désirs, qu'on voulait même, pour leur montier combien on les aimait, 
les conduire triomphalement jusqu'au but qu'ils s'étaient proposés. Aus- 
sitôt un vrai tonnerre d'applaudissements sauvages faisait retentir 
l'église. Les Métis sortirent alors, et pendant qu'un bon nombre pré- 
paraient leurs voitures pour conduire les Sioux à Saint-Boniface le plus 
promptement possible, afin de ne pas leur laisser le temps d'examiner les 
établissements qui se trouvent sur le chemin, d'autres leur offraient au 
nom des autorités, un copieux repas en viande sèche et en pémikan. En 
un mot, on les traita comme des rois pourraient être traités en sembla- 
ble pays. A Saint-BoDifdce on les reçut au bruit du canon du Fort-Garry, 
et on leur fournit abondamment de quoi manger, de quoi boire et de quoi 
fumer. C'est tout ce qu'il fallait pour les contenter, aus;i pendant les 
deux jours qu'ils y ont passé, toujours sous bonne garde et en nombreuse 
compagnie, ils n'ont fait que danser et chauter, le jour comme la nuit. 
Ils sont repartis aujourd'hui et, comme vous le supposez bien, on leur a 
souhaité bon voyage." 

L'Echo du Cabinet de Lecture: La livraison du 1er avril contient 
la fin d'un travail très-complet et bien littéraire, dans sa forme, sur 
Jacques-Cartier ; elle est ornée d'un portrait du célèbre navigateur et 
d'une vue de sa maison de campagne de Saint-Malo. On y trouve aussi 
une étude biographique sur Sir L. H. LaFontaine. 

La Revue Canadienne : Les livraisons de février et de mars nous 
donnent la suite du roman de M. de Boucherville ; celle de l'étude du 
Père Aubert, sur le Rationalisme ; un article sur le Traité de Récipro- 
cité, par M. Royal ; le commencement d'une étude sur la Destinée Pro- 
videntielle de Rome, par M. l'Abbé Raymond ; les premières pages d'une 
Histoire de la Coutume de Paris en Canada, par M. D. H. Senécal ; une 
très-spirituelle esquisse de l'art anglais, par M. Bourassa ; un joli tableau 
de chasse, par M. LeMoine, et des articles bibliographiques, par MM. 
Tessier, Adélard Boucher et de Bellefeuille. Tous ces écrits font hon- 
neur à leurs auteurs et promettent à la nouvelle publication un brillant 
avenir. 

Il est à regretter que M. Royal n'ait point donné un plus grand 
développement à son travail sur le Traité de Réciprocité. Il a tracé, 
d'une manière large et habile, l'esquisse de notre politique commerciale 
telle qu'il la conçoit ; mais, comme il y a peu de matières où l'on soit 
moins disposé à jurer in verba magistri, on aurait aimé à voir ses conclu- 
sions appuyées sur des statistiques plus nombreuses et plus imposantes. 

M. Royal admet toute l'importance du traité de réciprocité et des 
avantages que nous en retirons ; il ne pense pas, cependant, que notre 
commerce avec les Etats-Unis soit, sur le tout, tellement avantageux 
que l'on doive souscrire, pour le conserver, à toutes les conditions que 
nos voisins voudront bien nous imposer. Il ne croit pas d'abord à la 
menace qu'on nous fait de retourner à l'ancien état de choses ; et il 
n'est pas éloigné de dire que c'est là un yankee trick. Les avantages 
qu'offre, aux Etats de l'Ouest, le transit de nos canaux et le bénéfice 
tout évident que la mise en commun de nos vastes pêcheries du golfe a 
procuré aux Etats de l'Atlantique, lui font penser qu'on y regardera à 
deux fois avant de lâcher ce que l'on tient dans l'espoir d'avoir mieux. 



54 



JOURNAL DE L'INSTRUCTION PUBLIQUE. 



Mai.-;, en supposant que le Congrès se refusât à renouveler le traité, M. 
Royal pense que nous devrions en prendre philosophiquement notre 
parti Les inconvénients qui en résulteraient ne seraient, selon lui, que 
temporaires ; ils augmenteraient noire énergie et nous forceraient à 
ch rcher ailleurs des compensations. Le libre échnnge absolu, et encore 
plus, le Zolt-Vercin ou union douanière que l'on nous propose, nous 
seraient funestes et il vaudrait mieux en revenir a l'ancien état de choses. 
Tout au contraire, l'ab..ndon de la réciprocité avec les Etats-Unis, si 
on nous y forçait, nous procurerait selon lui des avantages importants. 
Nous citons toute cette partie de l'étude de M. Royal, comme étant 
aussi hardie qu'originale : 

" Au risque de paraître paradoxal, nous irons plus loin et nous pré- 
tendrons que l'abrogation de l'Acte de 1854, loin d'être désastreuse 
pour nos intérêts, nous sera des plus utiles. Pourquoi? parce qu'e'le 
nous forcera de lutter et de ne compter que sur nous-mêmes. Or c'est 
par le travail, c'est par la lutte, c'est par l'énergie puisée dans certaines 
situations qu'un pays se forme, se développe et marche vers l'accomplis- 
sement de ses destinées. 

' La nécessité est mère de l'invention ; et qu'est-ce que l'invention, 
6inon l'industrie, les arts, If travail continu, sans lin, les efforts de tous 
les jours ? C'est la nécessité qui forcera le gouvernement de chercher à 
prévenir les suites de l'abrogation du traité dans l'exécution et l'achève- 
ment des travaux publics de la province, qui manquent pour imprimer 
un si puissant essor au commerce et au traité La nécessité de parer 
aux découvertes probables du revenu, nous fera eu outre un devoir de 
chercher à renouer ailleurs des relations. 

" Qui dirait à voir l'ignorance presque absolue dans laquelle vivent les 
quatre cinquièmes d entre nous sur les ressources, la population, le com- 
nieice, la valeur économique, l'importance future de l'avenir du Nouveau- 
Brunswitk, de la Nouvelle-Ecosse, de l'Ile du Prince-Edouard et de 
Terre-Neuve que ces provinces sont nos alliées naturelles, bien plus que 
nos alliées politiques? Et, cependant, elles nous sont complètement 
étrangères: leur législation douanière, leur système monétaire, leur 
droit commercial nous sont à peu pies aussi inconnus que ceux delà 
Chine ; nous savons peut-être que leur système diffère du nôtre sur 
plusieurs points, — que, depuis M. Rameau, il s'y trouve beaucoup d'Aca- 
diens, — qu'Halifax n'est pas tout-à-fait Portland, et qu'il est quest on de 
construire un chemin de fer intercolonial : — c'est à peu près tout. Il 
semble que le reste nous importe peu ou point du tout. Sans doute, il a 
été question de confédéraiion ; mais l'opinion publique mal renseignée 
y a vu une menace natiunale, l'accomi lissement d'un projet rnaclravé- 
lique, et force a été aux gouvernants de reculer, d'ajotirner leurs 
desseins. 

" A propos de la question qui nous occupe en ce moment, ne l'avons- 
nous pas étudiée à un point de vue presque exclusivement canadien ? En 
faisant le contraire, c'est-à-dire en envisageant plus souvent que nous 



portance future de ces riches possessions de l'Angleterre. La supériorité 
de transit qu'offre le St. Laurent aux immenses produits des plateaux 
de l'Ouest ; supériorité qui sera encore d'un tiers plus grande si jamais 
la province se décide à canaliser l'Ottawa jusqu'au lac Huron, — et que 
ne pourra jamais égaler le canal de l'Erié, — leur est parfaitement 
connue: personne de leurs grands négociants n'ignore que Québec est 
de 500 milles plus près de Liveroool que ne l'est New-York, et que du 
jour où nos ports de mer pourront offrir un taux suffisant de fret océani- 
que, New-York aura à lutter contre une concurrence formidable ; leurs 
puissantes compagnies de canal connaissent et apprécient tout cela à 
sa juste valeur. Voilà pourquoi, nous le. répétons, il se fait tant de bruit 
à New-York et ailleurs contre le Traité de Réciproci'é tel qu'il existe ; — 
voilà pourquoi on désire avec tant d'ardeur en modifier essentiellement 
les bases." 

Jugement Erroné de M. Renan sur les langues sauvages, par N. 0. ; 
24 p. in-8o., E. Scnécal. Prix. 12$ cts. 

C'est une réimpression à un très-petit nombre d'exemplaires des arti- 
cles si intéressants qui ont paru dans notre journal sous ce titre. 

Hervieux : Analyse des lois d'enregistrement suivie d'un appendice 
contenant certaines observations sur les défauts et les lacunes de la loi 
d'enregistrement, par J. A. Hervieux, réeristrateur du comté de Terre- 
bonne; in-12o, 110-v p. Beauchemin et Valois. 

Notre regretté Jnge-en-chef, Sir L. H. LaFontaine avait oublié, en 
1842, un livre sur cette matière. M. Hervieux, comme il le dit bien judi- 
cieusement, n'a point voulu refaire le travail de cet eminent juii=con- 
sulte ; mais, comme la loi d'enregistrement a été considérablement aug- 
mentée et modifiée, et que de plus l'édition de l'ouvrage de M. La 
Fontaine est épuisée, il a cru devoir publier ces note3 qu'il avait d'abord 
rédigées pour son propre usage. Les observations et les suggestions 
dont il les a fait suivre, ont l'avantage d'être le fruit de l'expérience 
et des réflexions sérieuses d'un homme qui paraît s'être dévoué avec 
zèle et intelligence à la charge qu'il remplit. De pareils travaux ont 
droit à toutes nos sympathies, et nous constatons avec plaisir qu'ils de- 
viennent de jour en jour plus communs parmi nous. 

Le ch : A great work left undone or a lecture on moral instruction in 
the common schools, by the Revd. Canon Leach, 32 p. in-8o. 

L'auteur est vice-principal de l'Université McGill et membre du Con- 
seil de l'Instruction publique du Bas-Canada. Nous avons reproduit 
une partie de son travail dans notre journal anglais. Nous ne saurions 
admettre cependant que l'œuvre à laquelle il porte avec raison tant d'in- 
térêt et qui est à la vérité susceptible de développements, soit entière- 
ment d faire dans nos écoles. Il est vrai que ses remarques, comme il a 
eu le soin de le dire, s'appliquent surtout aux écoles où l'instruction re- 
ligieuse est ou mise de tôté, ou réduite à sapins simple expression, de 
l'avons faille Traité de Réciprocité dans sa portée économique pour I ceinte de heurter les convictions des diverses denominations qui s'y 
toutes les colonies, n'aurions-nous pas risqué de nous attirer des repro- rencontrent. Le Devoir du Chrétien, qui se lit dans le grand nombre de 
ches graves ? Dégageons l'intérêt canadien de la question, analysons-le, | nos écoles, est un excellent traité de morale appuyé s 
tâchons de le comprendre, et pour le reste, advienne que pourra: voilà | ' 



ce qu'on nous eût dit. 

" Eh bien, nous le répétons, il n'y a que des nécessités subites qu 1 
puissent secouer l'indifférence de l'opinion publique sur des questions 



lecture de M. Leach est d'ailleurs très-habilement et vigoureusement 
écrite et parait êtie le résultat de longues et fortes convictions. L'idée 
de donner aux enfants en suj des principes ordinaires delà religion et 
de la morale certaines notions des devoirs de la vie civile au point de 



i vue des lois positives qui régissent la société particulière où ils se trou 
i nous intéressent tout autant que le Traité de Réciprocité ; il n'y a | , é ' mél ii e aussi qu'on s'y arrête et qu'on en profite. Noui 

xigences nouvelles qui soient capables d'ouvrir à notre politi- H '.'a.„„ 



que des exigences nouvelles qui soient capables d'ouvrir à notre pol 
que des horizons nouveaux, et de lui imprirnet des tendances plus larges, 
plus fécondes, plus vraies, plus nationales et plus progressives. On 
comprend maintenant que si nous sommes très-favorables à la continua- 
tion d'une reciprociié d'échanges avec les Etats-Unis sur les mêmes 
bases que celles de 1854, nous n'en faisons pas non plus une condition 
essentielle de notre piospé ité, et que ce qui est avec le traité aujour- 
d'hui une question de temps pour la politique du Canada, deviendrait, 
sans le traité, une nécessité urgente, un devoir immédiat, une question 
de vie ou de mort. 

" La politique de ce pays, qui tient l'un des premiers rangs parmi 
toutes les piovînces anglaises, doit avoir un but noble, élevé, un but 
d'émancipation et d'indépendance : tous nos actes importants doivent 
e'impréguer de ce souffle fécond, et respirer comme un parfum d'avenir 
(1) pour nous rendre oignes de la mission que la Providence a assignée 
à cette colonie. 

" Un simple coup d'œil jeté sur la carte des possessions anglaises de 
l'Amérique du Nord suffit pour indiquer qu'elles sont destinées, dans un 
temps plus ou moins prochain, à être le siège d'un vaste empire. Leur 
système unique de navigation intérieure, leurs nombreux ports, leurs 
côtes maritimes, leurs pêcheries inépuisables, leurs bois si recherchés. 
Ieur3 mine3 de toute espèce, leurs immenses bassins houillers, les pro- 
duits si variée de leur Sul fertile, leur excellente position géographique, 
1 énergie de leurs habitants, leurs principes de foi, de moiale et de pro- 
bité, lTi.r3 tendances conservatrices, leur génie naiional moitié français 
moitié anglais, et cette marche lente mais sûre du progrés dans les pays 
du Nord, lout démontre que cetie partie de l'Amérique n'est pas fait 
pour devenir à jamais une simple dépendance, un autre état du Maine 
de la grande république américaine. Pour notre part, nous admirons 
la clairvoyance d« ii"S voisins en nous prêchant au nom du progrès de= 
lumières, le libre-échange absolu, car ils ne se trompent pas sur 1 im- 

(1) M. Thiers. 



quon sy 
aurons peut-être occasion de revenir sur ce sujet. 

Logan : Notes on the gold of Eastern Canada, 8o. 40 p. Prix 25 cts. 
Dawson. 

Voici une brochure qui se recommande d'elle-même. C'est une réim- 
pression de3 divers passages des rapports géologiques qui traitent des 
gisements aurifères du Canada. 



Petite Revue Mensuelle. 

Depuis notre dernière livraison, les événements politiques dans notre 
pays se sont précipités avec une grande rapidité. Le 17 mars, c'est-à- 
dire peu de jours après le vote unanime de l'adresse dans les deux 
chambres, le chef du ministère, l'hon. Sanfield MacDonald, entrait en 
pourparlers avec Sir Etienne Taché pour former une nouvelle combi- 
naison, qui donnât plus de force au gouvernement. Sir Etienne s'étaut 
montré peu disposé à rentrer aux affaires, le ministère résigna et M. 
Ferguson Blair, l'ancien secrétaire-provincial, fut chargé de former une 
nouvelle administration. Le 21, M. Blairenvoyait une dépêche télégraphi- 
que à Sir Etienne Taché,àMontmagny,le priant de venirà Québec confé- 
rer avec lui. Sir Etienne ayant refusé de se charger de former la partie Bas- 
Canadienne de l'admininration, M. Blair s'adressa à M. Dorion, qui, apies 
quelques pourparlers avec M. Chapais, M. Abbott et M. Alleyu, lui dit 
qu'il lui était impossible de former, dans le Bas-Canada, une com- 
binaison d'où pût résulter un gouvernement fort. Lord Monk s'adressa 
alors à Sir Etienne, le priant de se charger de la formation de tout le 
cabinet ; mais il persista dans son refus et suggéra à S. E. de choisir 
M. Cartier. Ce dernier, ayant été appelé, parvint à faire consentir sou 
ancien chef à se chaigerde'la lâche qu'on lui offrait. Sir Etienne invita M. 
John A. MacDonald à lui donner son concours pour la formation de la 



JOURNAL DE L'INSTRUCTION PUBLIQUE. 



55 



section Haut-Canadienne. M. MacDonald, à son tour, luiconseilla de s'a- 
dresser à M. Campbell, qui, étant absent, fut invité par le télégraphe à 
venir a Québec. Quelque diligence qu'il fît, il ne fut possible de conférer 
avec lui que le 26. It se mit de suite en rapport avec M. Ferguson Blair 
puis avec M. Wallbridge ; mais les négociations avec ces Messieurs, n'siynnt 
point réussi, et Sir Etienne s'étant lui-même adressé, sans plus de suc- 
cès, à M. MacD .Migall, M. MacDonald consentit enfin à prendre la direc- 
tion de la section Haut-Canadienne. Toutes ces négociations, les plus 
compliquées qui aient encore eu lieu dans ce pays, prolongèrent la crise 
ministérielle, au point que ce ne fut que le 30 mars que les nouveaux 
ministres purent être assermentés. 

L'administration Taché-MacDonald se compose comme suit : Bas- 
Canada, Sir Etienne Taché, receveur-général et ministre de !a milice ; 
les bon. Cartier, procureur-général. Galt, ministre des finances, McGee, 
ministre de l'agriculture, Chapais, ministre des travaux publics, Langevin, 
solliciteur-général; Haut-Canad* : les bon. J. A. MacDonald, procu- 
reur-général, Campbell, commissaire des terres, Foley, maître général 
des postes, Buchanan, nrésident du Conseil exécutf, Simpson, secré- 
taire-provincial, et Coekburn, solliciteur-général. 

L'hon. M. Cauchon annonça desuite à la chambre la formation du mi- 
nistère et lut un memorandum contenant le pi ogramme du nouveau gou- 
vernement. Le lendemain, Sir Etienne Taché donna des explications 
très-détaillées dan3 le Conseil Législatif sur toutes les négociations 
ministérielles, et les deux chambres s'ajournèrent jusqu'au 3 de mai pro- 
chain, pour laisser aux nouveaux ministres le temps de se faire réélire 

La principale difficulté qui a empêché la formation d'un ministère de 
coalition paraît avoir été le fait que, d'un côté, M. Ferguson Blair vou- 
lait obtenir quatre portefeuilles pour son parti dans le Haut-Canada et 
deux dans le Bas; tandis que, de l'autre, Sir Etienne Taché ne voulait 
lui en laisser que trois dans le Haut-Canada et voulait disposer lui-même 
de tons les portefeuilles pour le Bas-Canada. 

Si l'on en croit le Montreal Herald, la Providence viendrait au secours 
de notre politique, dont la gtande difficulté, depuis quelques années, a 
été la question de la représentation. La différence de population qui 
allait en augmentant entre les deux sections de la province irait main- 
tenant en diminuant par suite de la découverte d'abondantes mines 
d'or et de cuivre dans le Bas-Canada. 

Le fameux mot aca-nada (il n'y a rien ici) que l'on arait donné à tort 
comme l'origine du nom de notre pays, se trouve démenti ; et il est 
assez étrange que le précieux métal recherché à cette époque avec tant 
d'ardeur par les Européens, soit resté caché si longtemps. La 
découvette de nouveaux gisements d'or ou de cuivre se fait chaque jour 
et il paraît bien avéré que toute la région qui s'étend entre le St. Lau- 
rent et les Etats-Unis est plus ou moins riche de l'un ou de l'autre de ces 
métaux. Déjà des capitaux et des bras étrangers viennent nous dispu- 
ter ces trésors ; et il n'y a pas de doute que d'ici àquelques années notre 
population en aura reçu une augmentation considérable. 

Si l'or et l'argent ne donnent point toujours la prospérité aux nations 
pas plus qu'aux individus, on ne peut s'empêcher d'avouer que leur 
découverte dans les pays nouveaux, depuis le commencement de ce 
siècle, a singulièrement contribué à la colonisation. L'Australie, la 
Californie, la Colombie anglaise en sont la preuve ; mais ceux, il est 
vrai, qui voudraient prouver que pour être très-riche, un pays peut être 
en même temps très-malheureux, pourraient citer le Mexique. Jus- 
qu'ici les discordes intestines' ont era| êché cette vaste contrée de jouir 
des trésors immenses qu'elle recelait. Le nouvel empereur que la France 
et l'Auti iche viennent de lui donner et qui, après avoir fait une visite de 
remerciement à l'empereur Napoléon, est maintenant à Londres, pourra- 
t-il gouverner ces populations turbulentes et à demi-civilisées ? C'est ce 
qu'il faut souhaiter comme bien d'autres bons résultats sans en être à 
l'avance trop ceitain. Comme le roi de Grèce que \ Illustration avait 
spirituellement représenté se rendant dans ses états monté sur une 
tortue, le nouvel empereur prend, lui aussi, le chemin des écoliers 
Puisse l'avenir ne pas justifier cette sage lenteur dans ce cas-ci comme 
dans l'autre ! On sait que. le nouveauroi des Hellenes est'déjà très-impopu- 
laire dans son royaume, et que l'on commence une agitation semblable à 
celle qui a conduit à la fuite du roi Othon. Si les Grecs ne veulent se gou- 
verner eux-mêmes ni sous une république ni sous un monarque constitu- 
tionnel, il faudra bien que le Czar ou l'Angletetre les prenne en tutelle : le 
premier n'y aurait guère d'objection et se chargerait même volontiers de 
la Tuiquie par dessus le marché. Quant à l'Angletetre elle paraît trou- 
ver qu'elle a tout autant de dépendances qu'il lui en faut ; et elle vient 
de compléter l'abandon des îles ioniennes, pour lesquelles cependant les 
Grecs auront une assez jolie carte à payer sous forme de pension aux 
anciens fonctionnaires, indemnités, etc. 

Une guerre paraît être imminente entre la Turquie et la Moldo-Vala - 
chie ; cette circonstance donnerait beau jeu à la Russie, si elle n'avait 
point déjà sur les bras l'insurrection de la Pologne. L'Autriche arme de 
son côté en Vénétie, sachant très-bien que Victor Emmanuel se tient 
prêt à profiter des complications que peut amener le conflit dano-ger- 
maniq je. 

Nonobstant que le Danemark ait consenti à des conférences, la guerre 
se poursuit avec une certaine vigueur de la part des alliés. Ils ont mi- 
le siège devant Dupiel, dans le Schlesw'g, et sont même entrés dan3 le 
Jutland où ils se disposent à attaquer Fredericia Un engagement a eu 
lieu entre cinq frégates à vapeur danoises et deux vaisseaux de ligne 
prussiens et des chaloupes canonnières. L'avantage est resté aux 
Danois, 



Il y a donc dins ce moment trois grandes luttes, où des états faibles com- 
battent pour leur indépendance et leur autonomie, contre des puissances 
dix fois plus fortes qu'eux eu richesse, eu population et en ressources 
de tout genre ; et déjà deux de ces luttes se sont piolongée? bien au delà 
du terme que la sagesse des politiques et des diplomates leur avait 
fixé. Sans aucun secours étranger, la confédération du sud des Etats- 
Unis a déjà résisté plus de trois ans aux efforts du gouveri ement de 
Washington, tandis que la Pologne lutte depuis un an contre un colosse 
encore plus relontable. Les prévisions assez générales sont que le 
Danemark, sans l'intervention de l'Angleterre, sera écrasé par les puis- 
sances germaniques ; mais qui sait encore si ce faible état ne trouvera 
pas aussi dans son patriotisme des res-ources qui prolongeront la guerre ? 
Un peuple qui lutte chez lui pour l'indépendance, qui, suivant la formule 
antique, combat pro aris et focis a de bien grands avantages. 

La neutralité de la France et de l'Angleterre, dans ces trois grandes 
luttes, est une véritable calamité pour le genre humain ; et cette neu- 
tralité, dont les conséquences sont si funestes, a pour cause principale 
la défiance qui existe entre ces deux puissances depuis la guerre 
de Crimée. Le spectacle de leur alliance active était en vérité trop 
beau pour qu'il pût duier. Cette défiance, ne peut que s'aug- 
menter par le résultat du procès des quatre Italiens qui ont été 
trouvés coupables d'un complot contre la vie de l'empereur, complot 
qui était à la veille de recevoir son exécution lorsque les conjurés furent 
ariêtés par la police. Comme le complot d Orsini, celui-ci s'est aussi 
formé à Londres, et cette fois Mazzini a été accusé comme complice et 
M. Stanfeld, membre du parlement et même du gouvernement anglais, 
dont ,'e nom avait déjà été mentionné, se trouve compromis au point 
qu'un vote de censure, proposé à la sui'e d'explications peu sati-fai- 
santes données par lui dans la Chambre des Communes, n'a été rejeté 
que par une majorité de dix voix. 

C'est au milieu de ces circonstances plus menaçantes encore que celles 
tie sa naissance qu'a été baptisé le petit-fils de notre souveraine, le futur 
héritier du troue. II a reçu pour noms ceux d'ALBERT-VlCTOR-CHRÉriEN- 
Edouakd, et a eu une demi-douzaine de parrains et autant de marraines, 
en tête desquels figurent Sa Majesté la reine Victoria et S. M. le roi 
des Belges. La cérémonie a eu lieu le dix mars, à la chapelle du palais 
de Buckingham, l'archevêque de Cantorhéry officiant. 

Au moment où le petit prince entrait dans la vie, deux souverains, le 
roi de Bavière et la duchesse de Parme, quittaient ce monde. 

Il est peu de princesses qui aient été aussi évidemment vouées au 
malheur que la duchesse de Parme. Elle avait quelques mois à peine 
lorsqu'elle fut enlevée, la nuit, de son berceau, et apportée endormie 
près de son père assassiné. " L'enfant qui entend pleurer, dit un de 
ses biographes, pleure elle-même et jette des ci is comme si elle pouvait 
comprendre son malheur. A la voix de sa fille, le duc de Berry rouvre 
les yeux tt, faisant un effort surhumain, pose ses lèvres glacées sur ce 
petit front, saisit cette petite main et la main de la duchesse, et on 
entend cette recommandation suprême qui s'exhale avec son dernier 
soupir: " Que Dieu vous protège!" Telle fut l'aurore de cette vie qui 
vient de finir et la suite répondit trop b^en-à ce commencement. 

La jeune princesse n'avait que onze ans lotsqu'en 1830, elle prenait 
avec toute sa famille le chemin de l'exil. Le 10 novembre 1845, elle 
épousa, à Froshdotf, le prince héréditaire de Lucques, qui ne montait 
hélas sur le trône de Parme, dont par l'ordre de succession i! paraissait 
éloigné, que pour être immolé aux passions révolutionnaires. Le 26 
mars 1854, son époux Charles III, était assas-iné comme l'avait été le 
duc de Berry. Devenue tutrice de ses quatre enfants et régente, du duché 
pour son fits Robert, alors âgé de six ans, la noble veuve sut montrer tant 
d'habi ! eté, de bonté, de fermeté et de sagesse que si la couronne ducale 
eût pu être sauvée, elle aurait -certainement réussi à la conserver pour 
son fils ; mais elle fut balayée avec les autres princes italiens par les 
dernières révolutions et dut s'exiler de cette nouvelle patrie comme elle 
l'avait fait de la première. 

Le roi Maximilien de Bavière était né en 1811 ; il avait succédé à son 
Itère, en 1848, lors de son abdication; il laisse pour successeur un fils 
âgé de 19 ans qui a été proclamé sous le nom de Louis II. 

A ces nécrologies royales s'ajoutent les décès de l'amiral Hamelin, et 
du procureur général de Cordoen, qui venait justement de conduire à 
terme 1.- procès des quatre Italiens, dans le cours duquel il avait si nette- 
ment dénoncé M Stanfeld. 

Dans notre nécrologie locale nous avons à enregistrer le nom de M. 
Edouard Scallon, citoyen de la nouvelle ville de Juliette, qui a continué 
les œuvres de son fondateur dont il avait été l'agent, et a laissé une 
partie de ses biens à ses institutions ; et celui du Dr Nault, professeur à 
l'Université-Laval. M. Nault était un des médecins les plus en vogue à 
Québec; il était autant connu par sa charité que par son habileté et 
son ac'ivité. 

Les journaux d'Ottawa nous ont aussi donné, dans le mo's dernier, 
des détails sur l'inhumation de M. Edouard Masse, jeune homme de 16 ans 
et quelques mois, qui avait péri avec un autre j j une homme du nom tie 
Ferdinand Pronlx, sur le lac Huron, près des îles Manitoulines, en tra- 
versant sur la glace la veille du premier jour de l'année, dans une de ces 
tempêteS de neige qui ont causé tant de sinistres dans l'ouest. 

Une première inhumation avait eu lieu à l'île Manitonline ; les citoyens 
d'Ottawa où M. Masse, père, dont nous avons publié, il y a quelques 
années la nécrologie, était universellement estimé, ont assisté en grand 
nombre au second service funèbre. Cette mort, aussi tragique qu; pré- 
maturée, a causé la plus vive sensation. 



56 



JOURNAL DE L'INSTRUCTION PUBLIQUE. 



NOUVELLES ET FAITS DIVERS. 



soupçonnée des mêmes tendances, ses écoles demeurèrent désertes. Au- 
jourd'hui que l'on est libre d'enseigner aux enfants la langue maternelle 
seule, ou les deux langues à son choix, les municipalités franco-cana- 
diennes font les plus grands efforts pour obtenir des instituteurs qui 
puissent enseigner le français et l'anglais. 



BCLLETIX DR L INSTRUCTION I>UBL1C;UE. 

Nous extrayons de VExposé de la Situation de l'Empire, pour l'année 
1863, les renseignements suivants. Nous avons reçu ce document en 
même temps que le Bulletin administratif de l'Instruction Publique, que 
5-, E. le miuislre de l'instruction publique a bien voulu nous faire adresser. 
Le sort des instituteurs et des institutrices attire l'attention la plus 
paternelle du gouvernement français. Par un décret en date du 4 sep- 
tembre, l'Empereur a ordonné qu'une somme de 100,000 francs, prélevée 
annuellement sur les fonds à donner eu secours aux communes pour 
acquisitions, constructions et réparations de maisons d'école, sera appli- 
quée à l'achat du mobilier personnel des instituteurs et des institutrices 
sous la condition que les communes supporteront la moitié de la 
dépeuse d'acquisition de ce mobilier, lequel restera propriété communale. 
Les éléves-maitres, sortant des 80 écoles normales primaires, profiteront 
plus particulièrement de cette disposition : déjà le décret du 19 avril 
1862 avait décidé que chacun d'eux recevrait, pour se rendre à son 
poste, à la fin de ses études, une indemnité de 100 francs. Le décret du 
4 septembre dernier a élevé le minimum du traitement des directeurs 
des écoles normales de 2,000 à 2,400 francs et le maximum de 3,000 à 
3,600 francs. Les maîtres adjoints ont vu également leurs traitements 
s'élever en minimum de 1,200 à 1,400 francs et en maximum de 1,800 à 
2.000 francs. 

Malgré les progrès qui ont été faits dans tout ce qui se rattache à 
l'instruction primaire, il y a encore, en France, 1,018 communes, où les 
moyens d'instruction fout complètement défaut; 10,119 autres commu- 
nes qui ne sont pas propriétaires du local où leurs écoles sont installées 
et Drès de 600,000 enfants entièrement privés d'instruction. Les statis- 
tiques révèient, de plus, que le chiffre des conscrits ne sachant ni lire ni 
écrire ne diminue pas en proportion de l'élévation progressive du nom- 
bre des enfants admis dans les écoles. C'est que ceux-ci ont oublié de 
12 à 20 aus ce qu'ils avaient appris entre 8 et 12 ans. L'école qui leur 
enseigne à lire, à écrire et compter n'a fait que placer dans leurs mains 
un instrument qui se rouille promptement et devient inutile, s'il n'est 
souvent mis en usage. De là la nécessité des cours d'adultes et des biblio- 
thèques scolaires. Il n'existe encore que 4,161 cours d'adultes ; mais 
plus de 5,00i) communes possèdent des bibliothèques scolaires. 

En résumé, il existait en France, es 1863 : 82,135 établissements 
d'instruction primaire, c'est-à-dire, 16,136 de plus qu'en 1848 et le nom- 
bre des élèvps qui les fréquentent était, en 1862, de 4,731.946 contr*- 
3,771,597 en 1848. C'est une augmentation de vingt-cinq pour cent 
dans l'espace de 14 ans. A ce nombre total d'élèves des établissements 
d'instruction primaire il faut ajouter 62,762 élevés des collèges et lycées, 
faisant en tout 4,794,708. 

La moyenne du salaire des institutrices des écoles primaires est de 665 
fraucs 33 centimes. Cependant, 4,736 institutrices n'ont encore qu'un 
traitement inférieur à 400 francs. 

Comprenant toute l'importance d'un bon système d'inspection de 
l'instruction primaire, nonobstant les augmentations qui ont eu lieu à 
diverses reprises dans le personnel et les traitements de cette branche 
de l'administration, le gouvernement français demandera une augmen- 
tation de créilit de 10,000 francs au budjet de 1865 pour cette bran- 
che de l'administration. 

Enfin, l'exposé de la situation de l'instruction primaire se termine par 
ces paroles remarquables sur lesquelles nous attirons toute l'attention de 
nos législateurs et de nos hommes d'état. 

" 11 faut que le pays se pénètre bien de cette vérité que l'argent dé- 
pensé pour les écoles sera épargné pour les prisons. 

" Deux faits considérables se produisent au sein de notre société : 
l'augmentation progressive de la population scolaire, qui s'est accrue 
depuis 1848 d'un million d'enfants, et la diminution de la criminalité." 

— Un journal d'éducation, Y Illinois Teacher, annonce à ses lecteurs que 
le système d'instruction publique à la Nouvelle-Orléans a été grande- 
ment amélioré sous le régime federal. " Les écoles ont été organisées 
avec un programme uniforme qui fait disparaître bien des irrégularités ; 
la langue anglaise sera la seule que l'on enseignera à l'avenir dans les 
écoles élémentaires au lieu du français que l'on enseignait ci-devant. 
D'autres améliorations ont été faites et elles rpndront le système beau- 
coup plus efficace et d'une bien plus giande portée, (far reaching) ." 

Nous ne pouvons point nous prononcer sur les autres merveilleuses 
améliorations dont parle notre confrère; mais notre opinion est toute 
faite sur la seule qu'il veuille bien expliquer et qui consiste à proscrire la 
langue nationale. Son art'cle, reproduit partons nos journaux, serait ici 
très-efficace et d'une bien grande, portée, en donnant la mesure de^la libé- 
ralité du gouvfrnt-ment fédéral envers les populations fr.inçai-es qui se 
trouvent à si merci. I.a Russie essaie aussi duns ce moment d'une pros- 
cription semblable en Pologne. Le temps nous dira qui aura été le olus 
heureux du Czar ou de M. Lincoln dan3 cette tentative. Mais nous pou- 
vons parler pour notre pays. Lorsque l'ancienne institution royale fut 



BULLETIN DES SCIENCES. 

— Où commence un règne ? où finit l'autre ? Questions ardues et que, 
tous les jours, les découvertes de l'analyse et de l'observation rendent 
plus insolubles. L'huile avait passé pour un produit végétal : le pétrole 
y a mis bon ordre ; le cuivre était un produit minéral : un chimiste 
Scandinave, comme Sganarelle, a changé tout cela ; l'ivoire était un 
produit animal, du moins c'était une opinion proéminente chez les élé- 
phants et même les mastodontes : erreur profonde ! L'ivoire est tout 
simplement un produit végétal, taillable et cultivable à merci dans les 
plaines de l'Amérique méridionale, peut-être en Araucanie, cette région 
si méchamment volée à M. de Tonnens. Dans ces régions donc, croît 
un végétal de la famille des palmiers, que l'on désigne sous le nom de 
phytelephas macrocarpa, produisant un fruit assez volumineux, de la 
nature de l'ivoire ou de l'os, susceptible d'être travaillé comme l'ivoire 
animal Le docteur Phipson, dans un mémoire lu à la Société anglaise 
de chimie, dit que le contact de l'acide sulfurique lui fait prendre une 
belle couleur ronge, analogue au magenta, ce qui permet de distinguer 
cet ivoire du produit animal. — Revue Britannique. 

— Les carrières de Carrare peuvent s'épuiser totalement, le paros 
peut disparaître par suite de l'action plutonique, la chimie n'en a cure. 
Sir James Hall, et après lui le professeur Roze, de Berlin, sont là, et les 
artistes peuvent travailler sans souci. Ces messieurs déclarent faire 
du marbre, du vrai marbre cristallisé, ne vous déplaise, en exposant le 
carbonate de chaux à une grande chaleur et à une grande pression. 
Voici, entre autres exemples, deux des opérations qui ont amené à ce 
résultat. Un cylindre de fer fut rempli d'arragonite de Bohême, et un 
creuset de porcelaine le fut de pierre à lithographier. Ces deux réci- 
pients, hermétiquement scellés, furent alors exposés à la chaleur franche 
pendant une demi-heure, au bout de laquelle on les laissa refroidir. A 
l'ouverture, le flacon dp porcelaine contenait un marbre gris, et le cylin- 
dre métallique, un marbre tout à fuit blanc, grenu et cristallisé. L'opé- 
ration n'est, du reste, point difficile à expliquer. La chaux entre en 
fusion, et l'acide carbonique, ne pouvant s'échapper, se trouve refoulé 
sur lui-même, jusqu'à ce que, par sa propre pression, il se combine de 
nouveau avec la chaux plus intimement qu'auparavant. — Ib. 

— On vient de découvrir au Canada une nouvelle source de richesses 
métallurgiques, une mine d'antimoine, située à Soutb-Ham, près de 
Québec. Les divers échantillons, pris sur différents points du district, 
ont été examinés par sir W. Logan, géologue eminent, et les analyses 
ont été si satisfaisantes, que déjà plusieurs fouilles ont été entreprises 
sur une grande échelle. Il est certain que l'industrie métallurgique 
européenne et américaine y trouvera de notables avantages, à cause de 
l'économie de temps et de frais de transport, car, sauf une ou deux 
mines en Allemagne et en Corse, les seules mines d'antimoine du monde 
sont à Bornéo, et leur exploitation est considérablement entravée par 
la distance et la dépense du fret. — Ib. 

— Le gouvernement français vient de décider l'envoi au Mexique 
d'une commission scientifique sur un très-grand pied et qui devra faire 
pour l'Amérique du Sud ce qu'ont fait les savants du premier empire 
pour l'Egypte. Parmi les membres de cette commission se trouve l'abbé 
Brasseur de Bonrbourg qui a publié depuis quelques années des ouvrages 
d'une grande étendue sur les langues du Mexique. Nous souhaitons qu'il 
les ait étudiées avec plus de soin que l'histoire de notre pays. Voir 
à ce sujet les Observations de M. Ferland sur l'Histoire du Canada de 
l'abbé Brasseur. 

— Le Marco Polo a dû laisser Trieste, le 5 mars, pour son second 
voyage autour du monde. Le nombre des passagers est de 60 ; le coût 
du voyage est de £400 et la durée probable de huit mois. La première 
expédition de ce genre a parfaitement réussi. On doit visiter trente 
ports de mer sur la route ; et l'on aura cinquante jours en tout pour ces 
stations. Le vaisseau est muni d'instruments et d'appareils scientifi- 
ques de toute espèce. 

— Des cours libres d'enseignement supérieur se sont ouverts à la 
Sorborne sous îe nom de soirées littéraires et scientifiques. Ces cours ont 
été provisoirement autorisés par le ministre de l'instruction publique. Il 
y a dtux séances par semaine, le lundi pour les sciences, le vendredi 
pour les lettres. A la première conférence de M. Jamin sur les divers 
états de la matière, l'affluence du public a été telle que la salle s'est 
trouvée trop petite pour contenir la foule. Un grand nombre de dames 
assistait à ces leçons, et le ministre de l'instruction publique a fait faire 
une tribune pour leur usage dans la salle des conférences. — Les Mondes. 



Typographie d'EnsiBE Shnécal, 4, Rue St. Vincent, Montré»!. 





Volume VIII. 



Montréal, (Bas-Canada) Mai, 1884 



No. 5. 



SOMMAIRE-— Littérature : Le trois centième anniversaire à Montréal de la 
naissance de Shakespeare.— Discours de MM. Lay, Chauveau et McGee. — 
Poésie : Le Pont Victoria, par Benjamin Suite.— Les premiers vers de Vol- 
taire.— Science : Les deux abbés de Fénélon, par H. V., (suite). — Education : 
Jean Rivard et l'Education, par A. Gérin Lajoie. — Exercice pour les élèves 
des^éeoles. —Exercice de grammaire. — Avis Officiels : Nominations de 
Commissaires d'école et de Syndics d'écoles dissidentes- Diplôme accordé 
à l'Ecole Normale Jacques-Cartier. — Diplômes accordés par les Bureaux 
d'Examinateurs. — Instituteur demandé. — Instituteurs disponibles.— Dons 
offerts à la Bibliothèque du Département. — Livres manquant àla Bibliothèque 
du Département. — Partie Editorials : Le choix des instituteurs.— Biblio- 
thèque du Dépaitement.— Extraits des Rapports des Inspecteurs d'école, pour 
1861 et 1862, (suite).— Revue bibliographique : Du bon ton et du bon langage, 
par Mole Drohojoioahn — De l'Art de la Conversation et de la charité dans lex 
Conversations, par le Père Huguel, (suite.)— Bulletin des publications et des 
réimpressions les plus récentes : Paris, Tours, Londres, Québec. Montréal, To- 
ronto.— Petite Revue Mensuelle.— Nouvelles et Faits Divers: Bulletin de 
l'Instruotion Publique.-Bulletin des Lettres.-DocuMENTS Officiels : Tableau 
de la distribution de la subvention de l'éducation supérieure, pour 1863. 



LITTERA.TUHE 



Célébration à Montréal du troisième anniver- 
saire séculaire de la naissance de 
Shakespeare. 

Dans presque toutes les villes où se parle la langue anglaise, le 
trois centième anniversaire de la naissance de Shakespeare, qui 
tombait le 23 d'avril dernier, a été célébré par des banquets, des 
soirées musicales et littéraires, des processions et d'autres démons- 
trations de cette nature. 

A Montréal, la société St. George, dont la fête annuelle coïnci- 
dait heureusement avec cette célébration, en avait pris l'initiative. 
Le matin, la société s'est rendue comme d'ordinaire à la cathé- 
drale anglicane, où le lord évêque métropolitain a prêché un ser- 
mon de circonstance. Après la cérémonie religieuse, on a planté 
un chêne dans la cour de l'église en l'honneur du grand poète : 
l'hon. M. Moffat et Mde Moffat servaient de parrain et de mar- 
raine. 

Dans l'après-midi, à l'université McGill, un comité de citoyens 
présentait au Principal une bourse contenant une somme de £425, 
pour fonder un concours annuel sur la littérature anglaise. L'heu- 
reux concurrent recevra une médaille d'or dont la face devra porter 
l'effigie de Shakespeare et le revers une inscription convenable. 
Madame Anne Molson et Sir William Logan donnèrent aussi, la 
première une somme de £250 pour la fondation d'une autre médaille 
d'or pour un concours annuel sur les sciences physiques et mathé- 
matiques, et le second une somme égale pour la fondation d'une 
troisième médaille d'or: elle sera donnée, chaque année, à l'élève 
qui se sera le plus distingué dans l'étude de la géologie et de 
l'histoire naturelle. 

Ainsi l'Université McGill, qui possédait déjà deux médailles 
annuelles, celle du Prince de Galles et cel'e qui a été fondée par 
M. Chapman, va se trouver sous ce rapport une des maisons les 
plus riches de ce continent ; l'anniversaire de la naissance de Sha- 



kespeare se placera au premier rang dans les Fastes de celte ins- 
titution. 

La Mercantile Literary Society couronna ce premier jour par 
une grande soirée littéraire et musicale à l'Institut des Artisans. 
Un orgue avait été placé sur le théâtre, et ses sons majestueux 
donnaient à cette solennité un caractère presque religieux. Le 
programme se composait de lectures tirées de Shakespeare, de« 
musique choisie dans les opéras qui ont été faits sur les données 
de ses pièces, d'un essai sur sa vie et ses œuvres, par M. A. 
Bailey, et de la récitation d'un poème inédit de M. Heavyspge. 
On trouvera dans notre prochain journal anglais ces deux dernières 
productions. M. Heavysege, auteur d'un drame épique, Saul, et 
d'une tragédie, le Comte Fclippo, est déjà connu pn Angleterre; 
c'était, ii y a quelques années, un simple artisan de Montréal chez 
qui la lecture et la méditation ont développé un talent poétique des 
plus remarquables ; il est aujourd'hui, nous croyons, attaché à la 
rédaction d'un des journaux «le celte ville. 

Le lundi, 25 avril, la société St. George et la comité qu'elle 
s'était adjoint pour cet objet, ont donné, au Palais de Cristal, une 
grande soirée littéraire et musicale. Près de 6000 personnes 
y ont assisté. Le vaste édifice était élégamment décoré île ban- 
nières, de drapeaux, de statues, de devises et de citations tirées 
des œuvres du grand poète. 

La séance était présidée par M. John Day, président de la 
Société St. George, ayant à ses côtés S. E. le Général Sir FenwicJc 
Williams de Kars, Commandant des Forces, M Beaudry, Maire 
de Montréal, les présidents des différentes sociétés nationales, et 
les orateurs de la circonstance. 

L'orchestre, conduit par le Dr. Peck, joua avec le plus grand effet 
des morceaux tirés de l'opéra de Romeo et Juliet, et les Monta- 
gnards Canadiens chantèrent avec un entrain remarquable plu- 
sieurs de leurs chœurs fiançais qui furent vivement applaudis. 
Nous reproduisons les deux discours anglais et le discours fiançais 
qui ont été prononcés dans l'ordre dans lequel ils figuraient sur le 
programme. 

DISCOURS DE M. DAY. 

Mesdames et Messieurs, — Nous sommes assemblés ce soir pour célé- 
brer le trois centième anniversaire de la naissance de notre barde im- 
mortel, Shakespeare. Quoique la Société St. George ait pris l'initiative 
de cette fête, ejle a été préparée par un comité composé de citoyens 
appartenant aux diverses origines ; elle a donc un caractère universel et 
cosmopolite, et je suis heureux de voir toutes nos sociétés nationales re- 
présentées ici. Je suis certain que vous êtes tous vivement touchés de 
l'unité de cœur et de sentiments qui se révèle ainsi en l'honneur de notre 
grand poète. Puisse-t-elle être l'aurore d'une ère nouvelle dans notre 
cher Canada; puisse-t-elle être suivie d'une union plus étroite et plus 
active dans tout ce qui peut conduire au bonheur d'un peuple destiné à 
devenir' avant peu une grande nation, et à jouer un rôle important dans 
l'avenir de ce continent ! 

Je n'Ignore pas que tout ce que je pourrais dire ce so'r, bien plus, 
tout ce qui pourrait être dit ici ou ailleurs, n'ajoutera pas la plus petite 
parcelle de gloire à l'universelle renommée de Shakespeare ; mais il est 
dû à la grandeur de son génie, il est dû à la divinité elle-même qui s 



58 



JOURNAL DE L'INSTRUCTION PUBLIQUE. 



bien voulu faire scintiller dans ce bas monde un si brillant rayon de sa 
toute puissanse, que nous célébrions de notre mieux la naissance de ce 
grand homme. 

Cette démonstration ne sera pas d'ailleurs inutile au pays : qui fait si 
elle ne fera pas germer des talents jusqu'ici ignorés, si elle ne fera poiut 
sortir de sou obscurité quelque génie inconnu semblable au diamant 
qui, enfoui dans les entrailles de la terre, attend qu'une main industrieuse 
aille l'enlever pour le faire briller aux yeux du monde ? 

L'Angleterre a eu ses Milton, ses Shakespeare, et ses Dryden, l'Ecosse, 
ses Burns, ses Scott et ses Campbell, l'Irlande, ses Goldsmith, ses Moore, 
et dussè-je blesser la modestie d'un de nos orateurs, ses McGee (vifs ap- 
plaudissements), l'Allemagne, ses Lessing, ses Goethe et ses Schiller, la 
France, ses Corneille, ses Racine et ses Molière, et pourquoi le Canada, 
où se rencontrent des descendants de toutes ces grandes nations, pour- 
quoi le Canada n'aurait-il pas aussi ses poètes et ses grands hommes ? 

Des réunions comme celle-ci ont dans tous les cas l'avantage d'appeler 
l'attention des masses sur les travaux de l'esprit et de contribuer à popu- 
lariser les œuvres des grands écrivains dont on célèbre ainsi la mémoire. 
Quant à Shakespeare lui-même et à ses œuvres et à leur influence sur 
l'esprit humain, si même j'en avais la capacité, ce ne serait pas encore 
ma mission de vous en parler au long ce soir ; mais je paraîtrais tout à 
fait étranger à l'enthousiasme et aux sentiments qui doivent faire battre 
le cœur de tout véritable anglais, dans un pareil jour, si je ne vous en 
disais au moins quelque chose. 

Shakespeare est le grand poète de l'art et de la nature, or, plutôt c'est 
l'art lui-même, l'art surnaturel et divin qui présente à la nature un 
miroir fidèle, mais orné de toutes les séductions qu'il lui prête. Quant, 
à l'influence de son théâtre, j'oserai dire que les grandes vérités morales 
qu'il a revêtues d'un langage que lui seul savait parler, ont contribué 
puissamment à la culture de nos intelligences. 

Il peint la vertu comme la robe d'innocence toujours blanche comme 
la neige, et le vice sous une forme si hideuse et si affreuse, si diabolique 
et si peu naturelle, que l'on se refuse à croire, ce qui n'est cependant 
que trop vrai, qu'à la lougue (comme il le dit lui-même) un tel monstre 
puisse " se faire endurer, plaindre et même caresser." 

Les doctrines de Shakespeare n'ont pas été sans influence non plus sur 
le développement social, et il n'est presque point d'incident dans les 
rapports que les hommes ont entre eux qui n'ait reçu de lui une forme et 
une expression couvenables. Quel vaste champ l'influence de son théâtre 
n'a-t-elle pas trouvé dans notre monde politique ! Ses drames histori- 
ques (et presque toutes ses pièces sont historiques) ont exercé le plus 
heureux ascendant sur les monarques et les hommes d'état. Son drame 
d'Henri VI suffirait pour établir ce que je viens d'avancer. Le Prince de 
Galles, qui figure dans cette pièce, quoiqu'il fut d'une bonne et généreuse 
nature, n'était qu'un mauvais sujet comparé au noble jeune homme d'au- 
jourd'hui, que les leçons de son illustre père, ceux de notre noble et 
vertueuse Reine, et disons-le aussi, les écrits de notre illustre poète ont 
si bien préparé pour le grand tôle qu'il devra remplir. A part cet exem- 
ple, les cours du continent, les homines publics de l'Europe entière, ceux 
même de l'Amérique, qui aujourd'hui connaissent tous notre grand écri- 
vain, lui doivent comme nous un tribut de reconnaissance. Car, maintenant, 
Shakespeare n'est pas seulement compris de ceux qui parlent la langue 
anglaise : il a été traduit en français et en allemand, et je ne sais pas 
même s'il n'est pas plus étudié sinon mieux apprécié en France et en 
Allemagne qu'en Angleterre. Comme preuve de la propagande que fait 
Shakespeare pour notre langue trois siècles après sa mort, je citerai 
l'exemple de Kos3uth qui a avoué que la connaissance intime qu'il avait 
de l'anglais lui venait de l'étude et de la lecture de notre grand poète. 
Quiconque a lu les discours prononcés aux Etats-Unis par le patriote 
hongrois a dû être frappé de l'énergie et de la puissance avec lesquelles 
il se servait de notre i liome. 

Je vous remercie de l'attention que vous avez bien voulu m'accorder 
et je vous prie de pardonner à mes humbles efforts qui ne sont pour bien 
dire que le prélude de ceux des deux orateurs, MM. Chauveau et McGee, 
qui, l'un en français et l'autre en anglais, ne manqueront point de rendre 
toute justice au génie et à la mémoire de l'homme qu'on a proclamé à 
bon droit le poète de tous les temps et de tous les siècles : Shakespeare, 
the worlds poet ! 

DISCOURS DE M. CHAUVEAU. 

M. le Président, 



En plaçant un discours français dans leur programme, les ordonnateurs 
de cette fête ont voulu lui donner un caractère qui correspondît à la fois 
à la renommée de Shakespeare et à la condition de notre société. La 
littérature est, en effet, un lien qui unit les peuples les uns aux autres, 
tout comme le commerce, et, dans un ordre de choses plus élevé, c'est 
l'échange des produits purement intellectuels : l'autre n'est que l'échange 
des produits matériels développés, il est vrai, par l'intelligente industrie 
de l'homme. 

Ce siècle, qui a vu les dernières scènes d'une lutte héroïque entre la 
France et l'Angleterre, a vu aussi, pour la première fois depuis les Croi- 
sades, dans une série d'expéditions militaires en Crimée et sur les plages 
de l'extrême Orient, leur3 drapeaux flotter unis ; il a vu, pour la première 
fois, s'abaisser le3 barrières du commerce des deux côtés de la Manche. 
et un traité presque de libre échange promulgué par le neveu de celui 
qui avait proclamé le blocus continental ; il a vu, enfin, l'influence de la 
littérature anglaise s'étendre sur la France, comme, au 17e siècle et au 
18e, celle de la France avait envahi la patrie de Shakespeare. 



Cependant, l'atmosphère politique de l'Europe est peut-être en ce mo- 
ment un mauvais ciel pour le tableau que je viens d'esquisser ; le monde 
est aux défiances, aux négociations inutiles, aux guerres plus inutiles 
encore, et Dieu seul sait ce que l'avenir réserve de jours mauvais à notre 
ancienne et à notre nouvelle mère-patrie ! 

Mais cette fraternité qui, là-bas, n'est qu'un heureux accident, une 
trêve de Dieu pour la paix du monde, elle est ici pour les deux races une 
condition essentielle d'existence. La France et l'Angleterre, après plus 
d'un siècle de combats, nous ont laissé en présence les uns des autres, 
mêlés les uns aux autres comme le3 glorieux debris dont elles avaient 
jonché notre sol ; et, cependant, quoique nous ne puissions point, par la 
force des choses, faire autrement que de partager uue commune destinée, 
vivre d'une même vie, jouir ensemble de toute la plénitude des droits 
que donne à chaque citoyen la constitution britannique, après plus d'un 
siècle, nous sommes encore, à certains égards, plus étrangers, plus in- 
connus les uns aux autres que les habitants des bords de la Seine et de 
la Tamise. Si un livre remaïquable parait à Londres, il est de suite tra- 
duit en français; si une pièce de théàtie fait sensation à Paris, elle est 
aussitôt adaptée au théâtre anglais. N'est-il pas vrai qu'il en est tout 
autrement en Canada?.... que le mouvement littéraire français et le 
mouvement littéraire anglais sont presque complètement isolés, s'igno- 
rent l'un l'autre presque complètement?. . . . Et, cependant, que de fois, 
dans de solennelles occasions, n'avons-nous pas juré qu'il en serait au- 
trement ! Que de fois n'avons-nous pas dit que, s'il était aussi impossible, 
aussi lâche, aussi impie pour les uns que pour les autres de renoncer à sa 
langue, d'abdiquer ses droits, d'oablier ses traditions historiques, il fallait 
tâcher, cependant, de se comprendre, de se respecter et de s'aider mu- 
tuellement 1. . . . Et de cela qu'est-il résulté ? Le lendemain de ce3 

éloquentes protestations, de ces belles promesses, n'a-t-il pas rassemblé 
exactement à la veille ?. . . . 

Aussi, lorsque je vous ai entendu, M. le Président, exprimer l'espoir 
que cette célébration serait l'aurore d'une ère nouvelle, confiant dans 
vos généreuses paroles, et repoussant le septicisme qui naît de l'expé- 
rience, je me suis dit : " Mieux vaut tard que jamais. Le jour est enfin 
venu 1 " 

Et quel nom, quelle mémoire étaient plus dignes que le nom et la mé- 
moire de Shakespeare d'inspirer une telle pensée, de présider à son 
succès ?. . . . C'est, en effet, le propre de sa gloire d'avoir été suffisam- 
ment original et personnel, dans l'immense variété de son répertoire, 
pour imprimer un cachet unique à toutes ses œuvres ; suffisamment na- 
tional dans l'ubiquité de son théâtre, pour ne jamais cesser d'être an- 
glais, et, cependant, suffisamment universel dans la grandeur de ses 
conceptions, pour être compris et réclamé aujourd'hui par l'humanité 
entière. 

Sept villes de la Grèce se sont disputé la naissance d'Homère. On 
s'occupe moins aujourd'hui de la patrie d'un grand Lomme que de ses 
opinions et de ses croyances. Il semble qu'à mesure que les distances 
qui nous séparaient dans l'espace se sont effacées, celles qui nous sépa- 
rent dans le domaine de la pensée se soient augmentées. Ainsi,l'on ne s'est 
pas demandé s'il était bien vrai que Stratford-sur-Avon ait vu naître le 
chantre de Deidemona et de Juliet ; mais on s'est inquiété de savoir si 
la vieille foi de ses pères, ou si les croyances qui dominaient alors dans 
son pays, ont possédé cette grande intelligence. Il s'est même trouvé 
des écrivains qui n'ont voulu lui laisser ni l'une ni les autres. Protestants, 
catholiques et rationalistes voient dans ses œuvres tout ce qu'il faut 
pour le ranger dans leur camp : tous, d'ailleurs, lui apportent, par là 
même, le plus grand hommage qu'il leur soit possible de rendre à son 
génie. Cet étrange spectacle n'est nulle part plus frappant qu'en 
France, à l'heure où je vous parle. Tandis que le protestant Guizot a 
publié une excelleLte traduction de ses œuvres, précédée d'une étude 
aussi savante qu'aucune de celles qui ont été écrites en Angleterre ; 
tandis que Victor Hugo a fait lui-même les commentaires qui accompa- 
gnent la traduction de son fils, et lance, dans ce moment, un volume en 
l'honneur du barde ai.glais, l'éminentet profond auteur de Y Art Chrétien, 
M. Rio, publie un ouvrage où il réclame pour le catholicisme sa personne 
et ses écrits. 

On s'est souvent demandé quel était le secret de cette universalité. 
Pour moi, je ne suis tenté de le voir ni dans la couleur locale de chacune 
de ses pièces à laquelle il y a, souvent même, quelque chose à reprocher, 
ni dans la profondeur philosophique de ses pensées, ni dans la grande 
variété des situations qu'il a si habilement liées les unes aux autres, ni 
même tout à fait dans la réunion complète sur son théâtre de toutes les 
phases de la vie, de toutes les classes de la société, ni même uniquement 
dans l'étude savante des replis les plus intimes de la conscience hu- 
maine. Je le vois surtout dans le fait du génie qui se met à l'œuvre sans 
autre amour que celui de l'ait; dans le poète qui chante comme l'oiseau, 
presque sans relâche, parce qu'il ne peut et ne vent faire autre chose ; 
dans l'observateur enihou = iaste de l'humanité, qui se pénètre lui-même 
de tout ce qu'il veut peindre ; dati3 la parfaite bonne foi du conteur qui 
croit tout ce qu'il conte ; dans la parfaite absoption de l'homme par l'ar- 
tiste, de l'ouvrier par son œuvre. Et remarquez bien, Messieurs, que non- 
seulement dans les écrits de Shakespeare tout favorise cette opinion, 
mais que le fait même de l'ignorance ou de l'incertitude où l'on est sur 
une foule de choses qui le concernent, vient encore l'appuyer. Il ne s'est 
pas arrêté au milieu de sou œuvre pour s'analyser, et faire lui-même son 
portrait pour la postérité ; il n'a jamais cru pouvoir dormir sur ses lau- 
riers ; il a toujours poursuivi l'idéal d'un chef-d'œuvre nouveau à travers 
la nature et l'humanité : eufin, il est permis de le supposer, il n'a jamais 



JOURNAL DE L'INSTRUCTION PUBLIQUE. 



59 



eu la parfaite appréciation de sa supériorité. Tels ont été aussi Racine, 
Corneille, Molière et Lafontaine : ils n'ont pas été des demi-dieux de leur 
vivant, et c'est pour cela qu'ils sont encore debout sur le piédestal où 
les a placés la postérité. Comme lui, ils ont trouvé dans la naïveté de 
leur foi littéraire et artistique, le grand secret de l'art et de la nature ; 
comme lui, ils ont donné toute leur âme à cette muse jalouse qui ne veut 
point d'adorateurs distraits ou d'amants timides ou iutéressés. 

Mais Shakespeare ignorant les règles symétriques qui tyrannisèrent 
longtemps le monde des lettres et dont son exemple et l'exagération de 
ses imitateurs ne nous ont peut-être que trop complètement affranchis, 
Shakespeare, qui avait en même temps l'intuition des grands principes 
de l'art, sur lesquels toutes ces règles avaient éié plus ou moins basées, 
'a eu par là un immense avantage sur tous les poètes du siècle de Louis 
XIV. Rien ne lui était interdit par l'usage ni par la législation du Par- 
nasse ; mais, à défaut de cette législation, il avait, dans le choix de ses 
moyens et de ses ressources, le génie pour guide. Ce n'est point préci- 
sément parce qu'il a négligé ces règles, c'est parce qu'il a su deviner leur 
but et l'atteindre sans les suivre, qu'il a triomphé là où bien d'autres 
après lui n'ont fait que corrompre le goût public. 

Sa patrie elle-même, d'abord séduite par ses succès, ne devait pas 
longtemps rester soumise à ses exemples. Le Shakespeare de Dryden 
et de Davenant ne ressemble guère plus an vrai Shakespeare que celui 
de Ducis et lui ressemble moins que celui d'Alfred de Vigny. Là comme 
en Fiance, on se mit à faire une certaine toilette à celui que Voltaire 
appelait un barbare. Ce ne fut que plus tard qu'on eut le courage de 
retourner au vieux texte, et il fallut pour cela les transformations sociales 
qui ont imprimé un si remarquable élan à toutes les liitéiatures de 
l'Europe. 

Ce qu'on a appelé le style descriptif, puis le romantisme, ce qu'on ap- 
pelle aujourd'hui le réalisme, ce sont autant de protestations, les unes 
exagérées, les autres légitimes, contre l'ennui qui, selon Voltaire, naquit 
un jour de l'uniformité: ce sont autant de manifestations de cet éclec- 
tisme littéraire dont Shakespenre s'est fait un jeu plutôt qu'un principe, 
une nature plutôt qu'un système. La cause de ces réactions, si natu- 
relles à la curiosité anglaise et à la vivacité frai çaise, est toute entière 
dans ce ver3 de Clément, l'ennemi de Voltaire : 

" Qui nous délivrera des Grec3 et des Romains ? " 

Mais est-ce à due qu'elles doivent entraîner avec elles tous 'es prin- 
cipes, justifier toutes les extravagances, noyer l'art et l'idéal dan.' tout 
ce que le réalisme a de plus ignoble ? 

Shakespeare, s'il vivait encore, serait le premier à réclamer, le premier 
surtout à opposer à la perversion du sens moral, à la corruption du goût, 
cette glorieuse triniié du vrai, du beau et du bieu dont il fut le sectateur 
longtemps avant que Cousin en eût expcsé la théorie. La majesté du 
bien, la splendeur du vrai, se tiennent et se touchent dans ses produc- 
tions. Le bien moral est toujours au fond de sa pensée et éclate au milieu 
des scènes où le mal triomphe pac une réprobation aussi éclatante qu'in- 
attendue. C'est Claudius qui veut prier et qui ne peut, Claudius qui 
expose en deux mots la question du repentir et du pardon : 
" May one be pardon'd and retain the offence ? " 

C'est cet autre cri du grand coupable : 

" My words fly up: my thoughts remain below : (*) 
" Words without thought never to Heaven go." 

C'est le remords plus terrible que la goutte de sang sur la main du 
criminel, le remords qui évoque des spectres moins affreux que lui-même ; 
c'est l'avare Sliylock, le seul de tous les coupables qui n'ait ni honte ni 
remords, et qui est justement puni par les pleurs qu'il verse, comme le 
crocodile de la fable pour le mal qu'il n'a pas pu faire. 

Aussi, Messieurs, avez-vous raison d'appeler votre poète le poète du 
monde et des siècles, avez-vous raison de mettre aujourd'hui sous sa pro- 
tection cette plus intime union des diverses sections de la famille cana- 
dienne que vous êtes désireux de voir s'établir et que j'appellerai, moi 
aussi, de tous mes vœux er- saluant avec un enthousiasme égal au vôtie la 
grande mémoire de 1 homme dont le nom, les images et plus encore 
l'esprit et la pensée remplissent aujourd'hui cette salle. 

DISCOURS DE M. McGEE. 

■v 

M. le Président, Mesdames et Messieurs, 

Lorsque le monde entier a destiné ce jour à célébrer la mémoire du 
plus grand génie qui ait jamais pris pour organe de sa pensée la langue 
que nous parlons, il eût été bien étrange que cette ville seule eût gardé 
le silence. Notre fête peut bien ne pas être tout ce que nous aurions 
désiré qu'elle fût, mais toujours pouvons-nous dire que Montréal n'est 
point rayé de la carte de cette partie des domaines de Shakespeare qui 
se trouve en Amérique. (Rires et appl.) Vous avez convié à cette fête 
de la reconnaissance publique les deux langues du Canada, et celle que 
mon honorable ami parle avec tant d'élégance, et celle que Shakespeare 
parlait lui même, la seule peut-être dont il fût bien maître, si l'on en 
excepte le langage universel de la nature, dont il fut un des plus fidèles 
et des plus heureux interprètes. (Appl.) Vous m'avez appelé à faire 



(*) Nous risquerons cette traduction : 

" Ma voix monte vers Dieu, mon cœur reste ici bas, 
Les mots sans la pensée au ciel n'arrivent pas." 



ma part dans cette démonstration, et j'y suis venu comme un débiteur 
qui va rendre compte à son créancier, comme un parent pauvre et éloi- 
gné qui se rend à la fête du chef de la famille, comme an écolier qui 
va porter ses hommages à son maître, comme un héritier en loi, ou plutôt 
en littérature, qui s'acquitte, quoique d'une manière bien imparfaite, de 
ce qu'il doit au riche testateur qui lui a laissé des trésors qu'il n'aurait 
jamais pu ni même espéré acquérir à la sueur de ton front. (Appl.) 

On sait peu de chose de la vie et de la famille de Shakespeare, et il 
règne à ce sujet plusieurs versions contradictoires. Sa mère, Mary 
Aden, appartenait à une bonne famille du comté de Warwick ; son père, 
John Shakespeare, aurait été d'abord boucher, puis gantier; on le 
retrouve plus tard écbevin, puis propriétaire, puis enfin gentilhomme, 
ce qui témoigne, à tout prendre, d'une lutte assez heureuse avec le sort, 
et d'un progrès assez soutenu dans l'échelle sociale. 

Le fameux écusson de Shakespeare, objet de l'ambition du fils et des- 
tiné probablement à satisfaire la vanité du père, prouve qu'il y avait dans 
cette famille, peut-être du fait de la mère Mary Arden, peut-être aussi 
par une des merveilleuses conceptions du poète lui-même, le désir bien 
arrêté d'affirmer et de maintenir ses titres à la position de country gent- 
leman. Shakespeare, qui a laissé aux quatre vents du ciel sa réputation 
poétique, sans s'occuper de ce qu'il en adviendrait, Shakespeare qui 
laissait imprimer de son vivant un Hamlet défiguré, et un Othello apo- 
cryphe, s'occupait cependant beaucoup de son écusson et de je ne sais 
quels parchemius ! Est-ce qu'on doit lui en garder rancune ? J espère que 
non. La plus belle chose que la langue anglaise ait jamais exprimée 
(plus belle qu'Hamlet ou qu'aucune création du giand poète) c'est ce 
noble mot de gentleman, et il n'y a pas à s'étonner de ce que chaque 
homme de génie qui a parlé notre langue depuis Shakespeare jusqu'à 
Waller Scott, ait tenu si fortement à ce titre glorieux. 

Shakespeare reçut son éducation ou le peu d'éducation qu'il eut 
jamais, à l'école de grammaire de Stratford ; il épousa à 18 ans Anne 
Hathaway, et son insuffisante biographie nous fait voir que dans le 
tumulte de la vie littéraire de Londres, aux splendeurs de la cour d'Eli- 
sabeth, datis la société de Ben Johnson, de Dayton et de Burhage, son 
cœur soupirait après les champs et les sentiers solitaires de Stratford 
où se trouvait son premier et dernier amour, Anne Hathaway. (Appl.) 

Je ne crois pas me rendre coupable d'exagération en disant que l'es- 
prit de Shakespeare a toujours été plus préoccupé de l'établissement 
de sa famille à Stratford, à Shotton ou a Shirley que de la gloire de 
ses œuvres ; et que de porter le litre et les honneurs d'un gentilhomme 
du comté de Warwick était plus l'objet de son ambition que d'être 
réputé le premier poète de l'Angleterre. 11 paraît avoir été plus hon- 
teux que glorieux de son mérite comme acteur, avoir eu pour sa répu- 
tation d'auteur dramatique une étrange indifférence, et avoir été sur- 
tout inquiet de sa maison de New Place, de son écusson, de son rang 
de squire, et enfin de sa tombe protégée par une cuirasse dans 1 église 
de Stratford. Etrange puissance du temps et du milieu dans lequel on 
vit ! Charme indicible de l'usage et des traditions ! 

Shakespeare du reste, paraît avoir vécu largement, quoique sans pro- 
digalité et ne pas avoir ignoré l'art de faire quelque argent. S'il faut en 
croire les cancans des biographes, ni l'équitaliôa, ni l'escrime, ni même 
un certain degré de dissipation ne lui furent étrangers. Tel fut 
l'homme, paraît-il, dans sa vie intime : habite, entreprenant, accompli, 
brave et hardi ; plus soucieux du présent que de l'avenir, gai dans le 
commerce des hommes, mélancolique et contemplatif jusqu'à la tristesse 
dans la solitude, eu un mot un abiégé de l'humanité entière, l'homme 
vraiment à qui l'on pouvait dire : " Regarde dans ton propre cœur, et 
écris ! " (Appl.) 

Quant à sa fortune, il mourut dans sa ville natale, dans l'aisance 
sinon dans la richesse, à l'âge de 52 ans. Pour ce qui est de sa philo- 
sophie, sujet bien autrement vaste, il serait tout à fait impossible d'en 
faire une esquisse dans les bornes prescrites à un discours de ce genre. 
En religion, quoiqu'il vécût dans un milieu dominé par l'influence de la 
réforme, on discute encore s'il fut catholique ou protestant. 

En politique, il était monarchique et constitutionnel, enn p mi de l'in- 
toléiance comme on peut le voir par le discours de Falstaff dans Henry 
V ; il aimait le peuple comme on peut le voir aussi dans le di-cours de 
la reine Caiherine, en faveur des classes ouvrières. Dans son théâtre 
historique, tandis qu'il n'a pas épargné des démagogues comme Jack 
Cade, il a rendu justice aux tribuns sincères comme brutus. A Shakes- 
peare plutôt qu'à tout autre écrivain de notre langue , appartient 
l'honneur d'être un esprit complet et parfaitement équilibré ; Milton est 
quelquefois fanatique, Dryden est trop partisan, Byron, trop souvent 
cynique, tandis que semblable à ces statues des Dieux Assyriens, que 
des fouilles récentes ont rendues au jour, rotre grand génie paraît assis 
sur un tiône élevé d'où, calme et impasible, il pénètre de ses regards 
toutes les parties de l'espace avec une majesté presque effrayante tint 
elle est au-dessus des allures ordinaires de l'humanité. (Appl.) 

L'originalité de Shakespeare est maintenant admise de tout le monde. 
Ses œuvres ne ressemblent à rien de ce qui les a précédées, à rien de ce 
qu'ont fait les Grecs, les Romains ou les Italiens. La fusion de la comé- 
die et de la tragédie dans une même scène, le dialogue des fossoyeurs 
dans Hamlet, et les réparties du fou du roi Léar, sont aussi neuves et 
originales, qu'une église gothique comrarée à un temple grec. La pro- 
fondeur de ses pensées ne le cède qu'à leur vur'été ; et nous pouvons 
dire de lui en toute sûreté, qu'il n'est dans la vie ni dans la littérature, 
ni sujet, ni thème, dont il ne nous ait laissé le type le plu3 parfait 
et le plus durable. 



60 



JOURNAL DE L'INSTRUCTION PUBLIQUE. 



Parlerai-je enfin de son influence sur nos idées et sur notre langage ? 
Il me serait impossible d'exagérer ce qu'elle a été et encore moins ce 
qu'elle est et ce qu'elle sera. Des milliers de personnes parlent d'après 
Shakespeare, qui ne l'ont jamais lu, des centaines de milliers pensent 
d'après lui, qui seraient incapables de le citer. Je n'entreprendrai point 
de vous rendre compte de tout ce que l'opinion publique et la pensée 
moderne ont emprunté à notre illustre auteur. Vous ête3 ici ce soir pour 
vous amuser et non pour vous ennuyer en l'honneur de lui. S'il était ici 
lui-même, d'après ce que nous savons de sa vie et de son caractère, il 
aimerait beaucoup mieux se mêler aux groupes de femmes charmantes 
qui nous honorent de leur présence que débiter une harangue didactique à 
cette tribune. Cependant, avant que vous ne recommenciez à écouter 
l'excellente musique choisie avec tant de goût pour cette fête, avant que 
la danse n'envahisse gaiement cette salle, permettez-moi de résumer en 
peu de mots et tout simplement l'idée que je me suis faite de Shakespeare. 
" Avant tout c'était un homme, et comme il l'a dit d'un autre dans son 
langage si fécond, à le prendre tout pour tout, vous ne reverrez jamais 
son pareil/' 

Il a placé une pointe du compas, avec lequel i! mesurait l'humanité, 
d:ins son propre siècle et, de l'autre, il a balayé la circonférence des âges. 
(applaudissements.) Il s'est saisi de la presse que l'on venait de créer, 
il en a fait la trompette de sa propie renommée dont lés sons sont main- 
tenant connus jusqu'aux antipodes. Ses écrits sont la fleur et la perle 
de la littérature anglaise ; ils en sont le couronnement. L'Empire Britan- 
nique pourra disparaître ; la vision où un brillant écrivain écossais nous 
montre un artiste Néo-zélandais esquissant, sur le dernier pilier en ruine du 
pont de Londres, le dôme lézardé de St. Puni, pourra s'accomplir dans la 
suite des siècles ; l'oiseau sauvage pourra f.iire son nid aux rives désertes 
de la Tamise ou de la Mersey ; mais cet oracle de nos isles se fera enten- 
dre jusqu'à ce que le glas de toute chose humaine ait sonné. Sa voix 
parlera toujours à toutes les nations des mystères de la vie et de la mort, 
du devoir, de la destiuée, de la loi, de la liberté, du remords qui s'at- 
tache aux pas du crime, enfin de l'asile béni dont la lumière vient 
éelairer le lit de mort du juste. 

Tousles génies de l'avenir seront ses tributaires comme l'ont été ceux du 
passé ; la longue succession des acteurs depuis Burhage jusqu'à Betterton, 
depuis Dean jusqu'à Macready, des commentateurs depuis Jonson jus- 
qu'à Gervinus, des hommes d'état depuis Southampton jusqu'à Chatham 
et depuis Chatham jusqu'à Derby; tous ceux-là sont les sujets et les 
clients de Shakespeare. Etre compté dans uue telle compaguie, même 
à la dernière place, c'est encore beaucoup d'honneur, et je ne saurais vous 
dire tout le plaisir que j'éprouve en songeant que nous aussi nous faisons 
partie de la suite d'un tel souverain. Ceux qui vivront ici en 1964, vi- 
vront probablement dans un Montréal bien des fois plus grand que celui 
d'aujourd'hui. Ils pourront vivre aussi sous quelque forme de gouverne- 
ment dont nous n'avons aucune idée ; mais je suis certain d'une chose, 
c'est qu'il n'y aura pas même alors dans la vallée du Saint-Laurent, dans 
notre Canada, un peuple plus dévoué, plus reconnaissant, plus jaloux 
envers la mémoire, les bienfaits et l'influence croissante de William 
Shakespeare. (Applaudissements prolongés.) 



POESIE. 



LE PONT VICTORIA. 

Il est jeté sur la rivière 
Comme un appel aux nations, 
La concorde en est l'ouvrière, 
L'art étale sa force en ses dimensions. 
Bravant les colères sauvages 
Du courant, qui roule à ses pieds, 
Il apporte sur nos rivages 
Le commerce de vingt cités. 

La rafale qui tourbillonne, 
Les coups de vent impétueux, 
L'assaut des tempêtes d'automne 
Se brisent sur son flanc ferme et majestueux 1 
Mais quand la débâcle s'avance, 
En mugissant dans le lointain, 
11 faut le voir dans sa puissance 
Aux feux du soleil du matin ! 

Sa grandiose et noble masse 
Tranche d'un jet notre horizon, 
Et domine une mer de glace 
Que le fleuve soulève en crevant sa prison. 
Le flot tourmenté se déchaîne 
Contre ces remparts ennemis ; 
La lutte éveille dans la plaine 
La voix des échos endormis. 

Il re3te vainqueur, solitaire, 
Toujours prêt pour d'autres combats. 
Plus tard le3 vaisseaux d'Angleterre 
Viennent à ses côtés mesurer leurs grands mâts. 



Les longs panaches de fumée 
Montent jusqu'à lui dans les airs 
Comme un encens de renommée 
Venu des bouts de l'univers! 

Œuvre du progrès, du génie, 
Utile et grave monument, 
Tu fais l'orgueil de ma patrie 
Et charmes l'étranger dans son étonnemeut. 
Oh 1 sois comme elle impérissable, 
Que tes ans comptent par milliers ! 
L'homme n'est plus qu'un grain de sable 
Sous tes gigantesques piliers I 



Benjamin Sulte. 



Avril, 1864. 



L.es premiers Vers de Voltaire- 

On lit dans la Correspondance Littéraire de Paris : 
Monsieur le directeur, 

En recherchant, pour une nouvelle édition de Vflistoire du dio- 
cèse de Paris, par l'abbé Lebeuf, les documents imprimés et 
manuscrits relatifs au collège de Clermont, aujourd'hui lycée Louis- 
le-Grand, j'ai trouvé dans un recueil de la bibliothèque Mazarine, 
coté 10796 A, une pièce de vers (huit pages in-4o sans lieu ni 
date) signée François Arouet, étudiant en rhétorique et pension- 
naire au collège de Louis-le-(Jrand. Cette pièce, intitulée : Imita- 
tion de l'ode (latine) du R. Père te Jay sur sainte Geneviève, est 
certainement le premier essai poétique connu de Voltaire. Comme 
je ne l'ai pas rencontrée dans ses œuvres et que la plaquette im- 
primée est de la plus grande rareté, je vous en adresse une copie 
pour la Correspondance; vous jugerez si elle mérite d'être mise 
sous les yeux de vos lecteurs. 

Ce qu'il y a de piquant, c'est que ce petit poème religieux 
n'empêcha pas le vieux prolessenr, qui avait eu recours à la plume 
tie son élève, de lui prédire un jour qu'il serait Vétendard du 
déisme en France : et Voltaire ne se doutait guère qu'un jour ses 
restes mortels seraient déposés dans les caveaux de l'église Sainte- 
Geneviève, au-dessous des reliques de la sainte qu'il avait célébrée 
à seize ou dix-sept ans. (1) 

H. COCHERIS. 

Qu*aperçois-je ? est-ce une déesse 
Qui s'offre à mes regards surpris ? 
Son aspect répand l'allégresse, 
Et son air charme nos esprits. 
Un flambeau brillant de lumière, 
Dont sa chaste main cous éclaire, 
Jette un feu nouveau dans les airs. 
Quels sons ! quelles douces merveilles 
Viennent de frapper mes oreilles 
Par d'inimitables concerts! 

Un chœur d'esprits saints l'environne, 
Et lui prodigue des honneurs : 
Les uns soutiennent sa couronne, 
Les autres la parent de fleurs. 
miracle! ô beautés nouvelles! 
Je les vois déployant leurs ailes 
Former un trône sous ses pieds. 
Ah 1 je sais qui je vois paraître. 
France, pouvez-vous méconnaître 
L'héroïne que vous voyez ? 

Oui, c'est vous que Paris révère 
Ccmme le soutien de ses lis, 
Geneviève, illustre bergère. 
Quels bras les a mieux garantis ?. 
Vous qui, par d'invisibles armes, 
Toujours au fort de nos alarmes 
Nous rendîtes victorieux. 
Voici le jour où la mémoire 
De vos bienfaits, de votre gloire, 
Se renouvelle dans ces lieux. 

Du milieu d'un brillant nuage 
Vous voyez les humbles mortels 
Vous rendre à l'envi leur hommage 
Prosternés devant vos autels, 

1 On a assuré, dernièrement, que les restes de Voltaire et de Rousseau 
avaient été enlevés de Ste. Geneviève, sous la Restauration. 



JOURNAL DE L'INSTRUCTION PUBLIQUE. 



61 



Et les puissances souveraines 
Remettre entre vos mains les rênes 
D'un empire à vos lois sounin. 
Reconnaissant et plein de zèle, 
Que n'ai-je su, comme eux fidèle, 
Acquitter ce que j'ai promis 1 

Mais, hélas ! que ma conscience 
M'offre un souvenir douloureux; 
Une coupable indifférence 
M'a pu faire oublier mes vœux : 
Confus, j'en entends le murmure, 
Malheureux! je suis donc parjure. 
Mais, non ; fidèle désormais, 
Je jure à ces autels antiques 
Parés de vos saintes reliques, 
D'accomplir les vœux que j'ai faits. 

Vous, tombeau sacré que j'honore, 
Enrichi des dons de nos rois, 
Et vous, bergère que j'implore, 
Ecoutez ma timide voix. 
Pardonnez à mon impuissance, 
Si ma faible reconnaissance 
Ne peut égaler vos faveurs. 
Dieu même, à contenter facile, 
Ne croit point l'offrande trop vile 
Que nous lui faisons de nos cœurs. 

Les Indes, pour moi trop avares, 
Font couler l'or en d'autres mains; 
Je n'ai point de ces meubles rares 
Qui flattent l'orgueil des humains. 
Loin d'une fortune opulente, 
Aux trésors que je vous présente 
Ma seule ardeur donne du prix : 
Et si cette ardeur peut vous plaire, 
Agréez que j'ose vous faire 
Un hommage de mes écrits. 

Eh quoi ! puis-je dans le silence 
Ensevelir ces nobles noms 
De Protectrice de la France 
Et de ferme appui des Bourbons? 
Jadis nos campagnes arides, 
Trompant nos attentes timides, 
Vous durent leur fertilité ; 
Et par votre seule prière 
Vous désarmâtes la colère 
Du ciel contre nous irrité. 

La mort même à votre présence 
Arrêtant sa cruelle faux, 
Rendit des hommes à la France 
Qu'allaient dévorer les tombeaux. 
Maîtresse du séjour des ombres, 
Jusqu'au plus profond des lieux sombres 
Vous fîtes révérer vos lois. 
Ah 1 n'êtes-vous plus notre mère, 
Geneviève, ou notre misère 
Est-elle moindre qu'autrefois ? 

Regardez la France en alarme3 
Qui de vous attend son secours. 
En proie à la fureur des armes 
Peut-elle avoir d'autre recours ? 
Nos fleuves devenus rapides 
Par tant de cruels homicides 
Sont teints du sang de nos guerriers. 
Chaque été forme des tempêtes, 
Qui fondent sur d'illustres têtes 
Et frappent jusqu'à nos guerriers. 

Je vois en des villes brûlées 
Régner la mort et la terreur ; 
Je vois des plaintes désolées 
Aux vainqueurs même faire horreur. 
Vous qui pouvez finir nos peines 
Et calmer de funestes haines, 
Rendez-nous une aimable paix! 
Que Bellone, de fers chargée, 
Dans les enfers soit replongée 
Sans espoir d'en sortir jamais. 

François Arouet, 

Étudiant en rhétorique et pensionnaire. 

Au collège de Louis-le-Qrand. 



SCIENCE. 



I-.es deux Abbés de Fénélon. 

(Suite.) 

V. 

M. de Fénélon, voyant quo le succès de la mission de Kenté, ne 
répondait ni aux efforts ni aux sacrifiées qu'on y faisait (1), prit la 
résolution de se consacrera l'éducation des jeunes enfants sauvages. 
Il crut avec raison que c'était un des moyens les plus efficaces de 
travailler à la conversion et à la civilisation de ces peuples déchus. 
Le moment semblait d'ailleurs très-favorable pour reprendre ce 
projet plusieurs fois tenté et toujours abandonné. Les Iroquois, 
comme nous l'avons vu, brisaient peu a peu les liens qui les avaient 
retenus jusque-là dans leur étroit tenitoire : ils cherchaient à se 
rapprocher des Français à mesure qu'ils subissaient l'influence du 
christianisme D'un autre côté, le roi ne pouvait manquer de se- 
conder ce projet qui entrait si bien dans ses vues : il avait souvent 
exprimé le désir de voir civiliser les sauvages pour en faire, suivant 
le cas, des alliés fidèles ou des sujets dévoués (2). Elever ces diffé- 
rentes tribus à la dignité de nation, leur inspirer les sentiments de 
l'honneur et de la justice ; c'était Jà sans doute une idée pleine de 
générosité et de grandeur ; mais pour Louis XIV, une nationalité 
ne pouvait exister en dehors de la nationalité française: la civilisation, 
c'était la langue française, et, comme on disait alors, les coutumes 
françaises. Au milieu des splendeurs du Louvre ou de Versailles, 
il ne pouvait comprendre qu'une peuplade soumise à son sceptre 
restât étrangère à cette civilisation, quand tome l'Europe en 
subissait l'infli-.ence. M. de Frontenac, qui avait pu constater 
avec un légitime orgueil les effets de cette influence en Allema- 
gne, sur la fière république de Venise et jusque chez le« Turcs, 
partageait l'erreur de son maître. Dès son arrivée en Canada, mais 
surtout dans l'assemblée solennelle des Etats qu'il avait tenue à 
Québec pour donner aux premiers actes de son administration 
plus d'éclat et d'autorité, il avait hautement témoigné sa surprise 
de trouver si peu de français chez les sauvages (3). Un pareil état 
de choses constituait à ses yeux un véritable désordre : comment 
pouvait-on être Iroquois ou Huron ? faire profession de christianis- 

(1) M. Faillon, Vie de la Sr. Bourgeoys, t. 1, p. 24. Le P. Leclercq, 
Etablissement de la Foy, t. Il, p. 80. 

(2) Documents de Paris, t. IX. Corespondance officielle de cette épo- 
que ; mais surtout les instructions de Colbert à M. de Courcelle. 

(3) " Quand il pourra dire à Sa Majesté que les Religieux qui sont 
" employés dans les missions s'appliquent avec plus de zèle que jamais 
" à la conversion des Sauvages ; qu'ils songent par de3 moyens qu'ils 
" n'ont peut-être pas encore pu pratiquer, à le3 rendre sujets de J.-C. et 
'* du Roi tout ensemble, et qu'il verra que, dans la pratique et le com- 
" merce qu'ils ont continuellement avec eux, ils leur inspirent l'envie d'ap- 
" prendre notre langue et de quitter des mœurs et une façon de vivre 
" qui est aussi contraire et opposée à l'esprit du christianisme qu'elle 
" l'est au sentiment d'une personne véritablement raisonnable ; ils doivent 
" être persuadés qu'ils recevront des nouvelles marques de protec- 
" tion," etc. Harangue prononcée par M. le comte de Frontenac à l'as- 
semblée tenue à Québec le 28 octobre 1672, en l'église des P. P. Jésui- 
tes cas religieux employés dans les missions! 

" J'ai fort témoigné aux PP. Jésuites l'étonnement où j'étais de voir 
" que de tous les Sauvages qui sont avec eux à Notre-Dame de Foi qui n'est 
" Qu'à une lieue et demie de Québec, il n'y en avait pas un qui parlât 
'' français, quoiqu'ils fréquentent continuellement parmi nous, et leur ai 
" dit que je croyais que dans leurs missions ils devaient songer, en ren- 
" dant les Sauvages sujets de Jésus-Christ, de les rendre aussi sujets du 
" Roi : que pour cela il leur fallait inspirer l'envie d'apprendre notre 
" langue, comme les Anglais leur apprennent la leur, essayer de les ren- 
" dre plus sédentaires, et de leur faire quitter une vie si opposée à l'es- 
" prit du christianisme, puisque le véritab'e moyen de les rendre chré- 
" tiens était de les faire devenir hommes. Mais (Ecriture chiffrée) 
" quelque mine qu'ils /assent, ils ne veulent pas entendre ce langage, et pour 
" vous pat 1er franchement, ils songent autant à la conversion du castor qu'à 
" celle des âmes, car la plupart de leurs missions sont de pures moqueries, 
" et je ne croirais qu'on leur dût permettre de les étendre plus loin, jusqu'à 
" ce qu'on vit une église de ces sauvages mieux formée. J'ai fort exhorté 
" Messieurs du Séminaire de Montréal d'en user de la sorte à Quintay et 
" d'inspirer ces sentiments à leurs Sauvages, ce qu'ils m'ont promis, et ce 
" qui peut-être excitera les autres par jalousie d'en faire autant." (Lettre 
de Frontenac à Colbert, 2 nov. 1672.) 

J'ai cru utile de citer ces passages pour mieux faire comprendre les 
faits postérieurs, quoiqu'il soit pénible de voir un homme qu'on voudrait 
toujours admirer tenir un pareil langage. 



G;» 



JOURNAL DE L'INSTRUCTION PUBLIQUE. 



me el parler une langue barbare ? Aussi, quand l'abbé de Fénélon 
lui h't part de son projet, l'accueillit-il avec empressement et le se- 
conda-t-il de toutes ses <oice>. Riais l'abbé de Fénélon, comme tous 
les missionnaires, savait bien qu'on ne peut changer la langue 
d'une nation qu'en modifiant ses idées, travail lent et graduel que ni 
la force, m l'autorité ne peuvent exécuter à un moment donné chez 
aucuii peuple, que ce peuple s'appel e Iroquois, Polonais ou Cana- 
dien. Il savait bien encore que le contact d'une société à peine 
naissante avec une ancienne civilisation est plein de dangers, par- 
ce que l'une n'emprunte guéres que les vices de l'autre, l'expérien- 
ce l'a fait voir il,. C'est pour cela que dans la mission qu'il fon- 
dait, il chercha autant à s'éloigner des habitations françaises que 
des villages sauvages. 

Il choisit les î es connues aujourd'hui sous le nom d'îles Dor- 
val, situées à une demi-lieue du village de Lachine, vers la Pointe- 
Claire. Elles portaient alors le nom de M. de Courcelle, qui s'y 
était probablement arrêté dans son expédition de 1670, deux cents 
ans avant le futur héritier de la couionne d'Angleterre. Ces îles 
sont au nombre île trois: la plus grande a une étendue d'à peu 
près cent arpents, les deux autres sont beaucoup moins considérables. 
Placées au-dessus du Sault, à l'entrée du lac St. Louis, à peu de dis- 
tance du rivage, elles pouvaient être comme la clef de la navigation 
avec les | ays d'en haut : l'abord en est facile et leur peu d'étendue 
permettait d'observer Ions les mouvements des ennemis qui au- 
raient voulu les attaquer (2). 

M. de Fioutenac s'empressa d'en donner la propriété à M. de 
Fénéion. Par un document (3) où il fait l'éloge du zélé mis- 
sionaire qui a tout sacrifié pour Dieu, il lui accorde ces iles à titre 
de fief et seigneurie avec tous les privilèges ordinaires, pour l'en- 
gager à poursuivre l'exécution de son généreux dessein. Déjà M. 
de Fé.iéion avait pu réunir de jeunes Sauvages et commencer les 
travaux de ce nouvel établissement. Foit de la protection du gou- 
verneur, puissamment secondé par ses confrères du Séminaire de 
Montréal, dont les abondantes aumônes lui permettaient de faire 
f.ice à des dépenses considérables, i! se livra tout entier à son 
œuvre de régénération. Quelle œuvre que celle de façonner à un 
joug quelconque ces jeunes Sauvages, libres comme les bêtes 
fauves qui leur servaient de nouriiture, comme les oiseaux 
qu'ils poursuivaient de leurs flèches ! 11 est vrai que le travail 
de l'éducation n'est pas toujours sans fatigue et qu'il a ses heures 
d'ennui ; autrement il n'y aurait pas de dévouement ; mais ici, il 
semble que la fatigue était plus pénible et que l'ennui devait dé- 
courager plus vite. La tâche était presque toujours à recommencer, 
et si parfois, à force de zèle, de patience et d'abnégation, on croyait 
s'être rendu maître de ces jeunes âmes, avoir fait naître en elles le 
goût d'une vie nouvelle, le père ou la mère les venaient brusque- 
ment enlever et les emportaient au fond des bois où ies habitudes 
sauvages ne tardaient à pas reprendre leur empire (4). 

Tout en se dévouant principalement à l'éducation des enfants, 
l'abbé de Fénélon n'oubliait pas leurs parents : chrétiens ou infi- 
dèles, il s'efforçait de les attirer dans l'île de Montréal pour les 
Convjertir à la foi ou les affermir dans leur première ferveur. Tels 
furent, autant que nous en pouvons juger par le peu de documents 
que nous avons sur cette époque, le germe et les commencements 
de cette célèbre mission qui reçut son nom de la Montagne où elle 
lut établie en 1676. Tout le monde sait les services que cette 

(1) Sur cette question de la civilisation des Sauvage?, voir dans les 
Relations inédiles ilesRR. PP. JJ., t. II, p. 338, les excellentes remarques 
de l'annotateur, que nous croyons être le R. P. Martin. Consulter 
aussi Garneau, Histoire du Canada. Dussieux, Canada sous la domi- 
nation française. Qu'il nous suffise de citer le passage suivant d'une 
lettre de M. de Denonville au ministre de la marine : " On a cru long- 
" temps qu'il fallait approcher les sauvages de nous pour les franciser : 
" on a tout lien de reconnaître qu'on se trompait. Ceux qui se sont 
" approchés de nous, ne se sont pas rendus franc ds et les fiançais qui 
" les ont hantés sont devenus sauvages." 

(2) M. l'abbé Bourgeault, curé de la Pointe-Claire, m'apprend que le 
nom de Dorval donné à ces îles est celui d'un M. Bouchard de Dorval, 
qui les avait probablement achetées du Séminaire de Montréal. Le 
Séminaire, qui lea avait reçues de M. de Fénélon, y exerçait encore, ou 
du moin« pouvait y exercer les droits de moyenne et de basse jusiiee 
jusqu'en 1714 (Edits el Ordonnances, t. I, p. 34.J). Depuis 1854, elles ap- 
partenaient à Sir George Simpson, Gouverneur de la Baie d'Hudson, 
qui eut l'honneur d'y recevoir le Prince de Galles en 18G0. (Voir la 
Relation du Voyage de S. Ji. R. etc., publiée par le Journal de l'Instruc- 
tion. ) No is ne pouvons nous empêcher de regretter que ces îles auxquelles 
ee rattachent tant de souvenirs ne puissent reprendre leur nom historique. 

(3) Tenure Seigneuriale, Titres de concessions, p. 359. 

(4) Lettres historiques de la Vénérable Mère Marie de l'Incarnation. 



mission nous a rendus dans les différentes guerres que nous eûmes 
a soutenir avant la conquête. Aujourd'hui, comme celles du Sault 
St. Louis, de Lorette et de St. François, elle n'est plus qu'un dé- 
bris, semblable à ces restes fossiles que la science recueille avec 
respect et étudie avec curiosité pour reconstituer un passé qui lui 
échappe. Peu à peu les Français s'échelonnaient intrépidement 
sur les bords du fleuve et se rapprochaient chaque jour de nos terri- 
bles ennemis, les Iroquois. Le danger, loin d'effrayer nos ancêtres, 
semblait provoquer leur audace : comme leur nombre augmentait ra- 
pidement (1), notre zélé missionnaire se chargea encore de leur pro- 
diguer les secours spirituels. Il fut nommé curé du haut de PUe de 
Montréal. (2), c'est-à-dire, du territoire où se trouvent aujour- 
d'hui les paroisses si pittoresques et si florissantes de la Chine, la 
Pointe-Claire et Ste. Anne. Cette partie de son ministère n'était pas 
toujours la plus facile, ni la plus consolante, trop souvent ces habi- 
tations étaient le théâtre de drames lugubres, parfois émouvants, 
qui ne laisseraient rien à désirer à l'imagination féconde de nos 
romanciers modernes. 

La nouvelle mission fut élablie en face des îles Courcelle dans- 
un endroit appelé Gentilly, où l'on avait commencé quelque cons- 
truction. Elle fut dédiée à la Très-Sainte Vierge sous le titre c'.e 
la Présentation. Ce lieu fut le premier, et pendant quelques an- 
nées, le seul sanctuaire consacré à la religion dans la partie supé- 
rieure de l'île de Montréal (3). Il serait peut-être possible aujour- 
d'hui encore d'en déterminer la position exacte d'après la tradition 
et les indications des cartes de Belin : nous voudrions y voir élever 
un monument qui rappelât tous ces souvenirs. 

Insensiblement, M. de Fénélon avait été amené à élargir le cer- 
cle de son zèle. C'est au milieu de ses nombreux travaux que vint le 
surprendre l'arrivée à Montréal de M. de FrontenacM.de Fénélon dut 
s'empresser de venir saluer son ami qui était reçu sur son passage, 
mais principalement à Montréal, avec tout le respect et tout i'en- 
thousiasme qu'il avait déjà su inspirer aux différentes classes du 
pays. M. de Frontenac se rendait à Kenté afin d'intimider 
les Ircquois par le déploiement des forces de la colonie, et de les 
tenir en bride par la fondation d'un fort à l'entrée du lac On- 
tario. Voulant mettre à profit pour son voyage les lumières 
et l'expérience de l'ancien missionnaire et lui donner en même 
temps l'occasion de revoir des lieux pour lui si pleins de souve- 
nirs, il s'en fil accompag; cr ainsi que d'un autre prêtre de 
St. Sulpice, M. l'abbé d'Urfé. Tous deux lui furent utiles dans 
une entreprise où il fallait en même temps ménager l'amour-pro- 
pre de ces barbares et les forcer à reconnaître la suprématie fran- 
çaise. 

Dans cette expédition, le comte de Frontenac visita-t-il l'établis- 
sement des îles Courcelle ' Nous n'en savons rien: du moins il 
n'en est pas question dans la partie de la correspondance officielle 
que nous possédons. Peut-être trouva-t-il que le zèle de M. de 
Fénélon pour franciser les sauvages n'était pas assez grand ; peut- 
être vit-il en lui un instrument trop peu docile pour exciter la ja- 
lousie des Jésuites. Quoiqu'il en soit, M. de Fénélon semble avoir 
prévu l'orage qui allait bientôt éclater, car, dès le commencement 
de l'année suivante, il abandonnait an Séminaire son fief des îles 
Courcelle, afin, sans doute, de ne pas compromettre dans sa dis- 
grâce l'existence d'un établissement encore naissant. Il cède donc 
au Séminaire tout ce qu'il possède ; mais, avec ce désir de l'oubli 
qui lui avait fait demander à Mgr de Laval le silence sur ses tra- 
vaux apostoliques, il ne veut pas qu'on lui attribue plus tard des 
sacrifices qui étaient au-dessus de sa fortune, et il déclare haute- 
ment que toutes les dépenses qui ont été faites sont l'œuvre de la 
charité des Messieurs du Séminaire et que pour lui " il a seule- 
" ment contribué de sa peine, son industrie et ses soins pour y attirer 
" et établir les sauvages el faire habiter les côtes de la dite ile de 
" Montréal en ces endroits par les français et les sauvages." (4) 

Celte déclaration solennelle qui n'était nécessaire pour per- 
sonne autre que lui, nous montre son caractère plein de franchise 



(1) Rien n'est plus curieux que de suivre dans le3 contrats de conces- 
sion et dans le registre île paroisse, ce développement de la population : 
c'est la lutte calme, mais obstinée de phalanges aguerries contre la fou- 
gue de troupes indisciplinées. Ça et là, des vides se l'ont dans les rangs ; 
mais ils sont aussitôt remplis ; la propriété, la maison où le maître vient 
d'être tué trouve un nouveau maître : c'est entre deux mariages qu'a 
beu l'horrible massacre de 1689. 

(2) Registres du Cons. Sup. 1674 : Note insérée dans le Registre de 
la Chine our le curé de cette paroisse, M. l'abbé Piché, a eu la com- 
plaisance de mettre à ma disposition. 

(3) Reg. de la Chine. 

(4) Acte devant Basset, 23 Mars 1674. 



JOURNAL DE L'INSTRUCTION PUBLIQUE. 



63 



et de décision. Elle nous permettra de juger avec plus d'exac- 
titude et d'impartialité les faits qui vont suivre. Si nous ne pou- 
vons tout approuver, le blâme ne retombera que sur des détails se- 
condaires : l'homme nous paraîtra ce que nous l'avons vu jusqu'à 
présent : généreux et dévoué, et par-dessus tout, repoussant l'injus- 
tice. Mais pour mieux comprendre ces faits, il nous faut repren- 
dre de plus haut. 

H. V. 

(A continuer.') 



EDUCATION. 



Jean Si i\ ai il et L'éducation. 

Dieu a distingué l'homme de la bête 
en lui donnant une intelligence capable 

d'apprendre Cette intelligence a 

besoin, pour se développer, d'être ensei- 
gnée. 

Genèse. 

C'est p T l'éducation qu'on peut réfor- 
mer la société et la guérir des maux qui 
la tourmentent. 

Platon. 

Celui-là qui est maître de l'éducation 
peut changer la face du monde. 
Leibnitz. 

Nous voici rendus à l'époque Ja plus critique, la plus périlleuse, 
en même temps que la plus importante et la plus glorieuse de 
toute la carrière de Jean Rivard. Nous allons le voir s'élever en- 
core, aux prises avec les difficultés les plus formidables. Après 
avoir déployé, dans la création de sa propre fortune et dans la for- 
mation de toute une paroisse, une intelligence et une activité re- 
marquables, il va déployer, dans l'établissement des écoles de 
Rivardville, une force de caractère surprenante et un courage 
moral à toute épreuve. 

Mais cette question de l'éducation du peuple, avant de devenir 
pour les habitants de Rivardville le sujet de délibérations publiques, 
avait été pour Octave Doucet et Jean Rivard le sujet de longues et 
fréquentes discussions privées. Que de fois l'horloge du presbytère 
les avait surpris, au coup de minuit, occupés à rechercher les opi- 
nions des théologiens et des grands philosophes chrétiens sur cette 
question vitale. Les sentiments des deux amis ne différaient tou- 
tefois que sur des détails d'une importance secondaire ; ils s'accor- 
daient parfaitement sur la base à donner à l'éducation, sur la 
nécessité de la rendre aussi relevée et aussi générale que possible, 
de même que sur l'influence toute puissante qu'elle devait exercer 
sur les destinées du Canada. L'éducation du peuple, éducation 
religieuse, saine, forte, nationale, développant à la fois toutes les 
facultés de l'homme, et faisant de nous, Canadiens, une population 
pleine de vigueur, surtout de vigueur intellectuelle et morale, tel 
était, aux yeux des deux amis, notre principale planche de salut. 

Nous ne saurions mieux faire connaître les principes qui les 
guidaient, et les conclusions auxquelles ils en étaient arrivés, qu'en 
reproduisant ici quelque phrases de l'ouvrage de Mgr. Dupanloup 
sur l'Education, ouvrage admirable, s'il en fût, et qui devrait se 
trouver entre les mains de tous ceux qui s'occupent de Ja chose 
publique. 

" Cultiver, exercer, développer, fortifier et polir toutes les facul- 
tés physiques, intellectuelles, morales et religieuses qui consti- 
tuent dans l'enfant la nature et la dignité humaine; donner à ces 
facultés leur parfaite intégrité ; les établir dans la plénitude de leur 

puissance et de leur action telle est l'œuvre, tel est 

le but de l'Education. 

" L'Education accepte le fond, la matière que la première créa- 
tion lui confie; puis elle se charge de la former; elle y imprime 
la beauté, l'élévation, la politesse, la grandeur. 

" L'Education doit former l'homme, faire de l'enfant un homme, 
c'est-à-dire lui donner un corps sain et fort, iin esprit pénétrant et 
exercé, une raison droite et ferme, une imagination féconde, un 
cœur sensible et pur, et tout cela dans le plus haut degré dont 
l'enfant qui lui est confié est susceptible. 

" De là, l'Education intellectuelle qui consiste à développer en 
lui toutes les forces, toutes les puissances de l'intelligence ; 

" De là, l'Education disciplinaire qui doit développer et affermir 
en lui les habitudes de l'ordre et de l'obéissance à la règle ; 



" De là, l'Education religieuse qui s'appliquera surtout à inspirer, 
à développer les inclinations pieuses et toutes les vertus chré- 
tiennes ; 

" De là, l'Education physique qui consiste particulièrement à 
développer, à fortifier les facultés corporelles. 

" Dans le premier cas, l'Education s'adresse spécialement à 
Vesprit qu'elle éclaire par l'instruction ; 

" Dans le second cas, l'Education s'adresse plus spécialement 
à la volonté et au caractère qu'elle affermit par la discipline ; 

" Dans le troisième cas, l'Education s'adresse spécialement au 
cœur et à la conscience, qu'elle forme par la connaissance et la 
pratique des saintes vérités de la religion ; 

" Dans le quatrième cas, c'est le corps que l'Education a pour 
but de rendre sain et fort par les soins physiques et gymnastiques. 

" Mais, en tout cas, tout est ici nécessaire et doit être employé 
simultanément. C'est l'homme tout entier qu'il est question 
d'élever, de former, d'instituer ici-bas. Ce qu'il ne faut donc 
jamais oublier, c'est que chacun de ces moyens est indispensable, 
chacune de ces éducations est un besoin impérieux pour l'enfant 
et un devoir sacré pour vous que la Providence a fait son insti- 
tuteur. 



" Quel que soit son rang dans la société, quelle que soit sa nais- 
sance ou son humble fortune, jamais un homme n'a trop d'intelli- 
gence ni une moralité trop élevée ; jamais il n'a trop de cœur ni 
de caractère ; ce sont là des biens qui n'embarrassent jamais la 
conscience. Quoi ! me dira-t-on, vous voulez que l'homme du 
peuple, que l'homme des champs puisse être intelligent comme le 
négociant, comme le magistrat? Et! sans doute, je le veux, si 
Dieu l'a voulu et fait ainsi : et je demande que l'Éducation ne 
fasse pas défaut à l'œuvre de Dieu; et, si cet homme, dans sa 
pauvre condition, est élevé d'ailleurs à l'école de la religion et du 
respect, je n'y vois que des avantages pour lui et pour tout le 
monde. 

" De quel droit voudrait-on refuser à l'homme du peuple le dé- 
veloppement convenable de son esprit ? Sans doute il ne fera pas un 
jour de ses facultés le même emploi que le négociant ou le magis- 
trat: non, il les appliquera diversement selon la diversité de ses 
besoins et de ses devoirs : et- voilà pourquoi l'Education doit les 
exercer, les cultiver diversement aussi ; mais les négliger, jamais ! 
L'homme du peuple s'applique à d'autres choses : il étudie d'au- 
tres choses que le négociant et le magistrat ; il en étudie, il en sait 
moins : c'est dans l'ordre ; mais qu'il sache aussi bien, qu'il sache 
même mieux ce qu'il doit savoir ; qu'il ait autant d'esprit, et 
quelquefois plus, pourquoi pas ? " 



Deux obstacles sérieux s'opposent à l'établissement d'écoles 
dans les localités nouvelles : le manque d'argent et le manque de 
bras. La plupart des défricheurs n'ont que juste ce qu'il faut pour 
subvenir eux besoins indispensables, et du moment qu'un enfant 
est en âge d'être utile, on tire profit de son travail. 

Durant les premières années de son établissement dans la forêt, 
Jean Rivard avait bien compris qu'on ne pouvait songer à établir 
de suite des écoles régulières. Mais son zèle était déjà tel à cette 
époque, que, pendant plus d'une année, il n'employa pas moins 
d'une heure tous les dimanches à enseigner gratuitement les pre- 
miers éléments des lettres aux enfants et même aux jeunes gens 
qui voulaient assister à ses leçons. 

Un bon nombre de ces enfants firent des progrès remarquables. 
La mémoire est si heureuse à cet âge ! Ils répétaient chez eux, 
durant la semaine, ce qu'ils avaient appris le dimanche, et n'en 
étaient que mieux préparés à recevoir la leçon du dimanche sui- 
vant. Dans plusieurs familles d'ailleurs, les personnes sachant 
lire et écrire s'empressaient de continuer les leçons données le 
dimanche par Jean Rivard. 

Bientôt même, sur la recommandation pressante du mission- 
naire, des écoles du soir, écoles volontaires et gratuites, s'établi- 
rent sur différents points du canton. 

Mais cet état de choses devait disparaître avec les progrès ma- 
tériels de la localité. 

Peu de temps après l'érection de Rivardville en municipalité 
régulière, Jean Rivard, en sa qualité de maire, convoqua une 
assemblée publique où fut discutée la question de l'éducation. Il 
s'agissait d'abord de nommer des commissaires chargés de faire 
opérer la loi et d'établir des écoles suivant le besoin, dans les dif- 
férentes parties de la paroisse. 

Ce fut un beau jour pour Gendreau-le-Plaideux. Jamais il n'avait 
rêvé un plus magnifique sujet d'opposition. 

" Qu'avons-nous besoin, s'écria-t-il de suite, qu'avons-nous 
besoin de commissaires d'école ? On s'en est passé jusqu'aujour- 
d'hui, ne peut-on pas s'en passer encore ? Défiez-vous, mes amis, 



64 



JOURNAL DE L'INSTRUCTION PUBLIQUE. 



répétaiî-il, ilu ton le plus pathétique, défiez-vous de toutes ces nou- 
veautés ; cela coûte de l'argent : c'est encore un pièce qui vous 
est tendu à la susrgestion ilu gouvernement. Une fois des com- 
missaires nommés, on vous taxera sans miséricorde, et si vous ne 

pouvez pa» payer, ou vendra vos propriétés " 

Ces paroles, prononcées avec force et avec une apparence de 
conviction, firent sur une partie des auditeurs un effet auquel Jean 
Rivard ne s'attendait pas. 

Pour dissiper cette impression, il dut en appeler au bon sens 
naturel de l'auditoire, et commencer par faire admettre au père 
Gendreau lui-même la nécessité incontestable de l'instruction. 

" Supposons, dit-il, en conservant tout son sang-froid et en s'ex- 
primaul avec mute la clarté possible, supposons que pas un indi- 
vidu parmi nous ne sache lire ni écrire : que ferions-nous ? où en 
serions-nous? Vous admettrez sans doute, M. Gendreau, que nous 
ne pouvons pas nous passer de prêtre- ? 

— C'est bon, j'admets qu'il en faut, dit le père Gendreau. 
— Ni même de magistrats, pour rendre la justice? 
— C'est bon encore. 

— Vous admettrez aussi, n'est-ce pas, que les notaires rendent 
quelquefois service en passant les contrats de mariage, en rédi- 
geant les testaments, etc. ? 

— Passe encore pour les notaires. 

— Et même, sans être aussi savant qu'un notaire, n'est-ce pas 
déjà un grand avantage que d'eu savoir assez pour lire à l'église les 
prières de la messe, et voir sur les gazettes ce que font nos mem- 
bres an parlement, et tout ce qui se passe dans le monde ? Et 
lor-qu'on ne peut pas soi-même écrire une lettre, n'est-ce pas com- 
mode de pouvoir la faire écrire par quelqu'un? N'est-ce pas com- 
mode aussi, lorsque soi-même on ne sait pas lire, de pouvoir faire 
lire par d'autres les lettres qu'on reçoit de ses amis, de ses frères, 

de ses enfants ? 

Il se fit un murmure d'approbation dans l'auditoire. 
— Oui, c'est vrai, dit encore le père Gendreau, d'une voix 
sourde. 

Il était d'autant moins facile au père Gendreau de répondre néga- 
tivement à cette question, que, lors de son arrivée dans le canton 
de Bristol, il avait prié Jean Rivard lui-même d'écrire pour lui 
deux ou trois lettres d'affaires assez importantes. 

— Supposons encore, continua Jean Rivard, que vous, M. Gen- 
dreau, vous auriez des enfants pleins de talents naturels, annon- 
çant les meilleures dispositions pour l'élude, lesquels, avec une 
bonne éducation, pourraient devenir des hommes éminents, des 

juges, des prêtres, des avocats n'aimeriez- vous pas à pouvoir 

les envoyer à l'école ? 

Jean Rivard prenait le père Gendreau par son faible; la seule 
pensée d'avoir un enfant qui pût un jour être avocat suffisait pour 
lui troubler le cerveau. 

Gendreau-le-Piaideux fit malgré lui un signe de tête affirmatif. 
— Eh bien ! dit Jean Rivard, mettez-vous un moment à la place 
des pères de famille, et ne refusez pas aux autres ce que vous 
voudriez qu'on vous eût fait à vous-même. Qui sait si, avec un 
peu plus d'éducation, vous ne seriez pas vous-même devenu 
avocat ? 

Toute l'assemblée se mit à rire. Le père Gendreau était désarmé. 
— Pour moi, continua Jean Rivard, chaque fois que je rencontre 
6ur mon chemin un de ces beaux enfants au front élevé, à l'œil 
vif, présentant toutes les signes de l'intelligence, je ne m'informe 
pas quels sont ses parents, s'ils sont riches ou s'ils sont pauvres, 
mais je me dis que ce serait pécher contre Dieu et contre la société 
que de laisser cette jeune intelligence sans culture. N'êtes-vous 
pas de mon avis, M. Gendreau ? 

Il y eut un moment de silence. Jean Rivard attend ut une ré- 
ponse ; mais le père Gendreau, voyant que l'assemblée était contre 
lui, crut plus prudent de sj taire. On put donc, après quelques 
conversations particulières, procéder à l'élection des commissaires. 
Jean Rivard, le père Landry, Gendrean-le-Plaideux et un autre 
furent adjoints à mon.-ieur le curé pour l'établissement et l'admi- 
uislrati h des écoles de Rivardville. 

C'était un grand pas de fait ; mais le plus difficile restait encore 
à fit ire. 

En entrant en fonction, les commissaires durent rechercher les 
meilleurs moyens de subvenir à l'entretien des écoles; après de 
longues délibérations, ils en vinrent à la conclusion que le seul 
moyen praticable était d'imposer, comme la loi y avait pourvu, 
une légère contribution sur chacun des propriétaires de la parois.-e, 
suivant la valeur de ses propriétés. 

Cette met-ure acheva de monter l'esprit de Gendreau-le-Plai- 
dciix, d'autant plus irrité que, n'ayant pas lui-même d'enfant, sa 
propriété se trouvait ainsi imposée pour faire instruire les enfants 
des autres. 



Les séances des commissaires étaient publiques, et elles attiraient 
presque toujours un grand concours de personnes. 

C Ile où fut décidée cette auestion fut une des plus orageuses. 
Jean Rivard eut beau représenter que lui et sa famille possé- 
daient plus de propriété qu'aucun autre des habitants de Rivard- 
ville, et qu'ils seraient taxés en conséquence; que les bienfaits 
de l'éducation étaient assez importants pour mériter un léger sacri- 
fice de la part de chacun ; que les enfants pauvres avaient droit à 
l'éducation comme ceux des riches, et d'autres raisons également 
solides, Gendreau ne cessait de crier comme un loicené : on veut 
vous taxer, on veut vous ruiner à tout jamais pour le seul plaisir 
de faire vivre des maîtres d'école : à bas les taxes, à bas les gens 

qui veulent vivre aux dépens du peuple, à bas les traîtres 

A ces mots, Gendreau-le-Plaideux, qui s'épuisait en gesticula- 
tions de toutes sortes, se sentit tout à coup saisir par les épaules 
comme entre deux étaux ; et une voix de tonnerre lui cria dans les 
oreilles : 

" Ferme ta margoulette, vieux grognard. 
Et se retournant, il aperçut Pierre Gagnon. 

" C'est Pierre Gagnon, dit-il, qui vient mettre le désordre dans 
l'assemblée ? 

" Oui, c'est moi, tonnerre d'un nom! dit Pierre Gagnon, d'un 
air déterminé, et en regardant le père Gendreau avec des yeux 
furibonds. 

Il y eut un mouvement dans l'assemblée ; les uns liaient, les 
autres étaient très-sérieux. 

" J'en veux des écoles, moi, tonnerre d'un nom ! criait Pierre 
Gagnon avec force. 

Jean Rivard intervint, et s'aperçut que Pierre Gagnon était tout 
frémissant de colère ; il avait les ueux poings termes, et son atti- 
tude était telle que plusieurs des partisans du père Gendreau sor- 
tirent de la salle d'eux-mêmes. Jean Rivard craignit même un 
instant que son ancien serviteur ne se portât à quelque voie de fait. 
Cet incident, quoique assez peu grave en lui-même, fit cepen- 
dant une impression fâcheuse, et monsieur le curé, qui ne se 
mêlait pourtant que le moins possible aux réunions publiques, crut 
devoir, cette fois, adresser q-ielques mots à l'assemblée sur le sujet 
qui faisait l'objet de ses délibérations. Il parla longuement sur 
l'importance de l'éducation, et s'exprima avec tant de force et 
d'onction, qu'il porta la conviction dans l'esprit de presque tous 
ceux qui avaient résisté jusque-là. 

La mesure fut dèfinitiment emportée et il ne restait plus qu'à 
mettre les école» en opération. 

On résolut de n'établir, pour la première année, que trois écoles 
dans la paroisse, et des institutrices furent engagées pour enseigner 
les premiers é.éments de l'instruction, c'est-à-dire, la lecture et 
l'écriture. 

Ces écoles ne coûtèrent qu'une bagatelle à chaque contribuable, 
et les gens commencèrent à soupçonner qu'ils avaient eu peur 
d'un fantôme. 

Dès la seconde année qui suivit la mise en opération des écoles, 
Rivardville ayant fait un progrès considérable et la population 
ayant presque doublé, Jean Rivard crut qu'on pouvait, sans trop 
d'obstacles, opérer une grande amélioration dans l'organisation de 
l'instruction publique. 

Son ambition était d'établir, au centre même de Rivardville, une 
espèce d'école modèle, dont les autres écoles de la paroisse seraient 
comme des succursales. 

Pour cela, il fallait trouver d'abord un instituteur habile ; et, avec 
un peu de zèle et de libéralité, la chose lui semblait facile. 

La carrière de l'enseignement devrait être au-dessus de toutes 
les professions libérales ; après le sacerdoce, il n'est pas (l'occupa- 
tion qui mérite d'être entourée de plus de considération. 

On sait que ce qui éloigne les hommes de talent de cet emploi, 
c'est la misérable rétribution qui leur est accordée. L'instituteur 
le plus instruit, le plus habile, est moins payé que le dernier em- 
ployé de bureau. N'est-il pas tout naturel de supposer que si la 
carrière de l'enseignement offrait quelques-uns des avantages 
qu'offrent les professions libérales ou les emplois publics, une 
partie au moins de ces centaines de jeunes gens qui sortent chaque 
année de nos collèges, après y avoir fait un cours d'études classi- 
ques, s'y jetteraient avec empressement? Eu peu d'années le 
pays en retirerait un bien incalculable. 

Jean Rivard forma le projet d'élever les obscures fonctions d'ins- 
tituteur à la hauteur d'une profession. Il eut toutefois à soutenir 
de longues discussions contre ces faux économes qui veuleut tou- 
jours faire le moins de dépense possible pour l'éducation ; et ce 
ne fut que par la voix prépondérante du président des commis- 
saires, qu'il fut chargé d'engager pour l'année suivante, aux con- 
ditions qu'il jugerait convenables, un instituteur de première 
classe. 



JOURNAL DE L'INSTRUCTION PUBLIQUE. 



65 



Jean Rivard avait connu à Grandpré un maître d'école d'une 
haute capacité el d'une respectabilité incontestée. Il avait fait 
d'excellentes études classiques, mais le manque de moyen l'ayant 
empêché d'étudier une piofession, il s'était dévoué à l'enseigne- 
ment comme à un pis-aller ; peu à peu cependant il avait pris du 
goût pour ses modestes mais utiles functions, et s'il eût pu trouver 
à y vivre convenablement avec sa famille (il avait une trentaine 
d'années et était père de plusieurs entants), il n'aurait jamais 
songé à changer d'état. Mais le traitement qu'il recevait équi- 
valait à peine à celui d'un journalier ; et le découragement com- 
mençait à s'emparer de son esprit, lo^qu'il reçut la lettre de Jean 
Rivard lui transmettant les offres de la municipalité scolaire de 
Rivardville. 

Voici les propositions conlenues dans cette lettre : 

L'école de Rivardville devait porter le nom de " Lycée," et le 
chef de l'institution celui de " Professeur'" 

On devait enseigner dans ce lycée, outre la lecture et l'écriture, 
la grammaire, l'arithmétique, le dessin linéaire, la composition, 
les premières notions de l'histoire, de la géographie et des sciences 
pratiques, comme l'agriculture, la géologie, la botanique, etc. 

Le professeur devait agir comme inspecteur des autres écoles 
de la paroisse, et les visiter de temps à autre, en compagnie d'un 
ou de plusieurs des commis-aires ou visiteurs. 

il devait aussi, si on le désirait, remplir gratuitement les fonc- 
tions de secrétaire des commissaires d'école. 

Il s'engaseait de plus à faire tous les dimanches et les jours de 
fêle, loisqu'il n'en serait pas empêché par quelque circonstance 
imprévue, pendant environ une heure, dans la grande salle de 
l'école, une lecture ou un discours à la portée des intelligences 
ordinaires, sur les choses qu'il importe le plus de connaître dans 
Ja pratique de la vie. 

Il devait remplir aussi gratuitement, au besoin, la charge de 
bibliothécaire de la bibliothèque paroissiale. 

Il devait enfin se garder tie prendre part aux querelles du villa- 
ge, et s'abstenir de se prononcer sur les questions politiques ou 
municipales qui divisent si souvent lesdiverses classes de la popu- 
lation, même au sein de nos campagnes les plus paisibles ; tous 
ses efforts devant tendre à lui mériter, par une conduite judicieuse, 
l'approbation générale des habitants de la paroisse, et par son 
zèle, son activité et son application consciencieuse, celle de tous 
les pères de famille. 

En retour, la paroisse assurait au professeur un traitement de 
soixante-quinze louis par an, pour les deux premières années, et 
de cent louis pour chacune des années suivantes, l'engagement 
pouvant être discontinué à la fin de chaque année par l'une ou 
l'autre partie, moyennant un avis de trois mois. 

Le professeur avait en outre Je logement et deux arpents de terre 
qu'il cultivait à son profit. 

Ces conditions lui parurent si libérales, comparées à celles qu'on 
lui avait imposées jusque-là, qu'il n'hésita pas un moment, et 
s'empressa de se rendre à Rivardville. 

L'engagement fut signé de part et d'autre et le nouveau profes- 
seur entra de suite en fonction. 

Mais il va sans dire que Gendreau-ie-Plaideux remua ciel et 
terre pour perdre Jean Rivard dans l'opinion publique, et empêcher 
la réussite de ce projet " monstrueux." 

" Avait-on jamais vu cela? payer un instituteur cent louis par 
année! N'était-ce pas le comble de l'extravagance? Du train 
qu'on y allait, les taxes allaient doubler chaque année jusqu'à ce 
que toute la paroisse fût complètement ruinée et vendue au plus 
haut enchérisseur " 

Il allait de maison en maison, répétant les mêmes choses, et les 
exagéiant de pius en plus. 

Malheureusement, l'homme le plus fourbe, le plus dépourvu de 
bonne loi, s'il est tenace et persévérant, ne peut manquer de faire 
des dupes, et il n'est pas longtemps avant de recruter, parmi la 
foule, des paitisans d'autant plus fidèles et plus zélés qu'ils sont 
plus ignorants. 

Le plus petit intérêt personnel suffit souvent, hélas ! pour dé- 
tourner du droit sentier l'individu d'ailleurs le mieux intentionné. 

Gendreau-le-Plaideux, malgré sa mauvaise foi évidente, réussit 
donc à capter la confiance d'un certain nombre des habitant» de 
la paroisse, qui l'approuvaient en toutes choses, l'accompagnaient 
partout et ne juraient que par lui. 

Chose singulière! c'étaient les plus âgés qui faisaient ainsi 
escorte à Gendieau-le-Plaidenx. 

Suivant eux, Jean Rivard était encore trop jeune pour se mêler 
de conduire les affaires de Ja paroisse. 

En outre, répétaient-ils api es leur coryphée, nos pères ont bien 
vécu sans cela, pourquoi n'en ferions-nous pas autant ? 

Enfin, Gendreau-ie-Plaideux fit tant et si bien, qu'à l'élection 



des commissaires, qui fut renouvelée presque aussitôt après l'enga- 
gement du professeur, Jean Rivard et le père Landry ne furent pas 
réélus. 

Le croira-t-on ? Jean Rivard, le noble et vaillant défricheur, 
l'homme de progrès par excellence, l'ami du pauv>e, le bienfai- 
teur de la paroisse, Jean Rivard ne fut pas réélu ! Il était devenu 
impopulaire ! 

Une majorité, faible il est vrai, mais enfin une majorité des con- 
tribuables lui préférèrent Gendreau-le-Plaideux ! 

Il en fut profondément affligé, mais ne s'en plaignit pas. 

Il connaissi.it un peu l'histoire ; il savait que de plus grands 
hommes que lui avaient subi le même sort ; il se reposait sur 
l'avenir pour le triomphe île sa cause. 

Sou bon ami, Octave Doucet, qui se montra aussi très-affecté de 
ce contre-temps, le consola du mieux qu'il pût, en l'assurant que 
tôt ou tard les habitants de Rivardville lui demanderaient pardon 
de ce manque de confiance. 

Cet événement mit en émoi toute la population île Rivardville, 
et bientôt la zizanie régna en souveraine dans la localité. 

Est-il rien de plus triste que les dissensions de paroisse? Vous 
voyez au sein d'une population naturellement pacifique, sensée, 
amie de l'ordre et du travail, deux partis se former, s'organiser, se 
mettre en guerre l'un contre l'autre; vous les voypz dépenser dans 
des luttes ridicules une énergie, une activité qui suffiraient pour 
assurer le succès des meilleures causes. Bienheureux encore si 
des haines sourdes, implacables, ne sont pas le résultat de ces 
discordes dangereuses, si des parents ne s'élèvent pas contre des 
parents, des fiéres contre des frères, si le sentiment de la ven- 
geance ne s'empare pas du cœur de ces hommes aveuglés ! 

Hélas ! l'ignorance, l'entêtement, la vanité sont le plus souvent 
la cause de ce déplorable état de choses. 

Heureuse la paroisse où les principaux citoyens ont assez de bon 
sens pour étouffer dans leur germe les différends qui menacent 
ainsi de s'introduire ! Heureuse la paroisse où ne se trouve pas de 
Gendreau-le-Plaideux ! 

Si Jean Rivard eût été homme à vouloir faire de sa localité le 
théâtre d'une lutte acharnée, s'il eût voulu ameuter les habitants 
les uns contre les autres, rien ne lui aurait été plus facile. 

Mais il était résolu, au contraire, de faire tout au monde pour 
éviter pareil malheur. 

C'est au bon sens du peuple qu'il voulait en appeler, non à ses 
passions. 

Il eut assez d'influence sur ses partisans pour les engager à 
modérer leur zèie. Pierre Gagnou, lui-même, qui tempêtait tout 
bas contre le père Gendreau et n'eût rien tant aimé que de lui 
donner une bonne raclée, Pierre Gagnon se tenait tranquille pour 
faire plaisir à son bourgeois. 

Cette modération, de la part de Jean Rivard, eut un excellent 
effet. 

Ajoutons qu'il n'en continua pas moins à travailler avec zèle pour 
tout ce qui concernait la chose publique. 

Voyant du même œil ceux ties électeurs qui l'avaient rejeté et 
ceux qui l'avaient appuyé, il se montrait disposé, comme par le 
passé, à rendre à tous indistinctement mille petits services, non 
dans le but de capter leur confiance et en obtenir des faveurs, mais 
pour donner l'exemple de la modération et du respest aux opinions 
d'autrui. 

Il ne manquait non plus aucune occasion de discuter privément, 
avec ceux qu'il rencontrait, les mesures d'utilité générale. 

Ceux qui conversaient une heure avec lui s'en retournaient con- 
vaincus que Jean Rivard était un honnête homme. 

Peu à peu même on s'ennuya de ne plus le voir à la tête des 
affaires. Plusieurs désiraient avoir une occasion de revenir sur 
leur vote. 

Mais une cause agit plus puissamment encore que toutes les 
autres pour reconquérir à Jean Rivard la confiance et la faveur 
publiques : ce fut le résultat même du plan d'éducation dont il 
avait doté Rivardville, aux dépens de sa popularité. 

Mon intention n'est pas de faire ici l'histoire du lycée de Rivard- 
ville. Qu'il me suffise de dire que le nouveau professeur se con- 
sacra avec zèle à l'éducation de la jeunesse et à la diffusion des 
connaissances utiles dans toute la paroisse ; et qu'il sut en peu de 
temps se rendre fort populaire. Ses conférences du dimanche 
étaient suivies par un grand nombre de personnes de tous les âges. 
Dans des causeries simples, lucides, il faisait connaître les choses 
les plus intéressantes sur le monde, sur les peuples qui l'habitent ; 
il montrait l'usage des globes et des cartes géographiques ; il faisait 
connaître les découvertes les plus récentes, surtout celles qui se 
rattachaient à l'agriculture et à l'industrie. Dans le cours de la 
première année, il put en quelques leçons donner une idée suffi- 
sante des principaux événements qui se sont passés en Canada 



66 



JOURNAL DE L'INSTRUCTION PUBLIQUE. 



depuis sa découverte, et aussi une idée de l'étendue et des divi- 
sions de notre pays, de sa population, de son histoire naturelle, de 
son industrie, de son commerce et de ses autres ressources. Les 
jeunes gensou les hommes. murs, qui assistaient à ces leçons, racon- 
taient le soir, dans leurs familles, ce qu'ils en avaient retenu ; les 
voisins dissertaient entre eux sur ces sujets; les enfants, le* domes- 
tiques en retenaient quelque chose, et par ce moyen des connais- 
sances de la plus grande utilité, propres à développer l'intelligence 
du peuple, se répandaient peu à peu parmi to. te la population. 

Les autres écoles de la paroisse étaient tenues par des jeunes 
filles, dont notre professeur, après quelques leçons de pédagogie, 
avait réussi à faire d'excellentes institutrices. 

.Mais ce qui porta le dernier coup à l'esprit d'opposition, ce qui 
servit à réhabiliter complètement Jean Rivard dans l'opinion des 
contribuables, ce fut l'examen public du lycée qui eut lieu à ia 
fin île la première année scolaire. 

Cet examen, prépaie par le professeur avec tout le zè!e et toute 
l'h.ibiieté dont H était capable, fut une espèce de solennité pour la 
paroisse. Plusieurs piêties du voisinage y assistaient ; les hommes 
de profession et eu général tous les amis de l'éducation voulurent 
témoigner par leur piésence de l'intérêt qu'ils prenaient au succès 
de l'institution. Bien plus, le surintendant île l'éducation lui-même 
se rendit ce jour-là à fiivardville ; il suivit avec le plus vif intérêt 
tous les exercices littéraires du lycée ; et, à la fin de la séance, s'a- 
dres.-ant au nombreux auditoire, avec cette éloquence qui ne lui 
fait jamais défaut, il lendit hommage au zèle de la population, à 
l'habileté et an dévouement du professeur, aux progrés étonnants 
des élèves; puis il termina en adressant à Jean Rivard lui-même 
et au cuié de Rivard ville, qu'il appela les bienfaiteurs de leur loca- 
lité, les éloges que leur méritait leur noble conduite ! Quelques 
mots habiles .-ur les progrès du camon, sur l'énergie des premiers 
colons, sur l'honneur qu'en recevait la paroisse de Rivardville, 
achevèrent de monter les esprits et la salle éclata en applaudis- 
sements. 

La plupart des parents des élèves étaient présents ; plusieurs 
s'en- retournèrent tout honteux de s'être opposés d'abord à l'éta- 
blissem.-.nt de cette institution. 

Ce fut un véritable jour de triomphe pour Jean Rivard. 

Grâce à la subvention du gouvernement, il se trouva que chacun 
des contribuables n'eut à payer qu'une somme comparativement 
minime, et le cri de "à bas les taxes," jeté d'abord par Gendreau- 
le-Plaideux, n'eut plus qu'un faible écho qui ne tarda pas à s'étein- 
dre tout à fait, après les progrès des années suivantes. 

Un fait encore plus remarquable, c'est que bientôt, à son tour, 
Gendrean-le-Plaideux r;e put se faire réélire commissaire d'école, 
et que Jean Rivard devint tout puissant. Après être tnmbé un 
instant victime de l'ignorance et des préjugés, il redevint ce qu'il 
n'aurait jamais dû cesser d'être, l'homme le plus populaire et le 
plus estimé de sa localité. — Foyer Canadien. 

A. Gérin-Lajoie. 



EXERCICES POUR LES ÉLÈVES DES ÉCOLES. 

Exercices de Grammaire. 

Remarques particulières sur les pronoms. 

DICTÉE. 

Toutes !es fois que le public est appelé à juger un nouvel essai, 
produit contemporain de la peinture sur verre, une question se 
pose tout d'abord : " Le secret des verriers du moyen âge est-il 
retrouvé?" — E<t-il bien sûr qu'il ait jamais été perdu ? On a cessé, 
vers la fin du XVIe siècle et au commencement du XVIIe, de 
faire entrer les vitraux peints dans la décoration des édifices et 
des monuments ; la fabrication s'e>l arrêtée : les ateliers se sont 
fermés; les artistes et ouvriers qui y travaillaient ont cherché 
ailleurs l'emploi de ,eur talent et de leur temps, et, pendant près 
de deux siècles, nous n'avons pas eu de peintres verriers. Mais, 
de ce fait tout naturel, faut-il conclure la perte d'un secret que 
nous ayons à chercher et à retrouver? Sans doute, à l'époque la 
plus florissante de la peinture sur verre, la science n'était pas 
formulée dans les livres ; chaque artiste avait son secret, sa ma- 
nière de travailler, et certaines recettes qu'il enseignait à ses 
élèves. Plusieurs de ces recettes ont été perdues, mais il y a tou- 
jours eu des artistes sachant émailler le verre. " C'est un préjugé, 
dit M. l'abbé Jules Corblet, dans son excellent Manuel d'archéo- 
logie nationale, c'est un préjugé de croire que le secret de l'an- 
cienne peinture sur verre ait été perdu : ce prétendu secret ne 



consiste que dans la cuisson des couleurs, et la fabrication des 
verres peints est, à peu de chose près, la même qu'au moyen âge. 
Assurément nos vitraux sont loin de ressembler aux magnifiques 
échantillons qui nous sont restés de l'art du Xflle siècle ; mais la 
différence tient à des causes diverses que nous n'avons pas à 
étudier ici. Nous ajouterons cependant, sur la foi des archéologues 
les plus compétents, que cette différence dans les produits de la 
peinture sur verre n'est pas nouvelle et spéciale à notre époque; 
elle remonte à plus de trois cents ans. 

Exercices. 

Qu'est-ce que se pose? — C'est un verbe réfléchi direct, à la 
troisième personne du singulier du présent de l'indicatif. 

Mettez le même verbe avec le même sujet au parfait et au plus- 
que-parfait de l'indicatif. — Une question s'est posée, s'était posée. 
Qu'est-ce que se dans cette locution ? — C'est le pronom réfléchi 
de la tioisiéme personne, singulier féminin, parce qu'il se rapporte 
à question, et complément d rect tie pose. 

Qu'est-ce que est-il retrouvé ? — C'est le verbe retrouver à la 
troisième personne du singulier du présent de l'indicatif passif, et 
à la forme interrogative, puisque le pronom est après le verbe. 

Pourquoi il est-il au singulier masculin? — Parce qu'il se rap- 
porte à secret. 
Mettez ce sujet au pluriel. — Les secrets sont-ils retrouvés ? 
Prenez pour sujet l'invention et les inventions. — L'invention est- 
elle retrouvée ? les inventions sont-elles retrouvées ? 

Qu'est-ce que est-il bien sûr? — Ce sont quatre mots : est, de 
être; il, pronom ; sûr, adjectif, et bien, adverbe qui, mis devant 
sûr, forme avec lui son superlatif absolu. 

A quoi se rapporte le pronom il ? — Il ne se rapporte à rien. Est- 
il est pris comme impersonne!, et est à la forme interrogative? 

Qu'est-ce que se dans la fabrication s'est arrêtée?— G'est le 
pronom réfléchi de la 3e personne au singulier féminin se rappor- 
tant à fabrication, et le complément direct de arrêter. 

Qu'est-ce que s'est arrêtée? — C'est un verbe réfléchi direct, à la 
3e personne du singulier du parfait de l'indicatif. 

Qu'est-ce que se sont fermés ? — C'est un verbe réfléchi direct à 
la 3e personne du pluriel du parfait de l'indicatif. 

Qu'est-ce que se? — C'est le pronom réfléchi de la 3e personne 
au masculin pluriel, parce qu'il se rapporte à ateliers, et complé- 
ment direct de arrêter. 

Qu'est-ce que y dans y travaillaient ?— C'est un mot relatif in- 
variable, signifiant d cela, à cette chose, et complément indirect 
de travaillaient. 

Qu'est-ce que leur dans leur talent et leur temps? — C'est l'ad- 
jectif possessif leur, leurs, au masculin singulier. 

N'est-ce pas plutôt le pronom leur 1— Non ; le pronom leur 
signifie à eux, à elles, et ne s'emploie que devant les verbes. 

Qu'est-ce que faut-il ?— C'est le verbe falloir à la 3e personne 
du singulier du présent de l'indicatif, et à la forme interrogUive, 
puisque le sujet il est après le verbe. 

A quoi se rapporte ce pronom il ? — Il ne se rapporte à rien, puis- 
que le verbe est impersonnel. 

Qu'est-ce que son, sa, ses, dans la phrase chaque artiste, etc. ? 
— C'est l'adjectif possessif de la 3e personne au masculin singulier 
devant secret, au féminin singulier devant manière, au masculin 
pluriel devant élèves. 

Le mot que dans croire que le secret, est-il adjectif conjonctif ou 
conjonction? — Il est conjonction, puisqu'il est impossible de le 
tourner par lequel, laquelle. 

Faites une phrase où le même mot se retrouve avec croire et 
soit adjectif conjonctif. - Ce secret que je croyais perdu, c'est-à- 
dire lequel je croyais perdu. 

Qu'est-ce que qui et que dans la phrase : Assurément nos 
vitraux, etc.? — Qui est l'adjectif conjonctif masculin pluriel se 
rapportant à échantillons, et sujet de sont restés ; que l'adji-ctif 
conjonctif féminin pluriel se rapportant à causes diverses, et com- 
plément direct de étudier. 

D'où vient la difference entre ces deux mots ? Vient-elle du genre 
de leurs antécédents ?— Non ; qui et que sont des deux genres et 
des deux nombres. La différence vient de ce que l'un de ces mots 
est !e s-ujet du verbe, et l'autre en est le complément direct. 



Journal de L'instruction publique 



67 



AVIS OFFICIELS. 




NOMINATIONS. 

COMMISSAIRES D'ÉCOLE. 

Son Excellence, le Gouverneur Général, a bien voulu, par minute en 
Conseil du 10 du mois de mai courant, approuver les nominations sui- 
vantes de commissaires d'école : 

Comté de la Be.iuce.— St. Victor de Tring: M. Joseph Boulé. 

Comté de Laval. — Bas du Bord de l'Eau de St. Martin: M. François 
Charron. 

Comté de Berthier. — Paroisse de Berthier: M. Norbert Généreux. 

Comté de Champlain. — Paroisse de Stc. Anne-de-la-Pérade ■ M. An- 
toine Paul Tessier. 

Et en date du II du même mois : 

Comté de Gaspé. — Township de la Malbaie : MM. Jean Fauvel, Jean 
Le Greiley, Charles Vardon, Alexandre Duncan, Donald McGillivray. 

syndics d'écoles dissidentes. 

Son Excellence, le Gouverneur Général, a bien voulu, par minute en 
Conseil du 11 du mois de mai courant, approuver les nominations sui- 
vantes de syndics d'écoles dissidentes : 

Comté d'Hochelaga. — Côte-des-Neiges : MM. Thomas Bouike, William 
Brown, James Suowdon. 

Comté de Montcalm. — Kilkenny: MM. John Ward, David Brown, 
James Fraser. 

DIPLÔME ACCORDÉ A L'ÉCOLE NORMALE JACQUES-CARTIER, 

Le 18 d'avril, 1864. 
Pour école modèle : Jean Baptiste Dorais. 

DIPLOMES OCTROYÉS PAR LES BUREAUX D'EXAMINATEURS. 

BUREAU DES EXAMINATEURS DE RIMOUSKI. 

Pour écoles élémentaires, 2ème Classe, F : MM. Thomas St. Laurent 
et Mlle Julie Smith. 



Oct. le 3 mai, 1864. 



P. G. Dumas, 

Secrétaire. 



BUREAU DB3 EXAMINATEURS DE SHERBROOKE. 

Pour académies, 2cmc classe, A : M. M. V. B. Perley.' 

Pour écoles modèles, 1ère classe, A : Mlle Mary A. Rugg. 

Pour écoles élémentaires, 1ère classe, A : Mlie Emehne Bottom. 

Pour écoles élémentaires, 2ème classe, A : Mlles Jane E. Carew, 
Ellen M. Carr, Eliza A. Loring, Celina L. Mayo, Roxania McGovern et 
Ellen Woodward. 

Oct. le 3 ma', 1864. 

S. A. Hurd, 
Secrétaire. 

BUREAU DES EXAMINATEURS CATHOLIQUES DE MONTRÉAL. 

Pour école3 modèles, 1ère classe, F : M. Joseph Molleur. 

Pour écoles modèles, 2ème classe, F : M. Joseph Legault dit Dcslo- 
riers. 

Pour écoles élémentaires, 1ère classe, F : MM. Jean Baptiste Demers, 
Ambroise Faneuf, Jean Clirysostôme Girar), Damase Grégoire, Joseph 
André Laporte, Grégoire Tremblay, Madame Asilda Ste. Marie,' (Veuve 
Tremblay ) Mlles Denise Baudin, Emma Bélanger, Léocadie Benoit, 
Adèle Bergeron, Marie Bergeron, Elmire Philomène Bonneau, Joséphine 
Basilie Caroline Boucher, Caroline Bronillet, Marie Louise Castin, Cla- 
risse Charbonneau, Marie Ursule Charbonneau, Marie Marcelline Hermine 
Cloutier, Philomène Dandurand, Cordélie Decoigne, Edwige Desjar- 
dins. Rose Dncharme, Marie Louise Alexandrine Filion, Malrina Hébert, 
Joséphine Hébert, Marguerite Rose Jeannotte dit Lachapelle, Elisa La- 
ferrière, AsiHa Lafontaine, Sophie Ledoux. Marie Eugénie Leduc, 
Alphonsine Lefebvre, Sophie Nolin, Elisa Payant, Zénaïde Joséphine 
Renaud-Blanchard, Odile Robert, Célina Surprenant, Angélique Tessier, 
Félicité Vallée et Dina Viger. 

Pour écoles élémentaires, 2ème classe, F : MM. Onésime Charbonneau, 
Amédée Poulin, Ephrem Tétro ou Tétrault, Mlles Marguerite Bros ou 
Breault, Alise Beauchamp, Catherine Carry, Osine Chaput, Véronique 



Deschênos, Marie Eléonore Duclos, Léocadie Fournier, Adeline Carcau 
Esther Jeté, Angèle Lamarche, Rosalie Larchevêque, Marie Macé, Mar- 
guerite Mailhot, Julie Mnrcoux, Maiie Louise Prospère Marcoux, Asilda 
Pépin, Delphine Perrault, Marie Edesse Piché, Zoé Léonide Poulin, 
Adèle Sauvage, Philomène Usereau dit Lfljeunesse et Anne Vachon. 

Pour écoles élémentaires, 2éme classe, A : M. John Cleary et Mme 
Muir dit Moor, (épouse de M. Carron). 

Oct. le 3, 4 et 6 mai, 1864. 

F. X. Valade. 
Secrétaire. 

BUREAU DES EXAMINATEURS PROTESTANTS DE BEDFORD. 

Pour écoles élémentaires, 1ère classe, A. et 2ètne classe. F : M. Hiram 
F. Wood. 

Pour éc>les élémentaires, 1ère classe, F : M. Herménégiide Da'gneau. 

Pour écoles élémentaires, 1ère classe, A : Mlles Amelia J. Allen, 
Eliza Armstrong, Betsey E. Achilles, Eliza M. Brimmer, Caroline E. 
Garlick, Julia Harvey, Laura Herrick, Martha A. Newell, Chloe E. 
Phelps, Mary E. Royce et Elizabeth V. Streeter. 

Pour écoles élémentaires. 2ème classe, A : M. Elihu Collins ; Mlles 
Margaret A. Arms'rong, Eliza A. Ashlon, Sarah E. Callaghan, Elizabeth 
A. Donaldson, Martha Donaldson, Sarah M. Esty, Lana Gardner, Hattie 
A. Hibbard, Alwilda A. Hoyt, Mildred M. Jackson, Elvira Kent, Jane 
Mc aughlin, Hannah C. Macey, Armula J. Mahannah, Jane Powers, 
Louisa Ruiter, Thankful Ryder, Martha J. Siwyer et Sarah M. Vilas. 

Oct. le 3 mai, 1864. 

T. A. Gibson. 
Secrétaire. 

BUREAU DES EXAMINATEURS CATHOLIQUES DE QUÉBEC. 

Pour écoles élémentaires, 2ème classe, F : Mlles M. Anne Joseph 
Buteau, M. Herménilde Gagnon dit Belzil, M. Claire Virginie Plante et 
M. Ombcline Vallières. 
Oct. le 3 mai, 1864. 

N. Laçasse, 
Secrétaire. 

BUREAU DES EXAMINATEURS PROTESTANTS DE QUÉBEC. 

Pour écoles élémentaires, 1ère classe, A : MM. James McKenzie, Jara*3 
Cruikshank, Wm. Thompson et Mlle Jane G. Moran. 
Oct. le 3 mai, 1864. 

D. Wilkie, 

Secrétaire. 

BUREAU DES EXAMINATEURS DE LA BEAUCE. 

Pour écoles élémentaires, 1ère classe, F : Mlles Eléonore Bilodeau, 
Thersile Filion, Marie Grenier, M. Edwidge Lacerte, Marie Poulin. 

Pour écoles élémentaires, 2ème classe, F : Mlles Elégypte Dumais, 
M. Flavie Doyon, M. Sophie Nadeau. 
Oct. le 3 mai, 1864. 

J. T. P. Proulx, 
Secrétaire. 

BUREAU DES EXAMINATEURS DE BONAVENTURE. 

Pour écoles élémentaires, 2èrae classe, A : M. John Donnelly. 
Oct. le 3 mai, 1864. 

Charles Kelly, 

Secrétaire. 

BUREAU DES EXAMINATEURS DE L'oUTAOUAIS. 

Pour écoles élémentaires, 1ère classe, A : M. Duncan Robertson. 
Pour écoles élémentaires, 2ème classe, A : MM. Mark Berry, Matthew 
J. Kennedy ; Mlles Margaret Gunn, Julia Ann Merriman, Mary Smith. 
Oct. le 3 mai, 1864. 

John R. Woods, 
Secrétaire. 

INSTITUTEUR DEMANDÉ. 

On a besoin, à St. André d'Acton, dans le comté de Bagot, de deux 
instituteurs capables d'enseigner le français et l'anglais. L'un devra être 
r oui vu du diplôme d'écoles modèles, et l'autre du diplôme d'écoles 
élémentaires 

S'adresser à M. H. Lippe, secrétaire- trésorier des Commissaires d'E- 
coles de St. André d'Acton. 

INSTITUTEURS DISPONIBLES. 

M. Prudent Bousquet, muni d'un diplôme d'école élémentaire. S'adres- 
ser à ce Bureau ou à lui-même, à Boucherville, comté de Chambly. 

Mile Alphonsine Payette, munie d'un diplôme d'écoles élémentaires, 
de première classe, pour le français et l'anglais. 
S'adresser à elle-même, rue Mignonne, 294, Montréal. 



6S 



JOURNAL DE L'INSTRUCTION PUBLIQUE. 



M. J. 0. Rivières, muni d'un diplôme d'écoles modèles, français et 
anglais. 
S'adresser à ce département. 

DONS OFFERTS A LA BIBLIOTHÈQUE DU DÉPARTEMENT. 

Le Surintendant accuse, avec reconnaissance, réception des ouvrages 
suivants : 

De M. James Campbell, Montréal : Série complète des livres d'école 
de Nelson, (Nelson's school series) 31 vols, et 3 atlas. 

De MM. Dawson, frères, Montréal : " Vocabulaire symbolique anglo- 
français," 1 vol. 

De M. John Lovell, Montréal : " Geology of Canada ; Report of Pro- 
gress from ils commencement to 1863," par Sir W. Logan, 1 vol. 

" The British North American Almanac and Annual Record for the 
year 1864,' 1 vol. 

De M. Henry J. Morgan, l'éditeur : " The Relations of the Industry of 
Canada, with the Mother Country and the United States, being a speech 
by Isaac Buchanan, Esq., M.P.P.," 1 vol. 

De MM. G. et G. Desbarats, Québec : "Instructions Chrétiennes pour 
les jeunes gens," par un docteur en théologie, 1 vol. 

De M. Joseph Henry, Washington : " Annual Report of the Board of 
Regents of the Smithsonian Institution," 1862, 1 vol. 

De iff. Jules Mnrcou, Cambridge, Massachusets : " Algèbre," par Bour- 
don, 1 vol. ; " De la création," par Boucher de Perthes, 5 vols. ; " De la 
femme dans l'état social," par le même auteur, (brochure). ; " Les Miettes 
de l'Hi-tuire," par Vacquerie, 1 vol. ; " Des eaux iodo-bromurées de sa- 
lines," (Jura) par le Dr. Germain, (brochure). ; " Des tremblements de 
terre," en 1856, par A. Perrey, (brochure). ; " Results of meteorological 
observations, made under the direction of the Smithsonian Institution," 
depuis 1854 à 1859 inc., 1 vol.; Patent Office Report," années 1847, 48, 
49, 50, 51, 52, 53, 1 vois. ; "Commerce and Navigation," .-innées 1850 et 
1854, 2 vols. ; '• Army Regulations," année 1861, 1 vol. ; " A Manual of 
Etherization," par le Dr. Chs. T. Jackson, 1 vol. 

BIBLIOTHÈQUE DU DÉPARTEMENT DE L'INSTRUCTION PUBLIQUE. 

Le3 personnes qui auraient en leur possession quelques-uns des volumes 
suivants, qui manquent depuis longtemps à la Bibliothèque, sont requi- 
ses de les remettre le p'ns promptement possible. 

Voyage en Palestine, par Mde PfFeiffer. 

L'Empire Chinois, par M. Hue, ancien missionnaire apostolique en 
Chine, 2ème é.lition, Paris. Librairie de Gaumes frères, MDCCULIV. 
Nous n'avons que le 1er vol. 

La civilisation au 5ème siècle, par A. F. Ozanam. Le 1er tome man- 
que. 

Catéchisme de persévérance, par l'Abbé J. Gaume, 7ème édition. 
Paris, chez Gaume frères, 1854. Les tomes 1 et 2. 

Les chefs-d'œuvre de P. Corneille, à Paris. De l'imprimerie de P. 
Didot, l'aîné, 1814. Le tome 2ème. 

Traité des Etudes, par Rollin, nouvelle édition, revue par M. Letronne 
et accompagnée des remarques de Crevier. Paris, Firmin Didot frères, 
1854. Le tome 1er. 

A History of the late Province of Lower Canada, par Robert Christie. 
Le 1er vol. 

Histoire du Canada, par F. X. Garneau, 2éme édition : les trois vols. 
1ère édition : les vols. 1 et 2. 

L'Art Chrétien, par Rio. 

The Scientific Aunual, les années 1859 et 1860 manquent. 

A. BÉCHARD, 

Bibliothécaire 

Les ouvrages suivants ayant été donnés incomplets à la Bibliothèque, 
ceux qui pourrait nous procurer les volumes qui manquent, rendraient 
un important service en nous en donnant avis. 

Essai sir le3 mœurs, par Voltaire. Editeur: Firmin Didot. 1817. Les 
vols. 1, 2, 3 et 6 manquent. 

Political Philosophy, par Lord Brougham. Londres. 1846. Le 2ème. 
vol. 

Causes célèbres, par M... avocat au Parlement. Les tones 1, 2, 3, 4, 
5, 6, 7 et le3 tomes postérieurs au tome 14. 

Œuvres posthumes de Pothier. Traité des fiefs, censives, relevoisons 
et champaits. Le 1er tome. 

Journées de la révolution française, 2ème édition augmentée, &c. 
A Paris, chez Mde. Vergne. 1829. Le 1er vol. 

Memoir on Ireland, Native and Saxon, from 1172 to 1660, par O'Con- 
nell. Nous n'avons qu'un vol., le premier. 

Œuvre3 complètes de Madame de Lafayette, nouvelle édition, revue, 
&c. A Paris, ch<-z d'Huutel. 1812. Les tomes 1, 2, 3 et 4 manquent. 

Mémoires de Madame la Baronne de Staal, écrits par elle-même. A 
Londres. 1787. Le 2éme tome. 

Et./des sur Napoléon, par le lieutenant-colonel DeBaudus. Paris. 
Debécourt, MDCCCXLI. Le tome 1er. 



The Public and Domestic Life of His late most gracious Majesty 
George the Third, par Edward Holt, Esq. In two volumes. Londres. 
Sherwood, Neely et Jones. 1820. Le 2ème vol. 

Voyage en Sicile et dans quelques parties des Apennins, par M. 
l'Abbé Spallanzani. Berne, chez E. Haller. 1795. Le 6ème tome. 

Traité général d'anatomie comparée, par J. F. Meckel. Le 1er vol. 

Œuvres choisies de Panard, par Armand-Gouffé. A Paris, chez Capelle. 
1803. Le tome 1er. 

Œuvres de Regnard. A Paris, chez Pierre Didot, l'aîné, et Firmin 
Didot. 1817. Le tome 1er. 

La Christiade ou le Paradis reconquis, pour servir de suite au Paradis 
perdu de Milton. A Bruxelles, chez Vase. MDCCLIIl. Nous n'avons que 
les 4 premiers vols, renfermant 8 chants. 

Discours et Mélanges littéraires, par M. Villemain. A Paris, chez 
Ladvocat. 1823. Le tome 1er manque. 

Lettres écrites de Suisse, d'Italie, de Sicile et de Malte. Amsterdam. 
MDCCLXXX. Le tome 1er 

A. BÉCHARD, 

Bibliothécaire. 



JOURNAL DE L'INSTRUCTION PUBLIQUE 



MONTRÉAL, (BAS-CANADA,) MAI, 1864. 



Le choix des Instituteurs. 

Voilà un sujet sur lequel le Journal de V Instruction Publi- 
que n'a cessé d'attirer l'attention des Commissaires d'école 
et dont nous parlerions même encore plus souvent, si nous 
ne craignions pas de trop nous répéter. 

Qu'il nous soit permis cependant, au moment où approche 
l'époque des engagements pour l'année scolaire prochaine, 
de rappeler encore aux autorités locales ce que nous leur 
avons dit tant de fois. Tout changement d'instituteur sans 
nécessité est en soi une mauvaise mesure ; mais le chan- 
gement qui ne se fait que dans un but de mesquinerie et 
uniquement afin de diminuer le traitement du maître, non- 
seulement est mauvais ; mais encore il est opposé à l'esprit 
de la loi et il rencontrera l'opposition du Départemeut sous 
toutes les formes possibles, dans les limites des pouvoirs 
qui lui sont confiés. 

Nous répéterons encore que l'emploi d'instituteurs ou 
d'institutrices non munis de diplômes , ne saurait plus 
être toléré dans quelque localité ni sous quelque prétexte 
que ce soit. Le nombre considérable de diplômes qui ont 
été donnés depuis peu et régulièrement annoncés dans nos 
colonnes officielles, la facilité avec laquelle on peut se pré- 
senter devant les différents bureaux d'examinateurs, ren- 
dent cette observation de notre part presque superflue. 

Le renvoi d'instituteurs à la fin de l'année sans l'avis 
préalable ou sans raison légitime, ou pour éluder la loi, 
sous ce rapport, l'avis donné indistinctement à tous les 
instituteurs, sont autant d'infractions au règlement qui ne 
peuvent plus trouver d'excuse après tous les avertissements 
qui ont été publiés à ce sujet. Enfin nous attirerons l'at- 
tention des commissaires d'école et celle des contribuables 
sur les excellents conseils renfermés dans l'écrit de M. 
Gérin-Lajoie, dans une autre partie de notre journal, et 
nous prendrons de plus la liberté de les prier de relire aussi 
un article intitulé : Le Maître aV école à bon marché, qui a paru 
dans la seconde livraison de notre premier volume. 



Bibliothèque du Département de l'Instruction 
Publique. 

Nous appellerons encore l'attention de nos lecteurs qui 
pourraient avoir en leur possession quelques-uns des livres 
appartenant à cette bibliothèque, sur l'avis que nous pu- 
blions, pour la seconde fois, dans une autre partie de notre 
feuille. 



JOURNAL DE L'INSTRUCTION PUBLIQUE. 



69 



Extraits des rapports de MM. les Inspecteurs 
d'Ecole, pour les années 1861 et 1862. 

(Suite.) 

Extrait du Rapport de M. l'Inspect. Crépault, pour l'année 1862. 

COMTÉS DE BELLECHASSE, MONTMAGNY ET L'iSLET 

Voici, en abrégé, les remarques générales que fait M. Crépault, 
dans le rapport de cette année. 

Il n'y a pas une seule localité, toute pauvre qu'elle soit, qui n'ait 
une ou plusieurs écoles en opération. 

Deux cantons nouveaux, ceux de Mailloux et d'Armagh, ont, 
depuis quelques mois, ouvert des écoles. 

Les instituteurs et les institutrices capables peuvent s'engager 
plus facilement que par le passé, et finiront par faire disparaître 
complètement leurs confrères incapables auxquels on a accordé trop 
longtemps la préférence. 

Il y a dans ce district un grand nombre d'instituteurs sortis de 
l'école normale Laval, et tous ont rempli leurs devoirs avec zèle 
et de bons résultats. 

M. Crépault regrette que le salaire des instituteurs d'écoles élé- 
mentaires demeure toujours au-dessous d'un chiffie raisonnable. 
Les traitements des instituteurs d'écoles modèles sont générale- 
ment ce qu'ils doivent être, tandis qu'on néglige que trop ceux des 
écoles primaires. Ceci a pour effet d'éloigner les élèves des écoles 
normales et de laisser le champ libre à celte foule d'instituirices 
munies de diplômes obtenus si facilement des bureaux d'examina- 
teurs et dont plusieurs ne reçoivent pas au delà de $40 à $50. 

*'•' La diminution, dit M. Crépan't, qu'éprouve de temps à autre 
la subvention législative, produit u» mauvais effet sur l'esprit des 
contribuables et lend à les décourager. Une augmentation dans 
l'octroi législatif est, dans mon opinion, essentiellement nécessaire, 
si l'on ne veut pas laisser ralentir le zèle des intéressés, si indis- 
pensable au maintien des écoles." 

M. Crépault fait observer que les récompenses données par les 
inspecteurs dans leurs tournées produisent de bien bons résultats. 
Dans quelques localités, le désir d'obtenir ces récompenses a eu 
pour effet d'empêcher plusieurs élèves d'être absents de l'école 
une seule lois durant l'année. 

M. Crépault termine ses remarques par les observations qu'il a 
déjà faites dans son rapport de 1861, au sujet des commissaires 
d'école illettrés. 

Extraits des rapports de M. l'Inspecteur BARDY,pour l'année 1861. 

COMTÉS DE QUÉBEC, MONTMORENCY ET PORTNEUF, ET POPULATION 
CATHOLIQUE DE LA CITÉ DE QUÉBEC. 

Premier rapport. 

Je ne prétends pas affirmer, dans ce présent rapport, d'une ma- 
nière absolue, que les progrès que j'ai remarqués dans les écoles 
que j'ai visitées, cet hiver et ce printemps, ont été des plus satis- 
faisants ; l'extrait des statistiques que j'ai l'honneur de vous sou- 
mettre, pourra vous offrir les mr.yens de les apprécier. Quelques 
remarques qui me paraîtront dignes de votre attention suffiront pour 
me dispenser de répéter les observations de chaque semestre. 

1. La municipalité scolaire de St. Michel de. Beauport, formée 
de quelques concessions détachées de celle de Beauport, et que 
vous avez fait ériger dernièrement, pour l'avantage de ses contri- 
buables, avait suscité des difficultés entre ses commissaires et ceux 
de Beauport. Mais j'ai tout lieu de croire qu'elles seront entière- 
ment aplanies par votre décision, à laquelle les uns et les autres doi- 
vent se conformer. Plus de 80 enfants fréquentent la seule école 
qui y est établie. Avec un maître capable, il n'y a aucun doute 
qu'elle ne puisse prospérer. 

2. Valcartier voit ses trois écoles régies par des commissaires 
protestants et fréquentées par environ 150 enfants, dont 80 sont ca- 
tholiques. Une est tenue par une institutrice catholique qui sait plaire 
à tous les intéressés. 

3. Laval, dont le curé, le révérerd M. Colford, président des 
commissaires, dirige seul les affaires scolaires, ayant trois arron- 
dissements, n'a cependant qu'une &eule école en opération, à raison 
de sa pauvreté. 

4. Le Châleau-Richer, quoique encore en dette par des luttes in- 
cessantes et antérieures, a néanmoins divisé l'école du centre et 
érigé pour les garçons une écoie modèle, tenue avec succès par M. 
Girardin, instituteur formé à l'école normale Laval, et laissé les 
filles sous la direction de Mlle. Portelance, leurancienne institutrice. 
Le premier a 42 élèves ; celle-ci, 45. Les deux autres écoles 
fournissent 83 enfants : donnant en tout 170. 



5. Ste. Anne, dans ses deux écoles, fait instruire environ 120 
enfants, et possède des commissaires qui conduisent les affaires 
avec calme et succès. 

6. St. Joachim a aussi deux écoles. Celle du centre contient 
environ 120 enfants. M. le curé Provancher, président des com- 
missaires, désirerait, comme moi, donner un instituteur aux gar- 
çons et une institutrice aux filles. La maison d'école est belle et 
spacieuse, et l'intérêt des enfants semblerait nécessiter ce change- 
ment. 

7. A St. Tite-des-Caps, l'école nouvelle établie, pour ainsi dire, 
au milieu des bois, a 50 élèves; elle est sous les soins d'une jeune 
institutrice qui 'a dirige avec succès. 

8. St. Fércol. — CeV.e paroisse, toujours pauvre, a placé son uni- 
que école, qui était au centre, à l'extrémité sud de la municipalité 
pour trois ans, dans l'intention de la transférer à l'extrémité nord 
pour la même période de temps et de la ramenerensuite au centre. 
Cet arrangement étrange ne produira jamais des élèves bien savants, 
puisque chacun de ces trois arrondissements ne pourra jouir des 
bienfaits de l'instruction que tous les six ans. 

9. Les trois écoles de l'Ange- Gardien sont toujours à peu prés 
dans le même état, bien disciplinées, mais peu fiéquenièes. M. 
Tardif, instituteur de l'école élémentaire centrale, enseigne à plu- 
sieurs de ses élèves la composition, le style épistolaiie, la tenue 
des livres, la géométrie et le dessin linéaire. 

10. Beauport compte dans ses cinq écoles près de 400 enfants. 
Dans quelques-unes de ces écoles, plusieurs élèves manquent 
île livres. Dans chacune, un bon nombre d'élèves apprennent 
l'anglais. L'institutrice île l'école No. 3 enseigne l'usage des 
globes. M. Paquet, au No. 1, enseigne la tenue des livres, la 
composition et le style épistolaiie. Mlle. Vallée, au No. 5, fait 
très-bien l'école et enseigne aussi la composition et le style épisto- 
laiie. Les commissaires de cette municipalité sont très-actifs, et 
prennent tous les moyens possibles pour faire honneur à leurs enga- 
gements, et pour éteindre les dettes antérieurement contractées. 

11. St. Laurent a trois écoles, dont l'une est une école modèle 
tenue par M. Lapierre, qui enseigne toutes les brandies exigibles 
pour une école de ce genre. Les deux auires sont purement élé- 
mentaires, et montreraient plus de succès si les enfants étaient plus 
assidus. Je crois avoir persuadé aux commissaire de construire 
une nouvelle maison d'école dans l'ariondissement No. 2, dont l'ur- 
gence se faisait sentir depuis longtemps. 

12. A St. Jean, qui a la renommée d'être riche, j'ai vu avec 
peine que l'on essayait de diminuer le salaire des instituteurs, et 
cela d'autant plus inju-tement que l'on s'attaquait à ceux qui méri- 
tent le plus d'encouragement quant à leur capacité et leur conduite 
louable à tous égards. L'académie du centre, tenue par M. Mi- 
gnault, est tous les ans l'objet de nouvelles difficultés au sujet du 
salaire. Les commissaires aimeraient bien à jouir de l'allo- 
cation accordée à cette école supérieure, mais ils ne vou- 
draient engager qu'un instituteur de seconde classe et à bas prix, 
afin d'alléger, disent-ils, les contribuables des deux autres écoles. 
Des personnes instruites dans la localité et très-bien disposées, 
ne peuvent jamais être élus commissaires , 30 propriétaires à 
l'aise, (pilotes et autres) étant obligés de s'absenter de la paroisse 
au temps de l'élection, de manière que le champ reste libre aux 
habitants qui se montrent ostensiblement hostiles à l'éducation. 
Ces 30 propiiétaires, désireux d'encourager une bonne école supé- 
rieure, m'ont fait prier d'obtenir que celte élection n'eût lieu que 
dans le mois de janvier, s'il était possible, afin d'avoir l'avantage 
(1*7 prendre part. L'arrondissement No. 3 pourrait envoyer au 
moins 40 enfants à l'école ; cependant il y a des mois ou l'institu- 
teur n'en a que 3 ou 4 ; et le jour même de ma dernière visite, 
quoique annoncée, je n'ai rencontré que 7 ou 8 enfants. J'ai alors 
conseillé aux commissaires de fermer l'école, à moins qu'ils ne 
prissent les moyens d'engager les parents à y envoyer plus réguliè- 
rement leurs enfants. 

13. St. François a deux écoles, qui ne sont pas trop assidûment 
fréquentées. Les enfants, d'ailleurs, sont trop tôt retirés de l'école, 
de sorte que les progrès ne sauraient jamais être brillants. 

14. Ste. Famille- — Le couvent des Sœurs de la congrégation est 
fréquenté par 60 petites filles, dont 45 sont pensionnaires et les 
autres externes. L'usage des globes, la composition, le style épis- 
lolaire, le dessin linéaire, la musique vocale, la broderie, la lecture, 
etc., y sont enseignés avec succès. Plus de 40 petits garçons sont 
instruits a l'école modèle tenue par M. Piémont, élève habile de 
l'école normale Laval. 

15. St. Pierre. — 200 enfants fréquentent les trois écoles de cette 
municipalité scolaire. Les progrès sont les mêmes ; point de chan- 



70 



JOURNAL DE L'INSTRUCTION PUBLIQUE. 



gement notable. Les enfants de talent n'y brillent pas en grand 
nombre. 

16. Ste. Catherine. — Quatre écoles y sont en opération avec le 
système de contributions volontaires, Malgré ceitaines difficultés 
qu'éprouvent les commissaires à retirer les deniers, les écoles vont 
assez bien. M. McDonald, au No. 4, a rendu ses élèves tiès-ca- 
pables, surtout dans le calcul. Mlle. Kenny, au No. '.i. sait admi- 
rablement discipliner ses élèves, et leur enseigne habilement le 
français et l'anglais. 

17. St. Raymond. — Cette municipalité comprend trois écoles, 
dont trois françaises et trois anglaises prolestantes, mais toutes sous 
le contrôle des mêmes commissaires, dont un est protestant et s'oc- 
cupe particulièrement des écoles anglaises. Les unes et les autres 
de ces écoles sont passables. 

18. St. Basile.— Les quatre écoles de cette municipalité sont 
aus>i passables sans être des plus florissantes. Elles sont fréquen- 
tées par 186 enfants. 

19. Cap-Santé. — Cette municipalité scolaire compte cinq 
arrondissements d'école sous contôle, et une école de garçons, 
sous la régie de syndics, indépendante des commissaires. Il y a, 
en outre, trois écoles dissidentes, dont l'une, dirigée par M. Miller, 
fait beaucoup de progrès dans la tenue îles livres, la géométrie, le me- 
surage, la trigonométrie, l'algèbre, le dessin linéaire, la composi- 
tion, la musique, etc. C'est une bonne école modèle. 

'20. Deschavibaull n'a pius que cinq arrondissements d'école, 
depuis l'érection de St. Albau en municipalité scolaire ; maiscomple 
environ 280 enfants dans ses écoles, qui sont, comme par le passé, 
bien dirigées et dornent partout de la satisfaction. M. le curé 
Bélanger a, par Je zè e le plus louable, réussi à faire ériger un joli 
couvent pré* de l'église ; aussi espère-t-il y recevoir sous peu des 
religieuses qui donneront l'instruction à plus de 50 petites filles. 

21. St. Alban, nouvelle municipalité scolaire et pauvre encore, 
a cependant quatre arrondissements d'école en parfaite opération, 
et les commissaires comme les contribuables témoignent beaucoup 
de zèle en faveur de leurs écoles, où plus de 180 enfants pourront 
recevoir une bonne éducation. 

22. St. Casimir. — Cette mnniciplité n'a que deux arrondisse- 
ments, dont les deux écoles instruisent plus de 160 enfants. Celle 
du centre, dirigée par M. Laquerre, a 57 garçons et 53 filles; elle 
pourrait être divisée de manière à donner une institutrice aux filles. 
J'ai essayé de faire agréer ce projet aux commissaires, mais ils 
préten lent qu'ils auraient beaucoup de difficultés à percevoir les 
deniers nécessaires au soutien de ces écoles. 

23. Grondines. — Sur cinci arrondissements, il n'y a que quatre 
écoles en opération. Dans l'arrondissement No. 3, ayant trouvé 
que le local, loué pour tenir l'école, ne convenait nullement, vu 
que les enfants étaient trop à l'étroit et exposés à de continuelles 
distractions par le bruit inévitable des petits enfants d'un menace 
contigu, j'ai insisté, à plusieurs reprises, auprès des commissaires 
et des contribuables de la localité, qui sont très-aisés, pour les 
engager à bâtir une maison d'école, mais toujours sans succès. Ces 
quatre écoles peuvent réunir au moins 230 élèves. Les instituteurs 
et institutrices mettent beaucoup de zèle à s'acquitter de leurs 
fonctions. 

24. Ecureuils. — L'institutrice, Mlle. Valliéres, dirige la seule 
école de cette petite municipalité avec beaucoup de talent et de 
Miccès. Tous les enfants, au nombre de 110, aiment leur école 
et s'empressent d'y accourir. Toutes les branches prescrites pour 
une école de ce genre y sont enseignées, ainsi que l'anglais. 

25. Pointe-aux-Trembles. — Cette municipalité comprend cinq 
arrondissements, et en comprendra bientôt six; car, dans une 
concession du haut de la paroisse, les contribuables ont dû com- 
mencer à bâtir une maison d'école, pojr y admettre des enfants 
au commencement de juillet. Au centre, prés de l'église, il y a 
une école modèle, tenue par M. Lefebvre, jeune instituteur très- 
capable, qui instruit avec succès plus de 50 petits garçons. Cette 
école, établie depuis un an, a été reconnue par vous, M. le surin- 
tendant. Les commissaires, cependant, par une mesquinerie mal 
entendue, paraissent ne plus vouloir de cette école, et se seraient 
même refu.-és à engager de nouveau l'instituteur contre lequel ils 
avouent n'avoir aucun sujet de plainte. Le convent ties Sœurs de 
la congrégation N. D., maintenant sous contrôle, possède 23 pen- 
sionnaires et 50 externes. Les petites filles y reçoivent une excel- 
lente éducation, et l'on y enseigne même des matières qui sont du 
ressort d'une école modèle, outre divers ouvrages en bioderie, en 
couture, etc. 

26. St. Augustin. — Au-dessus de 200 enfants sont admis aux 
quatre écoles de cette municipalité II y a une école modèle, tenue 



avec avantage par Mlle. Tapin, élève de l'école normale Laval. 
Les autres écoles, généralement, sont bien dirigées, et je mention- 
nerai notamment celle du No. 4, tenue par Mlle. Walters, venant 
aussi de l'écjle normale Laval. L'anglais est enseigné dans ces 
deux écoles. 

27. V Ancienne- Lorctle a 6 arrondissements d r école, où s'instrui- 
sent plus de 300 enfants. Les écoles devraient êtres mieux sur- 
veillées par les commissaires. Cependant, les écoles No. 4 et No. 
5, tenues par M. Hamel et Mlle. Roberge, font faire des progrès 
sensibles à leurs élèves. 

28 Cap-Rouge. — Il n'y a qu'une éco'e tenue par Mlle. Laroche, 
munie d'un brevet d'école modèle. Elle a environ 70 élèves, dont 
18 apprennent l'anglais. Cette demoiselle a beaucoup à faire ; 
car, avant elle, les élèves avaient été bien négligés. 

29. Ste. Foye. — Dans celte municipalilé scolaire, la seule école 
en opération est tenue par M. Létourneau, avant un brevet d'école 
modèle et venant de l'école normale Laval. Celte école est fréquen- 
tée par plus de 60 enfants, dont quelques-uns étudient la tenue des 
livres, la composition et le style èpistolaire. 30 éièves apprennent 
aussi l'anglais. 

30. St. Ambroise. — Les sept écoles sous contrôle comprennent 
360 enfants. Toutes ces écoles, sous la direction zélée de M. le 
curé, réussissent généralement ; la grammaire française s'apprend 
très- bien, surtout à l'école du centre, où les élèves sont très-exer- 
cés à l'analyse, la composition et le style èpistolaire. 

31. Charlesbourg a cinq écoles en opération sous contrôle, qui 
réunissent environ 250 élèves, et une école indépendante anglaise, 
tenue par Mlle. Boyne. L'école modèle de Melle. Paradis est ex- 
cellente. Mais j'ai appris avec peine, depuis ma dernière visite, 
que les commissaires d'école avaient congédié l'institutrice pour en 
engager une autie. 

32. St. Dunslan — Des deux écoles de cette municipalité, l'une 
est protestante et a 44 enfants, dont quelques-uns seulement font 
des progrès ; l'autre e.st catholique, et en instruit 32. Ces deux éco- 
les manquent de beaucoup d'articles indispensables. 

33. Stoneham n'a qu'une seule école. Les enfants étant loin d'être 
régulièrement assidus, et l'instituteur assez indifférent, je n'y 
trouve pas de progrès. 

34. St. Colomban de Sillery. — Il y a trois arrondissements et 
trois maisons d'école. Dans chaque maison, l'on tient deux écoles, 
l'une anglaise et l'autre française. Les commissaires ont fait et 
vont faire encore de grandes améliorations à ces maisons. Ces 
écoles sont fréquentées par 280 enfants. L'instituteur y enseigne 
l'usage des alobes, un peu de géométrie, de dessin linéaire et la 
tenue des livres. 

35. St. Rock, Banlieue. — Les Sœuis de la Congrégation y tien- 
nent quatre classes, dont l'une, sous contrôle, offre des petites filles 
assez capables. Le nombre total des élevés qui reçoivent l'instruc- 
tion est de 310 à 320. Une autre école de 60 enfants environ est 
tenue dans le village dit Ste. Angèle. Sans les absences fréquen- 
tes de l'école, on pourrait y remarquer plus de progrès. Les Pères 
Oblats font construire, près de l'église St. Sauveur, une superbe 
maison d'école, dans l'intention d'y mettre des instituteurs de quel- 
que ordre religieux. Depuis le commencement de ce mois, une 
tioisième école a été établie au delà du pont Dorchester, dans le 
village St. Charles, et réunit déjà une centaine d'enfants. Depuis 
longtemps, la nécessité de cette école se faisait sentir, et je suis 
heureux d'avoir réussi, cette année, à engager les commissaires, 
dont j'ai le plaisir de constater le zèie actif et la bonne volonté, à 
faire cette érection pour l'avantage des contribuables et des enfants 
de la localité. Que d'obstacles, cependant, n'ont-ils pas eu à sur- 
monter, de préjugés à dissiper pour parvenir à ce but, ayant suc- 
cédé à des commissaires qui avaient refusé de cotiser celte partie 
de la municipalité, et conseillé aux gens de s'opposer à l'établisse- 
ment de cette école ! 

36. Cité de Québec. — Trois écoles sous condole y sont tenues 
par des laïques ; M. Dion, au faubourg St. Roch ; M. Dugal, au 
faubourg St. Jean, ei Mlle Farley, à la Basse-Ville. Ces trois écoles 
donnent l'instruction à 150 enfants, et font beaucoup de bien dans 
leurs localités respectives. 

Les Frères de la doctrine chrétienne tiennent sous contrôle, à St. 
Roch, aux Glacis et au Cap-Blanc, un grand nombre de classes 
dont les élèves sont au nombre de 1,100, sans compter leurs six 
classes indépendantes, fréquentées par plus de 600 enfants. L'ins- 
truction donnée par ces bons Frères est très-soignée. C'est chez 
eux qu'on peut observer les meilleurs échantillons de dessin 
linéaire. 

Les Sœurs du Bon-Pasteur forment des élèves très-capables dans 



JOURNAL DE L'INSTRUCTION PUBLIQUE. 



71 



la grammaire raisonnée, la composition, la géographie et dans les 
autres branches. Elles ont au-dessus de 330 élèves. 

Les Sceuis de la Charité tiennent, aux Glacis, huit classes, dont 
cinq sont françaises et trois anglaises, comprenant 354 élèves, et 
au Cap-Blanc, trois classes, dont deux anglaises et une française, 
avec 210 élèves. 

Au couvent de St. Roch, une classe d'externes seule est sous 
contrôle et va très-bien. 

Il y a quarante-cinq écoles indépendantes catholiques dans la 
cité. L'on y remarque plusieurs académies ou écoles supérieures 
commerciales et littéraires, parmi lesquelles on doit signaler celles 
de MM. Sweeny, Malone, Lafiance et Donnelly, qui instruisent 
un nombre d'enfants considérable. Les autres écoles élémentaires 
sont aussi bien fréquentées. 

Second rapport. 

Dans quelques municipalités scolaires, j'ai eu i\es- torts à re- 
dresser, plusieurs difficultés à aplanir, et bien des affaires à régler. 

J'ai remarqué beaucoup de progrès dans le plus grand nombre 
des écoles. 

Je crois qu'il serait important de procurer un logement aux insti- 
tuteuis et aux institutrices dans chaque maison d'école, et de les 
astreindre à l'habiter. Il résulte des inconvénients de l'usage con- 
traire. D'abord, les enfants, laissés trop souvent à eux-mêmes, 
manquent de la surveillance que l'on doit exercer sur eux durant 
les heures de récréation ; puis, en hiver, ils souffrent le plus sou- 
vent par le froid, car la maison est chauffée trop tard le matin pour 
qu'ils y soient à l'aise. De plus, toute maison d'école se détériore 
lorsqu'il n'y a pas de feu depuis trois heures et demie du soir au 
lendemain malm, et surtout depuis le vendredi soir au lundi matin 
suivant. J'ai remarqué que les maîtresses surtout, qui pensionnent 
an dehors, se plaignent toujours que la maison est froide, tandis que 
c'est le contraire pour celles qui l'habitent jour et nuit. 

Pour ne pas répéter deux fois l'an les mêmes observations, je me 
bornerai, dans le présent rapport, à signaler les changements que 
j'ai observés dans ce te visite. 

COMTÉ DE MONTMORENCY. 

1. Au Chateau- Richer, V école de M. Girardin a offert, parmi ses 53 
petits gaiçons, plusieurs élèves assez capables dans la grammaire 
et l'arithmétique. L'orthographe et la composition y sont ensei- 
gnées. SeLe enfants y apprennent l'anglais. L'école No. 2, tenue 
par Mlle Poitelance, est bien dirigée et compte 51 petites filles, 
dont un bon nombre apprend avec succès la grammaire et la com- 
position. 14 apprennent l'anglais. Les deux autres écoles sont 
assez bien tenues. 

2. Sle. Anne a deux écoles, avec 116 enfants, qui ont vu plus 
de grammaire et d'arithmétique que de coutume. 

3. St. Joachim a 147 élèves dans ses deux écoles. Celle du 
premier arrondissement montre beaucoup de progrès, surtout en 
grammaire. 

4. St. Tite n'a qu'une seule école, que l'institutrice diiige avec 
zèle et succès, quoique les élèves soient jeunes. 

5. St. Féréol n'en a aussi qu'une seule, dont les élèves, au 
nombre de 95, sont l'objet de la plus stricte surveillance de la part 
de leur institutrice, qui réussit à les former admirablement bien. 

6. A l'Ange-Gardien, M. Tardif, qui dirige l'école du centre, 
tient plutôt une école modèle qu'une écoie élémentaire. Quelques- 
uns des élèves sont exercés à la composition, à la tenue des livres, 
à la géométrie, au dessin linéaire : Il y apprennent aussi l'anglais. 
Les deux autres écoles sont tenues aussi bien que possible. 

7. St. Laurent a trois écoles, dont i'une, au premier arrondis- 
sement, est très-bien tenue par M. Lapierre, qui enseigne avec 
avantage, à 84 élèves, toutes les branches d'instruction que 
requiert une école de ce genre. Je pense avoir réussi à engager 
les commissaires de cette paroisse à construire une maison d'école 
dans l'arrondissement No. 2, où les enfants ont toujours été à 
l'étroit jusqu'à présent. 

8. St. Jean compte 200 élèves dans ses 3 écoles. Celle de l'ar- 
rondissement No. 2, tenue par Mme Corbeil'e, fait des progrès. La 
grammaire, l'analyse, la composition, l'arithmétique y sont très- 
soignées. L'académie, tenue au centre par M. Mignault, qui en- 
seigne l'anglais à 32 de ses élèves et le latin à plusieurs, se distin- 
gue surtout dans les divers problèmes de l'arithmétique, la 
grammaire, l'analyse grammaticale et Ionique, l'usage des globes, 
etc. L'école du troisième arrondissement est bien médiocre, vu le 
grand nombre d'absences. 

9. St. François ne fait guère de progrès avec ses deux écoles ; 



car les enfants n'y sont pas assidus et sont en outre retirés par les 
parents aussitôt qu'ils ont fait leur première communion. 

10. Ste. Famille. — L'école du couvent, qui compte 50 élèves 
pensionnaires et 25 externes, est excellente ; les petites filles y 
apprennent avec avantage l'arithmétique, la grammaire, la compo- 
sition, l'analyse, l'usage des globes, le dessin, la musique vocale, 
la couture, la brodeiie, etc. '25 apprennent aussi l'anglais. L'école 
modèle est tenue au No. 1 par M. Piémont, qui a fait faire des 
prog'és sensibles à .--es élèves, an nombre de 50. Les différentes 
branches requises y sont enseignées avec soin. 

11. St. Pierre. — Les 3 écoles de cette municipalité sont tou- 
jours au même point ; je les crois cependant tenues avec soin et 
assez de succès. 

COMTÉ DE PORTNEUF. 

12. Cap-Rouge. — L'unique école qui y est établie est une école 
modèle ; el'e est tenue par Mlle Paradis, qui a déjà fait ses preuves 
dans une autre municipalité. Elle promet des progrès sous la 
direction de cette savante institutrice. L'anglais y est enseigné à 
22 enfants. 

13. St. Augustin. — L'école de MlleTapin instruit avec un rare 
succès 87 élèves, parmi lesquels 29 apprennent aussi l'anglais. 
L'école No. 4 compte 63 enfants, qui reçoivent une excellente ins- 
truction do la part de Mlle Walters, qui tient un bon ordre dans son 
école. Plusieurs y apprennent l'anglais. Celle tenue par M. 
Huot, au No. 3, ferait plus de progrés si les enfants étaient plus 
assidus. Je regrette de déclarer que l'école du No. 1 n'a viaimeut 
d'école que le nom, puisqu'il est rare d'y rencontrer une dizaine 
d'enfants. L'institutrice se désole de ne voir la plupart du temps 
qu'un ou cinq élèves à son école. Mes remontrances à ce sujet 
sont demeurées sans effet jusqu'à présent. 

14. Pointe aux-Trembles. — L'école modèle de M. Lefebvre, 
au centre, est progressive. Les élèves y apprennent la grammaire 
et l'analyse avec succès. La composition, la tenue ties livres, 
la géométrie, la géographie, l'usage des globes et l'anglais y sont 
enseignés avec soin. L'école de M. Vallières, au N. 3, est excel- 
lente aussi. Les enfants font des progrès dans la grammaire, 
l'arithmétique, la composition et l'anglais. Je n'ai pas le même 
témoignage à rendre en faveur des 1er et 4me arrondissements, 
où les progrès sont faibles. Il me reste à parler de l'excellente 
école des Dames religieuses de la Congiégation, dont les élèves, au 
nombre île 70, apprennent avec succès plus qu'il n'est exigé d'une 
école élémentaire. Outre la grammaire et son analyse, l'arithmé- 
tique, l'usage des globes, etc., or. y enseigne l'anglais, la couture, 
la broderie et la musique instrumentale. 

15. Ecureuils. — Une seule école est établie dans cette muni- 
cipalité. C'est une école modèle, dont l'institutrice, Mlle Vallières, 
travaille avec un zèle rare et infatigafcle à l'enseignement de ses 
116 élèves, qui font des progrès dans la lecture, l'écriture et l'an- 
glais. Il va sans dire que la grammaire, l'analyse, la composi- 
tion, l'arithmétique, etc., y sont enseignés avec avantage. 

16. Cap-Santé. — Des 5 écoles de cette municipalité, celle du 
No. 5, tenue à Portneuf par M. Fecleau, me parait la meilleure. 
Cet instituteur, qui a 118 élèves, dont 19 apprennent l'anglais, se 
donne beaucoup de peine pour leur enseigner toutes les matières 
d'une école élémentaire. Les quatre autres écoles ne progressent 
pas autant que je le désirerais. Des trois écoles dissidentes du 
Cap-Santé, celle de M. Miller mérite des éloges pour la manière 
habile avec laquelle elle est dirigée, ain.-i que l'école modèle 
qu'il tient à Portneuf: ses éièves font des progrès é'onnants, parti- 
culièrement dans l'arithmétique, la géométrie, l'algèbre. Il ensei- 
gne aussi l'usage des globes, le mesurage, la tenue des livres, la 
musique vocale, etc. 

17. Deschambault. — Compte 5 écoles-, sans mentionner celle 
du couvent, tout nouvellement ouvert.) à un bon nombre de petites 
filles, qui ont l'avantage d'y puiser une instruction leligieuse et 
solide. Cette maison, construite en pierre par les soins actifs de 
M. le curé, avec la coopération de ses paroissiens, fait honneur à 
cette importante paroisse. L'école modèle, tenue par M. Belleau, 
fait, comme toujours, des progrès, et les enfants montrent beaucoup 
d'émulation à s'instruire. Les autres éco'es, tenues par des institu- 
trices, font preuve de beaucoup d'application et de dévouement de 
lapait de celles qui les dirigent. 

18. St. Alban. — Il y a 4 arrondissements d'école dans cette 
municipalité. Les écoUs tenues par Mme Darveau, au No 1, et 
Mme Douville, au No. 2, font beaucoup de progrès ; ce sont deux ex- 
cellentes écoles élémentaires. Les enfants qui fréquentent les deux 
autres ne sont pas aussi avancés; aussi, y a-t-il moins de temps 
qu'elles sont établies. 



72 



JOURNAL DE L'INSTRUCTION PUBLIQUE. 



19. S/. Casimir. — L'école de l'arrondissement No. 1, tenue 
par M Laque-re, qui instruit 102 enfants, ferait sans doute plus de 
progrès s'il n'en avait pas autant sous ses soins. Celle du No. 2 
est passable. 

20. G'rondines. — Cette municipalité n'a que 4 écoles en opéia- 
tion, quoiqu'elle ait 5 arrondissements. Les commissaires, néan- 
moins, me paraissent disposés à rouvrir la cinquième école aussitôt 
que les contribuables y auront construit une maison. Dans les 4 
écoles en opération, les enfants font assez de progrès, surtout aux 
arrondissements No. 2 et No. 1. En général, la grammaire y 
paraît plus cultivée, ainsi que l'arithmétique, et l'instituteur ainsi 
que les institutrices semblent se dévouer activement à l'enseigne- 
ment de leurs élèves. 

21. St. Basile. — Quatre écoles, 3 françaises et 1 anglaise, 
écoles sont assez bien tenues, surtout celles des Nos. 4 et 1. 

22. St. Raymond possède 3 écoles catholiques françaises, 
écoles anglaises protestantes. Les trois écoles françaises réussis- 
sent suffisamment, et les enfants font particulièrement des progrès 
sous la régie de Mlle Gravel, au No. 3. Destroisécoles anglaises, 
je ne pui6 signaler avec avantage que celle île Bourg-Louis, tenue 
par Mme veuve Henry, où j'ai remarqué plus d'émulation de la 
part des entants, et plus d'assiduité à l'école. 

23. Ste. Catherine. — J'y ai trouvé 4 écoles en opération. Celle 
tenue au No. 2 par Mlle Kenny, qui enseigne le irançais et l'an- 
glais, est une excellente, école, et les enfants y font beaucoup de 
progrés. L'école du No. 1, où les enfants sont tous canadiens, est 
très-bien dirigée par Mlle Jobin, qui voit ses efforts couronnés de 
succès. 

(A continuer.) 



Ces 



et 3 



Revue Bibliographique. 

De la Politesse et du Bon Ton, ou Devoirs d'une Femme Chrétienne dans le 
monde, par la Comtesse Drohojowska ; 2de édition. Paris 1860. — 
Du Bon Langage et des Locutions Vicieuses à éviter, par le même 
auteur. — L'Art de la Conversai ion au point de vue Chrétien, par le 
R. P. Huguet ; 2de édition. Paris, 1860. — De la Charité dans les 
Conversations, par le même auteur. 

(Suite.) 

La maison une fois bien choisie, bien distribuée, simplement, 
économiquement et cependant élégamment meublée, la dame de 
céans, ses occupations domestiques terminées, n'a plus qu'à rece- 
voir ses visites. Ce chapitie prescrit Jes détails d'un cérémonial 
qui, à quelques-uns de nos lecteurs, paraîtra peut-être puéril ; ce 
sont cependant de ces choses qu'on est tenu de savoir, et qui toutes 
sont fondées sur l'obligation où l'on est de se rendre aussi agréable 
que possible à ceux qui viennent nous voir ou chez qui l'on va. 

" Une visite, dit Mme Drohojovvska, étant toujours un témoi- 
gnage de politesse, vous devez, quelque ennui que puisse vous 
causer l'arrivée d'un visiteur, vous montrer reconnaissante et 
flattée de sa démarche et l'accueillir par quelques mots bienveil- 
lants et gracieux. — Lorsque des fauteuils n'ont pas été disposés 
d'avance ..ulour de la cheminée, vous avez soin qu'un siège lui 
soit avancé par le domestique qui l'a introduit, ou bien vous faites 
un mouvement pour l'avancer vous-même, mouvement que le 
visiteur doit prévenir en s'emparant aussitôt du fauteuil ou de la 
chaise le plus à sa poilée. 

" Vous n'abandonnerez votre fauteuil ou votre chaise au coin de 
la cheminée, que dans le cas où, le coin opposé étant déjà occupé 
pir une personne qui le conserve, vous auriez à ménager l'âge ou 
la santé délicate du nouvel arrivant. — Une maîtresse de maison ne 
quitte pas non plus la place qu'elle occupe sur son canapé, mais 
elle engage à s'y asseoir près d'elle la personne pour qui elle veut 
avoir une attention spéciale. 

" Un homme bien élevé gardera son chapeau à la main ; si 
c'est une visite de cérémonie, vous ne vous en occuperez pas, c'est 
dans l'ordre ; mais si cette visite d'affaire ou d'intimité doit se 
prolonger, vous ne négligerez pas de le débarrasser de cette gêne 
en l'engageant à le déposer sur un meuble que vous désignerez 
par un geste en prenant garde que ce soit partout, excepté sur un 
lit, ce qui serait tout à fait inconvenant.- — Pour les grands-parents, 
les vieillards, vous prendrez vous-même le clmpeau et vous vous 
montrerez heuietise de leur rendre ce léger service. 

" Beaucoup de gens craignant les courants d'air, vous aurez la 
plus grande précaution à cet égard ; car il ne s'agit pas là d'une 
simple manie, mais d'un danger sérieux, et vous devez contraindre 



vos goûts personnels, vous priver de l'air que vous aimez et qui 
vous est favorable, plutôt que de courir le risque qu'un hôte souffre 
chez vous. — Quelques femmes s'imaginent qu'il suffit, dans ces 
occasions, de demander à la personne qu'on reçoit si l'air l'incom- 
mode ; el:es ne réfléchissent pas que par politesse, par comp'ai- 
sance et quelquefois par timidité, on se croit obligé de répondre 
par la négative, au risque de pester tout bas contre l'indiscrète 
question et de sortir d'une visite où l'on croyait trouver du plaisir, 
avec un rhumatisme ou une névralgie. 

" La nécessité de soutenir la conversation fera l'objet d'un autre 
article ; mais ici je veux placer un mot sur la discrétion à apporter 
dans les demandes que vous adresserez. — Soyez non-seulement 
d'une extrême réserve, de façon à ne jamais embarrasser personne, 
mais encore, ayez l'oreille attentive à tout ce qui se dit, ayez l'œil 
ouvert sur tous les visages, et s'il arrivait que l'indiscrétion d'un 
tiers devînt embarrassante à quelqu'un, hâtez-vous de détourner la 
conversation et l'attention, dussiez-vous pour cela enfreindre une 
des premières lois de la politesse en coupant la parole à l'indiscret 
interlocuteur. — L'exercice de la charité est la plus impérieuse îles 
politesses. Vous ne devez jamais souffrir qu'elle soit violée chez 
vous. — Ce que je dis de l'indiscrétion est applicable à la calomnie 
et à la médisance, sous quelque forme doucereuse et presque 
bénigne qu'elles se présentent. 

" J'ai connu une femme, d'assez médiocre esprit cependant, qui 
était aimée et recherchée paitout. Tout le monde faisait son 
éloge, vantait sa maison, et l'on pouvait dire en toute certitude 
qu'elle n'avait jamais eu un ennemi. Savez-vous son secret ? — 
Sa piété bien entendue l'avait portée à être toujours indulgente 
pour les défauts et les faiblesses d'autrui, pour tous, excepté un 
seul, la médisance : quelqu'un voulait-il parler d'un absent en sa 
préserce, pour le Llâmer où le ciitiquer, elle ne s'anêiait pas à le 
défendre, ce qui quelquefois amène l'opposé de ce qu'en attendait 
le charitable avocat, en donnant, par la discussion, de l'importance 
à un propos qui eût passé inapperçu ; mais avec un sourire si 
ravissant qu'il atténuait Je piquant de la leçon : — Faisons mentir, 
disait-elle, Je proverbe qui d;t que les absents ont tort, et si nous ne 
voulons ou ne pouvons leur donner raison, tâchons du moins de les 
oublier. — Puis avec un tact qui étonnait ceux qui, connaissant le 
peu de portée ordinaire de i-on esprit, ignoraient combien sont puis- 
santes et Jécondes les inspirations du cœur, elle donnait un tour si 
enjoué à la conversation que l'interrompu lui-même ne tardait pas 
à lui savoir gré de l'avoir ariêté à temps. 

'' Reconduisez la personne qui vous visite jusqu'à la porte d'en- 
trée de votre appar ement, tenez la porte ouverte et suivez-la des 
yeux jusqu'à ce qu'elle se soit retournée pour vous faire un dernier 
salut d'adieu. — Pour un homme, vous vous bornez à l'accompagner 
jusqu'à la porte de votre salon qu'il referme sur lui, sans permettre, 
quelle que soit Ja supériorité de sa position sociale, que vous alliez 
plus loin. 

" Une nouvelle visite survient-elle et la personne présente se 
lève-t-elle pour se retirer, vous pouvez insister pour la faire 
demeurer, à moins que vous ne deviez un témoignage tout parti- 
culier de respect à la dernière arrivée, auquel cas vous ne quittez 
pas l'appartement, et quelquefois pas même votre place pour con- 
duire celle qui se retire, vous bornant à vous lever pour saluer. Si 
au contraire il y a égalité de position, vous vous excusez auprès 
de la personne que vous laissez un instant seule, pour accompa- 
gner l'autre dans toutes les règles. 

" Un père, un mari, un maître de maison enfin, peut, à une 
visite que reçoit sa fille ou sa femme, les suppléer en accompagnant 
les visiteurs qui se retirent. — Le bon ton veut qu'il offie 6on bras 
aux femmes et les accompagne la tête nue jusqu'à leur voiture ou 
jusqu'au bas de l'escalier. — Cette politesse est parfois gênante ; 
mais un homme véritablement poli ne s'en dispense guère. — A 
Paris cependant et dans les grandes villes où l'on n'habite pas 
seul une maison, l'escalier devient en quelque sorte quelque chose 
comme une rue, un passage, et cette politesse est moins obli- 
gatoire. 

" Tout cela peut sembler au premier coup d'oeil bien méticuleux 
et assez peu important, et cependant, dans le monde, une infraction 
à ces petites formalités, envers les étiangers surtout (en général 
plus sévères que nous, sous le rapport vie l'étiquette) peut amener 
dans certains cas d'assez jrraves inconvénients. Un exemple em- 
prunté au spirituel M. Hoffmann vous en donnera Ja preuve. 

<• < Quand le comte DavaiM, fut nommé plénipotentiaire au con- 
grès de Munster, pour la paix de Westphalie, les affaires commen- 
çaient à prendie une bonne tournure, lorsqu'une visite reçue d'une 
manière incorrecte vint tout déranger et pro'ongea la gueire de 
plus de six mois. M. Contarini, ambassadeur de Venise, étant 
venu faire sa visite officielle au comte Davaux, ne fut reconduit 
par l'ambassadeur de France que jusqu'à l'escalier, sans que le 



JOURNAL DE L'INSTRUCTION PUBLIQUE. 



73 



comte descendît une seule marche. Le fier Vénitien fut si indigné 
de ce manque d'égards qu'il prit immédiatement la poste et alla 
porter ses plaintes à son gouvernement. Venise, quoique déchue, 
était encore superbe alors, et elle déclara qu'elle ne renverrait sou 
ambassadeur au cotigiés que quand on aurait réglé les honneurs 
qui lui étaient dus. La Fiance était lasse «Je la guerre et, après 
de grandes négociations, pendant lesquelles on tuait bien des 
hommes et on brûlait bien des villages, le roi ordonna au comte 
Davaux de satislaire pleinement la pointilleuse vanité de M. Con- 
tarim. .Celui-ci revint triomphant, fit sa visite au comte, qui le 
reconduisit jusque sur le seuil de la porte cochére, y resta jusqu'à 
ce que le Vénitien fût monté dans sa voiture et le salua profondé- 
ment quand la voiture eut tourné. M. Coi.tarini rendit alors grave- 
ment le salut, car tous les mouvements étaient stipulés dans 
l'ultimatum de Venise. 

" On n'est plus aussi pointilleux à notre époque ; néanmoins 
PétiqneMe, qui est toujours une des branches importantes de la 
diplomatie, ne saurait être négligée dans les rapports de société. 
Ceux-là mêmes qui feignent de la tourner en ridicule, lorsqu'il 
s'agit pour eux de s'éviter quelque contrainte, se montrent souvent 
les plus exigeants, lorsque la question changeant de face, ce sont 
les autres qui croient pouvoir se dispenser des témoignages 
d'égard ou de respect qu'ils leur doivent. — 11 est de bon goût d'ail- 
leurs de ne pas laisser apercevoir sa susceptibilité à cet égard, et 
quelque juste qu'elle puisse être, on met une sorte d'amour-propre 
à ne point l'avouer ; mais on n'en a pas moins été vivement blessé 
pour cela ; et il serait impossible de calculer combien de refroidis- 
sements, de haines se manifestent journellement sous les plus spé- 
cieux prétextes et n'ont pas d'autres motifs qu'un froissemeent 
d'amour-propre. 

" Mais si une maîtresse de maison doit être très-sévère pour 
elle-même et ne se dispenser, sous aucun prétexte, de ce qu'exige 
la politesse, elle doit être indulgente pour autrui et attribuer à 
l'ignorance plutôt qu'à un coupable laisser-aller, les fautes que l'on 
pourrait commettre en sa présence ; la bienveillance a un double 
avantage, elle rend la vie plus facile à ceux qui nous approchent 
et elle entretient en nous la paix et la sérénité ; car rien ne trouble 
et n'aigrit plus l'esprit que la susceptibilité et la tendance à sup- 
poser toujours chez les autres des intentions mauvaises ou bles- 
santes. Cette indulgence cependant ne doit être ni exagérée, ni 
aveugle, et à l'occasion une femme à laquelle son âge et sa posi- 
tion en donnent le droit, peut fort bien relever l'étourderie ou le 
manque d'usage d'un mal-appris. — Mais il faut, pour se hasarder 
sur ce terrain délicat, être sûre de son esprit et surtout que la bien- 
veillance de la forme et la douceur de la voix ne trahissent que le 
désir de donner une leçon utile, sans la moindre nuance d'aigreur 
ou de mécontentement personnel." 

Le chapitre de la conversation est naturellement court dans ce 
petit ouvrage, l'auieur l'ayant traité à part dans son autre livre. 
Nous citerons indistinctement des quatre volumes qui sont inscrits 
en tête de cette revue, pour faire aussi complet que possible le 
code qui doit régir cette grande institution qu'on a si justement 
appelée la foire des idées: 

" Sachez parler à chacnn le langage qui lui convient, et, sans 
étaler jamais des prétentions déplacées et des connaissances trop 
étendues, prouvez à ceux qui vous approchent que vous avez assez 
d'intelligence et de bon sens pour vous intéresser à toutes choses. 

" Un homme d'esprit îaconte en ces termes l'origine de la con- 
versation : " Lorsque les Orientaux vont se visiter, ils emportent 
avec eux une quantiiê de petites fai.taisies aussi remarquables par 
le goût que par leur valeur: ce sont des fia 'ons d'essence, des 
éventails, des bijoux, une émeraude enchâssée, une épingle d'opale, 
des cassolettes ciselées, des boîtes en bois de rose embaumées de 
musc avec incrustation d'or, des chapelets d'ambre ; c'est une col- 
lection complete des petites merveilles de l'Orient. 

" Presque toujours leurs réunions sont silencieuses. La non- 
chalance orientale se contente des jouissances qui naissent de la 
pensée, du sentiment, des impressions de la vue et de l'odorat. Ils 
concentrent leurs sensations, qui sont d'autant plus réelles qu'elles 
ne s'évaporent pas; mais pour se dispenser d'avoir de l'esprit et 
aussi pour traduire le plaisir qu'ils ressentent d'un bon accueil ou 
des charmes qu'ont pour eux, soit les lieux, soit la réunion elle- 
même, ils ont coutume de moment en moment de s'offrir des 
cadeaux. C'est un échange perpétuel entre les visiteurs et les 
visités. Les libéralités, cela se conçoit, .du reste, sont toujours en 
raison du contentement, si bien que quelquefois dans une séance 
toutes leurs réserves s'épuisent." 

" Les Occidentaux, moins paresseux et moins riches, ont inventé 
la conversation pour suppléer cet usage. 



" Les parfums, les bijoux et l'ambre de l'Orient sont rempla- 
cés chez nous par les phrases polies, les pensées d'or, les jolis 
à-propos, les piquantes anecdotes, les compliments et les narra- 
tions brillantes de la conversation. 

" Cette comparaison est tellement vraie qu'elle dispense de for- 
muler avec plus de détails les règles de la conversation; carde 
même qu'au nombre des présents échangés, nul ne saurait avoir la 
pensée de mêler des objets repoussants ou des matières gâtées et 
corrompues, ainsi dans la conversation toui ce qui paraît blessant, 
trivial, malhonnête, doit être sérieusement interdit. Or, c'est là, 
nous l'avons dit déjà, un des devoirs les plus délicats de la maî- 
tresse de maison ; elle doit régler et diriger tout ce qui se dit chez 
elle, et cela par le seul prestige du respect qu'elle inspire et du 
tact qui la guide. 

" .... On n'intéresse les autres qu'en s'oubliant .... Une des 
choses, dit la Rochefoucauld, qui font qu'on trouve si peu de gens 
agréables dans la conversation, c'est qu'il n'y a presque personne 
qui ne pense plutôt à ce qu'il doit dire qu'à répondre précisément 
à ce qu'on lui dit. Les plus habiles et les plus complaisants se 
contentent de montrer seulement une mine attentive, en même 
temps que l'on voit dans leurs yeux et dans leur aspect un égare- 
ment pour ce qu'on leur dit et une précipitation pour retourner à 
ce qu'ils veulent dire. 

" Ne tombez pas dans ce péril, surtout lorsque vous avez à faire 
les honneurs de votre salon; sachez écouter avec attention et poli- 
tesse tout aussi bien que frayer les voies à la causerie, et si quel- 
qu'un chez vous, manquait à ce simple devoir de politesse, ayez 
soin, sans le blesser lui-même, de revenir sur ce qui vient d'être 
dit, de façon à ramener les esprits au sujet interrompu ; car soyez- 
en bien convaincue, s'il n'existe pas de conversation sans esprit 
naturel et sans imagination, elle ne saurait surtout se passer de 
bienveillance, de politesse et de bons sentiments. 

"Un compliment bien senti, jeté dans un bon moule, est un 
des plus savoureux condiments de la conversation entre gens qui 
s'aiment et s'estiment. Le compliment n'est pas flatterie ! — L'abus 
du compliment est une laute ; mais son usage modéré et intelligent 
est d'un ton parfait. Ne complimenter jamais, c'est ne pas appré- 
cier ceux avec qui l'on se trouve ; c'est d'ailleurs montrer une 
trop grande préoccupation de soi-même ; c'est souvent céder à 
l'envie. Ne pas complimenter parfois les autres, c'est se compli- 
menter toujours soi-même ; il n'y a que les gens infatués de leur 
valeur qui ne trouvent jamais rien à admirer dans les autres. 
Mais que le compliment ne soit jamais, sur vos lèvres, ni un men- 
songe, ni une moquerie. Ne dites à cet égard que ce que vous 
pensez, et que ce ne soit jamais Jancé à brûle-pourpoint, car alors, 
au lieu d'être agréable, l'éloge deviendrait blessant pour toute per- 
sonne délicate et bien née. 

" Ne raillez pas ; ne souffrez chez vous qu'une raillerie inno- 
cente et douce qui ne cache jamais de traits acérés ; car la moquerie 
est, dit-on, un plaisir d'emprunt plein de danger et dont il nous 
faut trop souvent restituer le capital avec de gros intérêts. 

*< Ne vous préoccupez pas trop de la tournure que prendra la 
conversation ; de l'inquiétude à cet égard nuirait à votre esprit et 
refoulerait celui des autres. L'imprévu peut seul la rendre attrayante ; 
une conversation toute faite d'avance serait singulièrement fati- 
gante, car les idées ne se conduisent pas, on les sème. 

" Si la conversation tombe, si elle languit, ne vous battez pas 
les flancs pour la ranimer. . ., prenez votre temps, procédez dou- 
cement, sans efforts apparents ; surtout n'appelez pas à votre aide 
l'exagération, les fausses nouvelles, les banalités : votre impuis- 
sance se montrerait à découvert et vous manqueriez le but. — Voua 
ne devez cependant pas demeurer inactive, mais appeler à votre 
aide toutes les ressources de votre intelligence, car, ainsi que le 
dit une femme d'esprit : "Soutenir la conversation est pour une 
maîtresse de maison un besoin plus ruineux que le luxe le plus 
insatiable. Une conversation qui languit est un déshonneur pour 

elle ; il faut qu'elle la réveille à tout prix "à tout prix, excepté 

aux dépens de la vérité et de la chanté, ne l'oubliez jamais. 



(^1 continuer.*) 



Bul9ctfn des Publications et des Réimpressions 
les plus Récentes. 

Paris, février et mars, 1864. 

Dreys : Chronologie universelle, avec les tableaux généalogiques des 
familles royales de France et des principales maisons régnantes d'Europe, 
par Ch. Dreys, professeur d'histoire au Lycée Napoléon, 3e édition, cor- 
rigée et conduite jusqa'à 1863 ; ia-18, xiv-1050 p. Hachette, 6 fr. Cet ou- 



74 



JOURNAL DE L'INSTRUCTION PUBLIQUE. 



vra^e fait parti du cours d'Histoire universelle commencé par M. 
Duruy, maintenant ministre de l'instruction publique. 

Garnier : Tableaux généalogiques des souverains de la France et de 
ses grands feudataires, par Ed Garnier, archiviste aux archives de 
l'Empire ; in-4, viii-S p. et 59 tableaux. Herold. 

GrY-CoQUiLLE : La Coutume de Nivernais — nouvelle édition avec une 
introduction, une notice sur la vie et les œuvres de Guy-Coquille, des 
nott-s additionnelles et une conférence entre la coutume et le droit actuel, 
par M. Dupiu ; in-8, xxiv-513 p. Pion. 

Larousse : Grand dictionnaire universel du 19e siècle, français, 
historique, géographique, mythologique, bibliographique, etc., par M. 
Pierre Larousse, directeur du journal l'Ecole Normale. Cet ouvrage se 
publie par livraisons d'un franc ; in-4o à 4 col. L'ouvrage complet pour 
les premiers souscripteurs coûtera 100 fr. 

Lévêqce : Etudes de ihilosopbie grecque et latine, par M. Charles 
Lévêque, professeur au Collège de France; in-8, xx-416 p. Durand. 
7fr. 

Privat-Deschanel et Focillon : Dictionnaire général des sciences 
théoriques et appliquées. Tandon. 

Flourens: Examen du livre de M. Darwin, sur l'origine des espèces. 
Garnier, frères. 

Ecrit dans le style élégant qui distingue M. Flourens, cet ouvrage est 
une éloquente réfutation des théories anti-bibliquesque plusieurs savants 
se sont plus à promulguer avant d'avoir bien constaté les faits sur lesquels 
ils prétendaient s'appuyer et avant d'en avoir bien pesé la valeur. M. 
Flourens fait également justice de la thèse de la variété des espèces 
humaines et de la génération spontanée. La première de ces thèses, on 
se le rappelle, occupa les membres des conventions scientifiques d'Albany 
et de Montréal, il y a quelques années. On trouvera ce sujet traité dans 
les comptes-rendu3 publiés en 1857, dans le premier volume de notre 
journal. 

Duval : Des rapports entre la géographie et l'économie politique, par 
M. Jules Duval. 

Ce nouvel ouvrage de l'habile directeur de l'Economiste Fiançais tou- 
che à un point auquel nous avons souvent eu occasion de faire allusion, le 
peu de progrès que fail l'étude de la géographie en France. La cita- 
tion suivante du Courrier de l'Algérie, que nous trouvons dans " la Revue 
du Monde Colonial" vient à l'appui des observations de M. Duval. 
" Géographie a l'csage des lectecrs de la Presse." La Presse a fait, 
le 12 février, trois découvertes géographiques tout à fait imprévues. 
Elle a reconnu que Chandernagor est lo une île, 2o un rocher, 
3o que cette île rocheuse se trouve isolée sur le chemin de l'Iude. 
" Il nous est resté de nos conquêtes lointaines quelques îles : la Guade- 
loupe, la Martinique et un rocher isolé sur le chemin de l'Inde, Chander- 
nagor." Jusqu'ici on avait cru que Chandernagor était dans l'intérieur 
du Bengale et à 75 lieues de la mer. La Presse a fait comme Sgana- 
relle : " elle a changé tout cela!" 

Orsini : Réfutation de la vie de Jésus de M. Renan, par l'abbé Orsini. 
Dentu. 

Mirecocrt : La Queue de Voltaire. Dentu. C'est un pamphlet spiri- 
tuel et rm rdant comme tous ceux de cet auteur. A la fin du volume, 
sou3 le titre " d'assises de la libre pensée " il fait ressortir par des cita- 
tions empruntées aux ouvrages des détracteurs de la révélation, la 
pitoyable divergence de leurs systèmes. 

André (l'abbé) : Les lois de l'Eglise sur la nomination, la mutation 
et la révocation des curés, in-8o. 

Tours, décembre 1863. 

Vie d'Adèle Coulombe, religieuse hospitalière de l'Hôtel-Dieu de 
Montréal, en Canada, 267 p in-12o. Marne. 

(Je joli petit volume a été écrit, nons croyons, par un digne prêtre 
de St. Silpice, témoin de3 vertus et de l'exemplaire piété de la Sœur 
Coulombe, morte en odeur de sainteté, le 13 avril 1862, à l'âge de 27 
ans moins quelques jours. Elle était fille d'Antoine Albert Coulombe, 
de la Rivière-du-LiOup, diocèse des Trois-Rivières, mort en 1843, petit 
neveu de Mgr. Hubert, évêque de Québec. Sa mère était sœur de M. 
J. Z. Caron, grand vicaire de Montréal; elle appartenait donc, dit avec 
raison le biographe, à une famille dans laquelle les talents et les vertus 
sont comme héréditaires. 

Parmi les motifs qui ont porté l'auteur à entreprendre ce travail, le 
suivant nou3 a paru digne d'être signalé: "On place en général les 
saint3 trop au-de33us de nous, à une distance où on ne peut les atteindre. 
De là vient que bien souvent on lit leur histoire pour les admirer, sans 
avoir aucun désir de les suivre et de marcher sur leurs trace3. Les vies 
le3 plus utiles ne sont donc pas les plus extraordinaires, mais les plus 
imitables. Or c'est l'avantage que l'on trouvera dans l'histoire de cette 
humble religieuse." 

La vie de la Sœnr Coulombe, pour ceux qui font des études sociales 
pourrait en effet s'appeler la " Monographie de la religieuse canadienne :" 
à ce titre seul elle serait intéressante et utile: la manière dont le sujet 
est traité ne manque pa3 non plus d'une certaine poésie dans son uni- 
forme sérénité. 



Londres, décembre, 1863. 

Hind : Explorations in the interior of the Labrador Peninsula, the 
country of the Montagnais and Nasquapee Indians, by Henry Youle 
Hind, 2 vols. in-8o pp. xxvin, 655. Longman, $6. 

Cette magnifique édition rappelle celle de l'ouvrage du même auteur 
sur les expeditions de la Rivière-Rouge et de la Saskatchouan. Elle 
est ornée de 2 cartes, 12 chromo-lithographies et 23 gravures sur boi9. 
Dans notre compte-rendu d'une livraison des Mémoires de la Société 
Littéraire et Historique de Québec, (nov. et déc. 1863) nous avons déjà 
parlé de cette expédition à l'intérieur du Labrador, et notre journal 
anglais (juillet et août) a reproduit des extraits de ce livre que le 
British American Magazine avait publiés par anticipation sous le titre 
Sketches of Indian Life. 

M. Hind s'exprime comme suit dans sa préface sur l'importance de ce 
vaste territoire : 

" La péninsule du Labrador ainsi que les côtes et les îles du golfe St. 
Laurent sont pour les colonies et pour l'empire lui-même d'une impor- 
tance qui ne saurait être exagérée lorsqu'on considère quel avenir est 
réservé à l'Amérique anglaise. 

Le produit annuel des pêcheries qui se trouvent dans les eaux de 
l'Amérique Britannique excède quatre millions sterling, outre qu'elles 
forment la meilleure école pour les marins qu'il y ait dans le monde 
entier. Les pêcheries de la côte du Labrador sur l'Atlantique donnent 
à elles seules au delà d'un million sterling; et cependant, depuis la des- 
truction de la ville de Brest, à l'entrée du golfe, sur le détroit deBelle- 
Isle, il y a plus de deux cents ans, on n'a pouit tenté d'établissement 
sur cette côte ni sur aucune des îles qui l'avoisinent. 

Dans les grandes vallées de l'intérieur, à dix ou quinze milles de la 
côte, le bois de chauffage et le bois de construction se trouvent en 
abondance, et le sol et le climat permettent de cultiver avec succès un 
grand nombre de végétaux alimentaires. 

A l'ouest des isles Mingan, il y a de vastes territoires susceptibles 
d'être colonisés. Les calcaires et la pierre à sablon bordent la côte et 
s'étendent à dix milles en arrière, sur une longueur de quatre-vingts 
milles le long du détroit de Belle-Isle, et dans beaucoup d'auires endroits 
il serait facile de faire des établissements pour la préparation et la 
salaison du poisson. Les côtes du golfe et de l'Atlantique ont surtout 
besoin d'établissements de ce genre et de cultures qui puissent nourrir 
le personnel d'une vaste exploitation. 

Les pêcheries des colonies anglaises atteindront bientôt une valeur 
dont on n'a encore aucune idée par le commerce direct du poisson salé 
avec les Etats du Sud, dès que la paix se sera rétablie, et par l'envoi 
qu'on pourra faire dans les Etats de l'Ouest du poisson frais conservé 
dans la glace, par la voie du St. Laurent, des canaux et des lacs. Dès 
que le chemin de f^r qui a maintenant son terminus à la Rivière-du-Loup 
pourra être continué jusqu'à la Baie-des-Chaleurs, les riches et saurnâtres 
trésors du golfe seront à la portée des cités de l'Ouest. 

Comme pépinière de matelots, ces pêcheries n'ont d'égales nulle part, 
et il ne faut point désespérer de voir un jour les rivages jusqu'ici dé- 
serts du Labrador, à l'est, à l'ouest et au nord, posséder une population 
stable et qui contribuera largement à l'aisance et à la prospérité des habi- 
tants des climats plus favorisés de la nature." 

Québec, mars et avril, 1864. 

Rapport sur les Missions du Diocèse de Québec, No. 16 — 127 p. in-12o. 
Brousseau. 

Ce nouveau cahier est, comme tous les précédents, plein d'intérêt. Un 
temps viendra où ces modestes annales seront aussi recherchées que le 
sont aujourd'hui les anciennes relations des Jésuites. Nous savon3 d'ail- 
leurs de bonne source que les collectionneurs étrangers en font le plus 
grand cas. Cette livraison renferme surtout sur le Sagnenay et le La- 
brador une foule de détails précieux. Non moins précieux sont le3 ren- 
seignements qu'elle donne sur l'établissement des nouvelles paroi3ses. On 
y voit la chapelle s'élever, puis la maison d'école, puis l'église remplacer 
la simple chapelle. Un missionnaire écrit " Nous avons une chapelle, 
nous bâtissons une maison d'école e*, Dieu merci, nous n'avons pas encore 
d'auberge." 

Le Foyer Canadien : Nous avons reçu les livraisons d'avril, mai et 
juin réunies ; elles contiennent la suite de Jean Rivard, économiste. 
Nous en reproduisons le chapitre qui a trait à l'éducation. Beaucoup de 
ce qu'il renferme s'accorde parfaitement avec les règlements et les ins- 
tructions et recommandations du département de l'instruction publique. 
La loi n'a pas cru sage cependant de permettre que l'instituteur fût 
secrétaire-trésorier des commissaires d'école, et il nous semble qu'aucun 
instituteur ne pourrait en même temps qu'il exerce ses fonctions remplir 
celles d'inspecteur. 

Instructions Chrétiennes pour les jeunes gens, utiles à tontes sortes 
de personnes, mêlées de plusieurs traits d'histoire et d'exemples édi- 
fiants, par un docteur en Théologie ; nouvelle édition, revue, corrigée 
et augmentée.— 323 p. in-12o. Desbarats. 

Garnbau : Abrégé de l'Histoire du Canada depuis sa découverte jus- 
qu'à 1840, à l'usage des maisons d'éducation par F. X. Garneau, ouvrage 
approuvé par le Conseil de l'instruction publique du Bas-Canada. Troi- 
8 ième édition. — iv, 197, m. Côté. 

Montréal, mars et avril, 1864. 
Roy : History of Canada for the use of Schools and Families, by J 



JOURNAL DE L'INSTRUCTION PUBLIQUE. 



75 



Roy. Seventh edition, corrected and brought down to the present time, 
by Mr. Borthwick.— 279 p. in-12o. Dagg. 

Johnson : A comprehensive system of Book-keeping by simple and 
double entry, by Thomas R. Johnson, accountant. — 108 p. in-12o. Lovell. 

Buchanan : The Relations of the industry of Canada with the Mother 
Country and the United States, by Isaac Buchanan, Esq. M.P.P., edited 
by Henry J. Morgan. — 546 p. in-8o. Lovell. 

C'est une collection de discours et d'écrits sur des questions écono- 
miques et commerciales, par l'bon. M. Buchanan, représentant d'Hamilton 
et dans ce moment président du conseil exécutif. Ce volume est orné du 
portrait de l'auteur et de deux très-curieuses gravures allégoriques qui 
représentent les sources de la prospérité de la Grande-Bretagne en partie 
taries par l'Inde, la Chine, et les emprunts du continent représentés par 
divers monstres qui viennent y boire à lougs traits ; tandis que d'un autre 
côté le commerce, l'industrie et les colonines viennent y verser leur3 ri- 
chesses L'une de ces gravures a pour exergue " Actum est de Repu- 
blicâ ;" l'autre " Res secundœ." 

Toronto, mars, 1864. 

Boyd : A summary of Canadian History from the time of Jacques 
Career's discovery to the present day, with questions adapted to each 
paragraph for the use of schools, by J. A. Boyd, M. A. — in-12o, 124 p. 
Campbell. 

C'est une nouvelle édition tirée à un très-grand nombre d'exemplaires. 
Cela ne fait pas moins de trois réimpressions d'Histoires du Canada à 
l'usage des écoles que nous annonçons aujourd'hui. On voit que l'attention 
publique se porte vers cette importante branche d'études. 

Campbell's Canadian Arithmetic in decimal currency, or the Firs 
Book of Arithmetic superseded. — 180 p. in-12o. Campbell. 



Petite Revue Mensuelle. 

La guerre, qui depuis trois ans, ravage une si grande étendue de notre 
continent, qui compte même tant de nos malheureux et imprudents 
compatriotes au nombre de ses victimes, après avoir langui tout l'hiver, 
s'est réveillée au printemps avec une fureur inouïe. Les premiers avan- 
tages avaient été jusqu'ici dans la Louisiane, dans l'Ouest et à Charles- 
ton pour les Confc dérés ", mais une bataille homérique, plus qu'homérique, 
un combat qui dure depuis dix jours et qui n'est pas encore fini, entre les 
deux grandes armées du Potomac, paraît avoir donné aux Fédéraux des 
avantages, chèrement payés, il est vrai. Voici d'abord comment le pré- 
sident Davis, da'js son message résume la situation générale à la veille 
de la grande lutte : 

" Les récents exploits de nos soldats montrent un redoublement 
d'énergie et de vigilance combinées avec leur valeur habituelle. Nous 
avons été réconfortés par de brillants succès en Floride, dans le Mis- 
sissipi, le Tennessee, le Kentucky, la Louisiane et la Caroline du Nord. 
Ces avantages font honneur à l'habileté de nos généraux et aux soldats 
qu'ils conduisent. Une atiaque navale confie Mobile a été si heureuse- 
ment repoussée que la tentative a été abandonnée, et le siège de Char- 
leston a été réellement suspendu après neuf mois d'attaques successives. 
Cette noble cité et ses forteresses restent debout, impérissables monu- 
ments du génie de leur défenseur Les armées de Géorgie et de Virginie 
opposent encore une formidable barrière aux progrès de l'envahisseur, 
et nos armées, notie peuple et nos généraux sont animés de lapins 
grande confiance." 

Voici maintenant comment le Courrier des Etats-Unis du 13 mai fait 
le tableau des batailles de la Virginie : 

" Il faut se reporter aux guerres civiles de la décadence de la répu- 
blique romaine, pour trouver l'exemple d'un acharnement et d'un car- 
nage pareils à ceux dont nous sommes témoins en Virginie - " Aupara- 
vant la guerre était un art, dit Appien ; Marins et Sylla en inaugurèrent 
ses saturnales." Ces paroles pourraient s'appliquer à ce qui se passe au 
sud du Rapidan. Les scènes de sang et d'incendie continuent sans re- 
lâche, et, mardi, des blessés ont encore péri dans les flan. mes qui embra- 
saient une forêt. Le sort de ceux qui ne sont plus n'intimide pas ceux 
qui restent, et l'ivresse de la poudre ne se calme pas. Les Fédéraux 
s'animent en pensant à la supériorité de leuis forces ; les Confédérés se 
conduisent en hommes qui combattent pour l'existence même. Les deux 
partis se voient chacun près de la victoire, ils pensent la tenir au mo- 
ment où elle échappe, et nul ne veut céder pour ne pas se dessaisir des 
avantages qu'il croit avoir gagnés. 

" Ce n'est plus d'une perte de 27,000 hommes qu'il est question nu 
Nord. " Nous avons perdu près de quarante mille tués, blessés et prison- 
niers," dit la Tribune. Elle ajoute que le Sud en a perdu davantage. 
O n peut lui demander comment elle le sait, mais, le fuit admis, la bou- 
cherie n'en est que [dus complète. Quatorze généraux sont perdus pour 
le Nord. Sedgwick, Wadsworth, Stevenson et Rice ne sont plus J War- 
ren, Bartlett, Getty, Roliinson, Morris et Baxter sont blessés ; Seymour, 
Shaler et Talbot sont prisonniers. Jamais on n'avait vu pareille tuerie 
d'officiers généraux. 

"Nous publions plus loin le récit de labataille qui a été donnée mardi. 
C'est encore une lutte indécise, qui, le soir, n'avait amené aucun résul- 
tat saillant. Le général Grant s'entête contre les obstacles, et le géné- 
ral Lee s'entête à les faire renaître bous les pas de ses ennemis. Au 



surplus, le commandant en chef unioniste ne se fait pas illusion, et tout 
en constatant des avantages, il laisse à entendre qu'il lui reste beaucoup 
à faire par cette phrase : Je me propose de combattre jusqu'au bout sur cette 
ligne, dussé-je dépenser tout l'été ! Cette pertinacité dont il fait preuve, 
nul doute que Lee ne l'imite. Le premier combat pour sa réputation et 
pour son devoir ; le second sent que de lui dépend la vie ou la mort de 
son pays." 

On ne se bat pas avec moins d'acharnement en Pologne et en Dane- 
mark, quoique dans des proportions moins gigantesques. La lutte des 
malheureux Polonais contre le czar se prolonge sans même avoir les 
chances de succès qu'ont les Confédérés; quant au Danemark, il serait 
infailliblement écrasé sans l'intervention des puissances européennes, 
dont les représentants se sont enfin réunis à Londres en conférence, qui 
aura pour premier résultat, espère-t-on, une armistice. Le bombardement 
de Sunderburg, sans avis préalable, a donné lieu à des scènes d'une 
grande désolation et ça été sur le tout un de ces actes de barbarie ce qui 
déshonorent une nation. La Prusse s'est acquis des lauriers de meilleur 
aloi dans la prise de Duppel, où les Danois ont fait une belle et opini- 
âtre résistance. 

Les conférences de Londres ont bien failli ne pas avoir le concours 
de la France ; d'abord quelques-uns pensaient que l'empereur ne serait 
point fâché de laisser sur cette question l'Angleterre dans l'isolement, 
en retour de son refus d'assister au congrès qu'il avait convoqué 
pour le règlement des autres affaires du continent et de celles de la 
Pologne en particulier. Il faut avouer que cette politique oui aurait 
consisté à dire : " vous n'avez pas voulu venir avec moi au secours de 
ma protégée, la Pologne, eh bien, que votre protégé, le Danemark, se tire 
d'affaire comme il pourra," eût été peu digne d'un grand pays; mais 
une autre circonstance rendait très-difficile l'entente des deux puis- 
sances. La protection dont Lord Palmerston avait couvert M. Siansfeld 
jusqu'aux derniers moments et l'espèce de satisfaction qu'il avait 
cru devoir donner à l'opinion anti-catholique et anti-française à la 
suite de la démission de son collègue, en autorisant de son influence les 
démonstrations en faveur de Garibaldi, enfin ces démonstrations elles- 
mêmes, dans lesquelles entrait une bonne part d'hosiilité contre le gou- 
vernement français ; toutes ces circonstances concouraient pour nuire 
au projet de conférences. Lord Clarendon, nouveau membre de l'admi- 
nistration, où deux sièges se sont trouvés vacants par la demiss'on de 
M. Stausfeld et par la maladie et la retraite du duc de Newcastle, a été 
dépêché à Paris où il a réussi à améliorer la situation, au prix, pense- 
t-on, de Garibaldi, dont la santé s'est trouvée si subitement affectée 
que l'on se refuse à croire que ce soit là le seul motif de son départ. 

Tous ces événements ainsi que le départ définitif du nouvel Empereur 
du Mexique, qui est allé recevoir la bénédiction et les avis de Pie IX 
avant de s'embarquer pour l'Amérique, inspirent au Correspondant les 
réflesions suivantes : 

" Singulier résultat de la guerre de 1859 et misérable suite de nos vic- 
toires, pour répéter un mot du généreux évêque d'Orléans. Nous avon- 
sacrifié trois cent millions et cinquanta mille hommes pour affranchis 
l'Italie de l'influence autrichienne ; nous avons gagné pour les Piémonr 
tais les dures victoires de Magenta et de Solferino, donné à Victor- 
Emmanuel la Lombardie, laissé déchirer le traité de Zurich, souffert le 
démembrement des Etats de l'Eglise et l'absorption des Deux-Siciles, et 
pour récompense de tous ces sei vices Garibaldi nous voue à l'exécration 
des Italiens, Mazziui nous expédie des coupe-jarrets qu'il soudoie par 
l'entremise de sou ami Stansfeld, tous trois se donnent publiquement la 
main de l'autre côté du détroit pour bien constater l'accord de leurs sen- 
timents et de leurs vues, lord Palmerston les serre affectueusement dans 
ses bras, et ce qu'on appelle la démocratie française applaudit à ce tou- 
chant tableau ! 

" C'est, du reste, comme l'exposait M. de Falloux dans notre dernier 
numéro, le pendant de ce qui s'est passé en Crimée; nous avons enfoui 
là un milliard et demi ; \ lus de cent mille de nos soldats y dorment dans 
quatre-vingt-quatre cimetières. Sébastopol a été démantelé, le trône 
des sultans atf. rmi, et quand, pour prix de ces gigantesques efforts, nous 
adressons une demande à Constantinople, nous découvrons que nos 
amoasfadenrs sont loin d'y peser du poids de nos services. Là, comme 
en Italie, c'est l'influence anglaise qui domine; où nous avons eu la 
peine, elle perçoit le bénéfice; où nous avons semé, elle récolte. 

" De semblables précédents auraient bien dû nous guérir de l'aven- 
ture lointaine du Mexique. Là aussi des millions et des hommes ont été 
sacrifiés pour arriver finalement à ceindre d'une couronne le front d'un 
prince autrichien. Fasse le ciel que ce Hapsbourg transplanté par nos 
mains n'étonne pas le nouveau monde de son ingratitude, et que la 
Grande-Bretagne ne vienne pas encore faire sa gerbe dans nos sillons. 

" Si nous voulions juger en détail la convention du 10 avril, nous 
aurions plus d'une objection à faire, et nous exprimerions surtout le 
regret de ne pouvoir l'envisager comme une solution; ce n'est qu'une 
transformation, une phase nouvelle d'une entreprise qui se poursuit à 
nos dépens, une combinaison qui nous laisse, comme avant, seuls res- 
ponsables de notre création aventureuse, seuls garants de notre lourde 
créance. 

" Et pourtant, l'acceptation, le départ du jeune empereur, qui est allé 
incliner devant Pie IX sa nouvelle couronne, ont été pour notre patrio- 
tisme une véritable satisfaction, et nous sommes trop bons Français 
pour ne pas respirer plus à l'aise. 



76 



JOURNAL DE L'INSTRUCTION PUBLIQUE. 



" Le refus de l'archiduc nous ouvrait, en effet, des horizons si indéfi- 
niment onéreux et inquiétants que nous avons pu trembler de le voir 
céder aux conseils des siens ou à ses propres hésitations. Pendant quel- 
ques semaines, les forces et le Trésor de la France ont été à la merci 
d'un scrupule, d'un caprice, d'un accès de fièvre d'un cadet de la mai- 
son de Lorraine, et s'il eût par malheur repoussé notre présent, quel 
désarroi, nous n'osons pas dire quelle catastrophe pour notre politique ! 
Adieu les 60 millions de l'emprunt, adieu le moyen d imiter habilement 
M. Gladstone, adieu les souriantes perspectives d'annuités, l'évacuation 
partielle, et le reste ! Tout croulait, et le désastre de Perrette passait de 
la fable dans les plus graves réalités gouvernementales! " 

11 y aurait sans doute beaucoup à répondre à cette nmère critique de 
la politique étrangère de l'Empereur ; surtout en ce qui concerne l'expé- 
dition du Mexique, et une partie de cette réponse se trouve même toute 
faite dans un extrait de la Revue Contemporaine, que nous avons donné 
dans notre avant dernière livraison. Le tout n'en forme pas moins un 
bien frappant tableau des mécomptes de la nation française, qui paraît 
destinée à faire les choses les plus brillantes et les plus coûteuses, moins 
souvent à son profit qu'à celui des autres. On pourrait même en re- 
montant plus loin dans l'histoire, trouver une foule d'autres circons- 
tances où la France a joué un rôle plus glorieux qu'utile à elle-même, 
si toutefois la gloire n'est pas, à tout prendre, une part réelle et substan- 
tielle de sa fortune et de son patrimoine 1 

On conçoit cependant que la conduite de quelques-uns de ses protégés, 
des Italiens entre autres, soit bien faite pour la dégoûter de son rôle de 
redresseur de torts. Mais Garibaldi, en ce qui le concerne personnelle- 
ment, ne lui a rien appris de nouveau. Il y a longtemps qu'à Rome il 
s'était vanté d'avoir trempé ses bras dans le sang français. 

L'enthousiasme des Anglais, il faut l'avouer est d'autant plus remar- 
quable qu'il a été assez graud pour jeter dans l'ombre les fêtes du 300me 
anniversaire de Shakespeare. En cela on a prouvé une fois de plus la 
vérité de la sentence du bon Lafontaine qu'un moucheron vivant vaut 
mieux qu'un lion mort. Ni le banquet donné à Stratford-sur-Avon, ni 
l'érection d'un monument au Palais de Cristal, ni les discours, ni les 
représentations théâtrales, ni aucun festival Shakespearien n'occupe dans 
les colonnes ni dans les illustrations de la presse anglaise une place tant 
soit peu comparable à celle que remplit le héros d'Asprornonte. Et 
comme en France la solennité littéraire qui menaçait de tourner en une 
manifestation poliiique en faveur de Victor Hugo, a été supprimée, le 
barde anglais a eu. somme toute, plu3 de succès dans le nouveau monde 
que dans l'ancien. Les célébrations de New-York et de Boston ont eu 
certainement, proportion gardée, une importance plus grande que celles 
de Londres ; et lés villes du Canada, Toronto, Québec et Montréal, ont 
aussi voulu faire leur part. On trouvera dans une autre partie de notre 
feuille les détails de la fête qui a eu lieu daus cette dernière cité. 

Les deux ou trois dernières malles d'Europe nous ont apporté la nou- 
velle d'un certain nombre de décès que nous avons à enregistrer : c'est, 
en France, l'amiral Du Petit Thouars, si connu par l'imbroglio Pritchard 
où il joua un rôle si honorable dans les dernières années du règne de 
Louis Philippe ; Hippoiyte Flandrin, célèbre surtout par ses peintures 
murales, et M. Ampère dont nous donnons ailleurs une courte notice 
nécrologique ; en Espagne, l'historien Cavanilles dont la piété était 
aussi remarquable que le talent ; en Irlande, le vieux comte Charlemont, 
fils de celui qui s'était fait le chef parlementaire du parti national irlan- 
dais, et enfin, en Ecosse, le duc d'Athole âgé seulement de quarante-neuf 
ans et dont le fils est actuellement à Montréal dans le régiment des 
gardes de la P>eine. Le duc s'était posé en représentant de la vieille 
féodalité écossaise ; il portait habituellement son costume de chef de 



NOUVELLES ET FAITS DIVERS, 



BULLETIN DE L INSTRUCTION PUBLIQUE. 

— Sur quarante et une compagnies de la milice du Bas-Canada aux- 
quelles S. E. le gouverneur-général a accordé une mention honorable 
dans l'ordre général du 28 avril dernier, il ne s'en trouve pas moins de 
six formées dans des maisons d'éducation. Ce sont les compagnies des 
collèges de Nicolet, Masson, Ste. Thérèse otLennoxville, la 7e compagnie 
des Voltigeurs de Québec composée des élèves de l'Ecole Normale Laval 
et la 10e des Chasseurs Canadiens de Montréal presque entièrement for- 
mée des élèves de l'Ecole Normale Jacques-Cartier. Nous avons de plus 
raison de croire que quelques-unes de ces compagnies auraient obtenu 
des prix si elles avaient compté le nombre d'hommes requis. 

— D'après le rapport sur l'instruction publique dans l'état de Massn- 
chussets pour l'année 1862-63 — il y a dans cet état 4.626 écoles, 1,335 
instituteurs, 5,997 institutrices et sur 238 381 enfants de cinq à seize ans, 
225,921 fréquentent les écoles l'été et 227,252 l'hiver. Cette proportion 
est peut-être la plus forte qui ait été obtenue dans aucun pays. 

— Sa Majesté la Reine a fait présent à la Bibliothèque du parlement et 
à celles des Universités Laval, McGill, Toronto et Queen's College, d'un 
exemplaire des discours de feu S. A. R. le Prince Albert. C'est un beau 
volume aux armes du Prince et portant l'inscription suivante avec la 

signature de Sa Majesté " Presented to in memory of her great 

and good hushand by his broken hearted widow, Victoria R. 1864." 

BULLETIN DES LETTRES. 

— Les fauteuils ss vident rapidement à l'Académie Française, mais ne 
se remplissent pas de même. Il s'en trouve presque toujours depuis quel- 
ques années deux on trois de vacants à la fois. Les deux dernières ré- 
ceptions ont été celles de M. de Carné qui a remplacé M. Biot, et de M. 
Dufaure qui a remplacé M. Pasquier. M. Viennet a répondu au discours 
de M. de Carné et M. Patin à celui de M. Dufaure. Le fauteuil d'Alfred de 
Vigny n'a pu être donné, les suffrages s'étant répartis entre MM. Jules 
Janin, Antran et Camille Doucet, et il était encore vacant lorsque la 
mort de M. Ampère est venu jeter un nouveau deuil sur l'illustre aréo- 
page. 

— L'Espagne vient de perdre un de ses plus rares esprits. Un juris- 
consulte eminent, un historien convaincu, un moraliste délicat, Antonio 
Cavanilles, vient de mourir, laissant inachevée cette belle histoire d Es- 
pagne qu'il avait menée d'une si vive allure jusqu'au siège de Grenade. 
Une douloureuse maladie de foie l'a enlevé, dans les premiers jours de 
cette année, à une famille dont il était la joie et l'orgueil, à ses nom- 
breux amis, à ses admirateurs, dont le cercle s'étendait chaque jour avec 
la popularité croissante de son nom et de ses œuvres, à l'Esragne enfin, 
qui comprenait de plus en plus qu'après s'être admirée dans le vaste et 
beau récit de don Modeste Lafuente, si elle voulait se regarder dans un 
miroir plus fidèle, elle devait lire aussi celui de Cavanilles. Ceux qui, 
ne connaissant de lui que l'homme d'affaires, ne savaient pas que l'avocat 
fin et délié cachait un penseur original, un écrivain à la fois ingénieux 
et solide, regretteront dans Cavanilles le conseiller sûr et habile. Ceux 
qui n'ont cessé de se demander pourquoi, à une époque où l'ambition est 
le mal de tous, un homme si bien fait pour la vie publique s'en est leuu 
éloigné avec tant de soin, regretteront plus que jamais que Cavanilles, 

clun et préconisait les expositions agricoles dans lesquelles il prenait une ' gardant jusqu'à la fin ce goût obstiné de la vie cachée, ait préféré com- 
part tiès-active. battre dans la solitude les fatales maximes auxquelles, en Espagne comme 
" Lorsqu'en 1839, dit la Revue Britannique, Lord Eglinton imagina la 

parade théâtrale appelée encore tournoi Eglinton, le duc d'Athole fut le 

premier à s'inscrire sur la liste des chevaliers, et il entra dans l'arène à 

la tête de cent montagnards armés. Après lui défila un chevalier français 

qui n'avait pa3 une suite si nombreuse e^ qu'on aurait pu comparer à 

Ivanhœ le déshérité tel qu'il parut dans le tournoi d'York. Qui se doutait 

alors que ce pauvre chevalier commanderait une armée de cinq à six 

cent mille hommes? C'était le prince Louis Napoléon." 

Dans notre nécrologie locale nous avons à mentionner M. Brunet, an- 
cien et respectable curé de Ste. Rose ; M. Comte qui a joué un rôle si 

important dans le Séminaire de Montréal dont il a administré pendant 

tant d'années le3 finances, et M. Henri Cartier, ancien préfet du comté 

de Vaudreuil, noyé la nuit en traversant, à cheval, une route submergée 

par la crue des eaux. 

Nous terminerons en corrigeant une erreur dans la néciologie du juge 

en chef LaFontaine publiée dans notre avant dernière livraison. M. De- 

bartzeh n'accompagna point M. LaFontaine à Québec, en 1837, comme 

nous l'avions cru, et nous étions pour faire cette rectification qu'on nous 

avait suggérée, lorsque nous avons lu, dans la Minerve, une correspon- 
dance dont nous apprécions parfaitement d'ailleurs la courtoisie et les 

bonnes intentions. Cette correctiou est bien dans l'intérêt de la vérité 

historique, comme le dit le correspondant, mais pas du tout dans 

celui do la réputation de notre regretté juge en chef, laquelle, à notre 

avis, ne pouvait souffrir de ce que nous avions dit. 



partout, la société est en proie. 

Cavanilles était, de nos jours le type accompli d'une race d'hommes 
que le temps emporte et qui formait un trait d'union entre l'ancienne 
société et la nouvelle. Ces braves gens ne se contentent pas d'avoir 
gardé le culte de l'antique patrie, ils en ont aussi l'intelligence et ils 
osent encore en montrer les vertus. Cependant, gagnés peu à peu aux 
sentiments deg temps modernes, ils ont insensiblement renoncé à l'espoir 
de voir renaître les vieux âges, mais ils en cultivent, au fond du cœur, 
le regret délicat et mélancolique ; leur raison elle-même, après s'être 
rendue, porte le deuil de ce passé qu'elle regarde s'enfoncer dans l'ombre, 
en se retenant de l'y suivre. 

Je n'oublierai jamais la dernière fois, ce devait être, en effet, la der- 
nière, que j'eus le bonheur de serrer la loyale main de Cavanilles. _ Il y 
a de cela environ 1rois semaines ; je ne faisais que traverser Madrid, et 
dans le peu de temps que j'y passai ce fut pour moi une bonne fortune 
dont je remercie aujourd'hui le ciel, que de le rencontrer à la Puerto del 
Sol, où, si l'on ne cherche pas toujours ceux que l'on y trouve, on est à 
peu près sûr, du moins, de trouver ceux que l'on cherche. Après les pre- 
mières questions je lui demandai des nouvelles de son Histoire, dont 
j'avais lu, dans le courant de l'été, le troisième et le quatrième volume : 
" Ah 1 me dit-il, avec un grand soupir, je suis occupé à tuer Philippe II." 
Et il ajouta, avec ce fin sourire qui éclaire si bien =es dialogues : " Grand 
roi ! mais je n'aurai3 pas voulu en faire mon : mi." Antonio Cavanilles 
est tout entier dans ce jugement, et dan3 la restriction ironique qui l'ac- 
compagne. Cavanilles ai-je dit ? Oui sans doute, mais j'y reconnais avec 
lui tous les esprits de la même famille qui acceptent l'époque actuelle, à 
la condition qu'elle ne reniera pas les traditions de son passé et qu'elle 
voudra bien retrouver dans ses cortès actuelles les filles légitimes et 



JOURNAL DE L INSTRUCTION 1'UBLIQUE. 



77 



encore assez ressemblantes de ces anciennes cortès qui eurent aussi leur 
fierté nationale, et à qui on ne peut guère reprocher que d'avoir prouvé 
qu'en Espagne la liberté n'est pas d'hier. 

Cavanilles avait gardé entière les saintes croyances des anciens jours, 
et il est mort comme mouraient les fermes chrétiens de ces âges reculés 
qu'il excellait à raconter, et pourquoi ne le dirai-je pas? comme on meurt 
souvent encore en Espagne et ailleurs. Permettez-moi d'emprunter ici 
quelques détails d'i.ne lettre trempée de larmes, qui m'est adressée de 
Madrid par quelqu'un qui a dans le eœur, avec la douleur de cette perte 
irréparable, la consolation de cet admirable exemple. 

Pendant que les médecins cherchaient à rassurer sa famille, Cavanilles 
ne se méprenait pas sur son état. Il se sentait atteint mortellement, et, 
dès le premier jour de sa longue maladie, il se prépara à bien mourir. 
Lors même que la maladie semblait vouloir prendre un autre cours, lais- 
sant aux iiutres l'espérance, il continuait virilement sa tâche secrète 

Dès le commencement il demanda les sacrements et reçut le viatique 
avec toute la plénitude de sa hante et pénétrante raison. Il y puisa la 
force de poursuivre, sous les ytux mêmes d'une famille qu'il ne voulait 
pas détromper, cette méditation, commencée dès la première heure, des 
fins dernières de l'homme. 

Deux semaines s'écoulèrent encore avant la suprême épreuve, sans 
que les leriteurs d'une agonie dont son courage restait martre le fissent 
douter un moment de la certitude d'une issue fatale. Ces longues hési- 
tations de la mort ne faisaient que lui rendre la résignation plus facile, 
en le familiarisant avec la pensée de la dernière heure. Ses vives souf- 
frances ne purent même lui arracher un cri. Que pouvait la douleur phy- 
sique sur une âme assez forte pour supporter pendant des semaines la 
vue tranquille de tous les êtres chéris qu'il allait quitter? En arrêtant 
ses regards sur chacun d'eux, il pouvait du moins se dire qu'il n'y en 
avait pas un seul qui ne lui dût la fortune, le bonheur, sa part d'honneur 
dans la gloire d'un nom qu'il avait rendu aussi célèbre qu'il l'avait reçu 
honoré. 

L'aspect continuel de ceux qu'il aimait et que la mort allait lui ravir 
aurait pu, à la longue, ébranler son courage. Mais il y avait mis bon 
ordre. Il avait pour le soutenir un des témoins héroïques qui ne laissent 
pas les âmes défaillir devant le danger. Il avait fait placer en face de 
son lit le crucifix que portait habituellement dans ses missions fray 
Diego de Cadix, un saint homme dont l'Espagne poursuit la canonisation 
en cour de Rome. Beaucoup trop jeune pour avoir connu ce populaire 
prédicateur, mort vers 1805, Cavanilles avait pu connaître, par les récits de 
quelques amis plus âgés, les prodiges de sa parole familièrement sublime. 
11 avait nu leur entendre raconter, et, rencontre singuliérel je l'avais 
raconté moi-même dans un chapitre de mes livres dédié à Cavanilles, 
que_ partout où passait fray Diego, le peuple se disputait des lambeaux 
de sa robe. Que de choses n'avait pas à dire à une telle âme le crucifix 
d'un tel apôtre ! Cavanilles n'en détachait pas ses regards, même en cau- 
sant des choses les plus indifférentes avec ceux qui l'entouraient. Pendant 
qu'il prodiguait encore aux siens les grâces de son cœur et de son esprit. 
ceux qui avaient encore la force de l'observer croyaient le voir continuer 
avec le divin crucifié le dialogue commencé depuis tant de jours. 

Sa dernière nuit fut la plus pénible. Mais sa constance n'en fut pas 
entamée ; il ne lui échappa aucun cri, pas même un geste d'impatience, 
et ce fut avec la même douceur et sans ces empressements qui déguisent 
encore la crainte, qu'il demanda et reçut l'extrême-onction. Avec moins 
d'émotion upparente qu'il ne l'eût fait pour un des siens, il s'associa à la 
voix et aux prières du respectable ecclésiastique qui l'assistait, et con- 
servant jusqu'au bout l'intégrité de sa raison et l'ardeur de sa foi, il 
rendit son âme à Dieir avec une sérénité qui ne permit pas à la douleur 
de se laisser apercevoir ni soupçonner un instant. — Revue Britannique. 

— On a vendu à Paris la bibliothèque de feu M. de Puibusque. L 
catalogue forme un beau volume iu-8o de 236 p. et contient les titres d 
2,744 ouvrages. Ou lit dans la préface " A côté de la littérature espa e 
gnole, le Canada tenait une grande place dans ses affections. M. de 
Puibusque avait rassemblé beaucoup de livres relatifs à cette contrée et au 
non.bre desquels se trouvent les plus importants et b s plus recherchés." 
Plusiaurs de ces derniers sont reliés en peau de marsouin, et au bas du 
titre du " Voyage du R. P. Crespel " se trouve cette note de M. de P. 
" C'est par ce livre que j'ai fait faire le premier essai de reliure avec la 
peau de marsouin blanc du Saint-Laurent tannée et teinte." Outre les 
livres rares, tels que les premières éditions de Champlain, Lescarbot, 
Sagard, Grand Voyage au pays des Hurons, etc., il y avait plusienrs 
manuscrits précieux dans la partie américame. 

— La mort de M. Ampère, qui a eu lieu le 27 mars à Pau où il était depuis 
quelque temps, a causé une vive sensation dans le monde littéraire euro- 
péen et trouvera un douloureux écho dans notre pays. M. Ampère a été un 
des premieis et des plus bienveillants appréciateurs du Canada en 
France, et il a coutiibué à cette espèce de résurrection de l'ancienne 
colonie dans l'esprit de sa mèie-patrie dont nous sommes maintenant 
témoins M. Ampère vint ici au moment où M. LaFontaine, dont nous 
pleurons la perte, se retirait de la vie pub ique, et il prit part au banquet 
d'adieu que lui donnèrent ?es amis politiques. Le passage suivant de sa 
Promenade en Awèriqve. fera voir av< c quels sentiments il piit congé 
de nous : " J'aurais longhmps écouté M. Marcou, qui me rappelait les 
anciens missionnaires des forêts de l'Amérique ; je le quitte à regret et 
avec une véritable émotion. Je tiaverse le fleuve la nuit, dans un canot 
conduit par des Iroquois, qui parlent entre eux dans leur langue. Il ne 
tient qu'à moi de me croire de deux cents ans en arrière; mais l'illu- 



sion ne serait pas de longue durée. Le canot des Iroquois me conduit 
au bateau à vapeur sur lequel je vais par le St. Laurent gagner le lac 
Ontario. Je dis adieu au Canada avec une certaine tristesse ; il me 
semble abandonner de nouveau la France. Heureusement j'ai eu pers- 
pective la chute Ju Niagara." 

Jean Jacques Antoine Ampère naquit à Lyon, le 12 août 1800. Il 
était fils du célèbre mathématicien qui a développé la découverte 
d'Oersted, l'électro-magnétisme et à qui, par conséquent, la civilisation 
moderne doit un de ses plus beaux triomphes sur le temps et l'espace, le 
télégraphe électro-magnétique. L'appareil de Morse n'est qu'une appli- 
cation ingénieuse et pratique des études d' ampère. Toutes les bran- 
ches des sciences et de la philosophie ont été d'ailleurs parcourues par 
cet esprit aussi vaste que profond, qui entreprit de classifier tous les 
travaux de l'intelligence dans son célèbre ouvrage " Essai sur la philo- 
sophie des sciences," dont la seconde partie a été publié après sa mort, 
par son fils. Celui-ci, dans sa Promenade en Amérique, dit en parlant 
du séminaire de Québec : " J'y ai trouvé un cabinet de physique très- 
complet. J'ai reconnu notamment les appareils électro-magnétiques 
inventés par mon père J'ai vu un vieux prêtre, autrefois professeur 
de physique, tout ému par la présence du fil3 de celui dont il avait 
longtemps exposé les découvertes." Ce vieux prêtre n'était autre que le 
célèbre M. Jérôme Deniers. 

Des études qu'il avait faites sons la direction de son père, joint à un 
goût naturel et prononcé pour la littérature, est résultée une sorte de 
double vocation, une carrière mixte, et une grande variété d'études 
qui cependant ont à peine laissé prise a l'accusation de n'être que super- 
ficiel, si aisément portée contre tous ceux qui ne se condamnent pas à 
une spécialité étroite et unique. Introduit par Ballanche dans la société 
de Mme Récamier, le jeune Ampère eut de bonne heure les conseils et 
les encouragements des écrivains les plus célèbres. Il débuta d'abord 
comme collaborateur du Globe et de la Revue Française. Au commen- 
cement de 1830, il ouvrit à Marseille un cours de littérature et publia 
sa première leçon de l'hisloire de la poésie. Aussitôt après la î évolution 
de juillet il revint à Paris, où il suppléa successivement à la Sorbonne 
M. Fauriel et M. Villemain. En 1833, il obtint la chaire d'histoire de la 
littérature française au collège de France, et publia, quelques années 
plus tard, V Histoire Littéraire de la France. Depuis ce temps il a donné un 
grand nombre d'ouvrages, dont les plus récents sont : " La Grèce, Rome 
et Dante," " l'Histoire romaine à Rome " et " César, scènes historiques." 
Il a visité les pays Scandinaves, l'Allemagne, l'Iialie, l'Egypte, la Nubie 
et les deux Amériques. Il est mort comme le soldat les armes à la 
main. Il travaillait à corriger un article qui a paru dans la dernière 
livraison de la Revue des deux Mondes, lorsqu'il fut subitement enlevé à 
ses travaux et à ses nombreux amis. En annonçant sa mort, le Corres- 
pondant publie des fiagments inédits d'un poème sur la conversion de 
St Paul, où se révèle la foi la plus sincère. Une das dernières phrases 
de son dernier article est celle-ci : " On enterre les morts et d'autres 
vivent à leur place ; mais quand la liberté e^t enterrée, tien ne vit plus."' 



DOCUMENTS OFFICIELS. 



Tableau de la distribution de la Subvention de l'Education 
Supérieure pour l'année 1863, en vertu de l'Acte 18 Vict., 
chap. 54. 

Liste No. 1. — Universités. 



NOM DE L'INSTITUTION. 



Collège McGill 

Au même, pour une année de salaire du 
secrétaire de l'institution royale, du 
messager et dépenses casuelles 

Bishop's College 



Total 



296 



163 



E^> 

ci 5° 



2532 90 



671 07 
1812 03 



5016 00 



<u c« 



2407 00 



671 00 
1500 00 



4578 00 



78 



JOURNAL DE L'INSTRUCTION PUBLIQUE. 



Liste No. 2. — Collèges Classiques. 



NOM DE L'INSTITUTION. 


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Nicolet 


210 
252 
191 
248 
195 
235 
262 

127 

102 

107 

24 


1812 03 
1812 03 
1449 64 
1812 03 
1449 64 
1449 64 
1128 00 

1128 00 

1086 98 
381 23 


1721 00 


St. Hyacinthe 


1721 00 


Ste. Théiése 


1377 00 


Ste. Aune-de-la-Pocatière 


1721 00 


L'Assomption 


1377 00 




1377 00 


High School du Collège McGill 


1128 00 


" " de Québec, pour l'instruction 
de 30 élèves désignés par le Gouverne- 


1128 00 


St. François, Richmond 


750 00 




600 00 


Morin .*. 


400 00 






Total 




13509 22 


13300 00 









Liste No. 3. — Collèges Industriels. 



NOM DE L'INSTITUTION. 


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3 

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158 
313 
106 
130 

92 
131 
194 
120 
142 
185 
147 
100 

48 
318 
194 


889 79 
"1289 79 
889 79 
889 79 
355 92 
889 79 
449 52 
355 92 
355 92 
177 96 
355 92 
286 94 
266 94 
360 87 
* 880 49 


845 00 


Masson 


1000 00 




845 00 


St. Michel, Bellechasse 


845 00 


Laval 


338 00 


Ri^aud 


845 00 


Ste. Marie-de-Monnoir 


500 00 




338 00 
500 00 


Lac h u te 


178 00 




338 00 


Varennes 


253 00 


Sheibrooke 


253 00 


Longueuil 


342 00 


St. Laurent 


500 00 






Total 




8675 35 


7920 00 









• Ces deux nouvelles institutions ont reçu chienne $400 comme aide 
supplémentaire accordée par ordre du conseil législatif, depuis la publi- 
cation du Rapport de l'année dernière ; ce qui explique la différence avec 
les chiffres publiés l'année dernière. 



Liste No. 4. — Académies de Garçons, ou Mixtes. 



NOM DE L'INSTITUTION. 



Aylrner, Catholiques 

Aylmer, Protestants 

Beauhamois, St. Clément 

Bonin, St. André, Argenteuil 

Baie-du-Febvre 

Baie St. Paul 

Bamston 

Bert hier 

Buckingham 

Belœil 

Chambly 

Cap-Santé 

Clarenceville 

Clarendon 

Coaticook 

Cassville 

Compton 

Cookshire 

St. Cyprien 

Charleston 

Danville 

Duds we 11 

Dunham 

Durham, No. 1 

St. Eustache 

Farnham, Catholiques — 

Famham, Protestants 

Freleighsburg 

St. Colomban de Sillery 

Ste. Foye 

Gent illy 

Granby 

Georgeville 

St. Grégoire, Nicolet 

Huntingdon 

St. .lean, Dorchester, Catholiques... 

St. Jean, Dorchester, Protestants 

St. Jean, Isle d'Orléans 

Know I ton 

Ka mo jraska 

Laprairie 

Lotbinière 

L'Islet 

Académie Commerciale Cath., Montréal 

Montmagny 

Ste. Marthe 

Missiscoui 

Pointe-aux-Trembles, Hochelaga 

Phillipsburg 

Sherbrooke 

Sorel, Catholiques 

Sorel, Protestants 

Stanbridge 

Sutton 

Shefford 

Stanstead 

St. Timothée 

T rois-Rivières, Catholiques 

Trois-Rivières, Protestants 

Vaudreuil 

Yamachiche 

Académie Commercial et Litt., Québec. 

St. André, Argenteuil 

Ro.xton 



Total. 



68 
36 

233 

125 

118 
65 

160 

160 
38 
83 
81 
21 
69 
56 
88 
70 
84 
35 

145 
24 
84 
42 
81 
70 
80 

233 
65 
74 

113 
50 
90 
59 
37 

114 
38 

167 
51 
89 
96 
80 

150 
24 
84 

175 

225 
80 
49 
82 
48 
90 

352 
44 

121 
64 
82 

175 

125 
36 
19 

104 

130 
66 

120 
60 



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240 27 
240 27 
240 27 
240 27 
160 18 
177 97 
160 18 
357 77 
160 1 
357 77 
187 20 
160 18 
320 33 
160 18 
142 37 
160 18 
160 18 
160 18 
160 18 

240 27 
160 18 
320 33 
142 37 
240 27 
213 56 
240 27 
213 56 
160 18 
160 18 
160 18 
320 33 
160 18 
160 18 
355 92 
320 33 
320 33 
160 18 
320 33 
355 92 

213 56 
142 37 
240 27 
240 27 
266 92 
160 18 
245 68 
320 33 
160 18 
355 92 
320 33 
142 37 
240 27 

320 33 
560 56 
142 37 
320 33 

214 46 
160 18 
240 27 
160 1 

93 60 
140 40 



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14393 82 



228 00 
228 00 
2v>b 00 
228 00 
152 00 
169 00 
152 00 
340 00 
152 00 
340 00 
178 00 
152 00 
304 00 
152 00 
135 00 
152 00 
152 00 
152 00 
152 00 
480 00 
228 00 
152 00 
304 00 
135 00 
228 00 
203 00 
228 00 
203 00 
152 00 
152 00 
152 00 
304 C0 
152 00 
152 00 
338 00 
304 00 
304 00 
152 00 
304 00 
338 00 
203 00 
135 00 
228 00 
228 00 
253 00 
152 00 
233 00 
304 00 
152 00 
338 00 
400 00 
135 00 
228 00 
192 00 
304 00 
542 00 
135 00 
250 00 
150 00 
152 00 
228 00 
152 00 
93 00 
133 00 



14031 00 



JOURNAL DE L'INSTRUCTION PUBLIQUE. 



79 



Liste No. 5. — Académies de Filles. 



NOM DE L'INSTITUTION. 



Ste. Anne-de-la-Pérade ' 

St. Ambroise de Kildare 

L'Assomption 

St. Aimé 

Baie St. Paul 

Belœil 

Boucherville 

Les Cèdres 

Cham bly 

St. Césaire 

Ste. Croix 

Cowansville 

St. Charles, Industrie » 

ChâWuguay 

St. Clément 

St. Cyprien 

St. Denis 

Ste. Elisabeth 

St. Eustache 

St. Grégoire 

Ste. Geneviève 

St. Henri de Mascouche 

St. Hilaire 

St. Hugues 

St. Hyacinthe, Sœurs de la Charité 

St. Hyacinthe, Sœurs de la Présentation.. 
L'Islet 



Ile-Verte 

St. Jean, Dorchester 

St. Jacques de l'Achigan 

St. Jo>eph de Lévis 

Kakouna 

Kamouraska 

Laprairie 

Longueuil 

St. Lin 

St. Laurent, Jacques-Cartier 

Longue-Pointe 

Montréal, pension de 12 sourdes-muettes, 

Ste. Marie-de-Monnoir 

Ste. Marie de Beauce 

St. Martin 

St. Michel, Bellechasse 

St. Nicolas..-. 

St. Paul de l'Industrie 

Pointe-Claire 

Pointe-aux- Trembles, Hochelasa 

Pointe-anx-Trembles, Portneuf. 

Rivière-Ouelle 

Ri mou ski 

Ste. Scholastique 

Sherbrooke 

Soie! 



Ste. Thérèse 

St. Thomas de Pierreville 

St. Timolhée 

St. Thomas de Montmagny 

Varennes 

Yamachiche 

St. Benoît 

Trois-Rivéres 

Ste. Famille 

Terrebonne 

Trois Pistoles, No. 1 

Vaudreuil 

Académie de la rue St. Denis, Montréal. 



Total. 



160 

100 

180 

136 

112 

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152 

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93 

133 

93 

150 



Liste No. 6. — Ecoles Modèles. 



NOM DE L'rNSTITUTION. 



10542 00 



St. Andrew's School, Québec 

Biitish and Canadian Sch. Soc, Montréal 
Col. Church and School Soc, Sherbrooke 
British and Canadian Sch. Soc, Québec . 

National School, Québec 

Pointe Si. Charles, Montréal 

Société d'Education, Québec 

" " Trois-Rivières 

Free School in connection with the Ame- 
rican Presbyterian Sch. Soc, Montréal. 
Col. Church and S-hool Soc, Montréal . . 

Lorette, école de fides 

" " de garçons 

Stanfold 

St. François, école sauvage 

Québec, Basse- Ville, Infant school 

Québec, Haute-Ville, Infant school 

St. Jacques, Montréal 

Les Commissaires catholiques tie Québec. 

Deschambault 

St. Constant 

St. Jacques-le-Mineur 

Pointe-Claire 

Lac hi ne 

Côte-des-Neiges 

St. Antoine de Tilly...... 

St. Edouard de Napierville 

Ste. Philomène 

St. François du Lac 

Laprairie 

L;icolle 

Coteau St. Louis 

Riviére-du-Loup 

Ste. Anne-de-la Pérade 

St. Romuald de Lévis 

St. Charles, St. Hyacinthe 

St. Grégoire 

St. Henri, Hochelaga 

Beaumont 

St. André, Kamouraska 

Ste. Anne-des-Plaines 

St. Césaire 

St. Joachim, Deux-Montagnes 

Boucherville 

Lachine, Dissidents 

Malbaie 

St. Hennas .« 

Ste. Rose 

St. Denis, Kamouraska 

St. H)acinthe 

Chicoutimi 

St. Sévère 

M. Pierre, Rivière du Sud 

Bury 

Châteauguay 

St. Hilaire 

Ste. Sholastique 

St. Joseph de Lévis 

St. Michel-Archange 

St. Jean-des-Chaillons 

St. Gervais 

St. Nicoias, Lévis 

St. Isidore 

St. Heri de Lauzon 

Grande-Baie 

Sommerset 



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150 

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509 00 

338 00 

676 00 

133 00 

133 00 

56 00 

169 00 

169 00 

308 00 

845 00 

338 00 

152 00 

114 00 

114 00 

152 00 

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74 00 

74 00 

74 00 

74 00 

152 00 



80 



JOURNAL DE L'INSTRUCTION PUBLIQUE. 



Liste No. 6. — Ecoles Modèles. — (Suite.) 



aoM de l'institution. 



Ste. Geneviève de Batiscan 

St. Valentin 

St. Vincent-de-Paiil 

Sie. Martine, (garçons, 

Bécaneour 

St. Hubert 

Si. Jèiôme 

Ste. Gertrude 

St. Chartes, Bel léchasse, (garçons) 

St. George, Cacouna 

Pointe-aux-Trembles, Portneuf 

Ste. Cécile, Beauharnois 

Ebon lements 

Ecole Modèle Prot., rue Panet, Montréal.. 

St. Laurent, Montmorency 

Rawdon 

St. Gervais, (Couvent) 

Notre-Dame-de-la Victoire, Lévts 

Rigaud, (Couvent) 

St. Vincent-de-Faul, (Couvent) 

Ec. de la Visitation, faub. Qnéb. Montréal 

St. Jean-Port-Jo! y, école de filles 

Lacolle, Dissidents 

Ste. Anne No. 2, Kamouraska 

Melbourne, académie de filles 

Ecole Allemande Prot. de Montréal 

Pointe-du-Lae 

St. E lonard, Témiscouata, école de filles. 

Châieau-Richer 

Lolbiuiére 

Riviére-Ouelle 

St. Narcisse 

St. Paschal 

Ste. Famille, Isle d'Orléans 

Ste. Foye 

St. Stanislas 

Leeds 

St. Henri de Mascouche 

Ecureuils 

St. Jeaii-Chrysostôme No. 2 

Rivière-des-Prairies 

St. Louis de Gonzague 

St. Léon 

St. Aimé 

Jîc. catholique, Pointe St. Charles, Monlréa 

Faubourg St. Jean, Québec 

St. André Avellin 

St. Alexandre, Iberville 

L'Acadie 

Ste. Claire, , 

St. Charles, Bellechasse, filles 

Cap St. Ignace 

8t. Anselme, école de garçons , 

Esconmins 

St. Edouard, Témiscouata, garçons 

St Frédéric, Drumrnond 

I bei v die 

St. Irénée = 

St. Philippe .• 

St. Cali.vte de Somrnerset 

St. Sauveur, Québec 

St. Roeh de l'Achigan 

St. Régis 

St. Henri, Dissidents 

Henriville, Iberville 

Arlhabaskaville 



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Liste No. 6. — Ecoles Modèles. — (.Suite.) 



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56 00 



NOM DE L'INSTITUTION. 


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110 

104 

50 

75 

64 

73 





74 00 


Coteau-du-Lac 


74 00 


Deschambiinlt, (Couvent) 


56 00 




56 00 




56 00 




56 00 


Ste. Julie, Mégantic 


56 00 


St. Luc 


74 00 


St. Lambert, Lévis 


56 00 


Matane 


56 00 


Magog 


74 00 


Mana, Bonaventure. 


60 
106 

79 

88 
107 

75 
118 

45 
110 

35 




74 00 




56 00 




56 00 


St. Placide 


74 00 


St. Ursule 


56 00 


Sault-aux-Récollets. . 


74 00 




93 00 


Huntingdon, (Couvent) 


74 00 


Henriville, • " 


56 00 


St. Etienne, Outaouais 


56 00 


Snefford Ouest 


75 00 


Total 












17395 00 




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A. !N~ IN" O 3ST O E 



"JOOftNÂL DE L'INSTRUCTION PUBLIQUE" 

ET 

"JOURNAL OF EDUCATION," 



L'abonnement à chacun de ces journaux est d'une piastric par année 
et d'un écu feulement pour les Instituteurs et pour les Institutrices. 

Ce3 journaux s'occupent aussi de science et de littérature, et con- 
tiennent une revue de tous les événements de chaque mois. Ils ont été 
mentionnés avec éloge par le jury du Département de l'Education, à 
l'Exposition de Londres, en 1862, et il a été accordé une médaille de 
première classe pour leur rédaction. 

On peut se procurer, au Département de l'Instruction Publique du 
Bas-Canada, la collection complete pour les prix suivants : 

Chaque volume cartonné en papier se vend $1.10 ; élégant cartonnage 
en toile avec vignette en or sur plat, $1.25 ; les deux journaux, français 
et anglais, cartonnés ensemble, $2. La collection complète de l'un ou 
de l'autre journal, formant 7 volumes, se donne pour $7 ; aux institu- 
teurs, moitié prit, et aux Collèges, Académies, Institutions Littéraires et 
aux Bibliothèques de Paroisse, $5. Ceux qui désireraient se procurer 
des collections complètes feront bien de s'adresser de suite au Bureau de 
l'Education, où il n'en reste plus qu'un petit nombre de séries, l'année 
1857 étant presque épuisée. 

Le journal français se publie à 3000 exemplaires, le journal anglais à 
1500. Ils ont l'un et l'autre une circulation à peu pies uniforme dans 
tout le Bas-Canada, et un grand nombre d'exemplaires s'expédie à 
l'étranger. 

On ne publie â;ne des annonces qui ont rapport à l'instruction publique, 
aux sciences, aux lettres ou aux beaux-arts. Le prix des annonces est de 
7 centins par ligne pour la 1ère insertion et 2 centins pour chaque inser- 
tion subséquente. 

Typographie d'EusEBE Senêcal, 4, Rue St. Vincent, Montréal. 







Volume VIII. 



Montréal, (Bas-Canada) Juin et Juillet, 1864- 



Nos. 6 et 7. 



SOMMAIRE.— Littérature : Souvenirs de ma paroisse natale, par M. E. Re- 
nault.— Science: Les deux abbés de Pénélon, par H. V. (suite). — Avis 
Officiels. — Nominations : Examinateur- — Commissaires d'école. — Livres 
approuves par le Conseil de l'instruction publique. — Amendement du règle- 
ment des écoles normales. — Avis aux Commissaires d'école-— Avis aux Insti- 
tuteurs.— Avis aux maisons d'éducation.— Diplômes accordés par les Bureaux 
d'Examinateurs. — Instituteurs disponibles. — Instituteur demandé. — Dons 
offerts à la Bibliothèque du Département.— Partie Editoriale : Publication 
des rapports sur l'instruction publique-— Décision judiciaire-— Rapport du 
Surintendant de l'éducation du Bas-Canada, pour l'année 1863. — Extrait? des 
Rapports des Inspecteurs d'école, pour 1861 et 1862, (suite).— Vingt-deuxième 
conférence de l'Association des Instituteurs de la circonscription de l'école 
normale Jacques-Cartier : Compte-rendu des travaux de l'Association, par 
M- Archambault.— Revue Bibliographique : Du bon ton et du bon langage, 
par Vide. Drohojowaka, — De l'art de la conversation et de la charité dans les 
conversation?, par le Père llugvet (suite).— Bulletin des publications et des 
réimpressions les plus récentes : Paris, Toronto, Québec, Montréal.— Petite 
Revue Mensuelle.— Nouveli.ks et Eaits Divers : Bulletin de l'Instruction 
Publique. — Bulletin des Lettres. 



LITTERATURE. 



Souvenir» de ma Paroisse natale. 



SAINT THOMAS DE LA CÔTE DU SUD. 



Chers souvenirs de mon enfance, 

Apparaissez. 
II semble que dans l'espérance 

Vons me bercez, 
Quand en passant dessus mon âme 

Si mollement, 
Vous l'enivrez comme un dictame, 

Si doucement. 

chansons de ma mère, 
Récits de mes aïeux. 
Histoires du grand-père 
Contes des vieux, 
Revenez tous, je vous appelle ... ! 



DÉDICACE A LA MÉMOIRE DE MON VIEUX CURÉ, FEU MESSIRE 
JEAN LOUIS BEAUB1EN. 

mon bon vieux curé !— car tu m'entends, sans cloute, du séjour 
de bonheur où t'ont conduit tes vertus— ô mon vieux curé ! quand 
l'idée me vint d'écrire cetle petite légende, tu vivais encore, en- 
touré du respect et de l'amour de tes nombreux paroissiens. 

Aujourd'hui tu n'es plus de ce monde ; la tombe s'est fermée 
sur tes cheveux blancs. 

J'avais résolu de te faire l'hommage de ce modeste travail ; 
mais j'ai trop tardé pour cela : la mort a marché plus vile que ma 
plume ; et c'est sur ta tombe que je viens déposer ce faible tribut 
de reconnaissance que j'aurais été si heureux d'offrir à toi vivant. 

Pendant quarante ans, tu as présidé aux destinées spirituelles 
de la paroisse de St. Thomas ; pendant quarante ans, tes mains ont 



régénéré les nouveaux venus, béni les partants ; pendant quarante 
ans, ta bouche a pardonné à tous ceux que j'ai connus et aimés. 
C'est au milieu des roses des berceaux et des cyprès des tombes 
de deux générations que ton image m'apparaît, quand, à la Jueur 
du feu du foyer, je rêve le soir aux choses qui ne sont plus. 

Accepie, ô mon vieux ciné, ce témoignage tardif mais sincère 
de respect d'un de tes enfants ; accepte-le en souvenir du jour où 
tu ver.-ais sur mon front l'eau sacrée du baptême, en souvenir du 
beau jour de ma première communion. 

Du haut du Ciel où tu veilles encore sur les destinées des en- 
fants de St. Thomas, daigne continuer auprès de moi la mission 
d'ange protecteur que tu remplissais, avec tant de i-ollicitude, sur 
la terre, 

1 

LA VIEILLE ÉGLISE. 

Si jamais il vous arrive, dans une de vos excursions nautiques 
de côtoyer, à marée haute, le rivage du St. Laurent vis-à-vis la 
paroisse de St. Thomas, vous appercevrez de loin, près de l'em- 
bouchure d'une modeste petite rivière appelée la Rivière-à-la- 
Caille, une masse blanchâtre ressemblant à un monceau d'os cal- 
cinés que le reflux aurait jetés sur le rivage. 

A mesure que vous approcherez, cet amas revêtira des formes 
plus distinctes et vous arriverez devant des pans de murailles 
éparpillés dans un rayon d'une quarantaine de pieds seulement. 

Si vous êtes étranger à la paroisse, il ne vous sera pas facile 
d'expliquer la présence de ces débris de murs, dans ce heu bai'cné 
deux fois par jour par les flots du fleuve et distant de plus d'un 
mille des plus proches habitations. 

Voulez-vous avoir le mot de l'énigme? Questionnez le premier 
petit écumeur de mer que vous rencontrerez sur le rivage ; il vous 
dira: — " C'est la Vieille Eglise, monsieur." 

Ces vieux quartiers de murs, que le temps et le flot n'ont pu 
démolir, sont en effet les ruines d'une église. 

Il n'y a pas, dans toute la paroisse de St. Thomas, un seul chas- 
seur, un seul pêcheur qui n'ait lié une connaissance intime avec 
ces ruines éparses auxquelles on a conservé, bien pieusement, Je 
nom de Vieille Eglise. 

Lorsque le vent de nord-est, soufflant avec violence, fait mou- 
tonner ia mer, c'est derrière ces débris d'un autre siècle que le 
chasseur attend, l'œil au guet, le doigt sur la détente, que les camps 
de canards et de sarcelles, poussés par le reflux vers Je rivage, 
arrivent à la portée de son fusil. 

C'est là que, par un beau soir d'automne, le patient pêcheur 
attend, à côté d'un bon feu de copeaux du rivage, que les flots de 
la marée montante viennent baigner les pierres de la Vieille Eglise, 
sur lesquelles il établit ses quariiers de pêche. 

C'est autour de ces ruines que j'allais, enfant et jeune écolier, 
folâtrer avec mes petits camarades lorsque arrivaient ces jours tant 
désirés des vacances. C'est sur ce pan de muraille à moitié en- 
sablé que nous nous rangions en oignons, lorsque le conteur de la 



82 



JOURNAL DE L'INSTRUCTION PUBLIQUE. 



bande interrompait nos courses sur le sable par l'annonce d'un 
nouveau conte appris, la veille, d'un mendiant. 

C'est encore là que, plus tard, à l'âge où la passion des jeux 
d'enfance fait place au désir d'apprendre, j'écoutais, avec l'avidité 
du jeune fige, l'histoire de ces vénérables ruines racontée par mon 
père. 

Ait ! c'est que, voyez-vous, pour moi, ces vieilles ruines ont 
pins d'un attrait, à paît de l'attrait religieux qui s'attache à toute 
ruine et surtout aux ruines d'un temple du vrai Dieu ; c'est que la 
vieille église ét.iit construite sur une terre propriété de mes ancêtres 
maternels ; c'e.-l que cette terre est devenue depuis le bien pater- 
nel ; c'est que ces ruines sont celles de l'église où mes aïeux ont 
été bapti.-és et mariés, où leurs restes moitels ont été reçus par le 
clergé et le peuple avant de retourner à la terre. C'est que ces 
vieilles ruines ont été, depuis qu'elles sont ruine», réunies à la 
terre de la famille ; que ces ruines, enfin, sont nos ruines. 



Il } a de cela près de deux siècles, le 24 août de l'année 1679, 
au lieu même où gisent ces précieuses reliques du bon vieux temps, 
les habitants de la paroisse alors très-petite de St. Thomas de la 
Pointe-à-la-Caille (1), célébraient en un même jour deux grandes 
fêtes : c'étaient l'arrivée, tant et depuis si longtemps désirée, d'ur. 
missionnaire îésidant, et la bénédiction d'une nouvelle chapelle de 
pierre, achevée depuis peu et qui ani! coûté bien îles sueurs, bien 
des sacrifices aux pauvres colon.-. 

Comme ils étaient joyeux ces braves enfants de la France deve- 
nus enfants des bois! Avec quels transports de bonheur ils ser- 
raient dans leurs mains endurcies par les travaux du défrichement 
les mains du prêtre que leur envoyait la Providence ! 

Toute la population de l'endroit, hommes, femmes et enfants, 
était réunie dans la petite église dont le clocher, tout pavoisé aux 
couleurs de la France, dépassait à peine la cime des arbres envi- 
ronnants. 

Comme il devait être touchant le spectacle que présentait l'in- 
térieur de la petite église! Comme ils priaient avec ardeur ces 
pauvres exilés de la terre natale ! 

La cérémonie de la bénédiction solennelle de l'é«lise fut suivie 
d'une touchante fête de famille: c'était le baptême du premier 
enfant du donateur du terrein de l'église, Sieur Guillaume Four- 
nie^ dont l'épouse, dame Françoise Hébert, était la fille de la pre- 
mière Française venue en Canada. Ainsi, c'est dans la pauvre 
chapelle de St. Thomas de la Pointe-à-la-Caille qu'a été baptisée 
la petite fille de la hardie aventurière qui osa, la première, fran- 
chir le grand océan pour venir habiter les solitudes du Canada. 

Après le baptême, le nouveau missionnaire, M. l'abbé Morel, 
et tous les colons de l'endroit, au nombre d'environ une vingtaine, 
furent invités par l'heureux père de famille, à un dîner donné sous 
les rameaux des grands érables qui encadraient la coquette petite 
chapelle dans leur réseau de feuillage. On causa de la France, 
des parents et des amis restés là-bas. On chanta les larmes aux 
yeux les vieilles chansons de la Normandie et de la Bretagne. 
Une formidable décharge de mousqueterie, répétée au loin par les 
échos de ia forêt, couronna selon l'usage du temps le frugal 
banquet. 

Le soir dejee beau jour du 24 août, le nouveau curé invita à son 
tour ses paroisiens à venir faire le petit bout de veillée à son pres- 
bytère, et la prière du soir, faite en commun, vint clore religieuse- 
ment cette fête si religieusement commencée. 



S'il était donné aujourd'hui à un des braves convives de Guil- 
laume Fournier de sortir de sa tombe, quasi bi-séculaire, et de 
revenir visiter la Pointe-à-la-Caille, il ne lui serait pas très-facile 
de retrouver l 'emplacement de la petite église bénite par M. l'abbé 
Morel. Quelles transformations ! quels changements depuis Je jour 
ou les bons colons de St. Thomas, assis à la table du généreux 
donateur du terrein de l'église, s'entretenaient familièrement avec 
leur nouveau missionnaire de Ja vieille et de la nouvelle France. 

Alors la forêt dominait encore en maîtresse sur la Pointe-à-la- 
Caille et à peine apercevait-on, par-ci par-là, de petites brèches 
faites par la hache du colon dans les rangs serrés des érables des 
épinettes et des pins. Aujourd'hui la forêt a disparu et la charrue 
sillonne paisiblement ces lieux où, il y a deux siècles, le Sauvage 
farouche, un genoux sur la poitrine de son ennemi vaincu, fui 
enlevait la chevelure. Aujourd'hui, un guerrier iroquois cherche- 



(1) La paroisse de St. Thomas a emprunté la dernière partie de son 
nom à la pointe sur laquelle était bâtie la Vieille Eglise. 



rait en vain, à plus d'un mille à la ronde, un arbre derrière lequel 
il pût se mettre en embuscade. 

La Rivière-à-la-Caille qui, alors, charroyait à plein lit i'eau rou- 
geâtre de la forêt, n'est plus maintenant qu'un petit ruisseau qui, 
en été, traîne péniblement vers le fleuve ses eaux bourbeuses et ne 
sort de sa léthargie qu'au printemps ou à l'époque des grandes 
pluies d'automne. La Rivière-à-la-Caille a été, comme bien 
d'autres cours d'eau, victime du déboisement. 



Pies d'un siècle après la bénédiction du premier sanctuaire élevé 
à Dieu sur la Pointe à-la-Caille, St. Thomas présentait l'aspect 
d'une petite colonie en pleine prospérité. De jolies maisonnettes 
avaient succédé aux cabanes île bois rond ; de beaux champs 
s'étendaient le loua du fleuve, depuis l'embouchure de la Rivière- 
à-la-Caille, jusqu'à l'embouchure de la rivière du Sud, et la petite 
église, naguère isolée, était maintenant le centre d'un beau village 
à la physionomie riante et heureuse. 

La population de la paroisse s'était aussi considérablement ac- 
crue, et on reconnut bientôt la nécessité de bâtir une nouvelle 
église plus vaste et plus spacieuse. Pour des raisons que nous 
allons voir, les colons décidèrent d'un commun accord de ne pas 
rebâtit le nouveau temple sur le terrein de l'ancien et choisirent 
l'emplacement même qu'occupe aujourd'hui, sur les bords de la 
rivière du Sud, la belle et vaste église de St. Thomas, à un mille 
environ de la Pointe-à-la-Caille. 

La raison du déplacement de l'église paroissiale tenait à un fait 
dont on n'avait pas assez tenu compte dans le choix premier d'un 
site, savoirj: au travail irrégulier mais constant que les grandes 
eaux du fleuve opèrent chaque année sur ses bords dans cet endroit. 

En effet, chaque printemps, et l'automne à l'époque des grandes 
marées accompagnées de tempêtes, des portions notables des 
escarpements de la côte sont enlevées pour aller se déposer sur les 
vastes battures du voisinage. Voilà comment les débris boule- 
versés de la Vieille Eglise, bâtie à une distance considérable des 
hautes eaux, se trouvent maintenant baignés deux fois par jour par 
la marée. 

Lorsque la nouvelle église fut terminée, le curé de la paroisse 
transporta ses pénates à son nouveau presbytère et on laissa au 
temps, qui ronge tout, le soin de détruire à sa guise la Vieille 
Eglise, dont, par respect, pas une pierre ne fut dérangée par les 
pieux habitants. 



Vers 1770, le village entier avait disparu, et la Pointe-à-la-Caille 
était de nouveau devenue déserte ; il n'y restait plus qu'une seule 
maison, laissée là comme pour servir de garde d'honneur à la 
Vieille Eglise. Tous les colons avaient transporté leurs foyers au 
haut de leurs terres, tant pour se rapprocher de la nouvelle église 
que pour pouvoir continuer, avec plus de facilité, leurs travaux de 
défrichements dont le théâtre s'éloignait de plus en plus du St. 
Laurent. 

Bientôt la garde d'honneur disparut à son tour et la vieille et 
vénérable masure resta seule sur la rive déserte.. 

Bien des années passèrent encore sur les murs de la Vieille 
Eglise sans les entamer, jusqu'à ce que le flot du St. Laurent 
entrepiît l'œuvre de destruction que cent cinquante ans n'avaient 
pu opérer. A force de ronger la falaise, le flot était arrivé, petit à 
petit, jusqu'à l'endroit où étaient jetées les fondations de l'église. 

En 1837, année mémorable sous bien d'antres rapports, le pan 
gauche s'éboula entraînant dans sa chute le rond point et ia façade. 
Quelques années plus tard, le fleuve, jaloux de voir le pan droit 
encore debout et qui semblait le défier, fit un dernier effort et en 
sapa si bien les bases qu'il ne tarda pas, lui aussi, à tomber du 
haut de la falaise sur le rivage. 

On voit maintenant que ce n'est pas sans raison que les colons 
de St. Thomas avaient renoncé, bien à contre cœur sans doute, à 
bâtir leur nouvelle église sur le terrain de l'ancienne ; car, dans 
l'espace d'un siècle, pas moins de quinze arpents de côtes avaient 
été dévorées par le Ilot du fleuve géant. 

Les cultivateurs des environs avaient suivi avec intérêt les diffé- 
rentes péripéties de cet assaut désespéré livré par les eaux du St. 
Laurent à la Vieille Eglise. J'ai connu particulièrement un vieil- 
lard qui venait tous les printemps visiter sa vieille, comme il l'ap- 
pelait, et qui, après avoir scrupuleusement examiné les ravages 
du flot, disait en toisant la distance qui séparait l'église du rivage : 
" Je ne sais lequel, de moi ou d'elle, fera le premier la culbute." 
Le vieillard a survécu, mais de quelques mois seulement, à la 
chute du dernier pan de muraille. 

Cho>e étonnante, le flot rongeur, satisfait sans doute de son 



JOURNAL DE L'INSTRUCTION PUBLIQUE. 



83 



triomphe, a cessé, depuis, d'attaquer la falaise à cet endroit, pen- 
dant qu'il continue ses ravages sur les autres points du rivage. 



Les personnes qui n'ont jamais suivi de près les envahissements 
du flot du St. Laurent au détriment des champs des cultivateurs 
du littoral, en certains endroits, peuvent difficilement s'en faire 
une idée. 

Tous les ans, le lit du fleuve s'élargit de quelques pieds par les 
éboulis de la falaise et en certains endroits, plus exposés à l'action 
de la rner, on voit quelques fois des masses entièies de terrein 
s'effondrer le printemps à l'époque des grandes mers des syzygies. 

Des deux côtés du fleuve on remarque sur les côtes, de distance 
en distance, les vestiges de ces empiétements que les navigateurs 
appellent des écorchis, quand la côte élevée montre au loin ses 
flancs bouleversés par les grandes eaux. 

D'autre part, ces terres ainsi prises aux falaises, se déposent 
6Ur les hauts fonds du fleuve, soulevant, par cette opération de 
colmatage, les immenses battures sur lesquelles croissent les 
herbes marines qui attirent vers le bas du fleuve ces innombrables 
volées d'outardes, de bernèches et de canards qui s'y donnent ren- 
dez-vous. 

II 

LE VIEUX CIMETIÈRE. 

Sous la garde de la Vieille Eglise, restait, à l'époque du chan- 
gement signalé, le Vieux cimetière. 

J'aime, malgré tout ce qu'on puisse dire, j'aime ces cimetières 
autour des églises. C'est si beau, si naturel, si catholique, de 
mettre à côté du lieu de prière le champ du repos ! 

Entre le rivage et l'église était donc l'ancien cimetière, qu'on 
ne se proposait île relever que lorsque les empiétements du fleuve 
y forceraient. On se disait: " Qui sait? L'éboulis ne s'étendra 
peut-être jamais jusque-là et tant que l'église et le cimetière ne 
seront 'point attaqués, pourquoi les déranger? Nous irons là de 
temps à autre ; il seia toujours temps de déménager ces pauvres 
morts, quand il y aura du danger pour eux de se voir troublés dans 
leur repos." 

A peine quelques années s'étaient écoulées depuis le change- 
ment d'église, quand arriva l'événement que je vais faire con- 
naître. Je l'ai entendu plusieurs fois raconter dans mon enfance ; 
ce récit faisait chaque fois une profonde impression sur ma jeune 
imagination. 

On était au printemps. Le vent de nord-est avait soufflé pen- 
dant plusieurs jours avec fureur. Le temps avait été gris et froid, 
et la giboulée avait, pendant plusieurs jours, presque empêché les 
gens de sortir. 

Un après midi que le temps s'était un peu remis, un de mes 
aïeux eut l'idée d'aller reconnaître quel avait été l'effet de la tem- 
pête sur la falaise, ou, pour me servir d'une expression consacrée. 
d'&Wer faire un tour à Vécore. 

Voulant se donner la jouissance d'un compagnon d'excursion, il 
se rendit chez le voisin et tous deux se dirigèrent vers le rivage. 
Arrivés sur le bord de la falaise, ils crurent remarquer que Je flot 
n'avait pas, api es tout, fait tant de ravages, et ils descendirent sur 
la batture, comme cela se fait toujours, pour examiner le rapport 
de la marée. 

Les deux vieux amis marchaient tranquillement en suivant le 
pied de la falaise, examinant les bois de rapport et autres objets 
déposés par le flot maintenant retiié Ils allaient ainsi, se diri- 
geant, sans faire attention à la route, vers le iieu où la vieille 
église élevait son clocher si connu, lorsque l'un d'eux remarqua, 
au milieu des joncs et des bois du rapport, un objet que tous deux 
reconnurent aussitôt pour un morceau de cercueil. Levant alors 
la tête du côté de la vieille église, ils s'apei curent que les eaux 
avaient, en cet endroit, fait une énorme entame à la côte et, pas 
bien loin d'eux, flottait au vent quelque chose de blanc qui sem- 
blait sortir du sein même de la falaise. 

Ils s'approchèrent résolument, bien que non sans quelque peur, 
de l'endroit ainsi indiqué à leur attention. 

Le flot du fleuve avait poussé une pointe vers la vieille église 
et venait d'atteindre le vieux cimetière. Le dernier cercueil dé- 
posé dans la dernière tombe avait été en partie brisé; il sortait a 
moitié de la falaise et le cadavre qu'il contenait, encore en son 
entier, laissait passer un bras, couvert d'un morceau de linceul 
maculé, qui se balançait au souffle de la brise comme pour faire 
un appel aux vivants. 

Les deux vieux examinèrent avec respect ces restes d'une an- 
cienne connaissance, puis, se mettant à genoux sur le sable, ils 



récitèrent le De profundis et dirent un chapelet pour les morts du 
vieux cimetière. 

Ces piières s'élevaient vers le ciel au moment où le jour tombait ; 
il faisait déjà presque nuit quand les deux amis atteignirent leurs 
demeures, où ils racontèrent ce qui leur étaii arrivé. 

Il se fit comme un pèlerinage vers le vieux cimetière, pour y 
contempler ce que les deux vieux avaient vu. On enleva le cada- 
vre qui fut déposé de suite, dans un cerceuil neuf, au nouveau champ 
de paix. 

Dans le cours de l'année, on opéra le déménagement des habi- 
tants du vieux cimetière. 

III 

LA CHAPELLE DU R0CHEK. 

Par un beau jour d'été du commencement du dix-huitième siècle, 
deux navires marchands, poitant pavillon français, s'éloignaient 
lentement et comme a regret des côtes de la Normandie et ga- 
gnaient la pleine mer. 

Ces deux navires étaient en destination de la Nouvelle-France. 
Deux familles bretonnes, dont le fils aîné de l'une était fiancé à la 
fille aînée de l'autre, avaient pris passage sur chacun des deux 
navires. 

La traversée fut assez heureuse, mais, à leur entrée dans le 
golfe St. Laurent, les deux navires, qui avaient vogué tout le 
temps presque bord à bord, furent assaillis par une violente tem- 
pête qui les sépara l'un de Pautre. 

Quelques semaines après, un des navires, faisant eau, venait 
jeter l'ancre à quelques encêblures de la Pointe-à-la-Caille et y 
débarquait ses passagers. 

Ce navire était celui qui avait à son bord la famille de la fiancée. 

Les passagers, en mettant pied à terre, allèrent s'agenouiller 
pieusement au pied du modeste sanctuaire île la Pointe-à-la-Caille, 
pour remercier Dieu de les avoir sauvés du naufrage, et prier celle 
que les marins appel'ent a si juste titre " l'étoile de ia mer", pour 
le relour de leurs compagnons. 

Les nouveaux colons furent reçus à bras ouverts par les habi- 
tants de St. Thomas, qui fêtèrent leur arrivée avec les mêmes 
transports de joie qu'un exilé fêle le bienheureux messager qui lui 
apporte des nouvelles de la terre natale. 

La famille bretonne demeura quelque temps dans l'endroit pour 
se reposer des fatigues du long voyage qu'elle venait de faire. 
Elle consacra les premiers jours qui suivirent son arrivée à faire 
des excursions dans les enviions afin de se familiariser avec Je 

p a y s - . 

Dans une de ces courses d'exploration dirigée dans l'intérieur 
des terres, les excursionnistes arrivèrent tout à coup en face d'un 
rocher abrupte et affectant les formes d'une pyramide tronquée, 
qui s'élevait sur les bords de la rivière du Sud, à moins d'une 
lieue du village ; ses flancs dénudés tranchaient sur le fond vert de 
la forêt alors dans toute sa splendeur. 

— Quel bel endroit pour une chapelle votive, s'écria tout à coup 
la pauvre fiancée qui, tout entière à ses tristes pressentiments, rou- 
lait déjà dans son esprit des idées de sacrifice. 

La famille bretonne prolongea encore quelque temps son séjour 
dans la petite colonie, puis elle partit, en chaloupe, pour Québec, 
lieu de sa destination, au grand regret des hospitaliers habitants de 
la Pointe-à-la-Caille, qui auraient voulu la garder au milieu d'eux. 
Avant de s'embarquer, la famille était allée se prosterner une der- 
nière fois aux pieds de la statue de la Vierge, pour lui demander 
sa protection pour ses membres et prier aussi pour les absents dont 
on n'avait reçu encore aucune nouvelle. La jeune fiancée avait 
comme un pressentiment de malheur et sa tristesse s'ajoutait aux 
qualités du cœur, de l'esprit et de la personne qui la distinguaient, 
pour la rendre un objet d'intérêt à tous ceux qui l'avaient connue 
durant son séjour au village de la Pointe-à-la-Caille. 

Les habitants du village et quelques familles du reste de la ra- 
roisse s'étaient joints à la familli bretonne dans cetta pieuse 
prière. Au sortir de l'église, tous l'accompagnèrent au rivage où 
les attendaient l'embarcation, pour lui souhaiter, avec un bon 
voyage, le retour prochain des amis absents. 

Dans ces adieux de ces nouvelles connaissances, en peu de 
temps devenues si intimes, la jeune fiancée mettait une chaleur 
mêlée d'une douce mélancolie qui frappa tout Je monde: à toutes 
les consolations que lui offraient les femmes et les jeunes filles de 
la paroisse, elle répondait : " Ah ! je suis résignée ; je reviendrai 
avant longtemps ; au revoir, mes amis." 

La chaloupe, poussée paf un vent favorable, ne prit.que quelques 
heures pour aller déposer ses intéressants passagers au pied du 



St 



JOURNAL DE L INSTRUCTION 1 UBLIQUE. 



roc de Québec, au sein de la ville de Champlain, alors encore bien 
peu peuplée. 



Deux années se sont écoulées depuis les événements qui pré- 
cèdent. La nouvelle de la perte totale du second navire est devenu 
un tait avéré. 

Les colons de la Pointe-à-la-Caille n'avaient point encore perdu 
le souvenir de la jeune fiancée et de sa famille, mais ils n'avaient 
plus entendu parler d'eux depuis leur départ, lorsqu'un jour d'au- 
tomne, une petite embarcation vint silencieusement aborder le 
rivage : c'étaient les Bretons qui revenaient. 

Eu moins d'un quart d'heure on sut, d'un bout à l'autre du vil- 
lage, qui venait d'arriver, et en un clin d'œil toute la population 
se réunit pour aller au devant des étrangers et leur souhaiter la 
bienvenue. 

Les habitants de St. Thomas n'eurent pas de peine à reconnaître 
leurs hôtes, bien que la jeune fille lût très-changée ; non qu'elle 
ne fût encore belle, mais le chagrin l'avait mûrie et elle portait le 
le costume des veuves de grande maison. 

Son aspect était tellement imposant, son maintien si grave et si 
sévère qu'on osait à peine lui adresser la parole; mais elle, se 
dirigeant vers les groupes, serrait affectueusement les mains des 
bonnes villageoises, leur disant : " Je suis résignée; j'avais tout 
prévu ; je vous le disais bien que je reviendrais visiter votre pa- 
roisse." 

Elle venait aux pk'ds de ce même sanctuaire où elle avait prié 
si ardemment pour le retour de son fiancé, elle venait, inconsola- 
ble mais résignée, promettre solennellement de porter jusqu'à sa 
mort le deuil de l'infortuné jeune homme et de consacrer Je reste 
de sa vie à la pratique exclusive des bonnes œuvres. 

Comme gage delà sincérité de cette promesse, faite en présence 
de toute la population du village, elle fit construire, sur le rocher 
dont les formes étranges l'avaient tant irappée, une modeste cha- 
pelle votive auquel ou donna le nom de Chapelle du Rocher. 

Ce pieux acte accompli, la fiancée retourna à Québec, puis se 
fixa à la Pointe-Lévis où elle i>e dévoua aux œuvres de charité. 

Ses parents, paraît-il, retournèrent en leur pays, lui laissant 
d'amples moyens d'existence. Elle vécut assez longtemps, con- 
nue de toute la population sous le nom de Mademoiselle la Veuve, 
et mourut en odeur de sainteté, pour aller rejoindre ces chœurs de 
saintes vierges et de saintes veuves qu'invoquent nos belles lita- 
nies catholiques. Son souvenir était encore assez vivace, paraît-il, 
il y a quelque trois quarts de siècle; mais il semble se perdre 
maintenant comme bien d'autres souvenirs intéressants. 

IV 

LE ROCHER DE LA CHAPELLE. 

S'il vous prend un jour envie de visiter St. Thomas, vous venez 
de loin, en remontant la rivière du Sud, un rocher isolé, haut 
d'une soixantaine de pieds et assis sur la rive sud, à environ trois 
quarts de lieue de la vaste église paroissiale qui se trouve être la 
troisième bâtie dans la paroisse. 

La chapelle de Mademoiselle la Veuve couvrait le sommet de 
ce rocher où l'on arrivait par une rampe naturelle ; elle avait envi- 
ron vingt-quatre pieds carrée. 

Les habitants avaient une grande vénération pour ce petit tem- 
ple ; mais, comme souvent on abuse des choses les plus innocentes 
et les meilleures, i! arriva que beaucoup de gens se mirent en 
tête de transformer cette chapelle en église paroissiale pour le 
voisinage, et, de ce qui n'était qu'un ex-volo pieux, on voulut 
constituer un moyen de division de paroisse. 

Sous ces circonstances, l'évêque de Québec admonesta d'abord 
les paroissiens, puis, comme un certain nombre d'entre eux ne 
tenait aucun compte de l'avis de leur premier pasteur, celui-ci 
frappa la chapelle d'interdit, défendant sous les peines ecclésias- 
tiques d'y aller faire des prières publiques. 

Dés lors la chapelle ne fut plus qu'un objet de curiosité pour les 
étrangers. 

On cessa de l'entretenir et bientôt elle tomba en ruine. Les 
restes de la charpente détraquée couronnèrent cependant Jonglemps 
encore le sommet de la roche qui lui servait de base. 

Il existe probablement encoie des vieillards qui se rappellent 
d'en avoir vu les ruines. 

Aujourd'hui il n'en reste rien et voilà pourquoi, ne pouvant plus 
parler de la Chapelle du Rocher et ne voulant pas perdre le sou- 
venir qui s'y rattache, le peuple dit maintenant : le Rocher de la 
Chapelle. 

E. Renault. 



SCIENCE 



I,es deux Abbés de Féuélon. 

(Suite.) 

vu. 

Dans une colonie aussi étendue que le Canada, les lois n'étaient 
pas toujours scrupuleusement observées et l'on pouvait voir se glis- 
ser plus d'un abus à mesure qu'on s'éloignait du centre des habi- 
tations. Un des plus regrettables était certainement le mépris des 
ordonnances qui réglaient le commerce des pelleteries et la traite 
avec les sauvages. A Montré. il, M. Perrot, qui trouvait dans ce 
commerce un moyen facile d'augmenter sa fortune, ne craignait 
pas de les violer et de les laisser violer ouvertement par ses créatu- 
res : si les habitants, poussés à bout, voulaient lui faire des repré- 
sentations sur des désordres dont ils avaient souvent beaucoup à 
souffrir, il jetait en prison le téméraire qui se chargeait de présenter 
leurs remontrances (1). Vers la fin de 1673, le mal commençait à 
devenir général ; M. de Frontenac entreprit d'y remédier; mais il 
apporta à cette réforme toutes les qualités et tous les défauts de son 
caractère. 

M. de Frontenac était de ces hommes qui repoussent les demi- 
mesures et qui dans un parti se placent presque toujours à l'ex- 
trême. Unissant une volonté puissante à un coup d'œil juste et 
ferme, il savait presque toujours proportionner les ressources aux 
difficultés. Il avait de la souplesse et de ïa soumission dans 
ses rapports avec la cour et les secrétaires d'Etat ; mais, pour 
ses inférieurs, moins il les voyait redoutables, plus il leur fai- 
sait sentir son autorité et son despotisme, le mot n'est pas 
trop fort. C'est ainsi que, pour se venger des sermons des 
PP. Jésuites et des ordonnances de l'Evêque, il faisait jouer Tar- 
tufe chez de timides religieuses, sommées par un ordre impé- 
rieux d'assister à cette représentation plus que mondaine. Faut-il 
s'étonner après cela de le voir s'abandonner à des mesures arbi- 
traires (2) ? Comme tontes les natures vives, il était accessible aux 



(1) " M. Perrot, gouverneur de l'île de Montréal malgré les ordon- 
" nances qui interdisaient la vente des boissons enivrantes aax Sauvages 
" et le commerce aux magistrats, avait un magasin ouvert à Ville-Marie, 
" où on le voyait lui-même remplir des barriques d'eau de 7ie, et vendre 
" toutes sortes de marchandises aux Sauvages, les forçant même quel- 
" quefois de ne vendre qu'à lui seul leur pelleterie. Enfin il trafiquait 
" d'une manière si indigne de son caractère qu'un jour il vendit à un 
" Sauvage, son chapeau, son habit, son baudrier, son épée, jusqu'à ses 
" rubans, ses bas et ses souliers; et qu'au lieu de rougir de ce commerce 
" honteux, il s'applaudissait ensuite d'avoir gagné 30 pistoles à ce 
" marché, tandis que le Sauvage paraissait dans la place publique, vêtu 
" en Gouverneur." ( Vie de Mlle LeBer par M. Faillon, p. 306.) M. Perrot 
avait un comptoir dans 1 île qui porte son nom: c'était l'habitation la 
plus avancée sur la route des Sauvages : il retirait encore d'assez bons 
profits des congés qu'il accordait à ses créatures. 1 1 fallait qu'il eût 
dans ses alliances et dans sa fortune de puissants moyens de protection, 
car il fut maintenu dans son gouvernement en dépit de toutes les récla- 
mations, surtout de celles du Séminaire. M. de la Barre eut seul le 
courage de le défendre. 

(2) Exiger, par exemple, que les lettres, qui arrivaient deux fois par 
année d'Europe, lui fussent remises avant d'être distribuées à leurs adres- 
ses. Cette mesure, qui arrêtait les affaires, gênait les particuliers sans 
beaucoup de profit pour l'autorité, serait à peine croyable, si elle n'était 
atlestée par les documents de l'époque. Parmi ceux-ci, je choisis une 
lettre du vénérable Père Dablon, supérieur des Jésuites. Je la citerai 
toute entière à cause des détails intéressants qu'elle reuferme. Elle est 
adressée à M. de Vi'.liers, au Cap de la Magdeleine. 

Québec, 24 Juin 1675. 
Monsieur, 

la Paix en N. S. 

J'ai reçu par M. la Vigne vostre lettre du 15 de ce mois. J'ay bien 
à vous remercier des peines que vous avez prises de visiter les terres de 
Batiscan. Je vous en suis bien obligé car sans doute un si mauvais paï's 
vous aura fait bien du mal J'espère néantmoins que je trouveray quelques 
moyens de faire habiter (?) Mont serat, non seulement par des françois; 
mais aussi peut être par des sauvages ainsy que je vous en escrivois, il 
n'y a que quelques jours, c'est pourquoy vous pourrez tenir les français en 
espérance que la chose se fera, mais il n'est pas nécessaire qu'elle éclate 
jusqu'à ce que je vous en escrive. Le fils de Mous, de la Vigne demande 
un contract d'un arpent et demi de front et égale profondeur aux autres 
que je luy ay accordée sur les six arpents de front que nous nous som- 
mes réservées proche du mouliD, je vous prie de luy délivrer son 
contract. 



JOURNAL DE L'INSTRUCTION PUBLIQUE. 



85 



préjugé?, et ces préjugés s'effaçaient difficilement. Les âpres doc- 
trines du jansénisme, de» chagrins domestiques avaient jeté dans 
son âme quelque chose de rude, que les formes du grand sei- 
gneur ne dissimulaient pas toujours ; mais quand il se livrait à la 
pente naturelle de son esprit, il attirait tout le monde par la finesse 
et le charme de sa conversation ; une louange, un mot bienveillant 
tombé de sa bouche électnsait d'autant plus qu'ils semblaient partir 
de plus haut, car il aspirait à être dans la Nouvelle-France l'image 
du grand roi qui gouvernait l'ancienne. S'il ne disait pas: " Pétat, 
c'est moi" il ne craignait pas de répéter qu'il pouvait faire tout 
ce qu'il voudrait, sauf à en répondre de sa tête. M. de Frontenac 
est tout entier dans ce mot, a la fois plein d'audace et de gran- 
deur. Pour tout dire, il était plus militaire qu'homme d'état: il 
a porté bien haut la gloire de nos armes ; mais il a tellement divisé 
Je pays qu'aujourd'hui encore il trouve difficilement, dans la posté- 
rité et dans l'histoire , l'impartialité qu'il refusa à ses contem- 
porains (1). 

M. de Frontenac commença par renouveler les ordonnances de 
ses prédécesseurs avec le ton d'un homme qui veut être obéi, en- 
joignant à tous les juges de procéder contre les délinquants. Aussitôt 
le juge civil et criminel de Montréal envoya un sergent arrêter deux 
fameux coureurs de bois logés chez le lieutenant de Perrot, M. de 
Carion. La mission n'était pas facile à remplir chez un homme 
comme M. de Carion, qui ne craignait pas d'attaquer ses ennemis 
l'épée à la main, pendant que Mme de Carion allait bâtonner leurs 
femmes. Le malheureux sergent fut insulté, maltraité et, paraît-il, 
jeté en prison. M. de Frontenac, apprenant cet outrage fait à la 
justice, crut qu'il devait intervenir directement, sans égard pour le 
gouverneur particulier, et il envoya le lieutenant de ses gardes, 
Bizard, arrêter de Carion. A cette nouvelle, Perrot fait prendre 
les armes à sa garnison et court chez M. LeBer, où logeait Bizard, 
pour punir l'audacieux lieutenant. En vain celui-ci lui montre-t-il 
un ordre signé du Gouverneur-Général ; Perrot le lui rejetant à la 
figure : — " Reportez-le à votre maître, dit-il, et qu'il apprenne une 
autre fois à mieux faire son métier." — Eu vain se revêt-il des insi- 
gnes de sa dignité, en vain veut-il dresser un procès-verbal des 
violences dont il était l'objet, il est traîné en prison avec M. 
LeBer qui avait osé signer Je procès- verbal. 

L'affaire se compliquait: il ne s'agissait plus de prêter main- 
forte à la justice méprisée : c'était une question d'autorité et 
d'amour-propre ; elle pouvait en un instant prendre les pro- 
portions d'une guerre civile. S: M. de Frontenac, dans le pre- 
mier transport de son indignation, avait envoyé ses soldats saisir 
Perrot, celui-ci était homme à se défendre énergiquement, et les 
coureurs de bois, gens déterminés atout, n'auraient pas facilement 
laissé enlever leur protecteur. D'un autie côté, il était impossible 
de se dissimuler que si cette affaire n'était promptement réglée, 
elle allait avoir des conséquences fâcheuses pour l'autorité du gou- 
verneur général, et que l'audace des traitants ne connaîtrait bien- 
tôt plus de bornes. Mais M. de Frontenac comprit que pour le 
moment la violence était dangereuse, sinon inutile, et qu'il fallait 
avoir recours à d'autres voies. 

Comptant sur l'amitié et le dévouement de l'abbé de Féné!on, il 
lui envoie une lettre pressante, le priant de voir Perrot et de lui 
faire comprendre dans quelle mauvaise position il s'est placé ; que 
le meilleur moyen de conjurer l'orage e.st de descendre s'expliquer 
à Québec. En même temps, M. de Frontenac répétait tout haut 
qu'il désirait la paix et qu'il ne manquerait pas de s'entendre avec 
le gouverneur de Montréal. Perrot, cédant aux instances de M. 
de Fénéion, rassuré d'ailleurs sur son titre de gouverneur, 

Je luy ay aussy permis d'abattre jusqu'à six arpents de bois qny luy 
nuisent sur les dix arpents qui uous restent en cet endroit là. 

Nous attendons tous les jours les lettres de France qui ont été po>tées à 
Mons. le Comte à ta baye St. Paul où il est allé visiter les mines. 
Je continuerai à prier Dieu pour Mlle de Villier3. 
Tout à vous en J. C. 
Mons. 

Votre très humble et obéis. 

Claude Dablon. 
Nous apprenons par quelques personnes arrivées de la baye St. Paid 
que la mine y est excellente, que M. le Comte y a fait chanter le Te 
Deum ; que le R/.y a défait 50 mil allemands au mois d'Avril et qu'il a 
pris trois places, dont Gand est une des plus considérables. Mais ce qu'il 
y a de fâcheux c'est qu'on dit que l'Angleterre est contre la France. 
Nous attendons aujourd'huy ou demain M. le Comte et nous saurons par 
son moyen toutes choses. Je vous prie de faire part de cecy au P. Richard 
en attendant que je luy en escrive davantage. (Greffe de Montréal). 

(1) Documents, 4*c, of the States of New York, t. IX., (Greffe de Mont- 
réal) Ms. de la Bibliothèque du Parlement, 2e série, vol. II, IV, Greffe 
de Basset, Montréal, Reg. du Cons. Sup., Oraison funèbre de Frontenac, 
Ms. cité. 



sur sa qualité de parent de Mme de Frontenac et de M. Talon, 
se met en route, quoiqu'on fût alors au milieu de l'hiver. Mais à 
peine est-il arrivé à Québec, qu'il se voit arrêté avec éclat, em- 
pri.-onné au Château St. Louis, et gardé aussi étroitement que 
l'ennemi le plus dangereux de l'Etat. 

M. de Frontenac avait-il usé de ruse ou s'était-il laissé emporter 
à la fougue de son caractère, en voyant son ennemi entre ses mains? 
Il est assez difficile de le dire. On crut alors, du moins à Montréal, 
que Perrot avait été victime d'un guet-apens (1). Il est certain que 
M. de Frontenac se faisait parfois tie singulières illusions, pour ne 
rien dire de plus, sur ses propres actes. Quand on a suivi les évé- 
nements tels que nous les venons de raconter d'après ses lettres et 
les registres du Conseil Supérieur, on est surpris de lui entendre 
dire à la fin du procès, que tonte l'affaire n'avait été qu'un complot 
de certaines gens pour le commettre avec Perrot, et Jui susciter 
des embarras (2). 

M. cie Fénéion fut profondément blessé du rôle qu'on lui avait fait 
jouer dans cette affaire : sa bonne foi avait été surprise et son ami- 
tié avec le chef de la colonie n'avait abouti qu'à compromettre les 
intérêts du Séminaire. Car M. de Frontenac ne s'était pas con- 
tenté d'arrêter Perrot, il avait envoyé à Montréal un com- 
mandant et un juge (3) sur le dévouement desquels il pût comp- 
ter, quoique la nomination de ces deux officiers appartînt de droit 
au Séminaire. Pendant que le supérieur, M. Dollier de Casson, 
protestait contre cette espèce de violence avec toutes les précautions 
d'un liomme qui craint d'irriter un maître puissant, M. de Féné- 
ion, dont on a pu apprécier suffisamment la décision de caractère, 
ne craignit pas d'agir et de parler très-ouvertement en faveur de 
Perrot, comme pour réparer Je tort qu'il lui avait involontairement 
causé. 

Ses premières démarches furent auprès du comte, qu'il tâcha de 
fléchir ; mais toutes ses instances furent inutiles; il ne put pas 
même obtenir de voir le prisonnier qui était tenu au secret le plus 
rigoureux. De retour à Montréal, indigné de la faiblesse du juge 
qui refusait à Mme Perrot la permission, dont elle croyait avoir 
besoin, de faire signer une requête en faveur de son infortuné 
mari, il prit sur lui de voir les particuliers et de prendre leurs 
signatures. 

Toutes ces démarches déplurent extrêmement à M. de Frontenac, 
qui les regardait comme un défi audacieux porté à son autorité ; 
mais son mécontentement fut porté au comble par un sermon de 
M. de Fénéion. 

Comme cet incident fit beaucoup de bruit, amena le procès de 
M. de Fénéion et compliqua celui de Perrot, nous allons nous y ar- 
rêter un peu. 

C'était le jour de Pâques, 25 mars 1674 : la fête avait attiré une 
foule nombreuse dans la petite église de l'Hôlel-Dieu qui servait 
d'église paroissiale. M. de Fénéion prit pour sujet de sou 
instruction la solennité du jour, disant que tous les chrétiens doi- 
vent mourir de la mort de J.-C. et ressusciter de sa résurrection. 
Il insista sur les effets que cette résurrection doit produire dans les 
différents états de la société, chez les inférieurs et chez les supé- 
rieurs, pour ceux qui commandent, comme pour ceux qui obéis- 
sent. Ses remarques parurent des allusions blessantes : les amis 
du pouvoir, et ils étaient nombreux, y virent une critique amère 
du gouverneur et de sa conduite arbitraire. La Salle surtout, avec 
cette fougue de caractère qui causa plus tard son malheur et que 
l'âge ne tempérait pas encore, il n'avait que vingt ans, se leva de 

(1) Histoire du Canada par M. de Be'mont. 

(2) Lettre de Frontenac à Colbert, 14 Novembre 1674, Ms. de la Bi- 
bliothèque du Parlement. Il est assez étrange de voir M. de Frontenac 
s'accuser ainsi de peu de perspicacité auprès du ministre. Il faut lire le 
passage même : 

" J'avais cru le Séminaire de Montréal dans d'autres dispositions 
"qu'ils ne sont et vous" savez de quelle manière je vous en écrivis, 
" l'année dernière, mais je vois bien présentement qu'ils se sont laissés 
" aller aux sentiments des autres, qui étant plus fins qu'eux leur ont peut- 
-être fait faire plus qu'ils ne voulaient, puisque tout ceci n'a été pro- 
" prement qu'un complot formé pour nous commettre M. Perrot et moi 
" ensemble, et nous faire des affaires à tous les deux." Allona donc ! 
M. de Frontenac aurait été comme le Séminaire de Montréal victime 
de certaines gens plus fins qu'eux. C'est alors assurément qu'il aurait eu 
tort de répéter si souvent dans ses lettres, en parlant des Jésuites, qu'il 
n'avait qu'à se louer de leurs procédés à son égard. 

(3) M. de la Nouguère,dontle nom, après diverses transformations, est 
devenu de La Naudière, et Mtre Boysvinet, lieutenant de la sénéchaussée 
do Trois-Rivières. Lo premier, par sa femme, était parent de M. de Tilly 
chargé d'instruire le procès de Perrot. La présence du second a privé 
le greffe de Montréal des archives des audiences pour les premiers mois 
de 1674. 



86 



JOURNAL DE L'INSTRUCTION PUBLIQUE. 



.«on siège, et s'avança vers le haut de l'église, faisant des signes 
à ceux de sa connaissance et aux principaux citoyens, soit pour les 
avertir de bien noter tout ce qu'ils entendaient, soit pour intimider 
le prédicateur, en provoquant contre lui des marques générales de 
désapprobation. (1) 

Par quelles paroles imprudentes M. de Fénélon avait-il pu sus- 
citer ce scandale? jusqu'à quel point était-il coupable? Nous ne le 
savons point. 

Des détails et une courte analyse du sermon nous sont bien 
donnés par La Salle dans l'enquête ordonnée par le Conseil Supé- 
rieur; mais il ne faut pas oublier que La Salle était jeune, tout dé- 
voué au comte ; que, de son aveu même, il avait déjà discuté avec 
M. de Fénélon les événements qui étaient naturellement le sujet 
de toutes les conversations. Remarquons encore qu'entre le ser- 
mon et l'enquête, il s'était écoulé plus d'un long mois, pendant 
lequel bien des commentaires, bien des exasérations avaient dû 
avuir une grande influence sur ce qu'il croyait avoir entendu. 
Voici donc ce que rapporte La Salle : 

Le prédicateur " dit que celui qui est nanti de l'autorité ne doit 
pas inquiéter les peuples qui dépendent de lui ; mais qu'il est 
obligé de les regarder comme ses enfants et de les traiter en père; 
qu'il ne faut pas qu'il trouble le commerce du pays en maltraitant 
ceux qui ne lui fout pas part du gain qu'ils y peuvent faire, qu'il doit 
se contenter de gagner par des voies honnêtes ; qu'il ne doit fouler le 
peuple ni le vexer par des corvées extraordinaires qui ne servent 
qu'à ses intérêts; qu'il ne faut pas qu'il fasse des créatures qui le 
louent partoui, ni qu'il opprime, sous des prétextes recherchés, des 
personnes qui servent les mêmes princes, lorsqu'elles s'opposent à 
ses entreprises ; qu'il doit punir les fautes commises contre le ser- 
vice du Roi, et pardonner celles qui sont contre sa personne, qu'il 
ait du lespect pour les prêtres e! les ministres de l'Eglise." (2) 

Tel est le témoignage de La Salie. MM. les abbés Souart et 
Porrot, interrogés à leur tour, affirmèrent qu'ils n'approuvaient pas 
le sermon "à cause des mauvaises interprétations qu'on pouvait 
y donner " M. de Frontenac, dans sa plainte au minisire, dit que 
les MM. du Séminaire lui écrivirent " ea corps pour faire des 
excuses " de la conduite de leur confrère. 

La seule conclusion que nous puissions tirer de ces affirmations 
c'e-t que le prédicateur avait eu tort de ne pas imiter la sage ré- 
serve de son supérieur. Du moment que ses paroles pouvaient 
donner lieu à des interprétations malveillantes, il lui fallait de 
puissants motifs et une très-grande habileté pour venir les jeter 
au milieu d'une multitude où régnait déjà l'excitation. 

Mais nous ne cro}ons pas qu'on puisse le condamner d'après le 
seul témoignage de La Salle, témoignage donné dans les circons- 
tances que nou< avons vues. C'est ce que comprit très-bien le 
Gouverneur lui-même, qui fit les plus grands efforts pour arracher 
à M. de Fénélon une preuve veibaleou écrite de sa prétendue 
eu pabilité. Le procès qui va s'instruire jettera encore plus de 
lumière sur cette question. 

H. V. 
(A continuer.) 



AVIS OFFICIELS. 



NOMINATIONS. 

EXAMINATEUR. 

Son Excellence, le Gouverneur Général, a bien voulu, par minute en 
Conseil du 28 de mai dernier, nommer Flavien Dubergès Gauvreau, 
Ecuyer, mi-mbre du Bureau d'Examinateurs de Bonaventure, en rempla- 
cement du Révérend Pierre J. Saucier, Curé, démissionnaire. 

COMMISSAIRES D'ÉCOLE. 

Son Excellence, le Gouverneur Général, a bieu voulu, par minute e n 
Consul du 6 du présent mois de juin, approuver les nominations sui- 
vantes de commissaires d'école : 

Comté de "Wolfe. — St. Gabriel de Stratfjrd : M. François Boudrault, 
aîné. 

Comté de Richmond. — Brompton : M. Wmslow WisweU. 

Comté de i'O ita mais — Aylwin : JIM. Charles Chamberlain, William 
U^eujy Ja ms McClelland, William GaiufurJ, Simuel Day. 

Et eu date du 23 de juin courant : 

(1) In.form.-it ion. faite pxr Ch. de Tilly, etc. M. l'abbé Ferland qui a 
copii ce d)cunïntà Pari*, s'e3t emprosié d.3 m> le cimm miquar avec 
sa complaisance ordinaire. 



(2) Information, etc. déjà citée. 



Comté de Châteauguay. — St. Malachie d'Ormstown : MM. George 
McCleneghan et John Gibson. 

Comté d'Arthabaska. — Chester-Ouest : M. Etienne Bruneau. 

LIVRES APPROUVÉS PAR LE CONSEIL DE L'INSTRUCTION 
PUBLIQUE. 

Le Conseil de l'Instruction Publique du Bas-Canada, à sa réunion du 
10 et du 11 du mois de mai dernier, a approuvé les livres dont suivent 
les titres. Cette approbation a été confirmée par Son Excellence, le 
Gouverneur-Général, par minute en Conseil du premier jour du présent 
mois de juin : 

lo. History of Canada for the use of schools and families, by J. Roy. 
Seventh Edi'tion. 1864. 

(Pour les académies.) 

2o. First Greek Reader : for the use of schools. By Archibald H. Bryce 
A. B. Third Edition. 18G3. 

3o. First Latin Reader : for the use of schools. By Archibald H. Bryce, 
LL. D. Fourth Edition. 18G4. 

4o. Second Latin Reader : consisting of Extracts from Nepos, Csesar 
and Ovid. With notes and a copious Vocabulary, &c. By Archibald 
H. Bryce, A. B. 1863. 

5o. English Word-Book, for the use of schools : a manual exhibiting 
the structure and etymology of English words. B3 r John Graham. 1863. 
(Pour les académies et les écoles modèles.') 

6o. First Lessons in Scientific Agriculture. For schools and private 
instruction. By J. W. Dawson, LL. D , F. R. S. Principal of McGill 
University. 1864. 

(Pour les écoles modèles.) 

7o. Word Expositor and Spelling-Guide: a school manual exhibiting 
the spelling, pronunciation, meaning and derivation of all the important 
and peculiar words in the English language. With copious exercises 
for examination and dictation. By George Coutie, M. A. 1863. 

8o. A comprehensive system of Book-Keeping, by simple and double 
entry, etc., By Thomas R. Johnson, Accountant, Montreal. 1864. 
(Pour les écoles élémentaires.) 

9o. The Four Seasons : Being a New No. Ill, Nelson's School Series. 

AMENDEMENT au Règlement général des écoles normales du Bas- 
Canada, pas é par le Conseil de l'Instruction Publique, à sa réunion du 
10 et du 11 du mois de mai dernier, et approuvé en Conseil par Son Ex- 
cellence, le Gouverneur Général, par minute en Conseil du premier jour 
du présent mois de juin. 

Le Règlement général des écoles normales du Bas-Canada est amen- 
dé : 

lo De manière à ce qu'il soit à l'option du principal de chaqne école, 
avec la sanction du surintendant de l'éducation, d'accorder une bourse 
de quatre-vingts piastres à tout élève faisant une troisième année d'é- 
tudes pour se préparer au diplôme d'académie, ou à tout élève qui en- 
trera à l'école avec le degré de connaissances nécessaires pour commen- 
cer de suite à s'y préparer ; pourvu toutefois que l'excédant de telles 
bourses soit pris sur le nombre de bourses à accorder chaque année, et 
que la dépense de l'école ne soit point par là augmentée ; 

2o. De manière à ce que toute personne munie du diplôme de bache- 
lier ès-Lettres, ou du diplôme de maître ès-arts d'une des universités du 
Bas-Canada, puisse être admise à recevoir le diplôme d'académie à 
l'école normale sans être obligée d'en suivre les cours, ni d'être exami- 
née Sur les matières qui auront fait partie du programme des examens 
du baccalauréat par elle obtenu ; mais elle devra suivre, toutefois, le3 
cours de pédagogie et tout autre cours qui n'auraient point fait partie 
de tels examens antérieurs, et elle subira en consequence l'examen sur 
telles matières. 

Louis Giard, 

Secrétaire- Archiviste. 

AVIS AUX COMMISSAIRES ET AUX SYNDICS D'ÉCOLE. 

MM. les Commissaires et Syndics d'école voudront bien se rappelé*" 
qu'ils sont tenus de transmettre à ce département les noms des personnes 
élues par les contribuables, soit dans le mois de juillet ou dans tout autre 
lemps. Ces renseignements sont indispensables et la subvention sera 
retenue aux municipalités qui négligeront de les fournir. 

On doit aussi se rappeler que les noms de baptême doivent être donnés 
au long et que l'on doit écrire aussi lisiblement que possible, afin d'éviter 
tonte erreur. 

AVIS AUX INSTITUTEURS. 
Les instituteurs et les institutrices doivent signer sur les rapports 
semestriels les mêmes noms et prénoms qu'ils ont donnés au secrétaire 
du bureau d'examinateurs duquel ils ont obtenu leurs diplômes, afin que 
les municipalités dans lesquelles ils enseignent n'éprouvent aucun retard 
dans la réception de leur part de snbvent on. 

AVIS AUX DIRECTEURS DE MAISONS D'ÉDUCATION QUI VEULENT SE PRÉVALOIR 
DES DISPOSITIONS DE L'ACTE 19 VICT., CHAP. 54. 

lo. Aucune maison d'éducation n'aura droit, cette année, à l'aide 
accordée par la Légi lature, à moins que le rapport et la demande qui 
l'accompagnent n'aient été reçus à ce bureau avant le premier jonr 



JOURNAL DE L'INSTRUCTION PUBLIQUE. 



87 



d'août prochain. Il ne sera fait d'exception sous quelque prétexte que 
ce soit. 

2o. Un accusé de réception du rapport et de la demande sera immé- 
diatement transmis à la personne qui les aura faits. 

3o. Quiconque n'aura pas reçu cet accusé de réception dans les huit 
jours qui suivront le dépôt au bureau de poste des documents dont il 
s'agit, sera tenu de s'en enquérir auprès du maître de poste de sa localité 
et au Bureau de l'Education, à défaut de quoi, la demande et le rapport 
seront censés n'avoir jamais été transmis. 

4o. Des formules imprimées ont été envoyées, dans la première quin- 
zaine de juin, à toutes maisons d'éducation qui ont déjà été portées sur 
la liste des subventions, et celles qui n'ont pas reçu ces formules devront 
' en faire la demande. 

5o. Les maisons d'éducation qui ne sont pas inscrites sur la liste, 
mais dont les directeurs désirent faire un rapport et une demande, pour- 
ront obtenir de ce bureau les formules nécessaires. 

Pierre J. 0. Chauveau, 
Surintendant de l'Education. 

DIPLOMES OCTROYÉS PAR LES BUREAUX D'EXAMINATEURS. 

BUREAU PROTESTANT DE MONTREAL. 

Pour académies, 1ère classe A : M. S. Ingersoll Briant. 

Pour écoles modèles, 1ère classe A : MM. Samuel Henry Dewart, 
John Mcintosh, Mlles Jane Balfour, Abigail A. Caufield, Sarah Isabella 
Derick, Ellen Augusta Marsh. 

Pour écoles élémentaires, 1ère classe F. et A : Mlle Rosalie Therrien. 

Pour écoles élémentaires, 1ère classe F : Mlle Henriette Feller La- 
moureux. 

Pour écoles élémentaires, 1ère classe A : MM. Robert Boyd, James 
Cunningham, William M. Jameson, James A. Reed, Mme Margaret 
Chambers, Mlles Hannah Allbright, Margaret Cleland, Catherine Glines, 
Catherine J. McNanghton, Jane McOuat, Anne Adameua Young. 

Pour écoles élémentaires, 2ème classe A : Mlles Anna Louisa Hyde, 
Elizabeth McOuat, Maria Jane Revel, Jemima Agnes Robson, Sarah E. 
Taggurt, Sarah Whittle. 

Oct. le 3 mai, 18(34. 

T. A Gibson. 
Secrétaire. 

BURRAU DE STANSTEAD. 

Pour écoles élémentaires, 1ère classe A : Mlles Sarah B. Allen, Susan 
L. Davis, Eliza Hollister, Henrietta Quimby, Carrie Tinker, Harriet N. 
Wilson. 

Pour écoles élémentaires, 2me classe A : EUza Jane Brown, Florence 
J. Baldwin, Evelyn Blandin, Louisa Boyle, Emma Charuberlin, Melvina 
L. Heath, Flora A. Humphrey, Marietta S. Kinney, Carrie Kiugslpy, 
Carrie E. Maloney, Achsa A. McClarey, Harriet Mears, Annie Maria 
Oliver, Harriet Smith, Loraua Thomas. Sarah Worth. 

Oct. le 3 mai, 1864. 

C. A. Richardson, 

Secrétaire. 

BUREAU DE RICHMOND. 

Pour écoles élémentaires, 1ère classe F : Madame Disanges Généreux, 
(née Savoie,) Mlles Adeline Biais, Julie Germain, Athénaïs Pratte, Marie 
Louise Richard, Lucie Roy, Elmire Thibodeau. 

Pour écoles élémentaires, 1ère classe A: M. Charles Cutter, Mlle. 
Mary irmstrong. 

Pour écoles élémentaires, 2ème classe A : MM. Oscar Daniel Wood- 
ward, Nelson Woodward, William Watters, Mlles Ann Johnson, Saïah 
McLean, Margaret Wood. 

Oct. le 3 mai, 1864. 

J. H. Graham. 
Secrétaire 

BUKEAU DE KAMOlIlAitA. 

Pour écoles élémentaires, 1ère classe F : Mlles Henriette Gagnon, 
Zéphirine Hudon, Semire Lapointe, Victoria Tremblay. 

Pour écoles élémentaires, 2ème classe F : Mlles Malvina Côté, Elisa 
Langlais, Emma Plourde, Angélique Therriault, M. Virginie Verret. 

Oct. le 3 mai, 1864. 

P. DUMAIS, 

Secrétaire. 

BUREAU DE TR01S-R1V1ERES. 

Pour écoles modèle?, 1ère classe F. et A : Mlles Marie Lucie Virginie 
Hébert, Caroline H imel, Henriette Leduc, Marie Delphine Laplante. 

Pour écoles modèles, 1ère classe F : Mlle Eut. Victoire Asilda Lor. 

Pour écoles modèle?, 2éme classe F : Madame Sophie Plamondon. 

Pour écoles élémentaires, 1ère classe F : Mlles Marie Edwige Bastien, 
Eutichéenne Biais, Héloïse Philomène Caron, Elisabeth Champagne, 
Marie Janelle, Eutichéenne Lacerte, Marie Adeline Lebœuf, Marie Elisa- 
beth Leblanc, Marie Philomène Métivier, Marie Zélia Part, Marie Anne 
Richard, Marie Olive Roberge, Marie Adelphine Tourigny, Marie Louise 
Voisard. 



Pour écoles élémentaires, 2ème classe F : Mlles Marie de Lima Ber- 
geron, Marie Delphine Brassard, Adélaïde Côté, Adèle ou Adélia Côté, 
Apolline Ducharme, Philomène Frechette, Marie Alphonsine Larivière, 
Marie Elise Lamothe. Marie Adélaïde Morissette. 
Oct. le 3 mai, 1864. 

J. M. Desilets. 
Secrétaire 

BUREAU CATHOLIQUE DE QUÉBEC. 

Diplômes d'écoles élémentaires de 2ème classe F: Mlles Philomène 
Chalifour, Philomène Fortier. 

Diplômes d'écoles élémentaires de 2ème classe A : Mlle M. Virginie 
Plante. 

Oct. le T juin, 1864. 

(Séance ajournée). 

N. Laçasse, 
Secrétaire. 

INSTITUTEURS DISPONIBLES. 

M. Sévérin Pépin dit Lachance muni d'un diplôme d'école3 élémen- 
taires et pouvant fournir de bonnes recommandations. 
S'adresser à lui-même, à Ste. Elisabeth, comté de Joliette. 

Un instituteur, muni du diplôme d'écoles modèles, offrant les meil- 
leures recommandations et pouvant enseigner les deux langues. 
S'adresser à M. Elie Marsolais, à l'Assomption*. 

INSTITUTEUR DEMANDÉ. 

On a besoin d'un instituteur muni d'un diplôme d'écoles élémentaires) 
pour la municipalité scolaire de St. Aricet No. 1. Il faudra qu'il soit 
marié et qu'il puisse enseigner les éléments de la langue anglaise. 

S'adresser, franc de port, à M. Fabien S. Bourgeault, secrétaire-tré- 
sorier des commissaires. 

DONS OFFERTS A LA BIBLIOTHÈQUE DU DÉPARTEMENT. 

Le Surintendant accuse, avec reconnaissance, réception des ouvrages 
suivants : 

De M. Jean-Baptiste Marcoux : " La Nouvelle Maison rustique ou 
Economie générale de tous les biens de campagne, " 



JOURNAL DE L'INSTRUCTION PUBLIQUE 



MONTRÉAL, (BAS-CANADA,) JUIN ET JUILLET, 1864. 



De la pablicatiou des Rappos-ïs sîsb- î'instruc- 
tion publique. 

Nous publions dans cette livraison, à l'exclusion d'autres 
matières, le rapport du Surintendant de l'Instruction Pu- 
blique du Bas-Canada pour l'année 1863. Les journaux se 
plaignent chaque année du retard qui est apporté à la pu- 
blication et à la distribution des rapports sur l'instruction 
publique tant pour le Haut que pour le Bas-Canada. Si 
les éditeurs jetaient un coup d'œil sur nos colonnes, ils ver- 
raient que, dans tous les cas, le département ne saurait être 
blâmé pour ce retard, puisque chaque année, longtemps 
avant la distribution du document imprimé par l'ordre de 
l'Assemblée Législative, le rapport personnel du Surinten- 
dant, qui contient un résumé de tous les tableaux statisti- 
ques et autres documents qui y sont annexés, est publié 
dans notre journal. Nous ne voulons blâmer ni les officiers 
du Parlement, ni les imprimeurs de la Chambre qui con- 
duisent, croyons-nous, cette publication avec toute la 
diligence possible ; nous désirons seulement constater 
que les chefs des deux départements de l'instruction 
publique se trouvent sous ce rapport dans une 
position plus désavantageuse que les ministres des 
terres de la couronne et des travaux publics, à qui il est 
permis de faire imprimer leurs rapports sous leur propre 



- 



JOURNAL DE L'INSTRUCTION PUBLIQUE. 



contrôle et à mesure qu'ils se rédigent ; la suggestion d'un 
pareil arrangement a été faite à plusieurs reprises par les 
deux Surintendants ; mais il paraît que le contrat qui est 
f it avec les imprimeurs du Parlement ne permet point que 
l'ordre de choses actuel soit changé. 



Décision Judiciaire. 

Dans une poursuite intentée par les commissaires d'école 
de Repentigny contre un des contribuables de cette muni- 
cipalité, l'Hon. Juge Laberge a décidé que le statut 27 
Victoria, chapitre 11, qui donne aux commissaires d'école 
les pouvoirs conférés aux conseils municipaux pour le recou- 
vrement sommaire des cotisations, n'empêchait point de 
poursuivre comme ci-devant, si on le jugeait préférable. 
En un mot, le statut de 1863 n'abroge aucun des pouvoirs 
préexistants, mais en confère seulement de nouveaux.. 



tableaux statistiques au long et les extraits des rapports des Inspec- 
teurs que tous les trois ans, et cette publication ayant eu lieu, il y 
a deux ans, je ne vous transmets que Je résumé des statistiques et 
quelques autres documents, qui font exception à la règle établie 
par le comité. 

Je ne répéterai point les observations que j'ai faites dans tous 
mes rapports précédents sur l'insuffisance des sommes affectées à 
plusieurs branches du service de l'instruction publique, et je me 
contenterai île renvoyer au dernier, notamment en ce qui concerne 
la demande que j'ai laite à plusieurs repiises d'une augmentation 
de la subvention de la Caisse d'Economie des instituteurs: cette 
demande s'y trouve motivée très-au long. Le petit tableau des 
affaires de cette institution, donné l'année dernière, se complète 
comme suit pour l'année courante et confirme les observations 
déjà soumises : 



Rapport sur l'instruction publique pour 1S63. 

Bureau de l'Education, 
Montréal, ce 15 mai, 1864. 

Hon. Secrétaire Provincial, 

Québec. 
Monsieur, 

J'ai l'honneur de vous transmettre mon rapport sur l'état de 
l'instruction publique dans le Bas-Canada, pour l'année 1863. 

Le comité de l'assemblée législative chargé de diriger l'im- 
pression des documents publics, ayant décidé de ne publier les 





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1857 


150 


63 


4 00 


886 90 


1858 


74 


91 


4 00 


2211 74 


1859.... 


18 


128 


4 00 


3115 36 


1860 


9 


130 


3 00 


2821 57 


1861.... 


9 


160 


3 00 


3603 58 


1862. . . . 


10 


164 


1 75 


2522 09 


1863. . . . 


13 


171 


2 25 


3237 00 



La somme totale du progrés de l'instruction publique, dans lea 
dix dernières années, 6e répartit comme suit : 



Tableau du progrès de l'instruction publique dans le Bas-Canada, depuis 1853. 



Institutions .. 

Elèves 

Contributions. 



1853. 


1854. 


1855. 


1856. 


1857. 


1858. 


1859. 


2352 


2795 


2868 


2919 


2946 


2985 


3199 


108284 


119733 


127058 


143141 


148708 


156872 


168148 


165848 


238032 


249136 


406764 


424208 


459396 


498436 



1860. 



3264 
172155 
503859 











*. 








3 


3 








10 


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1861. 


1862. 


1863. 


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3345 


3501 


3552 


1200 


567 


180845 


188635 


193131 


84847 


36259 


526219 


542728 


564810 


398962 


105414 



"cd^ 

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3 

< 

51 

4496 
22082 



L'augmentation du nombre des élèves de l'année dernière est 
moindre que celle des deux années précédentes et n'est guère plus 
considérable que celle de 1860. L'augmentation annuelle a toujours 
été, du reste, sujette à des fluctuations auxquelles on ne saurait 
assigner de cause ; excepté, peut-être, les maladies qui sévissent 
quelquefois sur les enfants en âge de fréquenter les écoles, telles 
queja scarlatine et la petite véiole La sévérité que le Département 
a dû montrer à l'égard des diplômes, a aussi empêché l'ouverture de 
plusieurs nouvelles écoles, et en a même fait fermer queiques- 
unes ; mais il paraîtra évident que la réforme commencée sous ce 
rapport devait être poursuivie avec vigueur, au risque même de 
présenter des résultats numériques moins satisfaisants. 

Que'ques districts d'inspection ont subi une diminution : ce sont 
ceux de M. Crépault, inspecteur des comtés de Bellechasse, 
Montmagny et l'islet ; de M. Maurault, inspecteur des comtés 
d'Yamaska et Nicole), et de M. Béland, inspecteur des comtés de 
la Beauce et de Lotbinière ; dans ce dernier district, la diminution 
n'est pas moins de 699. Le district voisin, celui de M. Juneau, 
qui comprend les comtés de Lévis et Dorchester, ne présente 
aucune augmentation. L'augmentation numérique la plus consi- 
dérable, est celle du district de M. Valade, comprenant les écoles 



catholiques de la cité de Montréal et celles des comtés de Jacques 
Cartier, Hochelaga, Vaudreuil et Foulantes. Ce chiffre, qui état 
de 17,431 l'année dernière, est, cette année, de 18,498. La plus 
forte partie de cette augmentation a eu lieu dans les écoles sous 
contrôle, le chiffre représentant les élèves des écoles indépen- 
dantes n'ayant augmenté que de 111. 

L'augmentation proportionnelle la plus considérable qui ait eu 
lieu est celle du district d'inspection de M. Martin, qui comprend 
le comté de Chicoutimi : elle est de 1024 à 1573, c'est-à-dire un 
peu plus de cinquante pour cent. Vient ensuite celle du district 
de M. Boivin, qui comprend les comtés de Charlevoix et Sague- 
nay : elle est de 2043 à 2495, c'est-à-dire de près de vingt-cinq 
pour c- nt. 

5i l'on ajoute au nombre total des enfants fréquentant les écoles 
primaires, (lesquels sont presque sans exception au-dessons de 16 
ans,) celui des élèves au dessous de cet âsre qui fréquentent les 
autres institutions, on aura un total de 184.661. Le chiffre des per- 
sonnes de cinq à quinze ans, d'après le recensement de 1861, est 
de 289,429 ; en ajoutant 15,000 pour les personnes de 15 ans et 
pour l'augmentation survenue de 1861 à 1863, on aurait 304,429. 
La propoition du nombre d'enfants de 5 à 16 ans fréquentant les 



JOURNAL DE L'INSTRUCTION PUBLIQUE, 



89 



écoles, en 1863, serait donc de 60.60 pour cent. En 1855, cette 
proportion n'était que de 47.33 p. c, ce qui donne un progrès de 
13.37 p. c. (1) 

Mais on doit observer que l'âge de 5 à 16 ans, d'après la loi, 
n'est que la limite de la population scolaire facultative, et que ce 
n'est que de 7 à 14 ans que s'établit la rétribution mensuelle, ce 
qui peut êlre considéré comme indiquant les limites de la popula- 
tion scolaire obligée. Le chiffre des enfants fréquentant les écoles 
dans cptte limite donnerait une proportion d'au moins 75 pour cent. 

La proportion ,du chiffre total des élèves, 193,131, donne sur la 
population totale du dernier recensement, en y ajoutant 44,000 pour 
l'augmentation survenue depuis, savoir : sur 1,156,000 depopula- 
tion 16.07 p. c. , 

Le nombre des écoles primaires et de leurs élèves sous le rap- 
port de leur régie, se répartit comme suit : écoles en opération sous 
le contrôle des commissaires, 2762, ayant 131,641 élèves ; 50 



écoles sous le contrôle de syndics dissidents catholiques, ayant 
1874 élèves ; 123 écoles dissidentes protestantes, ayant 4263 élèves, 
et 350 écoles indépendantes, ayant 23,812 élèves. 

Les écoles primaires se répartissent, de plus, comme suit: 4 
écoles modèles annexes des écoles normales, ayant 759 élèves; 
291 écoles primaires supérieures, ayant 19,276 élèves, et 3030 
écoles élémentaires, ayant 142,314 élèves. 

Le tableau suivant de l'augmentation des cotisations, depuis les 
7 dernières années, montre un progrès soutenu. L'augmentation 
de l'année 1863 est, comme on voit, aussi considérable que celle 
de l'aimée précédente: elle porte exclusivement sur les rétribu- 
tions mensuelles. J'ai déjà fait observer que cet état n'est que 
celui des sommes imposées et qu'il reste toujours des arrérages en 
partie compensés, cependant, par les'arrérages prélevés de l'année 
précédente. 



Tableau des cotisations imposées annuellement, depuis l'année 1856. 



Cotisation pour égaler la subvention.. 
Cotisation au delà de la subvention.. . 

Rétribution mensuelle 

Cotisation pour construction d'édifices. 

Total 



1856. 



$ cts. 
113,884 87 

93,897 90 
173,488 98 

25,493 80 



1857. 



406,765 55 



$ cts. 
113,887 08 

78,791 17 
208,602 37 

22,928 63 



424,209 25 



1858. 



cts. 



1859. 



cts. 



1860. 



$ cts 



1861. 



1862. 



$ cts. 



cts. 



115,185 09 115,792 51 114,424 76(113,969 291110,966 75 



88,372 69 109,151 96 123,939 64,130,560 92 
231,192 65 251,408 44 249,717 10 264,689 11 



24,646 22 



459,396 65 



22,083 57 



498,436 48 



15,778 23 17,000 00 



503,859 73 526,219 32 



134,033 15 

281,930 23 

15,798 84 



542,728 97 



1863. 



$ cts. 

110.531 25 

134,888 50 

307,635 14 

11,749 76 



564,810 65 



Le tableau suivant du progrés fait dans le nombre d'élèves apprenant chacune des branches de l'instruction primaire, prouve le 
même progrès que les années précédentes. 

Tableau comparé du nombre d'enfants apprenant chaque branche de l'enseignement, depuis 1853. 





1853. 


1854. 


1855. 


1856. 


1857. 


1858. 


1859. 


1860. 


1861. 


1862. 


1863. 


Aug- 
menta- 
tion sur 

1853. 


Aug- 
menta- 
tion sur 

1858. 

25577 
31682 

19872 

17534 

2941 

22738 
16718 

20606 

12010 
1 

11511 


Aug- 
menta- 
tion sur 

1862. 


Elèves lisant bien.. . 

Elèves écrivant 

Apprenant l'arithmé- 
tique simple 

Apprenant l'arithmé- 
tique composée. . . 

Apprenant !a tenue 
des livres 


27367 
50072 

18281 

12428 


32861 
47014 

22897 

18073 

799 

13826 
11486 

17852 

7097 

9283 


43407 
58033 

30631 

22586 

1976 

17700 
15520 

23260, 

9004 

16439 


46940 
60086 

48359 

23431 

5012 

30134 
17580 

29328 

11824 

26310 


48833 
61943 

52845 

26643 

5500 

33606 
26147 

39067 

12074 

34064 


52099 
65404 

55847 

28196 

6689 

37847 
42316 

43307 

15348 

40733 


64362 
80152 

63514 

30919 

7135 

45393 
45997 

53452 

19773 

44466 


67753 

81244 

63341 

31758 

7319 

49462 
46324 

54214 

25073 

46872 


75236 
87115 

69519 

41812 

9347 

55071 
51095 

60426 

27904 

49460 


77108 
92572 

74518 

44357 

9614 

56392 
54461 

61314 

284621 
50893 


77676 
97086 

75719 

45727 

9630 

60585 
59024 

63913 

27358: 

i 

1 

522441 


50309 
47014 

57438 

33299 

9630 

48100 
52286 

58560 

20292 

47832 


568 
4514 

1201 

1370 

16 


Apprenant la géogra- 


12185 
6738 

15353 

7066 

44121 


4193 


Apprenant l'histoire. 

Apprenant la gram- 
maire française. . . 

Apprenant la gram- 
maire anglaise. . . . 

Apprenant l'analyse 
grammaticale .... 


4563 
2599 

1351 



(1) Le chiffre du recensement fait en vertu de la 7le clause du chaD. 15 des Statuts Refondus, donne un chiffre beaucoup inoindre; mais, 
comme ce recensement n'est point fait dans un certain nombre de municipalités et que, dans beaucoup d'autres, j'ai lieu de le considérer comme 
très-inexact, je prends celui du recensement décennal. 



ôo 



JOURNAL DE L'INSTRUCTION PUBLIQUE. 



On remarquera que quelques branches sont rendues maintenant 
à un point qui ne laisse presque plus à désirer autre chose que le 
progrès naturel par l'augmentation du nombre des écoles et de 
leurs élèves. Ainsi, 63,913 élèves apprennent la grammaire fran- 
çaise ce nombre approche de celui des élèves lisant couramment ; 
60,5S5 apprennent la géographie ; 59,024 apprennent l'histoire ; 
75,719, l'arithmétique simple, et 45,7:27, l'arithmétique composée. 

Tandis qu'il y a encore, en 1S63. une augmentation de 2599 
dans le nombre des élèves qui apprennent la grammaire française, 
il y a, au contraire, une diminution de 1104 dans le nombre îles 
élèves qui apprennent la grammaire anglaise. Comme il est cer- 
tain que l'étude de la langue anglaise fait du progrés dans les 
écoles lrançaises, ce fait vient à l'appui de l'observation souvent 
laite par plusieurs inspecteurs dans leurs rapports : que, dans beau- 
coup d'écoles anglaises, l'étude de la grammaire est négligée. 

Parmi les documents annexés à ce rapport, se trouvent, comme 
à l'ordinaire, les comptes-rendus de l'année scolaire dernière dans 
les écoles normales, par MM. les directeurs de ses institutions. 
Ces documents contiennent des renseignements favorables sur les 
résultats de l'œuvre importante de l'instruction normale, et l'on 
ne verra pas sans intérêt la vive sollicitude que montrent les 
directeurs pour les succès des élèves qu'ils ont formés à l'ensei- 
gnement. Ils visitent leurs écoles et entretiennent des rapports 
constants avec eux, et ils prennent aussi une part active aux confé- 
rences qui se tiennent trois lois l'année aux écoles Jacques-Cartier 
et Laval, et annuellement à l'école McGill, non-seulement pour les 
anciens élèves, mais encore pour tous les instituteurs munis de 
diplôme qui veulent s'y joindre. 

Le tableau suivant des admissions aux écoles normales, depuis 
leur fondation, fait voir que l'année, terminée en juillet dernier, a 
réuni le nombre d'élevés le plus élevé que puissent attendre ces 
institutions dans les édifices qui leur sont actuellement destinés, 
au moins en ce qui concerne les écoles JacquesCartier et Laval. 



Tableau du nombre d'élèves qui ont fréquenté les écoles norrnaleg. 



Diplômes accordés aux élèves des écoles normales, depuis 
l'établissement de ces institutions. 





Ecole Jacques-, 
Cartier. 


Ecole 
McGill. 


Ecole Laval 


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1ère session, 
















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30 


22 




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25 


70 


1857 et 1858 


46 


7 


63 


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36 


40 


76 


89 


103 


192 


1858 et 1859 


50 


7 


76 


83 


34 


52 


86 


91 


128 


219 


1859 et I860 


53 


9 


72 


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40 


54 


94 


102 


126 


228 


18G0 et 1861 


52 


5 


56 


61 


41 


53 


94 98 


109 


207 


1861 et 1862 


41 


10 


58 


68 


39 


52 


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110 


200 


1862 et 1863 


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52 


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Ecole modèle. . . . 


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13 


68 


121 


116 


150 


266 


Ecole élémentaire 


70 


24 

i 


159 


183 


17 


62 


79 


111 


221 


332 


Total 


135 


1 
31 


241 


272 


43 


130 


213 


249 


371 


620 



Le tableau suivant des diplôme? octroyés indique que, malgré 
la sévérité des examens, une très-foi te proportion des élèves qui 
ont étudié dans ces écoles y a obtenu cette preuve de succès et a 
été mise en état de se livier à l'eii>eignement avec avantage pour 
la société. 



Ces chiffres donnent plus que le nombre d'élèves sortis des trois 
écoles normales avec un diplôme, plusieurs ayant obtenu succes- 
sivement îles diplômes pour chaque degré. Le nombre total des 
élèves gradués est comme suit : 

A l'école Jacques-Cartier, 97 

A l'école Laval, 193 

A l'école McGill, 195 

485 

La presque totalité des élèves sortis des écoles normales avec 
un diplôme jusqu'ici s'est livrée à l'enseignement, et la grande 
majorité de ceux qui ont enseigné pendant Jes trois années pres- 
crites par les conditions d'admission, a continué à l'expiration de 
ce terme. Si les traitements des instituteurs étaient plus élevés, 
il n'y a aucun doute que tous les élèves sortis des écoles normales 
adopteraient définitivement la carrière de l'enseignement. Mal- 
heureusement, comme j'ai eu occasion de le faire observer, il se 
fait peu de progrès de ce côté. Les statistiques de cette année 
ne font voir qu'une bien faible augmentation dans les salaires des 
instituteurs et présentent même une diminution dans ceux des 
institutrices. 

Les nouveaux- programmes adoptés par le Conseil de l'Instruction 
publique n'ont pas empêché un trés-giand nombre de candidats de 
se présenter à l'examen, et les examinateurs ont trouvé qu'un bien 
grand progrès dans l'apttiude et les connaissances de ceux qui se 
présentaient avait été le résultat de la mise eu vigueur des nou- 
veaux règlements. 

En vertu de ces règlements, M. Delagrave, membre du Conseil 
de l'Instruction publique, a visité les bureaux d'examinateurs des 
comtés de Gaspé et de Bonaventure, et j'ai visité ceux de Kamou- 
raska et de Rirnou.-ki. Des rapports détaillés sur les résultats de 
celte inspection ont été soumis au Conseil de l'Instruction publi- 
que, et les observations qu'ils contenaient ont été communiquées 
aux bureaux respectivement. D'autres bureaux seront visités dans 
le cours de cette année. 

Le résumé des notes d'examens prises dans ces divers bureaux, 
indique que, jusqu'ici, ce sont l'histoire sainte, la géographie et 
l'histoire du Canada qui ont présenté le plus de difficultés. Quel- 
ques candidats s'étaient soumis d'eux-mêmes à l'examen sur 
des matières qui n'étaient point de rigueur pour obtenir le diplôme 
d'écoles élémentaires ; et le résultat avait été aussi satisfaisant 
qu'honorable pour eux. Si quelques dictées m'ont paru faibles, 
l'ensemide fail voir un progrès notable dans l'orthographe et la 
calligraphie: je puis même dire que l'examen que j'ai pu faire, 
moi-même, de ces diclées conservées dans chaque bureau, m'a 
donné l'idée d'un état de choses en général plus satisfaisant qu'on 
ne se plaît à le représenter. Les nombreuses écoles que j'ai aussi 
visitées, dans ce voyage, m'ont laissé la même impression. J'ai 
même trouvé dans les dictées conservées au bureau de Kamou- 



JOURNAL DE L'INSTRUCTION PUBLIQUE. 



91 



raska une dizaine de copies excellentes et d'une très-belle écriture ; 
quatre d'entre elles étaient même sans la plus légère faute: ce 
sont celles de Mlles Angèle Delisle, Artémise Bart, Olive Du- 
mont et Virginie Lebei, qui, île plus, ont obtenu le No. 1 sur tou- 
tes les matières d'examen sans exception. 

Je reproduis ici le résumé des notes d'examen pour les bureaux 
de Kamoura-ka et de Rimouski, lequel prouve l'état relatif de 
l'instruction sur chaque branche exigée. Le No. 1 équivaut à très- 
bien, le No. 2, à bien et le No. 3, à insuffisant. Le nombre de 
notes de chaque degré inscrites pour chaque matière est figuré par 
le tableau suivant. 

Bureau de Kamouraska. 
Matières. 

Lecture française 

Lecture anglaise 

Dictée française 

Dictée anglaise 

Lecture française raisonnée 

Lecture anglaise raisonnée 

Ecriture 

Grammaire française 

Gi am mai re anglaise 

Géographie 

Tenue des Livres 

Histoire Sainte 

Histoire du Canada 

Arithmétique 

Pédagogie 



Bureau de Rimouski. 



No. 1. 


No. 2. 


No. 3 


28 


2 


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2 








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12 


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17 


9 


4 


13 


11 


5 


12 


16 


1 


2 









Mati 



No. 1. No. 2. No. 3. 



Lecture française 

Lecture anglaise 

Dictée française 

Lecture française raisonnée 

Ecriture 

Grammaire française 

Grammaire anglaise 

Géographie 

Histoire Sainte 

Histoire du Canada 

Arithmétique 

Pédagogie . . 



12 








2 








2 


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1 


11 


2 


1 


3 


10 






Le tableau suivant contient le résumé des tableaux statistiques 
annuels que doit transmettre chaque bureau d'examinateurs : il 
constate le nombre de jours qu'ont duré les examens, le nombre de 
candidats examiné*, le nombre moyen d'instituteurs examinés par 
jour, le nombre de diplômes octroyés, etc., et peut, jusqu'à un cer- 
tain point, faire juger du degré de sévérité montré par chaque 
bureau. 



SOMMAIRE STATISTIQUE ANNUEL DES BUREAU* D'EXAMINATEURS DU BAS-CANADA, ANNÉE 1863. 



Bureau 
de 


Nombre de jours 

qu'ont duré les 

séances. 


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Nombre moyen 
d'instituteurs exa- 
minés par jour. 


Nombre de diplômes 
oclroyés pour acadé- 
mies, 1ère classe. 


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Pour écoles modèles, 
2ème classe. 


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Pour écoles élémen- 
taires, 2éme classe. 


Nombre de candi- 
dats admis, et degré 
des diplômes. 


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13 
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14 
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14 

152 

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36 
16 
13 
7 
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17 
20 
46 
14 

153 


27.4 
15. 

11.1 
2.4 
12. 
9.2 
6.1 
6. 
9. 
4. 
4.1 
2.1 
4.3 
4.1 
5. 

11.2 
4.2 

25.3 


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2 

22 

12 

13 

3 

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5 

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12 

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3 

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67 

23 

10 

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26 

16 


23 

13 

32 

3 


Id. (prot.j. . . 
Québec Ccathol.).. 

Id. (prot.)... 
T rois-Rivières . . . 


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152 


1 




















2 






1 


Beauce 























2 


Chicoutimi .... 
























Rimouski 




















1 
3 

8 
3 

6 


9 

2 

3 

19 






7 


Bonaventure 
















8 
8 

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3 















































10 


Bedford (catholA. 


















1 

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Id. (protest.) 
























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Total . . 


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....| 3 




17 


6 


293 


54 


246 


7 


28 


664 


134 



Depuis la publication de mon dernier rapport, l'examen sur la 
pédagogie, qui n'était que facultatif est devenu de rigueur pour 
les tiois espèces de diplômes, et l'examen sur l'agriculture est 
aussi devenu exigible pour les diplômes d'académies et d'écoles 
modèles ou écoles primaires supérieures. Le règlement portait 
que cette partie des programmes ne serait en force qu'après la 
publication de manuels qui rendissent l'étude de ces matières plus 
facile ; et des manuels, publiés par M. l'abbé Langevin, ayant été 



(I) Le rapport pour ce bureau n'a pas été reçu. 



approuvés par le conseil de l'instruction publique, la condition 
s'est trouvé accomplie. 

Il semble que, d'un cô.é, tout ce que l'on exige pour l'obtention 
du diplôme, et, de l'autre, l'obligation absolue de l'obtenir, devrait 
protéger les instituteurs contre la concurrence illimitée que les 
moins capables d'entre eux font aux plus capables, et par là faire 
élever la moyenne des traitements. 

Le nombre d'instituteurs et d'institutrices laïques non munis de 
diplômes, qui ont été employés, dans le cours de l'année, dans les 
écoles placées sous le contrôle des commissaires ou sous celui des 



92 



JOURNAL DE L'INSTRUCTION PUBLIQUE. 



syndics, n'est que de 41 et, dans tous ces cas, le paiement de 
Ja subvention a été suspendu. La balance du chiffre des institu- 
teurs et de.- institutrices non munis de diplômes, qui figure dans le 
grand tableau synoptique, se compose soit d'assistants, soit d'ecclé- 
siastiques ou de membres de communautés enseignants, que la loi 
exempte de cette obligation. 

La création de la caisse d'Economie, celle des écoles normales, 
d.es conférences d'instituteurs et du Journal de L'Instruction Pu- 
blique étaient toutes propres à améliorer la position et l'efficacité 
du corps enseignant. Il serait important d'y ajouter la création de 
bibliothèques scolaires, au moins dans les écoles modèles. Le 
gouvernement en France, persuadé qu'une grande partie de l'ins- 
truction donnée dans les écoles devient inutile par le manque de 
livres, a affecté dernièrement des sommes considérables pour cet 
objet. Le nombre actuel des bibliothèques de paroisse dans le 
Bas-Canada n'est que de 284, et le nombre total de volumes, de 
196,704. C'est cependant, sur l'année dernière, une augmenta- 
tion de 25 bibliothèques et de 3944 volumes. 

Je suis heureux de pouvoir dire que, l'année dernière comme 
l'année précédente, les recettes et les dépenses du Journal de 
l'Instruction Publique et du Lower Canada Journal of Educa- 
tion se sont fait équilibre, et qu'il y a eu même u ie petite balance, 
laquelle ira à diminuer le découvert des années précédentes. Ce 
découvert, qui était de $1918.98 au 31 de décembre, 1861, n'était 
plus que de $1491.04 au 31 décembre dernier. Si l'on fait atten- 
tion que ce découvert n'égale pas la subvention entière d'une an- 
née, et que, répartis en les sept années de l'existence des deux 
journaux, il ne donna, par année, qu'un chiffre de $213, c'est-à-dire 
7.05 par cent par année de plus que la subvention du gouverne- 
ment, qui est de S1600, on verra que cette circonstance quoique 
regrettable, est cependant peu étonnante, si l'on considère surtout 
qu'une subvention du même montant est allouée au département 
de l'instruction publique du Haut-Canada, pour la publication d'un 
seul journal. 

Le développement de notre système d'instruction publique con- 
tinue de faire établir de nouvelles municipalités scolaires. 

Ce qui suit est un tableau des nouvelles municipalités formées 
depuis 1857, soit par l'érection de nouveaux établissements en mu- 
nicipalités scolaires, soit par la division d'anciennes municipalités. 
Il est à remarquer que peu des nouvelles municipalités sont en état 
de fournir un rapport d'école l'année même de leur établissement. 
Il leur faut d'abord le temps de s'organiser et d'imposer des coti- 
sations, etc. En général, les nouvelles municipalités, proportion 
gardée de leurs ressources, montrent autant et, souvent même, plus 
de zèle que les anciennes pour tout ce qui concerne l'établissement 
des écoles, l'imposition des cotisations et la rétribution des insti- 
tuteurs. 

Tableau des municipalités érigées depuis 1857. 



Munie 


ipa! 


tés 


formées 


dans 


de 


Municif 


lalités formées par la di- 


nouveaux 


établissements 




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municipalités. 


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1859. . 
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1857 
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3 

..... 1 

10 

8 


1862. . 
1863. . 








12 

20 




66 + 58=124 



J'ai indiqué, (bins mes rapports précédents, quelles étaient les 
mesures à prendre pour perfectionner notre système d'instruction 
publique ; et j'ajouterai encore, comme je l'ai déjà fait, que, si 
importantes que soient quelques-unes des mesures suggérées et 
qui sont encore sous la considération du gouvernement, notamment 
celles qui sont exposées dans mon rapport sur l'inspection des 
écoles, beaucoup dépend aussi de l'action de l'opinion publique sur 
Jes autorités locales, entre les mains desquelles la loi a mis une si 
grande part d'initiative et de responsabilité. La tâche la plus dif- 
ficile est celle qui consiste à diriger ces autorités sans toutefois 
empiéter sur leurs pouvoirs et suns porter le découragement chez 



beaucoup de commissaires et de fonctionnaires qui luttent eux- 
mêmes avec courage contre les obstacles et ne peuvent obtenir tout 
ce qui serait à désirer dans l'intérêt du développement de l'ins- 
truction publique. En cela, si le département peut paraître à quel- 
ques-uns manquer d'énergie et de courage, il est bon de leur rap- 
peler qu'une conduite différente aurait pu, dans bien des circons- 
tances, compromettre des résultats qui, tout faibles qu'ils puissent 
paraître, n'ont été obtenus cependant qu'avec beaucoup de diffi- 
culté. 

J'ai l'honneur d'être, 

Monsieur, 
Votre tres-obéissant serviteur, 

P. J. O. CHAUVEAU, 
Surintendant de l'Education. 



(1) Ce tableau n'a pes été fait (le la même manière que celui de l'an- 
née précédente. Les chiffres étaient, dans une colonne, ceux de tontes 
les nouvcllt-a municipalités érigées, dan3 l'autre, eux des anciennes 
municipalités divisées : la même municipalité divisée s'y trouvait portée 
dans les deux colonnes : c'est le contraire dans lo tableau ci-dessus. 



Extraits des rapports de MM. les Inspecteurs 
d'Ecole, pour les années 1861 et 1862. 

Extraits des Rapports de M. l'Inspecteur Bardy, pour l'année 1861. 

Second rapport. 

(Suite.) 

COMTÉ DE QUÉBEC. 

24. Beauport. — Il y a 5 écoles qui fonctionnent bien dans cette 
municipalité. Mlle Turgeon, au No. 3, a 100 élèves. La gram- 
maire, l'analyse, la composition, Ja géographie, l'arithmétique, la 
tenue des livres, entre autres matières, y sont enseignées avec 
succès: 15 enfants apprennent l'anglais. Au No. 2, Mlle McQuil- 
lan instruit 60 petites filles ; il y a progrès apparents dans la gram- 
maire, l'arithmétique et l'anglais. M. Paquet, à l'école de l'arron- 
dissement No. 1, a 74 petits garçons sous ses soins, dont un grand 
nombre apprend avec avantage la grammaire, l'analyse, la compo- 
sition, les régies de l'arithmétique, la tenue des livres : 15 enfants 
y apprennent l'anglais. L'école tenue par Mlle. Vallée, au No. 5, 
réunit 116 élèves qui, pour la plupart, font des progrès. Cette 
respectable institutrice enseigne avec succès les règles, la gram- 
maire, la composition, l'analyse, et aussi l'anglaisa une vingtaine 
d'enfants. 

25. St. Michel de Beauport a au-dessus de 80 enfants qui fré- 
quentent son école ; mais ils ne sont encore guère avancés. On leur 
enseigne particulièrement la lecture, l'écriture, les premières règles 
de l'arithmétique et un peu de grammaire. 

26. Charlesbourg possède 5 écoles sous contrôle, dont 3 fonc- 
tionnent assez bien, parce que les enfants y sont assidus et que les 
institutrices y déploient plus de zèle. L'institutrice du No. 4, Mlle 
Stuart, a réformé complètement l'école de cet arrondissement, dont 
les enfants avaient été fort négligés. J'ai été agréablement surpris 
d'y trouver, à ma dernière visite, un bon nombre de ses jeunes 
élèves exercés avec succès sur la grammaire, la composition et les 
règles. L'école modèle du No. 1, tenue par Mlle Vallée, fonctionne 
assez bien, eu égard aux talents des enfants. La grammaire et la 
composition, l'analyse, l'arithmétique, fe mesurage, le dessin liné- 
aire y sont enseignés avec soin. 18 enfants apprennent l'anglais 
et 7 le traduisent. Le No. 2 a une école indépendante avec 81 
enfants, jeunes et peu avancés. 

Mlle Clément tient, au No. 3, une école élémentaire, et 
comme toujours avec application et succès : 66 enfants frécuen- 
tent cette école. 

27. St. Am broise.— Les écoles de cette municipalité prospèrent 
évidemment sous l'active direction de M. le curé. Les commis- 
saires ont établi une nouvelle école dans le rang dit St. Ignace, où 
il y a plus de 50 enfants. 

28. Ancicnne-Lorelte. — La meilleure école de celte municipa- 
lité est celle du No. 4, tenue par M. Hamel, dont les élèves font 
beaucoup de progrès. Celles des Nos. 1 et 9 opèrent assez bien ; 
et j'espère que les trois' autres sauront m'offrir tout le succès que 
j'ai droit d'eu attendre. 

Les commissaires de cette municipalité sont sur le point d'ériger 
une maison d'école au centre du 6e arrondissement. Le besoin de 
cette nouvelle maison se faisait depuis longtemps sentir; et je vois 
avec plaisir que les contribuables se mettent tout de bon à l'œuvre, 
malgré l'opposition de plusieurs qui voudraient bâtir sur l'ancien 
site, au désavantage d'un grand nombre d'enfants qui seiaient pri- 
vés de fréquenter l'école, vu leur extrême éloignement et leur pau- 
vreté. 



JOURNAL DE L'INSTRUCTION PUBLIQUE. 



9S 



29. Sloneham n'a qu'une école protestante qui ne progresse pas 
autant que je le désirerais. 

30. St. Dunstan. — Des deux écoles de cette municipalité, 
l'école protestante fait assez de progrès, et les enfapts, générale- 
ment, sont assez assidus et doués de talents. Je regrette de ne 
pouvoir parler avec avantage de l'autre école, qui change trop sou- 
vent d'instituteurs. Les syndics et les contribuables ne s'accordent 
presque jamais entre eux lorsqu'il s'agit d'en faire le choix. L'é- 
cole est souvent fermée et les enfants restent ignorants. 

31. Ste. Foye. — L'école modèle tenue dans cette municipalité, par 
M. Létoumeau, fonctionne bien, et les enfants apprennent pour la 
plupart la grammaire, l'analyse, la composition. Plusieurs ont vu 
toute l'arithmétique, la tenue des livres, l'usage des globes. 25 
apprennent l'anglais. 

32. St. Colomban. — Les commissaires de cette municipalité ont 
fait beaucoup d'améliorations aux maisons d'école de leurs trois 
arrondissements. Les écoles fonctionnent bien. 

33. St. Roch et Banlieue. — Dans cette municipalité scolaire, les 
Sœurs de la congrégation Notre-Dame ont ouvert, à St. Sauveur, 
deux classes nouvelles, fréquentées par 226 élèves. Si l'on ajoute 
à ce nombre celui fourni par les quatre autres ci-devant établies, 
on aura un total de 441 petites filles. Pour les garçons, l'on a aussi, 
tout dernièrement, établi à St. Sauveur 4 classes, y compris une 
école modèle tenue par M. Plante, instituteur formé à l'école normale 
Laval. Le nombre d'élèves qui les fréquentent s'élève à 3<tl. Dans 
cette localité, les commissaires d'école, remplis de zélé, secondent 
énerçiquement les efforts louables du révérend Père Durocher, 
supérieur des Pères Oblats, et qui a réussi à faire ériger une bonne 
et spacieuse maison d'école en briques, occupée temporairement 
par les classes des Sœurs, et qui, plus tard, doit être mise à l'usage 
des Frères pour l'éducation des garçons, aussitôt qu'une nouvelle 
maison qu'on se propose de construire au plus tôt, sera prête à rece- 
voir les petites filles des Sœurs. Les commissaires ont enfin ouvert 
une autre école dans le village de St. Charles, près du pont Dorches- 
ter, où vont s'instruire 124 enfants dans les deux langues. 

CITÉ DE QUÉBEC. 

34. Ecole des Frères de la Doctrine Chrétienne et des Reli- 
gieuses sous le contrôle des commissares d'école. — Il suffira de 
donner le nombre des enfants qui fréquentent ces diverses institu- 
tions si précieuses pour ne pas répéter les éloges lrès-mérités que 
j'ai dû en faire dans mes rapports précédents. Plus de 1,500 petits 
«arçons sont instruits chez les Frères, outre 325 de leurs classes qui 
ne sont pas sous contrôle. Les Sœurs instruisent près de 1,200 filles. 

M. Dugal, au faubourg St. Jean, et M. Dion, au faubourg St. Roch, 
tiennent, chacun sur un bon pied, une école élémentaire fréquentée 
par un grand nombre de petits garçons. Ces deux instituteurs font 
beaucoup de bien dans leurs localités respectives. Ils sont très- 
attentifs à remplir leurs devoirs, et ce à la satisfaction géuéiale. 

DES ÉCOLES INDÉPENDANTES. 

Parmi les nombreuses écoles indépendantes de la cité, je ne men- 
tionnerai que les académies tenues par M. Sweeney, à la Haute- 
Ville, par M. Lafrance, au faubourg St. Jean, et par M. Guuvin, 
à St. Roch, sous les auspices de M. l'inspecteur Juneau. On 
s'applique principalement, dans ces bonnes écoles, à donner une 
instruction commerciale, si avantageuse aux nombreux enfants de 
la cité, et j'ai la satisfaction, lorsque j'en fais la visite, d'admirer 
les progrès qui s'y opèrent. 

Le nombre d'écoles indépendantes catholiques élémentaires, dans 
les deux langues, augmente considérablement tous les ans. D'où 
il faut conclure que les bienfaits de l'instruction primaiie et supé- 
rieure sont de plus en plus appréciés par la population catholique de 
Québec. 

Extraits des rapports pour l'année 1862. 

Dans le premier rapport de 1862, M. Bardy se plaint de la dis- 
position de plusieurs commissaires d'école à n'accorder que de 
faibles salaires aux instituteurs qu'ils emploient ; et, dans quelques 
localités, les engagements se font au rabais. 

M. Bardy fait remarquer que, dans les localités habitées par une 
population irlandaise, c'est le système de contributions volontaires 
qui prévaut. Ce système, comme l'a prouvé vingt fois l'expérien- 
ce, est sujet à de nombreuse difficultés et ne saurait être recom- 
mandé nulle part. De fait, il est impossible de maintenir sur un 
pied ferme et prospère une institution quelconque, lorsqu'il faut 
dépendre exclusivement pour son soutien de la volonté de celui-ci 



et de celui-là. " Si le mode de cotisation régulière, ajoute M. 
Bardy, était en vigueur partout, s'il était strictement et invariable- 
ment obligatoire partout, je pense sincèrement que tout bait bien 
et qu'un grand nombre de difficultés ne se feraient plus ressentir 
comme par le passé." 

" Ne serait-il pas à désirer aussi que les commissaires prissent 
connaissance de toutes les circulaires qui viennent du Départe- 
ment de l'Instruction Publique, et que les secrétaires-trésoriers se 
fissent un scrupuleux devoir de les leur lire et de les leur expliquer 
en assemblée convoquée à cet effet? Ne serait-il pas en même 
temps important que tous ceux qui sont chargés d'enseigner, reçus- 
sent le Journal de l'Instruction Publique, publication indispensa- 
ble à toute personne qui s'occupe d'éducation ? Il faudrait aussi 
que les commissaires et les syndics d'école, à qui cette feuille est 
adressée gratuitement, en prissent connaissance attentivement. En 
agissant ainsi, ils seraient mieux renseignés sur les devoirs qu'ils 
ont à remplir." 

Dans le second rapport de cette année, M. Bardy fait les plus 
grands éloges des diverses institutions d'éducation que renferme la 
cité de Québec. Il fait mention, eu outre, de la formation d'une école 
anglaise divisée en trois classes, établie dernièrement par les soins 
actifs et les sacrifices du Rév. M. Auclair, curé de Québec, et du 
Rév. M. McGauran, chapelain de l'église St. Patrice. Cette école 
déjà fréquentée par plus de 100 élèves, est confiée à trois Frères 
des Ecoles Chrétiennes, et M. Bardy dit avoir raison de croire 
qu'elle ne sera en rien inférieure aux meilleures écoles protestan- 
tes de la cité. 



Extrait du rapport du Rév. M. Plees, pour l'année 1861. 

CITÉ DE QUÉBEC, (PROTESTANTS.) 

J'ai l'honneur de vous faire rapport du résultat des examens 
que j'ai fait subir récemment dans les écoles placées sous ma sur- 
veillance, et j'éprouve un vf plaisir de pouvoir constater les pro- 
grès plus ou moins rapides qui ont été faits dans chacune d'elles. 

1. St. Louis No. 1. — Cette école est sous la direction de M. R. 
C. Geggie. Plusieurs des élèves les plus avancés de cette école 
l'ont quittée depuis ma dernière visite, les uns pour aller suivre 
les classes du lycée, (high school} les autres pour se livrer au 
commerce, etc. Parmi les élèves restants, plusieurs l'ont fré- 
quentée irrégulièrement, et leurs progrès, eonséqnernment, ont été 
faibles. Les progrès obtenus par les élèves assidus font également 
honneur à eux et à leur maître. Ou a répondu avec facilité sur- 
tout aux questions sur le calcul, la géographie et l'histoire sainte ; 
plusieurs problèmes d'arithmétique ont été résolus habilement et 
sans hésitation. J'ai vu, en outre, une composition en anglais 
tout à fait remarquable. 

J'ai distribué plusieurs récompenses. 

2. Ecole des filles, Quartier St. Louis. — Cette école est tenue 
par Mlle Geggie, et les progrès, depuis le dernier examen, sont 
remarquables. Les élèves les plus âgés ont parfaitement bien 
répondu aux questions qui leur ont été faites sur la géographie, la 
grammaire anglaise et l'histoire sainte. Une composition donnée 
à la dictée à été rapportée, par un élève, sans une seule faute, et 
par les autres, avec peu de fautes. Les progrès en écriture, arith- 
métique et épellation n'étaient pas aussi bons. On commence à 
enseigner le français dans cette école et déjà avec quelque succès. 
J'ai remarqué avec chagrin que les élèves assistent irrégulière- 
ment à cette écoole. 

J'ai distribué plusieurs prix. 

3. St. Roch No. 1.— Cette école, dirigée par Madame McCord, 
est sur un excellent pied et est fréquentée par une moyenne de 30 
enfants des deux sexes. J'ai été très-satisfait des résultats obtenus 
sur les matières suivantes : la lecture, l'orthographe, l'écriture, la 
géographie et l'histoire sainte. Il est à espérer que les progrès, à 
ma prochaine visite, seront meilleurs sur les autres matières en- 
seignées. 

J'ai donné des récompenses. 

4. St. Roch No. 2. — Cette école est confiée à Madame veuve 
McLean, aidée de ses deux filles. Après avoir fait subir aux 
élèves un examen sur toutes les matières enseignées, j'ai été satis- 
fait des résultats, en général, et surtout sur la géographie, l'histoire 
sainte et celle d'Angleterre. Les progrès étaient faibles sur la 
grammaire française et anglaise et l'écriture. 

J'ai distribué des récompenses. 

5. Quartier Champlain. — M. et Madame Lloyd dirigent cette 
école. Il y avait, le jour de l'examen, 52 élèves des deux sexes. 



94 



JOURNAL DE L'INSTRUCTION PUBLIQUE. 



Résultats très-satisfaisants sur presque toutes les matières et sur- 
tout en géographie. Les réponses des élèves font également hon- 
neur à eux et au système de leurs maîtres. 

J'ai donné des récompenses. 

On a posé les fondations d'une maison d'école qui sera plus 
commode et plus spacieuse que celle d'aujourd'hui, et qui seia prête 
probablement au commencement du printemps prochain. 

6. Dissidents de Sle. Foy et Banlieue.— C'est M. John Purdie 
qui est chargé de la direction tie cette école. Résultats beaucoup 
plus satisfaisants qu'aux examens précédents. J'ai été pleinement 
s.iti.-fait sur toutes les matières, excepté sur les dictées et les com- 
positions qui n'étaient que passables 

Les échantillons d'ouvrages à l'aiguille qui m'ont été montrés, 
font beaucoup d'honneur à l'habileté de Madame Purdie ainsi qu'à 
ses jeunes élèves. 

Ma visite s'est terminée par le chant d'une hymne et la distri- 
bution de plusieurs prix. 

7. Dissidents de St. Roch. — Mlle Gillespie, à qui est confiée 
cette école, s'acquitte de ses devoirs avec soin. Résultats satis- 
faisants sur lottes les matières, moins l'orthographe et l'arithmé- 
tique, sur lesquelles les élevés n'ont pas répondu comme je l'aurais 
desirè. 

8. Dissidents de St. Col ont ban de Sillery — Cette école est 
dirigée par Mile Stunock. Résultats satisfaisants sur toutes les 
matières en général, et progrès marquants depuis le dernier 
examen. 

Les syndics de celte école se proposent de bâtir une maison 
convenable, et j'ai l'espoir de pouvoir constater, dans mon prochain 
rapport, qu'ils ont réellement fait quelque chose pour remplir un 
but aussi louable. 



Extraits des rapports de 1862. 

Il y a eu progrès dans le district d'Inspection de M. Plees, qui 
comprend les écoles protestantes de la Cité de Québec, celles de la 
Banlieue, de Ste. Foye et de Sillery, en tout 10 écoles. 

Ces 10 écoles sont fiéquentées par 274 garçons et 221 filles, ou 
495 élèves des deux sexes. Sur ce nombre, 153 sont dans l'al- 
phabet ; 148 lisent couramment ; 194 lisent bien ; 403 écrivent ; 
193 apprennent l'arithmétique simple; 109 l'arithmétique com- 
posée ; 299 l'arithmétique mentale ; 124 apprennent l'arithmétique 
dans toutes ses parties ; 16 la tenue des livres ; 372 l'orthographe ; 
185 la géographie ; 25 apprennent la grammaire française; 198 la 
grammaire anglaise; 151 l'analyse grammaticale; 47 le style 
épisto aire ; 6 les mathématique.^ ; 11 l'arpentage ; 16 le dessin 
linéaire; 70 1e dessin de paysages; 183 la musique vocale; 22 
le tracé des cartes; 2 le latin ; 85 l'histoire; 13 l'astronomie; 36 
la philosophie naturelle, et 169 étudient la littérature anglaise. 



Extrait du rapport de M. l'inspecteur P. Hubert, pour l'année 1861. 

COMTÉS DE ST. MAURICE, MASK1NONGÉ ET CHAMPLAIN. 

Nos écoles vont généralement assez bien, et j'ai lieu d'être suf- 
fisamment satisfait de l'administration de la plupart des commis- 
saires. 

Les contributions locales s'augmentent d'une manière sensible; 
presque partout elles doublent le montant de la subvention légis- 
lative. 

Ne se fiant plus sur l'aide du département pour la construction 
ou la réparation des maisons d'école, l'on a pris la résolution de 
ne plus compter que sur les ressources locales, et l'on s'est mis à 
l'œuvre. 

On a fait une attention particulière dans le choix des instituteurs 
et des institutrices, et l'on s'est bien donné de garde d'en engager 
qui ne fussent pas munis de diplôme. Le refus de la subvention 
dont vous aviez menacé certaines municipalités a produit l'effet 
désiré. 

Depuis ma visite générale, commencée en février et terminée 
en juin dernier, il s'est formé quelques municipalités scolaires 
nouvelles; j'aurai occasion d'en parler dans mon prochain rapport, 
devant les visiter cet hiver. 

Je n'entrerai pas dans le détail des incidents de chaque munici- 
palité visitée, vous ayant fait rapport de temps à autre des faits 
importants a mesure qu'ils se sont présentés. 

J'ai rencontré, dans quelques localités, de l'obstination à vouloir 
oiistiaire aux prescriptions de la loi et aux règlements du dé- 
partement, principalement quant au mode de partager les deniers 



l'imposition des cotisations ; mais l'intervention de votre autorité a 
prévalu dans tous les cas. Il en a été de même lorsqu'il s'est agi 
de mettre un terme à la négligence de certains corps de commis- 
saires pour réparer des maisons d'école devenu inhabitables. Ces 
cas se sont rencontrés rarement. 

Dans le courant de cette dernière année, j'ai eu à reviser et 
rectifier les comptes et procédés de quelques secrétaires-trésoriers, 
pour surcharges et omissions ; a faire plusieurs enquêtes sur des 
difficultés soulevées pour le site de maisons d'école, pour des plain- 
tes portées par ou contre des instituteurs et des institutrices; les 
choses se sont passées sans tumulte, et, sauf le cas de la Banlieue 
des Trois-Rivieres, l'on a montré le bon esprit de se soumettre à 
la décision du département. 

Il est constant que l'instruction a fait des progrès notables. 



Extraits des rapports de l'année 1862. 

Dans les trois comtés de Maskinongé, de St. Maurice et de 
Champlain, qui forment le district d'inspection de M. Hubert, il y 
a actuellement 29 municipalités comprenant 128 arrondissements. 
Il y a 119 écoles en opération sous le contrôle des commissaires, 
c'est-à-dire, 108 écoles élémentaires, 10 écoles modèles et 1 aca- 
démie ; il y a, en outre, 2 écoles élémentaiies dissidentes sous la 
régie de syndics, donnant en tout 121 écoles fréquentées par 6,321 
élèves. 

Outre ces écoles, Je district de M. Hubert renferme 1 collège, 
3 couvents, 1 école supérieure de filles, 3 académies de garçons et 
2 écoles mixtes élémentaires, ayant 679 élèves, ce qui donne un 
total de 7000 élèves pour toutes les institutions d'éducation. 

Les commissaires et syndics possèdent 91 maisons d'école. 
Elles sont, en général, assez bien entretenues; mais, dans plu- 
sieurs endroits, l'on néglige de les pourvoir des bâtisses accessoi- 
res indispensables, ainsi que des objets nécessaires à l'enseigne- 
ment, comme tableaux noirs, cartes géographiques, etc. 

M. Hubert remarque la négligence que l'on apporte, dans 
plusieurs municipalités, à faire rentrer les deniers dus à la corpo- 
ration, ce qui cause toujours des embarras graves et retombant en 
grande partie sur les instituteurs. 

Il y a 20 bibliothèques publiques ayant 8,807 volumes en tout. 
Ces bibliothèques font un grand bien parmi la population de la 
campagne, chez laquelle elles développent le goût de l'instruc- 
tion. 



Vingt-deuxième Conférence de l'Association des Insti- 
tuteurs de la circonscription de l'Ecole Normale 
Jacques-Cartier, tenue le3 26 et 27 mai 1864- 

Furent présents: L'honorable Surintendant de l'Instruc- 
tion Publique; M. l'abbé Verreau, Principal de l'Ecole Nor- 
male Jacques-Cartier; MM. les Inspecteurs Grondin, Caron et 
Hubert ; MM. U. E. Archambault, Piésident; J. E. Paradis, Vice- 
président; D. Boudrias, trésorier; M. Emard, F. X. Hêtu, O. 
Caron, F. X. Desplaines, P. H. St. Hilaire, conseillers; D. Dage- 
nais, J. Ricard, O. Archambeault, S. Papin, J. B. Lussier, H. Fur- 
tin, G. Honle, A. Guibord, T. Plamondon, J. Destroismaisons, T. 
Fontaine, J. B. Priou, A. Taillefer, T. Charland, T. Parteuais, 
N. Desjardins, C. H A. Guimond, J. Horan, E. Martel, T. Veiner, 
N. Pinard, L. Lanthier, J. Harmand, B. Guérin Lafontame, H. 
Bellerose, H. Chagnon, H. T. Chagnon, O. Coutu, J. Laferrière, J. 
O. Cassegrain et MM. les Elèves de l'Ecole Normale. 

Séance du 26. 

En l'absence du secrétaire, M. J. O. Cassegrain fut nommé se- 
crétaire pro-iempore. 

M. l'abbé Verreau fit ensuite un discours sur l'histoire naturelle. 
Il parla de chacun des trois règnes qui se partagent les corps de 
la nature; mais ses études poitèrent surtout sur Je règne animal. 
En parcourant les divers degrés de l'échelle animale , il se 
servit, comme indice de perfectionnement chez les animaux, des 
systèmes respiratoire et digestif, et finit son discours par de profondes 
considérations sur le cerveau de l'homme, qui est le siège de 
l'âme et de ses facultés. 

Après la lecture de M. le Principal, eut lieu une discussion sur 
le sujet suivint : " Quels sont les meilleurs moyens d'enseigner 
les parties aliquotes/' à laquelle prirent part MM. Boudrias, Caron, 
l Pinard et Emard. 

Puis le conseil d'administralion s'assembla, et fit son rapport de 



d'école entre les arrondissements, et quant à celui prescrit pour la manière qui suit : 



JOURNAL DE L'INSTRUCTION PUBLIQUE. 



95 



Conseil d'Administration. 

Présidence de M. U. E. Archambeault. Officiers présents: MM. 
Boudrias, Emard et Cassegrain. 

Le conseil d'administration a l'honneur île l'aire rapport qu'il a 
choisi, comme lectureurs à la prochaine conférence, MM. J. O. 
Cassegrain, D. Olivier et S. Picard ; 

Comme sujets de discussion : " Quels sont les meilleurs moyens 
d'enseigner les proportions simples et composées": discutants, 
MM. Paradis, Dostaler, Boudrias et Emard ; 

" Quelles sont les diverses branches d'enseignement qu'il con- 
vient d'enseigner dans les écoles élémentaires et les écoles modè- 
les, et jusqu'à quel point doit-on en pousser l'étude," 

Tous les Instituteurs sont invités à prendre part à ce dernier 
sujet de discussion. 

Le Conseil fait de plus rapport qu'il à reçu et approuvé les 
comptes de M. le Trésorier. 

Séance du 27. 

A huit heures, les Instituteurs assistèrent à une messe basse, 
dans la chapelle de l'Ecole Normale. M. l'abbé Verreau, dans 
un discours plein d'onction, leur fit voir le bien qu'ils sont appelés 
à rendre à la société, et quels sont les devoirs pénibles, mais subli- 
mes, de leur mission. 

A dix heures, la séance fut ouveite. M. le Président fit alors 
lecture d'un rapport sur les tiavaux de l'Association depuis son 
existence, et fit habilement ressortit les avantages des confé- 
rences. 

M. le Surintendant prit ensuite la paroie, et félicita les Institu- 
teurs des heureux résultats obtenus depuis la fondation de leur 
association. Il appuya aussi sur le besoin des conférences et sur la 
nécessité où sont les Instituteurs de s'édifier mutuellement, de se 
communiquer le finit de leurs observations et de leurs études, et 
termina son discours en disant que les seuls moyens pour les Insti- 
tuteurs d'améliorer leur sort et de réussir dans leur position étaient 
l'esprit de corps, la régularité de conduit?., et l'esprit de l'étal. 

Immédiatement après, eurent lieu les élections, et les membres 
do it les noms suivent furent élus aux diverses charges : 

MM. U. E. Archambauit, président ; J. Paradis, vice-président; 
J. O. Cassegrain, seciétaire ; D. Boudrias, trésorier ; G. T. Dostaler, 
Bibliothécaire ; F. X. De-plaines, O. Caron, M. Emard, F. X. 
Hétu, J. B. Priou, J. Destroismaisons, P. H. St. Hylaire, H. T. 
Chagnon, A. Dalpé, Conseillers. 

M. le Président soumit ensuite le sujet de discussion suivant : 
" Est-il préférable d'enseigner les verbes d'après les temps pri- 
mitifs ou les radicaux ?" Les discutants furent MM. Caron, Emard, 
Pinard et Boudrias. M. Archambeault résuma les débats et fut 
d'avis que l'on doit enseigner les verbes d'après les temps pri- 
mitifs de prétérence aux radicaux. 

M. J. E. Paradis fit ensuite une lecture sur la nécessité du tra- 
vail : il en fit sentir les bons effets, et finit par une vive peinture 
du travail égoïste et du travail par dévouement. 

Puis eut lieu une discusson sur la possibilité de " réduire les 
régies du participe passé aune seule." MM. les Inspecteurs Caron 
et Hubert, et MM. Boudrias, Pinard, Priou, Emard se déclarèrent 
dans la négative: M. Paradis, au contraire, prétendit que la chose 
était impossible ; M. Desplaines fit voir que tout au plus ces règles 
ne pouvaient être réduites qu'à deux. Son opinion fut partagée 
par tout l'auditoire. 

Enfin, sur motion de M. Emard secondé par M. J. O. Cassegrain, 
l'assemblée fut ajournée au second vendredi d'octobre prochain, à 
neuf heures de l'avant midi. 

J. O. Cassegrain, 

Secrétaire. 



Messieurs, 

L'Association des Instituteurs en rapport avec l'Ecole Normale 
Jacques-Cartier, fondée, comme vous le savez tous, par l'honorable 
P. J. O. Chauveau , le 4 mars 1857, compte aujourd'hui sept 
années d'existence. Depuis sa fondation il n'a pas été fourni, à ma 
connaissance du moins, de compte-rendu de ses travaux et de ses 
progrés. 

De même qu'il importe, dans l'ordre moral de faire, à époque 
déterminée , un retour sur soi-même pour se rappeler d'où 
l'on vient et pour savoir où l'on va, de même, dans la voie du 
progrès, il est bon de s'arrêter quelque fois pour jeter un regard sur 
le passé afin tie constater les "résultats obtenus, pour fortifier les 
faibles et pour ranimer les courages abattus ou les espérances 
déçues 

Tout homme qui veut faire du bien aux autres, doit s'attendre à 



rencontrer infailliblement trois classes de personnes qui entretien- 
nent des sentiments différents sur la nature du bien qu'il veut 
opérer ; ce sont les amis, les ennemis et les tièdes. 

Avant d'aller plus loin, permettez-moi, Messieurs, de dire un 
mot à chacun de ceux qui appartiennent à l'une ou à l'autre de ces 
classes. 

D'abord les amis. Vous, Messieurs, qui avez adhéré de tout 
cœur a l'entreprise de l'honorable fondateur de cette association, 
dès lors que vous en avez connu et senti les avantages, non seule- 
ment pour vous-mêmes, mais encore pour vos confrères dans l'en- 
seignement ; vous à qui sont dus tous les bons résultats obtenus 
par nos conférences, vous enfin qui n'avez pas regardé en arrière 
une fois que vous avez eu mis la main à la charrue, merci de 
votre assiduité, de votre travail constant et de votre ponctualité à 
assister régulièrement à nos réunions. Persévérez et la récompense 
de votre dévouement et de vos sacrifices arrivera infailliblement si 
vous ne l'avez déjà reçue. 

Les ennemis de cette association sont encore à compter, et je 
crois que nous pouvons nous flatter de n'en pas avoir, puisque tous 
admettent que les con'èrences sont le moyen le plus puissant qu'ont 
les instituteurs de se protéger mutuellement et de se faire connaî- 
tre de ceux qui, par leur autorité ou par leur position, peuvent les 
avancer. Mais si toutefois il se trouvait au milieu de nous des 
ennemis, je leur dirais : "Ayez la force de vos convictions ; faites- 
vous connaître, et nous respecterons vos sentiments d'hostilité tout 
en les combattant." 

Si d'un côté nous pouvons nous flatter que notre association n'a 
pas d'ennemis, d'un autre côté nous ne pouvons pas ajouter qu'elle 
ne compte que des amis dévoués ; il y a parmi nous de^ tièdes, 
c'est-à-dire, des personnes qui reconnaissent bien l'utilité et la 
nécessité des conférences; mais pour elles une simple promenade 
à la ville serait plus agréable qu'une séance qui leur donne autant 
d'ennui qu'elles y apportent d'indifférence. A cette classe de per- 
sonnes je me contenterai de rappeler ce que le Divin Maître dit 
qu'il adviendra des tièdes au jour des rétributioi s. 

Maintenant, Messieurs, faisons un rapide examen des travaux 
de cette association depuis son existence. 

En paicourant nos archives, j'ai été étonné de l'intérêt qu'elles 
m'ont offert. J'ai constaté avec le plus grand plaisir que, dans 
l'ensemble, elles sont un excellent cours de pédagogie élaboré par 
vous tous, Messieurs. Ce cours est d'autant plus intéressant qu'il 
est le fruit de l'expérience et qu'il est exempt de toute prétention 
d'auteur. 

Pour preuve de cette assertion, je vais vous donner la table de 
nos archives et vous verrez que les points principaux d'un bon 
cours de pédagogie y sont traités. 

Je dois vous prévenir, Messieurs, que dans l'énumération que 
je vais vous donner, j'ai suivi un ordre plus rationel que chrono- 
logique. 

UTILITÉ ET AVANTAGE DES CONFÉRENCES. 

(Quatre lectures ont été données sur ce sujet, en voici les titres.) 

lo. Utilité des conférences et nécessité des bons rapports entre 
les instituteurs. — M. Sirnays. 

2o. Avantages que les instituteurs peuvent retirer des conféren- 
ces. — M. Paradis. 

3o. Nécessité île maintenir cette association. — M. Hétu. 

4o. Excellents icsultats obtenus et à obtenir par les conférences. 
-M. Tessier. 

ÉDUCATION INTELLECTUELLE. 

(Deux lectures ont été données sur ce sujet.) 

lo. Beautés de l'éducation et bienfaits qu'elle répand dans le 
cœur et l'intelligence des enfants. — M l'inspecteur Va'ade. 
2o. Education de la volonté. — M. Archambauit. 

ÉDUCATION RELIGIEUSE. 

(Une lecture a été donnée sur ce sujet.) 

Mission importante à laquelle l'instituteur est appelé et ensei- 
gnement religieux qu'il doit donner à ses élèves. — M. Giroux. 



ÉDUCATION NATIONALE. 



(Il y a eu une lecture et une discussion sur ce sujet.) 

lo. Education nationale. — M. Tessier. 

2o. Moyen à prendre par les instituteurs pour développer chez 



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JOURNAL DE L'INSTRUCTION PUBLIQUE. 



les élèves l'amour du sol natal et pour combattre les tendances à 
l'émigration.— (Discussion.) 

l'instituteur. 

Ce qu'il lui importe de connaître et d'obserrcr. 

(Il y a eu sur ce sujet trois discussions et seize lectures.) 

lo. Hauteur de la position de l'instituteur vis-à-vis de l'éduca- 
tion d'un peuple et de l'avenir d'un pays. — M. l'inspecteur 
Vatade. 

•2o. Avantages qu'offre la profession d'instituteur comparative- 
ment aux autres professions libérales. — M. J. C. Guilbault. 

3o. Qualités principales d'un instituteur: l'éducation, la patience 
et le discernement. — M. 0. Caron. 

4o. Dévouement de l'instituteur. — M. Emard. 

5o. Respect et bienveillance dont doivent être entourés les insti- 
tuteurs à la campagne. — M. H. E. Martineau. 

60. Manière dont un bon instituteur doit se comporter envers ses 
élèves.— M. Moffatt. 

7o. Devoirs de l'instituteur envers les élèves, envers leurs pa- 
rents et envers les autorités locales.— L M. Hètu. 

80. Obstacles que l'instituteur rencontre dans l'enseignement. — 
M. Le roi: x. 

9o. Instruction et moyens de l'obtenir. — M. Dalaire. 

lOo. Influence de l'instruction sur la religion, la société, la colo- 
nisation et l'agriculture. — M. Lamy. 

llo. Condition intellectuelle et morale d'autretois en rappoit 
avec les écoles de ce temps-là et progrès de l'instruction en Cana- 
da jusqu'à l'époque actuelle. — M. Beauregard. 

T2o. Progrés de l'éducation dans le Bas-Canada et causes de ce 
progrès jusqu'à nos jours.— M. Duquette. 

13o. Didactique ou théorie de l'enseignement. — M. Dalaire. 

14o. Moyens d'exciter l'émulation parmi les élèves. — M. Amy- 
ranit. 

15o. Moyens à prendre par les instituteurs pour exciter l'émula- 
tion parmi les élèves. —[Discussion.) 

16o. Nécessité de la discipline dans les écoles. — M. Devisme. 

17o. De la bonne discipline dans les écoles. — M. 0. Caron. 

ISo. Manière de distribuer les prix aux élèves aux examens pu- 
bliCB. — (Discussion.) 

19o. Quelle est l'époque de l'année préférable pour commencer 
l'année scolaire ; est-ce mai, juillet, août, septembre, ou octobre ? — 
(Discussion.) 

Enfin sous le titre "de ce qu'il importe à l'instituteur de connaître 
et d'observer," nous devons placer les excellents discours et les 
sages conseils que M. le surintendant, M . l'abbé Verreau et Mes- 
sieurs les inspecteurs se sont fait un devoir de nous donner à cha- 
que conférence et qui ont contribué, dans une large mesure, à 
aplanir les nombreuses difficu tés qui se rencontrent dans l'ensei- 
gnem ent. 

MÉTHODOLOGIE GÉNÉRALE. 

(Il y a en sur ce sujet cinq discussions et trois lectures.) 

lo. Méthodes d'enseignement.— M. D. Boudrias. 

2o. Du mode d'enseignement le plus populaire et le plus avan- 
tageux dans nos campagnes. — (Discussion.) 

3o. Des meilleures formes d'enseignement. — (Discussion.) 

4o. Quel est le meilleur système d'enseignement? Est-ce le 
système individuel, monitorial, simuliané ou mutuel ? Ces différents 
systèmes doivent-ils être mis en opération seul à seul ou combi- 
nés ?— (2 discussions.) 

5o. Lecture sur les méthodes et les formes d'enseignement. — 
M. Archambault. 

60. Est-il avantageux de conduire une école d'après le système 
d'instruction mutuelle, en supposant la classe composée de plus de 
vingt élèves ? — (Discussion.) 

7o. Du mode d'enseignement le plus propre à assurer le succès 
des élèves. — M. Kirouae. 

80. Moyens d'obtenir l'uniformité dans l'enseignement. — Dis- 
cussion.) 

MÉTHODOLOGIE SPÉCIALE. 

(Il y a eu sur ce sujet six discussions et quatre lectures.) 

lo. Quelle est la meilleure méthode pour enseigner la lecture ? 
— (Di-cussion.) 

2o. Quelle est la meilleure méthode pour enseigner la Géogra- 
phie et l'Histoire? En quel temps doit-on enseigner ces branches 
d'instruction ? — (Discussion.) 



3o. Quelle est la meilleure méthode pour enseigner l'analyse 
grammaticale et l'analyse logique ? — (Discussion.) 

4o. Doit-on préférer le système des notes au système des livres 
pour l'enseignement de l'arithmétique, de la géographie, de l'his- 
toire générale, de la littérature, des notions de physique? — (Dis- 
cussion.) 

5o. Quel est le meilleur procédé pour enseigner les quatre pre- 
mières régies de l'arithmétique?- (Discussion.) 

60. Quel est le meilleur procédé pour enseigner les fractions ? — 
(Discussion.) 

7o. De l'enseignement des quatre premières règles de l'arith- 
métique. — M. Tessier. 

80. Calcul mental avec application. — M. Boudrias. 
9o. Opportunité de l'enseignement de l'agriculture dans nos 
écoles. — M. Labonté. 

lOo. Importance des leçons de choses avec application sur les 
phénomènes du son. — M. Desplaines. 

Si, comme vous l'avez vu par ce qui précède, la pédagogie a 
occupé la plus grande place dans nos conférences, nous n'avons 
pas non plus négligé les sciences, puisque pas moins de cinq lec- 
tures accompagnées d'expériences et de démonstrations, ont été 
données sur ce sujet : 

lo. Sur l'optique, par M. Doran. 

2o. Sur l'enseignement des mathématiques en général, par M. 
Jardin. 

3o. Sur la beauté et la grandeur des mathématiques, par M. 
Dostaler. 

4n. Sur les propriétés physiques et chimiques de l'eau, par M. 
Dostaler. 

5o. Sur les progrès successifs qu'a faits la France dans les scien- 
ces depuis la conquête tie la Gaule par les Romains, et de l'influ- 
ence du clergé sur la civilisation française, par M. Maucotel. (1) 
Nous avons eu aussi une discussion sur l'Histoire du Canada. 
Champlairi a-t-il bien fait d'embrasser le parti des Hurons con- 
tre les Iroquois ? 

Enfin, messieurs, nous constatons par les registres des délibéra- 
tions que dix-huit discussions et trente-six lectures ont eu lieu 
depuis la fondation de cette société. C'est un résultat, messieurs, 
que peu de sociétés peuvent présenter,car si l'on songe aux discus- 
sions longues et ennuyeuses qui président toujours à la fondation 
de toute société, pour l'adoption de la constitution, des règle- 
ments etc., etc., on pourra se convaincre facilement que nos 
séances ont été très-bien remplies et extrêmement utiles et ins- 
tructives pour ceux qui les ont suivies assidûment. 

En présence d'un tel résultat, messieurs, ne serait-ce pas un 
crime de mettre en question, comme certains prophètes de malheur 
l'ont fait, si nos conférences se maintiendront ? Ayons foi dans 
l'avenir, marchons contre vent et contre marée, s'il est nécessaire, 
et nous arriverons infailliblement au but proposé. Voilà pour le 
résultat palpable, si je puis m'exprimer ainsi. Mais il y a un autre 
résultat obtenu par nos conférences, qui pour n'être pas aussi ap- 
parent n'eu est pas moins réel : je veux parler de l'amélioration 
des méthodes d'enseignement. On s'est souvent demandé, mes- 
sieurs, quel était le meilleur moyen d'arriver à l'uniformité dans 
l'enseignement : ce moyen, un bon nombre d'entre vous l'ont trouvé : 
c'est l'assiduité aux conférences. Il est un fait bien constaté, c'est 
que les Instituteurs qui ont assisté régulièrement à nos réunions, 
ont tous la même méthode d'enseignement à peu de choses pies: 
je sais que pour ma part je me suis entretenu de ce sujet très- 
fréquemment avec plusieurs de mes confrères, et tous m'ont paru 
s'ac-order sur les principes fondamentaux et m'ont avoué qu'ils 
avaient beaucoup modifié leur méthode depuis qu'ils ont l'avan- 
tage de se rencontrer et de causer de ce sujet avec des confrères 
qui se font toujours un plaisir de communiquer Je fruit de leurs 
études et de leur expérience. Il est bien vrai que l'on diffère en- 
core dans l'application surtout des détails, mais cette différence 
existera toujours et devra toujours exister suivant les temps et les 
lieux. Enfin messieurs, j'avancerai en terminant, que nos confé- 
rences suppléent en quelque sorte à l'école normale et qu'elles 
sont le complément nécessaire et indispensable des études que 
l'on fait dans ces excellentes institutions, surtout à présent que 
nous avons une bibliothèque dans laquelle chacun peut trouver ce 
qui lui est nécessaire pour étudier les vrais principes de la péda- 
gogie, et pour devenir un homme vraiment distingué dans sa pro- 
fession ; c'est là le but vers lequel nous devons tendre tous, c'est 
là le légitime orgueil qui doit constamment nous animer. 



(1) Je serais incomplet, messieurs, si je ne mentionnais pas ici les 
expériences instructives que M. l'Abbé Verreau a bien voulu nous don- 
ner dans plusieurs de nos conférences. 



JOURNAL DE L'INSTRUCTION PUBLIQUE. 



97 



Revue Bibliographique 

De la Politesse et du Bon Ton, ou Devoirs d'une Femme Chrétienne dans le 
monde, par la Comtesse Drohojow?ka ; 2de édition. Pans, 1SG0. — 
Du Bon Langage et des Locutions Vicieuses à éviter, par le même 
auteur. — L'Art de la Conversation au point de vue Chrétien, par le 
R. P. Huguet ; 2de édition. Paris, I860.— De ta Charité dans les 
Conversations, par le même auteur. 

(Suite.) 

Parmi les conseils que donnent Mme Drohojowska et le Père 
Huguet dans leurs livres sur le bon langage et sur la conversation, il 
en est qui ne sont autre chose que l'application des régies absolues 
de la politesse et de la charité ; d'antres se rapportent au langage 
conventionnel de la bonne société. Ces derniers ne sont pas moins 
impottants du moins à un certain point de vue. L'ignorance de 
certaines formules, de certaines conventions, l'usage de certains 
mots trahissent souvent les irens instruits qui n'ont pas été élevés 
pour le milieu dans lequel ils se trouvent placés. Nous appelons 
sur la citation suivante toute l'attention de nos jeunes lecteurs. 

" En parlant à quelqu'un, vous vous bornerez à dire, monsieur, 
madame, mademoiselle, sans ajouter jamais ni le nom propre ni le 
non de famille ; mais, au contraire, si vous parlez à un mari, à une 
femme, de son mari ou de sa femme, vous aurez grand soin d'a- 
jouter le nom de famille à !a dénomination de monsieur ou de ma- 
dame, qu'on ne doit alors jamais employer tout court Les mots 
monsieur, madame et mademoiselle, sans autre désignation, ne se 
disent que par les domestiques ou en leur parlant de leurs maîtres, 
parce qu'alors ces mots sont pris dans un sens absolu. 

" Pour me résumer: je demande à un domestique des nouvelles 
de madame, de monsieur ; à un mari, en parlant de sa femme, des 
nouvelles de madame Durand et de madame Chevalier ; à une 
femme on dit, en parlant de soti mari, monsieur de Bizi. Dans le 
cas où la personne a droit à un titre, ou eu fait mention, mais sans 
supprimer pour cela le nom de famille : Monsieur le comte de 
Breleuil, madame la duchesse de Lauzun. 

" On ne dit à personne, à moins d'une très-grande intimité : 
votre mari, votre femme, votre fille, votre père, etc. . . ; mais ma- 
demoiselle votre fille, monsieur votre père, madame votre mère, 
etc. . . ; on dit monsieur votre mari, mais madame votre femme 
ne se dit pas. 

" Mon époux, mon épouse, ne sont admis à aucun titre parmi les 
gens de bon ton. On dit simplement ma femme, mon mari, ou 
avec un peu pius de cérémonie, monsieur ou madame, suivis tou- 
jours du nom de famille ; mais mon mari, ma lemme sont préféra- 
bles, parce qu'ils sont plus simples ; l'exemple, d'ailleurs, nous 
vient de haut : nos rois ont toujours dit ma femme. 

" En parlant a un homme, gaulez-vous de entte locution provin- 
ciale votre dame, votre demoiselle, qui vous ferait passer pour un 
ouvrier endimanché. On ne dit pas non plus les dames de telle 
famille, de telle société, mais tout uniment les femmes. Une femme 
d'esprit, de cœur, d'intelligence; — une fille ou jeune personne 
modeste, bien élevée. Les mots dames et demoiselles ne s'em- 
ploient convenablement que précédés du pronom démonstratif.— 
Ces dames se sont réunies. — Ces demoiselles organisent une lote- 
rie.— Cette dame est malade. — Cette demoiselle est fort bien. 

" La petite bourgeoisie ne peut s'accoutumer à cette simplicité de 
langage, et c'est peut-être à cela suttout que ses membres se font 
immédiatement reconnaître. Ainsi vous ne ferez jumais comprendre 
à certaines gens qu'il n'est pas de bon ton de dire : — Combien avez- 
vous de demoiselles ? — J'ai trois demoiselles ? Les leçons directes 
ou indirectes passent pour eux inaperçues ; il leur semble si vul- 
gaire de dire des filles. — C'est bon, pensent-ils, pour le peuple. — 
Celui-ci, à son tour, revendique Pégalité, et le foit de la Halle, le 
maçon, le jardinier, s'imaginent se donner de l'importance en par- 
lant de leur dame, de leurs demoiselles. 

" Prononcez dist increment toutes les syllabes des mots monsieur, 
madame, mademoiselle : les abréger est de très-mauvais ton, et, 
s'il a été de mode vers la fin du dernier siècle de jouer à la pasto- 
rale en disant m'sieur, ma'ame, mamzelle, ces trivialités sont heu- 
reusement tout à fait passées de mode et ne s'excusent que sur les 
lèvres d'une paysanne. — Si vous ne vous rappelez pas bien exac- 
toment le nom de la personne dont vous voulez parler, désignez la 
au moyen d'une périphrase telle que celle-ci. — Le monsieur qui 
vint vous voir le matin pendant que j'étais chez vous... Cette 
femme si gracieuse qui nous a salués hier en soitant de l'église.. . 
Mais gardez-vous de commencer un monsieur, ou madame, auquel, 
après un instant d'hésitation, vous ajouterez le mot indéfini et peu 
gracieux, de. . . chose. Non-seulement vous ne devez pas cheicher 
le nom, mais vous ne devez pas le mal prononcer, quelque difficile 
qu'il puisse être. Pour les noms des étrangers, si vous êtes en 



rapport avec quelqu'un d'entre eux, prenez la peine de Ips étudier 
et apprenez à les ptononcer tels qu'ils doivent l'être. Tout cela 
est de la politesse, de la convenance. 

" Certaines gens croient se donner de l'importance en désignant 
par leur nom les hommes célèbres, — ou ne leur ferait pas dire, par 
exemple, M. de Lamartine, M. Guizot. — Ils disent tout court : La- 
martine, Guizot. — Rien n'est moins convenable. Les grands 
hommes ne peuvent perdre, que je sache, droit au respect parce 
qu'ils méritent l'admiration, et se départir pour eux des égards que 
l'on doit à l'homme le plus vulgaire serait une singulière manière 
de leur témoigner l'admiration qu'ils inspirent. Les mots monsieur, 
madame, sont donc de rigueur pour toute célébrité vivante, même 
pour les actrices en renom. Les acteurs seuls peuvent faire ex- 
ception. 

" On raconte à ce sujet que Voltaire, choqué d'apprendre qu'un 
jeune homme l'appelait seulement par son nom, et l'entendant dire 
qu'il aimait le talent de la Clairon (célèbre actrice du dix-huitième 
siècle) lui dit : Monsieur, dans ma jeunesse, j'avais quelquefois 
affaire dans les bureaux de M. le caidinal de Fleury, premier mi- 
nistre, et quelquefois aussi j'avais l'honneur d'être reçu par Son 
Eminence. Dans les bureaux, les commis disaient la Lecouvreur; 
dans son cabinet, le ministre n'a jamais dit que mademoiselle Le- 
couvreur. 

" Ou fait un étianse abus des mots monde, salons, société. Voici 
à cet é^ard les conseils donnés par le spirituel et savant auteur des 
Remarques sur la langue française (1). 

" Quelques personnes disent le monde des salons pour désigner 
les personnes que l'on rencontre dans les salons. 

" Ces salons étaient autrefois le lieu de réunion de la bonne 
compagnie. Aujourd'hui chacun possède un salon arand u petit, 
ce qui fait qu'il n'y a plus de salons comme on l'entendait sous 
l'ancien regime. Le monde des cuisines, le monde des boutiques, 
ce sont les cuisiniers et les boutiquiers. Ces locutions ne sont pas 
admises. Le monde des salons n'est pas plus admissible ; on doit 
laisser ce style à certains écrivains qui ne savent pas ce que c'est 
qu'un salon. 

" Ce qu'on appelle le grand monde désigne un très-petit nombre 
d'individus ; et même, plus il est grand ce monde, moins il est 
peuplé ; ainsi l'épithète de grand ajoutée à un substantif qui signifie 
l'ensemble des choses créées, les astres, et la terre, et les mers, 
l'univers entier, celte épithète, restreignant le sens de ce collectif 
général, le réduit à désigner quelques êtres privilégiés, entassés 
entre quatre murs. — Aller dans le monde, c'est fréquenter une des 
pièces de l'appartement de M. le duc, de M. le marquis ou de M. 
le financier. 

" L'usage a peu de caprices aussi singuliers. Un homme du 
monde, c'est un homme initié à la vie, aux habitudes de la bonne 
compagnie; on parle ainsi dans la conversation familière; mais, 
pour être correct, je crois qu'il faut ajouter au substantif une qua- 
lification qui rende l'explication moii.s vague. — Homme du grand 
monde, du monde élégant. 

" Avoir du monde, pour avoir tes usages du beau monde, est 
une locution essentiellement vicieuse. 

" Aller en société est un terme digne des commis-voyageurs qui 
l'emploient. 

" Aller en soirée n'est pas une expression logique, parce qu'on 
ne saurait dire aller en matinée, aller en après midi. — Néanmoins 
l'usage a prévalu, et le mot, tout impropre qu'il est, est adopté et 
reçu. 

•' Quelques-uns disent : l' esprit de société; autrement pour le 
français : le août, les mœurs, les inclinations des habitués de telle 
ou telle société ; ce terme est pitoyable. L' esprit des salons a pu 
jadis désigner un genre d'agiément quelconque ; mais ce mot, as- 
surément, n'a plu« aucun sens. 

" Une dame du monde. — Expression de laquais et de perru- 
quier ; autant vaudrait : un monsieur du monde. 

'« Le mot dame sous-eutend le second terme jusqu'à nouvelle 
explication. 

" Les salons, pour le salon, est du plus mauvais goût. Se glo- 
rifier d'être reçu dans les salons de madame X. . . c'est prouver 
par un seul mot qu'on est déplacé dans un salon; si madame X... 
elle-même parle de ses salons, ï' est, à l'instant, démontré qu'elle 
n'est point admissible dans la société ('es femmes qui ont un salon. 

" Ces distinctions sont d'autant pins importantes, que la manière 
dont on les observe donne impitoyablement la mesure de l'éduca- 
tion que l'on a reçue et des personnes que l'on a fréquentées." 

" On ne dit pas davantage les appartements d'une personne ; 
car l'empereur lui-même n'a qu'un appaitement, du moins il n'en 
occupe qu'un à la fois, puisque ce mot signifie l'ensemble des 



(l) Francis Wey, 



t 1 ^ 



JOURNAL DE L'INSTRUCTION PUBLIQUE. 



chambre?, îles pièces que l'on habite. C'est vouloir viser à 
1\ fiel que île dire : Madame X. . . nous a fait visiter ses apparte- 
ments . . J'ai îles appaitements trés-vastes. . . C'est tout simple- 
ment faire un non-sens et se rendre ridicule." 

Plus loin l'auteur s'élève avec raison contre l'emploi des termes 
trop recherchés, contre la prononciation trop étudiée, contre les 
phrases à effet, et surtout contre le jargon technique, contre celui de 
la mode et du sport, contre celui de la science dont quelq les per- 
sonnes font ici comme en France un si déplorable abus. Nous ne 
croyons pouvoir faire mieux que de citer tout au long ces divers 
passades, où Mme Drohojowska s'appuie souvent de l'autorité 
îi*un philologue et d'un critique distingué, M. Francis Wey. 

" Le bon sens vous dira combien il est absurde île viser à l'effet 
en alliant les mois franc, vrai, pur, qui réveillent de nobles et de 
grandes idées, à des épithétes injurieuses, et vous vous garderez 
soigneusement d'expressions du genre de celles ci : un franc scé- 
lérat. — un vrai fourbt, — un franc hypocrite, — un pur intrigant. 
— En outre qu'on ne saurait accoupler des idées aussi disparates 
la scélératesse, la fourberie, l'hypocrisie, l'intrigue, n'ont certes 
nul besoin d'épit hèles pour nous paraître suffisamment odieuses. 

" Un des trait- caractéristiques de la littérature de noire époque, 
dit M. Francis Wey, c'est l'abus des expressions expressives. Au- 
trefois un ingrat se contentait de déchirer les cœurs, un fourbe de 
faire taire la conscience, etc. 

" Bagatelles: aujourd'hui nous broyons les cœurs, nous bâillon- 
nons, nous étranglons, nous égorgeons la conscience. .. 

•' Au temps passé, l'on se contentait, pour qualifier la beauté 
d'une étoffe, d'un gilet, d'un petit chien, des adjectifs joli, char- 
mant, etc.. aujourd'hui le gilet ert udora bte, l'étoffe sublime, 
inouïe, délicieuse, exquise, ravissante, prodigieuse, incroyable, 
surhumaine, divine. Ces mots sont devenus fort ordinaires. 

■' Mais le plus fréquemment employé peut-être, c'est l'adjectif 
fabuleux. 

" Il remplace beau, grand, surprenant, inattendu, rare, etc.. . 
On en fait un usage.. . fabuleux. 

" Phénoménal, qui aspire à remplacer prodigieux, miraculeux. 
ou tout .simplement extraordinaire, est un véritable barbarisme." 
Et cependant il a paifuis du succès.. . mais un succès que je n'en- 
vie pas pour vous. 

" Ebouriffant, étourdissant, mirobolant, sont des expatriations 
d'assez mauvais ^oût que je vous engage à laisser aux badauds qui 
les trouvent merveilleuses. 

" Ces expressions forcées, que la mode fait accueillir un instant, 
mais que le bju goût repou-se toujours, ne tardent pas à devenir 
vulgaires, après avoir été, de» le début, ridicules ; c'est donc, dans 
tous les cas, faire preuve de tact que de s'en abstenir. 

" Fvtiabile écrivain que nous avons plusieurs fois cité fait parfai- 
tement apprécier leur peu de duiée dans les remarques suivantes 
pur le mot délirant. 

" Comme le temps fait justice, dit-il, des modes ridicules ! Il y 
a huit ou dix ans (1), le mot délirant s'employait exclamalivemenl, 
sans cesse, au lieu d'admirable, de charmant, de sublime, et de 
tous ces adjectifs dont on use presque comme des interjections 

" — Comment tronvez-vous ce chapeau ? — Je le trouve délirant. 

" Ce mot, qui précédait à délicieux était bien plus grotesque que 
son devancier. Eu effet, délirant signifie qu'on est en délire, et il 
est plus difficile encore de se figuier un chapeau en délire qne de 
se figurer que l'admiration, dont il est l'objet, puisse causer du 
délice. 

" Délirant ne peut être joint à un nom de choses, et il n'est ja- 
mais synonyme d'admirable." 

" J'ajoute qiren dépit de la vogue que des gens d'une certaine 
condition lui avaient donnée, vogue qui avait trouvé, disons-le, 
quelques prosélytes dans ce qu'on appelle le monde élégant, ce 
mot, pas plus qu'aucun du même genre, n'a jamais tiouvé place 
d.ms le vocabulaire d'un homme ou d'une femme de tact et de bon 
ton. 



" On compte en notre langue, dit-il, une foule de liaisons dan- 
gereuses qui liahissent leur homme de bas lieu et peu familier aux 
bons usages. 

" Demandez quelle heure il est à un homme, qui vous répond : 
— Il est onze heures-z-uu quait, ou onze heures-z et demie ; vous 
en concluez à l'instant à quelqu'un de petite éducation, et, ce 
qui est pire, à un sot. Lier les mots avec, affectation dans le dis- 
cours, fut de tout temps le propre de la pédanterie ; c'est un défaut 
>'e maîtie d'écrituie. Le siècle de Louis XIV était bien plus avare 
de liaisons que nous. Thomas Corneille, dans une note sur la 
cent quatre-vingt-dix-septième remarque de Vangelas, dit qu'on 

(1) Ceci était écrit en 1845. 



doit prononcer un vin excellent, un dessin admirable, sans faire 
sentir l'n. 

" L'abbé d'Olivet, soixante et dix ans plus tard, profes- 
sait les mêmes opinions. " La prononciation de la conversation 
" souffre une infinité d'hiatus ; pourvu qu'ils ne soient pas trop 
" rudes, ils contribuent à donner au discours un air naturel. Aussi 
" la conversation des personnes qui ont vécu dans le grand monde 
" est elle remplie d'hiatus volontaires, qui sont tellement autorisés 
" par l'usage, que si l'on parlait autrement, elle serait d'ur. pédant. 
" Parmi ces personnes, folâtrer et rire, aimer à jouer, se pronon- 
" cent folâtré et rire, aimé à jouer." — A quelques lignes de là, 
l'auteur des Remarques sur Racine enseigne qu'on doit prononcer 
avan-hier, et non avant-hier. 

" Un grand défaut, continue M. Francis Wey, et de bien mauvais 
goût, est de faire entendre l'r à la fin de monsieur. C'était autre- 
lois et surtout dans les provinces, une habitude propre à quelques 
personnes, qui écrivaient ce mot en le décomposant monsieur, et 
le prononçaient de même. C'est ainsi que faisait le vieux maître 
de classe qui a appris successivement à '.'we à mon aïeul, à Charles 
Nodier, à mon père et à moi. Il avait vu trois général ions d'écoliers, 
et il serait aujourd'hui centenaire. Bien qu'il affectât dans son 
parler beaucoup de recherches, il évitait les liaisons, suivant le 
précepte de l'abbé d'Olivet ; mais il décomposait tous les mots dé- 
composables et prononçait certaines lettres finales à son dur, telles 
que l'a? et l's à la fin d'appas, de faux, de vers. Il avait égale- 
ment conservé une manière affectée d'articuler certains mots que 
les précieux du temps de Louis XV avaient mis à la mode, et il 
prononçait citoyens, moyens, comme s'ils eussent été écrits, c»7o- 
iens, mo-iens, séparant les deux sons de l'o et de IV, au lieu de les 
fondre comme dans le mot foi. Je me souviens d'avoir entendu le 
général Lafayette s'exprimer de la même façon et d'avoir ouï dire 
que Louis XVlII prononçait de même. 

" Mais, M. de Lafayette, qui possédait sans mélange les tradi- 
tions de l'ancienne cour, supprimait les liaisons avec opiniâtreté, 
et n'avait en général d'autres recherches que celle d'une simplicité 
excessive. — Son exemple a un certain poids, car c'était l'homme 
du monde qui entendait le mieux le style, le ton et l'aimable aban- 
don qne la causeiie demande." 

" J'ajoute une simple recommandation à ces conseils: — Evitez 
autant que possible ces liaisons dangereuses dont il pst ici ques- 
tion ; mais cependant que celte réserve ne vous entraîne pas dans 
un extrême qui serait blâmable et se changerait aisément en affec- 
tation." 



" Vous devez, ma chère enfant, être femme d'intérieur, coutu- 
rière, cuisinière au besoin, et rien de ce qui se rattache aux di- 
verses occupations îles femmes ne doit vous être étranger. Je ne 
prétends doue pas que vous affectiez de ne pas comprendre ce que 
peut vouloir dire un terme technique. — Pardonnez-moi d'accoler un 
mot si savant à des choses si usuelles, un terme technique en fait 
de cuisine, par exemple. — A quoi vous servirait votre intelligence 
d'ailleurs, si vous ne compreniez ceux que vous ne connaîtreriez 
pas, en portant votre attention sur le sens qu'ils peuvent avoir ? 
Mais ce que je dirai, c'est que vous devez avoir assez de tact et 
d'esprit pour ne pas permettre que vos qualités domestiques détei- 
gnent sur vos habitudes de femmedn monde, de façon à leurdonner 
des allures vulgaires. — Je ne vous dirai pas : Soyez femme élé- 
gante avant tout, mais bien restez femme é'éaante malgré tout ! 
c'est-à-dire, occupez-vous de votre intérieur, aimez et soignez les 
détails de votre ménage, c'est là l'empire véritable de la femme, et 
je ne sache pas que nos reines, qui, autrefois, filaient les vêle- 
ments de leur mari et soignaient leurs enfants, eussent moins de 
véritable dignité que les grandes dames de nos jours. Tout ce qui 
est du ménage, et je lépète à dessein ce mot, afin de vous désha- 
bituer du ridicule respect humain qui vous le rend trivial et ridi- 
cule, tout ce qui est (tu ménage rentre dans le domaine de la 
femme, et, que'que riche qu'elle soit, elle ne peut et ne doit le dé- 
daigner, ne fût-ce qu'en prévision de ce que peut amener un bou- 
leversement social ou un reviiemeut de fortune ; et certes, s'il fal- 
lait renoncer à être femme d'intérieur pour mériter le litre de femme 
comme il faut, de femme du monde, je vous conseillerais, sans 
hésiter, de renoncer à ce dernier. Mais, grâce à Dieu, l'un n'est 
pas incompatible avec l'autre, et la même femme peut être excel- 
lente ménagère dans sa cuisine et femme fort élégante dans un 
salon. — Seulement, je l'en supplie, qu'elle ne transporte pas dans 
ce dernier le lécit de ses talents dans le premier, et surtout qu'elle 
n'y aille chercher aucune de ses expressions. 

" Rien, en effet, n"est plus absurde, plus fatigant, qu'une femme 
entrant dans des détails incessants sur son intérieur, et madame de 
Genlis, se vantant d'écumer elle-même son pot-au-feu, ou éplu- 
chant ses légumes devant 6es visiteurs, est assurément, malgré tout 



JOURNAL DE L'INSTRUCTION PUBLIQUE. 



99 



son esprit, l'être le plu* insupportable de la terre. Ne parlez donc 
jamais de vos occupations, pas même de vos dîners ni de votre 
manière tie gouverner votre maison. Ce soul de ces choses pour 
lesquelles on vous jugera à l'œuvre, s'il y a lieu, mais dont vos 
paroles ne pourraient donner qu'une fort ennuyeuse idée. 

" Libre à votre sommelier d'offrir à vos convives du Bordeaux, 
du Champa gne,(\u Malaga, du Xérès, pourvu que vous n'oubliiez 
pas que vous ne devez vous-même jamais supprimer le mot vin, 
inséparablement lié à la désignation du crû pour toute personne qui 
sait parler et qui sait vivre. — Quelle raison y aurait-il, en effet, si 
on acceptait celle formule, pou; ne pas dire aus>i du Lyon ou de 
VAi.v en parlant du célèbre saucisson de ces deux villes, ou du 
Bayonne, du Mayence, pour indiquer des jambons fameux ? 

" Quant au langage d'atelier, je laisse à un de nos plus spirituels 
critiques le soin de vous convaincre. 

" Il y a un mot, dit-il, qui m'a impatienté tout l'hiver : il fait 
froid, je vais mettre mon talma... 

" Les femmes ont tort d'adopter ainsi ces dénominations pour 
deux bonnes raisons, et les voici : 

" La première, c'e»t qu'il est d'un goût médiocre d'être aussi 
bien au courant de la langue spéciale* des couturières. 

" Il me semble entendre certaines gens qui trouvent élégant, 
dans les boutiques où l'on mange, d'adopter une langue faite par 
ces messieurs frisés qui servent à table. 

" Ainsi on disait autrefois : — La carte à payer ; c'était une ex- 
pression très-claire et très-bonne. 

" Il est arrivé que, entre le garçon qui sert et la femme qui se 
tient au comptoir, ce'a a dû prendie un nom. Eu effet, la ' dame 
de comptoir " inscrit à mesure chaque mets que l'on sert. — Quand 
vous demandez " la carte à payer," elle n'a pas, elle, à faire cette 
carte, mais simplement l'addition. — Donc, pour elle et pour le gar- 
çon, ce n'est pas la carte à payer, mais simplement l'addition qu'il 
faut faire ; et il était très-logique que la chose se passât ainsi- — 
Vous dites au garçon : " Garçon, ma carte, ou la carte à payer." 

" Le garçon à la dame du comptoir : " Madame, laites l'addition, 
" s'il vous plaît, pour que je puis.-e donner à monsieur sa carte à 
" payer ; " et ce n'était certes pas une raison pour que vous prissiez 
l'habitude de demander l'addition. 

" La seconde raison pour laquelle les femmes feraient bien de 
dire tout simplement mon manteau, au lieu de mon talma, ou tout 
autre nom qu'il piaira aux couturières d'inventer, est celle-ci : 
une femme qui se pique d'être à la mode ne doit pas avoir besoin 
de constater que son manleau est fait à la dernière mode, si on 
poite les manteaux à la Talma, il va sans dire que le manteau 
d'une femme à la mode est un manteau " à la Talma." Il est 
très humble de l'affirmer. 

" Il y avait encore une troisième raison que je n'avais pas an- 
noncée, parce qu'elle est un peu subtile ; mais cependant elle est 
très-réelle pour la personne qui serait sensible à la logique du lan- 
gage. 

'•' J?i vous entrez chez un chapelier, vous demanderez un chapeau 
de castor ou un chapeau de soie, un chapeau noir ou un chapeau 
gris ; mais vous ne direz pas à un homme qui reste devant vous la 
tête découverte : " Monsieur, mettez votre chapeau de soie, ou 
" mettez vot'e chapeau noir ; " de même que vous ne direz p >s : 
" Je vous demanderai la permission de mettre mon chapeau de 
" castor ou mon chapeau gris," parce que dans le premier cas, il 
s'agit d'une marque de détéreur/e, dans Je second d'une ciainte de 
fioul, et que, dans l'un et dans l'autre cas, la couleur, la matière, 
la forme du chapeau, n'y ont que faire. 

«« Ainsi, Ciles si vous voulez à votre couturière : " Faites-moi 
" un manteau à la Talma ; " mais ne me dites pas à moi : " Don- 
*' nez-moi mon Talma ; " ce n'est ni élégant, ni distingué, ni tout 
à fait français." 

" 14 va sans dire qu'une foule de mots rentrent dans cette calé-' 
gorie ; le langage d'un salon ne doit jamais rappeler l'antichambre 
ou l'atelier, et tout ce qui ressemble à un terme technique île cou- 
turière ou de femme de chambre doit en être soigneusement banni. 
— C'est ainsi, par exemple, qu'une femme comme il le faut ne 
parle jamais de la confection d'un chapeau ou d'une robe ; elle ne 
trouve pas un objet de lingerie bien confectionné ; mais eile fait 
faire un chapeau, une robe, et elle trouve un bonnet, nn col, bien 
cousus; un mantelet est d'une bonne forme, et non d'une bonne 
coupe, etc. Une coiffure est de bon gout, mais elle n'a p.is de ca- 
chet. Toutes ces observations, vous dites-vous, peut-être ma chère 
enfant, portent sur des riens. — Vous avez raison, ce ne sont que 
d'impercept.bles nuances ; mais, ne vous y trompez pas, plus elles 
sont légères, plus elles prennent d'importance ; car la fidélité à en 
tenir compte devient aiors la marque infaillible de la véritable édu- 
cation, le manque de savoir-vivre se trahissant plus souvent par 



des oublis, des nuances fugitives du langage et de la tenue que 
par de gros manquements aux choses essentielles. 

" Les expressions techniques, consaciées aux arts, aux science?, 
à l'indu-trie, sont fatigantes à entendre, même lorsque les hommes 
qui les emploient sont des artistes, des savants, et qu'ils les em- 
ploient naturellement et sans prétention. Echangées en présence 
de femmes et d'étrangers aux spécialités auxquelles elles ont trait, 
elles dénotent toujours un manque de tact, attendu que la premiere 
condition du langage île la bonne société est d'êtie parfaitement 
compréhensible pour tout le monde. — Mais, sur les lèvres d'une 
femme, c'est pis encore ; le ridicule s'en mêle, et il semble que 
cette affectation à donner une haute idée de ses connaissances et 
île sou esprit ne puisse appartenir qu'à une intelligence étroite et 
vulgaire." 

Outre les deux genres d'affectation que l'auteur vient de mentionner 
il en est un qui est particulier à notre pays, c'est celui que nous ap- 
pellerons Vanglomanie, et qui n'est point même tout à fait inconnu 
en France, si nous en jugeons par les plaintes que font entendre à 
ce sujet quelques écrivains, plaintes que M. Viennet a résumées 
dans une spirituelle satire qui nous a rappelé une de celles de feu 
M. Bibaud. Ce défaut a été trop souvent critiqué dans nos jour- 
naux et nos revues pour que nous insistions. Disons seulement 
que l'emploi d'un mot anglais lorsqu'il existe un équivalent français 
est souvent une preuve d'ignorance et presque toujours une preuve 
de mauvais goût. Sans doute qu'il peut exister en cela comme en 
toute autre chose des exceptions, que beaucoup dépend d. j s circon- 
stances et de l'intention, dont votre interlocuteur, s'il est intelli- 
gent, saura toujours juger; mais le plus sûr est de parler tout natu- 
rellement sa langue sans recourir inutilement au secours d'une 
langue étrangère. 

On nous dira peut-êtie qu'il y a certains mots anglais qui, dans 
l'usage assez général, ont remplacé les mots français, tels sont par 
exemple side-board, pour buffet ; tea-board, pour plateau ; tea-pot, 
pour théière ; mais bien que dansées cas assez nombreux on puisse 
acquitter ceux qui se servent des mots anglais de l'accusation d'af- 
fectation, nous leur conseillerions fortement de revenir aux équiva- 
lents fiançais ; le moindre inconvénient de cet usage bizare c'est 
de perdre graduellement notre langue et d'en venir à parler bientôt, 
comme le font déjà certaines personnes, un langage hybride, qui 
n'est d'aucun pays, ni d'aucune nation. 

Un danger plus grand encore que celui de l'introduction de mots 
anglais, c'est l'usage de locutions anglaises, et il y en a cependant 
un grand nombre qui sont pour bien dire consacrées par le journa- 
lisme et même par le langage officiel. Il y a quelques années, il 
s'était fait dans la presse et parmi nos orateurs une certaine réaction 
contre les anglicismes ; mais il semble que, de guerre lasse, on ait 
abandonné la partie, et plus que jamais nos journaux fourmillent 
de phrases dont le moule e t tout britannique ; plus que jamais par 
exemple on oppose un homme ou une mesure, on adresse une as- 
semblée, etc. A ces locutions, qui lèguent déjà depuis longtemps, 
il vient même s'en ajouter de nouvelles également déplorables ; 
mais qui sont peut-être excusables lorsqu'on songe à l'usage cons- 
tant que beaucoup de personnes instruites font des deux idiomes, 
et au prand nombre de traductions que nos journalistes ont à faire 
à la hâte et sans avoir pour bien dire le temps de se relire. 

Pour ce qui est de la conversation au point de vue du bon ton et 
du bon langage, on doit poser en principe : lo que le langage le plus 
correct est toujours celui qui indique une meilleure éducation ; 2o 
que le langage ne saurait être correct si la phrase a une tournure 
étrangère, ou si elle est parsemée de mots étrangers; 3o que dans 
ce genre tout ce qui peut être le résultat de la négligence ou du 
mauvais exemple est jusqu'à un certain point excusable; tandis 
qu'au contraire tout ce qui er>t intentionnel est détestable sous tous 
les rapports. 

Mais que dirons-nous de l'habitude qu'ont quelques personnes 
de s'adresser entre elles la parole en anglais en présence de com- 
patriotes qui ne font point comme elles un usage constant de cet 
idiome, et irii même quelquefois ne le comprennent que très- 
imparfaitement ? N'est-ce point ou faire parade d'une science assez 
peu rare, ou commettre une grossièreté impardonnable en parlant 
pour ne pas être compris, en isolant de la conversation quelques- 
uns de ceux qui auraient droit d'y prendre part ? 

Une autre observation à faire à ce sujet c'est que, lorsqu'une 
personne de distinction et d'un rans supérieur au vôtre vous adresse 
la parole dans sa langue, ii n'est certainement point mal, si vous 
vous sentez capable de le faire, de lui répondre dans le même 
idiome ; mais, si, au contraire, celte personne a la politesse de vous 
parler dans votre propre langue, c'est une chose très-inconvenante 
de lui répondre dans la sienne. C'est luire mépris jusqu'à un cer- 
tain point de sa condescendance ; c'est presque lui dire : ne vous 
fatiguez point, je vous prie, à me parler français; vous vous en 



100 



JOURNAL DE L'INSTRUCTION PUBLIQUE. 



liiez assez mal, pour que je vienne à votre secours en parlant 
anglais. 

Dans ious les cas, le parti le plus sûr, le plus digne, le plus sensé, 
partout où vous eu avez le choix, c'est de parler votre langue raa- 
îernelle tout simplement parce que vous devez la savoir mieux 
qu'aucune autre, et que vous ne risquerez rien en le taisant. Per- 
sonne n'a le droit de s'en offenser et l'on gagne généralement plus 
d'estime et de respect par cette preuve de dignité personnelle et 
nationale. Si, au contraire, on s'aventure sans nécessité dans les 
défi'és d'un idiome étranger, on s'y est iancé à ses risques et périls; 
si l'on fait rire de soi, ou n'a que ce que l'on mérite. 

(A continuer.) i • 



Bulletin des Publications et des Réimpressions 
les plus Récentes. 

Paris, mai et juin, 1864. 

Saint Augustin: Œuvres complètes, traduites pour la première fois 
en français, sous la direction de M. Poujoulat et de M. l'Abbé Raulx ; 
tome 1er, grand in-8. Guérin. 

Borghesi : Œuvres complètes de Bartholomew Borghesi, publiées par 
les ordres et aux frais de S. M. l'Empereur Napoléon lïl — Œuvres 
numismatiques; tome II, in-4. Imprimerie Impériale. 

Boucher de Perthes : Sous dix ruis ; tome VI, in 12. Dumoulin. 

Bourbon : Introduction aux cérémonies romaiues. 

Lamartine: Fénelon ; gr. iu-18. Lévy. 

Rio: Shakespeare; in-18. Douniol. 

Vecillot: La Vie de Notre Seigneur Jésus-Christ ; in-8. Ruffet. 

Toronto, avril, 1864. 

British American' Magazine : La livraison d'avril de cette publica- 
tion est la dernièie que nous avons reçue. Nous avons appris depuis 
qu'elle avait cessé de paraître. Nos lecteurs se rappellent que le British 
Canadian Review, qui avait été fondé à Québec, l'année dernière, a eu 
le même sort. 

Québec, mai et juin, 1864. 
Quebec Gazette: Centenary-Number. 

" Que j'en ai vu mourir, hélas ! de jeunes feuille* ! " 

pourrait dire la glorieuse centenaire, en parodiant le vers tant de fois 
répété de Victor Hugo. Il n'y a, nous assure-t-on, en Amérique, qu'ur.e 
seule autre feuille centenaire, et, dans tous les cas, il n'y en a point dans 
les colonies anglaises. La Halifax Gazette, qui fut publiée à la Nou- 
velle-Ecosse en 1751, est morte il y a longtemps. La Gazette Je Montréal, 
bien que parvenue, elle aussi, à un âge très-respectable, ne date que de 
1775. Les éditeurs, dans leur numéro centenaire, ont bien fait de ne 
pas affirmer, d'une manière trop absolue, que leur journal avait été lu 
premiere chose imprimée en Canada. Le naturaliste suédois Kalm, qui 
parcourut le pays en 1749, dit qu'il n*y avait pas dans ce moment d'im- 
primerie, mais qu'il y en avait eu. Il ajoute qu'on lui avait donné pour 
raison de l'absence de toute publication, la crainte que l'on ne vînt à se 
servir de la pressse pour répandre des libelles contre le roi ou la reli- 
gion ; mais qu'en réalité, il croyait que c'était plutôt parce que le pays 
était trop pauvre pour qu'un imprimeur pût y faire ses frais. 

L'idée de commémorer l'anniversaire séculaire de leur journal par la 
publication d'une livraison illustrée et par la réimpression du premier 
uuméro, publié le 21 juin, 17G4, a certainement été une excellente idée. 
La livraison du 21 juin, 1864, contient, lo. une jolie pièce de ver3 de 
circonstance, par le Rev. M. Dewart ; 2o. une histoire de la presse pério- 
dique en général, et plus particulièrement de celle de l'Angleterre et 
des colonies anglaises; 3o. une histoire de la Gazette de Québec, laquelle 
renferme une biographie de l'homme qui lui avait donné tant d'impor- 
tance et lavait rédigée pendant de si longues années, l'hon. John Neil- 
son ; 4o. une description de Québec, de ses monuments et de ses envi- 
rons avec des aperçus historiques ; cette description se rapporte aux 
gravures, au nombre de 20, dont une, celle qui représente la vue de la 
citadelle et de la Haute-Ville, occupe toute une page du format actuel 
de la Gazette De plus, il y a de nombreux exiraits des premières 
années du journal, qui, mieux qu'aucune autre chose peut-être, nous 
font connaître le Québec d'il y a cent ans. Parmi ces extraits, nous 
reproduisons, comme intéressant plus particulièrement nos lecteurs, 
l'ode suivante : 

"ODE 

" Chanté au Chateau St. Louis par les Etudiants du Petit Séminaire de 
Québec, à l'honorable Guy Carleton, Gouverneur Général du Canada, 
à la Feste que Son Excellence a donnée le 18 de ce moU, (Janvier 1770) à 
l'occasion de la Naissance de la Reine : (la Reine Charlotte, épouse de 
George Trois). 

" La Discorde éteint son Flambeau, 
Pallas, au jour de sa naissance, 
Nous offre à tous sa bienveillance 
Et son pacifique Rameau. 



" Que chacun assis à son ombre, 
Goûtant les douceurs de la paix, 
Chasse de son cœur à jamais 
Regrets, et chagrins l'air sombre. 

" Affreux compagnons de Vulcaiu, 
Cessez, Cyclopes détestables, 
Par vos foudres trop redoutables, 
De consterner le genre humain. 

" Ce Roi favori de Neptune, 
Qui règne et sur terre et sur mer 
D'un pays dompté par le fer, 
Désire assurer la fortune. 

'' C'est ce qu'annonce ces éclairs 
Ces feux, ces éclats de tonnerre, 
Ces astres partis de la terre, 
Qui vont se perdre dans les airs. 

" Apprends donc en ce jour de Fête 
A ne plus déplorer ton sort, 
Peuple aux justes lois plus fort, 
Soumis par le droit de conquête. 

" Déjà les Arts en liberté, 
Paraissant avec allégresse, 
Dans le palais de la sagesse. 
Y sont reçus aves bonté. 

A ces traits reconnais l'ouvrage 
De ce Gouverneur généreux, 
Qui consacre à te rendre heureux 
Ses soins, ses biens, ses avantages. 

'• Son nom, ainsi que ses bienfaits, 
Seront à jamais pour sa gloire 
Dédiés au temple de m émoi m, 
Ciel ! comble pour lui nos souhaits." 

La reproduction du premier No. est une curiosité typographique que 
chacun voudra posséder. C'est an fac-similé auquel rien ne manque. La 
Gazette s'est publiée dans les deux langues, une colonne anglaise et une 
colonne française ; puis une page anglaise et une page française, puis 
enfin un numéro alternativement en anglais et en français, jusqu'au 29 
octobre 1842, où elle ne se continua qu'en anglais. Les premiers proprié- 
taires-éditeurs ont été MM. Brown et Gihnore; les propriétaires actuels 
sont MM. Dawson et Middleton. Depuis l'année 1790 où MM. Samuel et 
John Neilson, neveux de M. Brown, en devinrent les propriétaires, jus- 
qu'en 1849, la Gazette fut possédée par la famille Neilson. 

Suzon : Code militaire traduit et compilé par le Major L. T. Suzor, 
approuvé par le Colonel Gordon, Président de l'Ecole Militaire. — 250 
pages in-12o. — Desbarats. 

Le Foyer Canadien ; Les livraisons d'aviil et mai contiennent une 
légende en vers de M. Taché, la publication d'un curieux manuscrit du 
Père Lesieur sur les danses des sauvages, considérées comme faisant 
partie de leurs superstitions, et une charmante esquisse de mœurs par 
M. Renault, que nous reproduisons. 

Montréal, avril, mai et juin, 1804. 

Les Beaux-Akts : Nous apprenons avec regret par la livraison de 
mai de cette publication qu'elle doit cesser prochainement Elle faisait 
certainement honneur au pays : sons le rapport typographique elle était 
devenue une des œuvres les plus élégantes de ce continent. 

La Revue Canadienne : Les livraisons d'avril et de mai contiennent 
la suiie du roman de M. de Boucherville, cel'.e de l'article de M. Raymond 
sur Rome, un article de Mgr. Désautels sur les biens et revenus des Fa- 
briques, une étude sur le Territoire du Nord-Ouest par M. Proveneher, 
des poésies par MM. Taché, Lemay, Dionne et Cassrgrain ; et plusieurs 
articles bibliographiques, par MM. Royal, Proveneher et Desrosiers. 
L'extrait suivant de l'article de M. Proveneher sur le Territoire du 
Nord-Ouest, contient sur l'avenir de ces confiées et sur leurs reiaiions ■ 
avec le Canada, des idées et des renseignements qui méritent l'attention 
de nos lecteurs. En les reproduisant, nous aimons à constater avec quel 
courage et quel esprit de Iravail its écrivains de cette publication 
abordent les questions les plus sérieuses, et comme on dit aujourd'hui, 
les plus pratiques. 

" En laissant les derniers établissements, à l'extrémité du lac Supé- 
rieur, trois routes se présentent au voyagettr pour se rendre à la rivière 
Rouge : la première suivrait la rivière au Pigeon jusqu'au lac du même 
i.om en longeant la frontière, la seconde passeiail en partie par la 
rivière Karninistiquia, et enfin la troisième, par le lac du Chien, le 
portage de 1» Savane, et la rivière des Allemands jusqu'au lac La Pluie. 
C'est cette dernière qui, d'après les explorations faites par ordre du gou- 
vernement canadien, a été jugée la plus favorable. 

" La rivière Karninistiquia a son embouchure à la baie du Tonnerre, 



JOURNAL DE L'INSTRUCTION PUBLIQUE. 



101 



à l'ouest de La baie Noire. A quelques milles de là se trouve le fort 
William, construit par la Compagnie du Nord-Ouest, et qui était un des 
premiers entrepôts de son commerce. C'est de là que parlaient, chaque 
année, tous les convois qui se dirigeaient vers l'intérieur. 

" La rivière Kaministiquia est généralement navigable du 25 avril au 
12 novembre, niais pour les canots seulement, car elle est trop peu pro- 
fonde ; elle est aussi entrecoupée de rapides en différents endroits. Elle 
coule sur un sol d'une remarquable fertilité, et tous les grains peuvent 
y être cultivés avec beaucoup d'avantage , à une distance du lac 
suffisante pour qu'ils soient à l'abri des brouillards et des gelées. 

" L'étendue de terre arable dans cette vallée est estimée par le pro- 
fesseur Hind à une largeur de deux milles de chaque côté de la rivière, 
formant une superficie de 20,000 acres. En d'fférents endroits on a aussi 
trouvé de la pierre à chaux, et on voit encore des vestiges d'anciens 
fourneaux construits par la Compagnie du Nord-Ouest pour exploiter 
cette richesse minérale qui est loin d'etre épuisée. 

" A dix-huit milles du fort William se trouve le lac du Chien, antre- 
fois centre de communication import int des Sauvages. On dit qu'il se 
relie au lac des Mille Lacs par une autre voie que celle du pertage de la 
Prairie. Si cette route était découverte elle abrégerait de beaucoup la 
distance à parcourir pour parvenir au fort Garry. La nature du sol 
permettrait en cet endroit rétablissement de quelques villages, ce qui 
faciliterait beaucoup la construction des chemins. 

" M. Hind a constaté dans son exploration, que, depuis les grandes 
Chutes jusqu'au fort Francis, à la tête du lac La Pluie, sur une étendue 
de 273 milles, il y avait peu d'avantages offerts à la colonisation, excepté 
peut-être quelques lopins de terre dispersés le long des grandes rivières 
ou les îles qui se trouvent sur les lacs semés tout le long de la route. 

" Au point de vue de l'avenir agricole du pays, la vallée de La Pluie 
est de beaucoup la plus digne d'attention avant d'arriver aux prairies 
arrosées par la rivière Ronge. 

'' Le lac La Pluie est à 225 milles du lac Supérieur, et à 85 milles du 
lac des Bois. 11 a 50 milles de long et 38j de large. Ses bords parais- 
sent tout à fait stériles, mais la contrée change complètement lorsqu'on 
laisse le lac pour entrer dans la rivière qui porte le même nom. On y 
trouve une végétation des plus belles sur un sol d'alluvion de la plus 
grande richesse. L'étendue de terre arable est portée à 220,000 acres. 
Chaque côté de la rivière, la vallée sèche et cultivable a environ six 
milles de large sur une longueur de 70 milles, jusqu'au lac des Bois. En 
arrière se trouvent des m;irais aujourd'hui infranchissables, mais qui 
pourraient être facilement asséchés, à mesure que l'exigeront les besoins 
de la colonisation. Les rives sont généralement couvertes d'arbres de 
haute futaie, sapins, frênes, peupliers et chênes Ces forêts sont d'un 
prix immense, dans cette contrée. 

" La largeur de la rivière varie de deux à trois cents verges ; sa navi- 
gation n'est interrompue que par deux rapides que la moindre force à 
vapeur pourrait remonter, et eu neutralisant les chutes qui te trouvent 
à l'entrée du lac, ce qui serait peu dispendieux, on ouvrirait une com- 
munication non interrompue de 190 milles de long, jusqu'au portage du 
Rat, à l'extrémité nord- ouest du lac des Bois. ' 

" Le lac des Bois, entre le lac La Pluie et le lac Winnipeg a environ 
400 milles de circonférence, et trente à quarante pieds de profondeur. Il 
est rattaché au lac flat par un canal navigable d'une dizaine de milles 
de longueur. La rivière Winnipeg, par lequel le lac des Bois se décharge 
dans le lac Winnipeg, prend sa source au portage du Rat, à l'extrémité 
nord du lac des Bois : elle a un parconrs de 150 milles avant d'atteindre 
le lac Winnipeg, au fort Alexander. Elle est remplie de cascades et 
de rapides qui présentent les points de vues les plus pittoresques et les 
plus variés ; ses rives contiennent peu de terres cultivables, excepté 
peut-être quelques centaines d'acres à Islington, et en haut des Chutes 
Argentées, à l'extrémité nord de la rivière. 

" Cette route aurait 499 milles de longueur, dont 131j milles seule- 
ment devraient se faire par terre. M. Dawson porte à £50,000 le coût 
probable de cette voie. 

" L'an dernier, les habitants de la rivière Rouge ont présenté aux 
gouvernement d'Angleterre et du Canada un mémoire dans lequel se 
trouvent clairement exposés tous les intérêts qui militent en faveur du 
prompt établissement de cette route. Les habitants de la rivière Rouge 
sont aujourd'hui à la merci des Etats-Unis pour toutes les communica- 
tions. Dans ce contact continu avec nos voisins, ils n'ont pu s'empêcher 
de remarquer quels progrès avaient faits les territoires du Minnesota et 
de Dacolah qui les avoisinent ; ils ont partout été témoins de la sollici- 
tude du gouvernement, et du soin qu'il prenait de leur assurer la direc- 
tion de leurs affaires, et de leur donner une part légitime dans le gou- 
vernement de leur pays. Le gouvernement américain a même établi 
une ligne postale mensuelle jusqu'au fort Gairy pour l'avantage à peu 
prés unique de l'établissement. En même temps, ils paraissent aban- 
donnés entièrement de la mère pallie et des autres colonies anglaises. 
Ils sont restés soumis au régime de la puissante Compagnie de la Btie 
d'Hudson qui avaient intérêt de retarder le plus possible la colonisation, 
dans la craiute que son commerce en souffrît. 

" Pour changer cet ordre de choses si défavorable, ils seraient même 
décidés d'entreprendre à leurs frais la moitié delà route, à condition 
que l'Angleterre ou le Canada entreprennent le reste. L'intérêt de 
toutes les provinces anglaises de l'Amérique exige que cette entreprise 
soit exécutée le plus vire possible. 

" La découverte de l'or et d'autre3 métaux précieux tient encore 
l'attention du public fixée sur les territoires du Nord-Ouest. La grande 



vallée du lac Winnipeg a été explorée en tout sens, et sa fertilité et se3 
avantages, au point de vue de la colonisation et de l'agriculture, ne sont 
ignorées de personne. Les rivières ne tarderont pas à être util'see?, et 
des chemins convenables bientôt établis dans les endroits où la navi- 
gation est interrompue. 

" La rapidité étonnante avec laquelle se forment les établissements 
en Amérique nous assure que bientôt sera réalisé le rêve de Sir George 
Simpson qui voyait toutes ces belles rivieres, reliant les bords fertiles de 
plusieurs grands lacs, couvertes de bateaux à vapeur et bordées de cités 
populeuses. 

" La nouvelle compagnie qui vient de succéder aux droits de la com- 
pagnie de la Baie d Hudson, promet d'encourager la colonisation. Avec 
la puissance qu'elle possède, les moyens d'influence dont elle peut dis- 
poser, cette promesse est d'une grande portée. Dans peu d'années, elle 
peut changer la face du pays qu'elle gouverne. Même si elle voulait 
suivre la conduite de sa devancière en usant de tous les moyens pour 
conserver encore longtemps le monopole dont elle jouit, elle ne pourrait 
pas réussir complètement. Elle ne pourra pas ariêter le mouvement de 
l'émigration, elle ne pourra qu'en retarder les effets les plus favorables. 
L'élan est maintenant donné, et le temps des monopoles est passé. La 
grande question de la propriété des territoires du Nord-Ouest ne tardera 
pas à être réglée, et il faut espérer que sans blesser les droits des indi- 
vidus ou des compagnies, le Canada pourra, lui aussi, jouir de la part 
d'avantages qui lui sont justement acquis. 

" En terminant, nous citerons les paroles de Mgr. Taché, évêque 
actuel de St. Boniface. Rivière Rouge, qui expriment parfaitement à 
quel point de vue les Canadiens-Français doivent envisager la colonie 
fondée par Lord Selkirk : '■ Je suis loin d'encourager les Canadiens à 
" émigrer, mais si, pour des raisons particulières et exceptionnelles, il 
" leur faut s'éloigner du lieu qui les a vus naître, s'ils sont décidés à 
" prendre le bâton du pèlerin, au lieu de les voir se diriger vers les 
" Etats-Unis, j'aimerais mieux les voir venir à la Rivière Rouge. Ici du 
" moins leur foi ne sera pas exposée. Personne au reste n'a plus de 
" droits à l'occupation de cette vallée de la Rivière Rouge et même de 
" celle de la rivière Saskatchewan que le Canadien d'oiigine française. 
" Ce sont nos pères, ces haroïs champions de la civilisation, qui les pre- 
" miers ont pénétré jusqu'ici, fortement préoccupés d'une pensée bun 
" ouvertement noble que celle d'un vil intérêt commercial, nos coura- 
" geux et habiles découvreurs à la voix et eu la compagnie des mission- 
" naires, sont venus planter l'étendard de la Croix da s les vastes 
" plaines de l'Ouest. . . . Rien de plus naturel que de voir nos frères 
" s'emparer de nouveau des terres découvertes par leurs ancêtres, et 
" consacrées par eux à devenir le théâtre de la régénération des races 
" infortunées qu'ils y trouvèrent.'' (1) 

Coffin: 1812, the War, and its Moral, a Canadian Chronicle, by 
William F. Coffin.— 296 p. in-8o — Lovell. 

Ce premier volume de l'histoire d'une des époqnes les plus critiques 
que la domination anglaise ait eu à traverser dans ce pays, est écrit 
avec élégance et simplicité ; il renferme une foule de détails biographi- 
ques et anecdotiques, et fait impatiemment attendre la suite de ce travail. 
M. Coffin rend partout justice aux Canadiens-Français qui ont donné, 
dans ces circonstances difficiles et mémorables, des preuves de courage 
et de fidélité, qui ne pouvaient être rappelées avec plus d'à propos. 

Dewakt : S-lection from Canadian Poets with occasional critical and 
biographical notes and an introductory Essay on Canadian Poetiy. By 
Edward Hartley Dewart. 304 p 8 vo. Lovell. 

La littérature anglo-canadienne se développe parallèlement à la lit- 
térature franco-canadienne ; ce sont comme deux mondes à part qui 
marchent à côté l'un de l'autre .Ce volume contient un choix de poésies 
coordonné d'après le caractère des pièets. Parmi les auteurs se trou- 
vent queloues-uns de ceux dont les noms sont déjà familiers aux lecteurs 
de notre journal anglais, tels que MM. Sangster, Heavysege, McGee 
Aseher et Mde Leprohon. M. Dewart, daus son essai, se plaint de l'in- 
différence que le public anglais de ce pays montre pour la littérature, et 
pour la poésie en particulier, et il entreprend une thèse en forme pour 
prouver leur utilité dans toute société. Nous y trouvons cette phrase 
singulière : " Nos compatriotes d'origine française sont beaucoup plus 
unis que nous, quoique leur littérature soit plutôt franc lise que cana- 
dienne et que le lien qui les unit soit plutôt religieux que littéraire ou 
politique." Nou3 protestons contre la première de ces remarques ; bien 
qu'à son début notre littérature n'ait été qu'une imitation quelque peu 
servile de celle de la France, nous croyons que des poètes comme MM. 
F. X. Garneau, Lenoir, Ciéaiazie et Lemay et des écrivains comme MM. 
Parent, Ferland, Taché et Garneau ont un degré d'originalité suffisant 
pour jeter les bases d'une littérature vraiment nationale. 

Leprohon: Antoinette de Mireconrt— Or secret marrying, and secret 
sorrowing, a Canadian tale by Mrs Leprohon. 369 p. in 12. Lovell. 

Ce nouveau roman est di^ne en tout de l'auteur du Manoir de Vilkiai, 
(Vhla Bcieaford et de tant de jolies poésies. 

Le récit remonte aux années qui suivirent la conquête ; mais les 
leçons qui en ressortent sont pleines d'actualité. 

Ramière: Petit Manuel de l'Apostolit de la Priè-e, par le R. P Ra- 
mière, S. J., 1ère édition canadienne, avec l'approbation de Mgr. l'Evê- 
que de Montréal. 146 p. in 18. Rolland et Fils. 



(1) Lettre à M. S. J. Dawsou. 



102 



JOURNAL DE L'INSTRUCTION PUBLIQUE. 



Petite Revue .Mensuelle. 

Tandis que la diplomatie européenne s'épuise en négociations pour 
sauver le Danemark, elle laisse tranquillement et froidement écraser la 
Pologne. Tue seule voix s'élève en Europe en faveur du peuple martyr; 
cost celle de Pie IX. Cette situation frappante et unique a inspiré à 
M. >le Montalembert un admirable écrit inséré dans la dernière livraison 
du Correspondant et dont nous reproduisons les premières pages; car 
elles sont à elles seules toute une leçon d'histoire contemporaine. 

" Quand, sur une grève battue par la tempête, le canon d'alarme 
éclate dans la nuit et annonce un navire en perdition, dans quel pays 
chrétien voit-on les habitants de la cote, sourds aux cris des naufragés, 
à l'appel de leurs semblables, de leurs frères, s'enfermer chez eux pour y 
dormir en paix ou ne rester éveillés que pour célébrer, au toin du feu, 
la douce sécurité du rivage et du foyer domestique ? 

" Quand retentit dans la rue ou sur la grande route le cri de détresse 
du passant assailli ou assassiné, que penser des honnêtes gens qui, au 
lieu de courir au secours de la Tictime, ne songent qu'à se barricader 
dans leur maison et entr'ouvreut à peine un volet pour examiner de loin 
comment le crime s'accomplit? 

" C'est là cependant ce qui se passe en France, en Europe, depuis dix- 
huit mois. 

" Seulement ce n'est pas un vaisseau, c'est un peuple tout entier qui 
sombre sous nos yeux dans une mer de sang. Ce n'est pas la nuit, ce 
n'est pas au sein de la tempête ni au fond des b is, c'est en plein jour et 
en plein calme que la catastrophe s'accomplit. Ce n'est pas un voyageur 
isolé, ni même une caravane de pèlerins, c'est une nation, une grande 
nation chrétienne qui est cernée, saisie, garottée, dépouillée, outragée, 
as-assinée sous nos yeux. 

" Il y a dix-huit mois cette nation, que n'a pu ni dompter ni épuiser 
vin siècle entier d'attentats inouïs et de savante oppression, s'est dressée 
dans la tombe que lui ont creusée ses bourreaux. Elle a jeté un grand 
cri pour rappeler au monde qu'elle avait été enterrée vivante et qu'elle 
ne voulait pas mourir. Après quoi, désarmée, isolée, éperdue, avec 
l'audace du désespoir, elle a engagé la lutte qui dure encore. 

"' La nation victime en a appelé à toutes les forces et à tons les droits 
d'ici-bas. Elle a invoqué tour à tour, par des abjurations poignantes, la 
civilisation, l'humanité, le droit des gens, le droit nouveau, les idées 
modernes, la liberté, le progiès, l'honneur, la reconnaissance, la pitié, 
la conscience publique. Elle n'a rien obtenu. A ce déchirant appel 
personne n'a répondu. 

:i La civilisation moder e, si orgueilleuse de ses progrè-, de son empiro 
universel, de ses invention? prodigieuses, de ses merveilles populaires, la 
civilisation est restée muette et impuissante devant ce spectacle mons- 
trueux dressé à sa porte, d'une nation expropriée, mutilée, égorgée avec 
une régularité savamment implacable en plein dix-neuvième siècle. La 
civilisation s'est déclarée vaincue par la barbarie. 

" La liberté, dans les pays même où elle fleurit le mieux, n'a rien f.tit, 
rien pu, rien essayé pour sauver un peuple, Tun des premiers et des plus 
anciennement libres parmi les races modernes et qui ne demande à Dieu 
et aux hommes que la plus simple et la plus élémentaire des libertés, 
celle de vivre. 

" Le droit moderne, ce droit si persévéramment invoqué dans certains 
pays, si singulièrement interprété et si audacieusement appliqué dans 
d'autres, ce droit qui, s'il fallait en croire ses pius bruyants prophètes, 
autoriserait les peuples à se débarrasser des rois qui leur déplaisent, sans 
motif comme en Grèce, ou pour des motifs chimériques comme à Naples, 
ce droit nouveau permet impunément à un empire, plus qu'à moitié 
asiatique, de nier et de violer tous les droits anciens chez un peuple 
européen et chrétien, tombé en proie au spoliateur après mille aus d'in- 
dépendance nationale. 

" L'humanité reste impuissante comme la liberté ! La philantropie, 
l'adouci-sement si justement vanté de nos mœurs, de nos pénalités ; la 
compassion sentimentale réclamée et dépensée par la publicité quoti- 
dienne pour tant de malheurs réels ou imaginaires, rien de tout cela n'a 
prévalu contre ce qui semblait ne pouvoir être qu'un cauchemar, et ce 
qui e3t devenu un tait d'une horrible réalité, le fait du vampire qui suce 
le sang et la vie d'une victime éplorée. 

" La conscience publique, la pitié, la reconnaissance, elles aussi n'ont 
su que s'enfermer dans l'oubli et le silence. En vain la Pologne étalait- 
elle devant nos yeux le souvenir de ses services et de ses titres, le spec- 
tacle de ses plaies et de ses angois.-es, elle qui a été pendant de si longs 
siècles le boulevard sanglant de l'Europe, l'infatigable alliée de la France. 
Rien n'3' a fait. Mien n'a réussi à vaincre l'implacable inattention, la 
la honteuse insouciance, 1 impassible indifférence, l'imprévoyance obsti- 
née de l'Europe contemporaine. Elle ne veut plus même qu'on lui parle 
d'un sujet usé, condamné. Elle veut l'oublier, le chasser de sa pensée, 
en détourner ses yeux alourdis par la fatigue du gain et du plaisir. La 
question est tranchée : le Times a rappelé ses conespondants ; le rideau 
est tombé. Parlons d'autre cho.se. 

" Le3 plus compatissants, les plus généreux foût comme Agar qui 
s'éloignait en pleurant pour ne pas voir lag nie de son fils mourant de 
soif d*ns le désert Et abiit sedilque e regione procul quantum potest arcus 
jacere ; dixit f-nim : Non vûlebo morientem puerv.m. 

'■'■ M lis voici que, du milieu de ce silence glaci»l, de cetle indifférence 
universelle, une voix s'élève, une seule, pour répondre au cri de détresse 
de la Pologne agonisante. C'est la voix de la religion ; voix plaintive, 
indignée, immortelle. Ctlui qui est aux yeux de tous, amis ou ennemis, 



fidèles ou impies, la plus haute personnification de la relig'on dans le 
monde, celui-là a parlé ! Le vicaire de Jésus-Christ, du Fils de Dieu 
mort pour les hommes sur la croix, a parlé pour la nation crucifiée. 
L'éloquence a jailli, en flots pressés et bouillounants, du fund de ce noble 
cœur, du cœur de Pie IX, cœur d'homme et de pontife, où 1 indignation 
a déboidé avec la pitié. 

" Ah I certes, l'on n'est pas sur un lit de roses quand on a pour métier 
celui d'avocat de la cause catholique au temps actuel. Il faut s'y résigner 
à toutes les tristesses; il faut s'y attendre, non-seulement aux outrages 
et aux mépris du dehors, mais aux misères et aux ténèbres du dédain, 
foris pugna, intus timorés. Petits et grands nous y sommes tous appelés 
à subir les mécomptes, les défaites, les deletions, les abattements, les 
tristes déconvenues qui sont le partage des plus humbles soldats comme 
du plus auguste représentant de la vérité. Mais aussi, de temps à autre, 
quand la vérité, quand la justice vient à briller comme l'éclair dans la 
nuit, en empruntant à la religion sa force et son autorité surnaturelles, 
quelle joie incomparable s'allume dans l'âme fidèle, quel transport de 
reconnaissance éclate parmi les chrétiens ! Je ne sais ce que la grande 
voix de Pie IX aura fait éprouver aux Polonais dans les affres de leur 
agonie ; mais moi, leur vieux et impuissant ami, j'en ai tressail i de bon- 
heur, d'admiration, et je ne iésiste pas à l'envie de m'en épancher avec 
les lecteurs d'un recueil qui depuis plus de trente ans a toujours proclamé 
la justice et la sainteté de la cause polonaise. 

" A l'heure qu'il est, on peut dire qu'il n'y a de vraiment grand en 
Europe que deux opprimés: le Pape et le peuple polonais. 

" iillle est encore debout, cette Pologne prodigieuse! Malgré tant 
d'épreuves et de désastres, malgré les défaites et les supplices de chaque 
jour, malgré l'indifférence et l'abandon, rien ne la décourage ni ne 1 abat. 
La lutte dure encore, et déjà, par un miracle de vitalité, elle a duré 
deux fois plus longtemps qu'en 1830 et 1831. Et cependant alois le 
soulèvement national avait pour pivot, non-seulement la possession de 
la capitale, avec une administration tout organisée, mais par-dessus 
tout une armée régulière de quarante mille hommes, admirablement 
disciplinée et commandée par d'illustres vétérans des grandes guerres 
du premier empire ; tandis qu'aujourd'hui et depuis dix-huit mois l'insur- 
rection n'a pas où reposer ta tête. Elle n'a pu arracher aucune ville 
importante aux Russes. Les forêts et les marais sont ses uniques cita- 
delles. Elle n'a d'autre armée que des bandes irrégulière3 sans cesse 
décimées, dispersées, anéanties. mai3 toujours renaisantes et toujours 
indomptées. Elle s'alimente par la pratique quotidienne des saciitice3 
les plus héroïques, les plus difficiles ; de ceux qui répugnent le plus 
à la nature des sociétés modernes. Les Polonais ne prodiguent pas 
seulement leur vie ; ils ne se donnent pas seulement eux-mêmes avec 
leurs enfants, et toute une jeunesse qui va au feu, à la mort, à toutes les 
fatigues, à toutes misères qui précèdent la mort, avec encore plus de calms 
et de résolution q ie d'entraînement ; ih prodiguent encore et surtoutleurs 
biens. La fortune, la propriété, cette idole de la civilisation moderne, plus 
chère que la vie à tant de nos contemporains, ils ne semblent la con- 
naître que pour la mépriser et pour la sacrifier. Terres, maisons, biens- 
fonds, argent, capitaux, tout est exposé, tout est perdu, et une ruine 
totale devient le partage assuré de ceux qu'aura épargnés la mort. Cette 
prodigalité patriotique n'est point une vertu nouvelle chez eux Ce qui 
l'est davantage, c'est la merveilleuse subordination, les miracles d'obéis- 
sance et de docilité qu'a déployés ce peuple réputé indisciplinable, sous 
l'impulsion de son gouvernement national (1). Nul ne sait le nom ni le 
séjour de ce pouvoir occulte, et partout il rencontre une soumission ab- 
solue, due au seul empire de cette foi patriotique qui n'a encore été ni 
imposée ni souillée par aucun excès dictatorial, par aucune violence 
révolutionnaire." 

La désolation qui règne en Pologne ne saurait être plus grande que 
celle qui s'étend sur une moitié au moins de l'ancienne république des 
Etats-Unis. Là les victimes ne se comptent plus : la mort ravage par 
milliers, et, à l'heure où nous écrivons, une nouvelle grande bataille, qui 
n'aura probablement point de résultats plus décisifs que les précé- 
dentes, est imminente entre Grant et les Confédérés. Le général en qui 
le Nord a mis tout son espoir se trouverait serré de près, et, s'il ttait 
vaincu cette fois, on ne sait plus sur qui, après tant de chargements, se 
porterait le choix du gouvernement. 

11 n'y a qu'un moyen d expliquer l'inconcevable opiniâtreté des hom- 
mes du Nord : c'fst par la grande proportion d'étrangers qui entrent 
dans la composition de leur armée. Ils croient pouvoir ainsi moissonnrr 
éternellement pour la mort dans les pays étrangers e't ils n'y réussisent 
que trop bien jusqu'ici, puisque l'immigration au lieu de diminuer s'ac- 
c oît dans de très-giandes proportions et que beaucoup d'étrangers n'out 
d'autre alternative que de mourir de faim ou de s'enrôler. 

le Canada a fourni beaucoup plus que son contingent d'émigrés, 
c'est-à-dire de recrues. Rien ne semble pouvoir anê'er cette constante 
déperdition des forces vives de notre pays, ni les avis du clergé, ni les 
recommandations de la presse, ni la triste expérience acquise par tant 
de familles malheureuses : il semble que ce soit là un aveuglement fatal, 
une épidémie sans remède et la plus redoutable qui ait encore décimé le 
Bas-Canada. Si l'on veut absolument quitter son pays et chercher for- 

(1 ) Voir, à ce sujet, de précieux et d'importants détails dans l'ouvrage 
récent de M. Tanski, intitulé L'entrée des Russes d Paris et VJlrmée lusse, 
où l'on trouve aussi de très-curieux renseignements sur la transforma- 
tion subie par l'armée russe depuis les victoires de 1812 à 1814, et sur 
l'action des Polonais incorporés dans cette armée. 



JOURNAL DE L'INSTRUCTION PUBLIQUE. 



10S 



tune sons un drapeau étranger, n'y a-t-il pas celui de la France pour le 
moins aussi glorieux que celui de nos voisins? C'est ce qu'a compris un 
de nos jeunes compatriotes, M. Narcisse Faucher, qui a obtenu une 
commission dans un des régiments français actuellement au Mexique 
et qui vient de nous faite ses adieux. Nous regrettons cependant d'autant 
plus le départ de M. Faucher que, plein d'avenir et d'énergie, il aurait 
pu employer au profit du Canada les talents dont il est doué. 

L'empereur Maximilien a enfin pris possession de son trône et adressé 
une proclamation à ses nouveaux sujets. La France n'a plus qu'à sou- 
haiter que son gouvernement se consolide assez promptement pourqu'elle 
puisse bientôt rappeler ses troupes. En France en effet comme partout 
ailleurs l'économie est le cri de guerre de l'opposition, et les expéditions 
comme celles du Mexique piêtent le flanc de tous côtés à la critique. 

Voici comment M. Eugène Forcade dans la Revue des Deux Mondesi 
apprécie les résultats de la session de la législature française qui vient 
de se terminer et de celle du parlement anglais qui est aussi à la veille 
de se clore. 

" La session de la ch >mbre des députés est terminée. Telle qu'elle a 
été, avec ses grands débats de l'adresse au début, sa somnolence au mi- 
lieu, et vers la fin sa discussion précipitée du budget, cette session a 
formé un épisode important de notre vie publique. 

'" La session de 18G4 a eu cela de remarquoble qu'elle a été la première 
phase de la carrière d'une chambre nouvelle, et que cette chambre a été 
aussi la première qui soit soi tie de l'élection depuis la promulgation du 
décret du 24 novembre 1860. Dans notre chronologie constitutionnelle, 
la session qui vient de finir est le lendemain du jour qui a fourni sa date 
au décret. Dans le développement de notre vie politique, on peut la 
considérer comme la véritable épreuve pratique du régime institué par 
cet acte de l'initiative impériale. Nous ne trouvons pas qu'il y ait lieu 
en ce moment d être enfiévré d'optimisme et de s'abandonner à une satis- 
faction jubilante. Cependant nous pensons et nous n'hésitons point à 
dire que personne n'a trop à se plaindre de l'expérience qui vient de 
s'accomplir. La France, par l'organe et dans le spectacle de la dis- 
cussion parlementaire, s'est en quelque sorte remise à la politiqus. Elle 
est revenue à sa tradition sans véhémence, sans emportement, m;iis avec 
un goût manifeste. Elle a été flattée a'entendre la parole de ses grands 
orateurs qui est peut être, n'en déplaise à M. le duc de Persigny, la plus 
solide de ses gloires actuelles ; elle a été touchée de voir ses libertés 
plus souvent et plus vigoureusement défendues; elle a été éclairée par 
des débats financiers qui lui ont montré l'influence que la direction de ia 
politique exerce sur les intéiêts de sa richesse et de son travail ; elle a 
pu apprendre qu'elle n'est ni aussi incapable ni aussi indigne de gérer ses 
affiiics et d'exercer le self-government que de bizarres flatteurs de sa pa- 
resse se sont pendant douze années efforcés de l'en convaincre. Les es- 
prits indépendants et persévérants appelés à prendre part à la vie pu- 
blique ont pu voir aussi par cet exemple qu'il y a place pour leur activité 
et pour leurs efforts, que le découragement et l'abstention ne sont plus 
de mise, qu'il ne nous est pas permis d'affecter l'inertie comme une 
forme du dédain, que nous ne devons pas commettre, la faute des classes 
éclairées des Etats-Unis, et abandonner exclusivement la direction des 
affaires publiques à une classe formée d'agents officiels et de politicians 
de profession. Nous espérons que la leçon qui ressort de cette première 
expérience ne sera point perdue dans nos prochaines élections des con- 
seils-généraux. On assure que le ministre de l'intérieur, M. Boudet, a 
adressé aux préfets, à propos de ces élections, une circulaire qui fiit 
honneur à sa modération, et qui tend a contenir, au lieu de les exciter, 
les passions administratives. Nous sommes charmés que M. le mini tre 
de l'intérieur renonce dans cette circonstance au système qui a si peu 
réussi à son prédécesseur. Si l'attitude modérée qui est attribuée à M. 
Boudet témoigne d'une sage intelligence de la situation, les libéraux, 
par leur empressement et leur union, montreront, eux aussi, qu'ils com- 
prennent le devoir qui les invite, dans les circonstances actuelles, à pour- 
suivre le succès de leurs candidatures, et à constater par le résultat des 
élections les progrès que leurs opinions font dans le pays. 

" Mais parmi les effets de la dernière session il en est un auquel nous 
prenons un intérêt particulier. Nous nous demandons quelle impression 
ce réveil de vie politique a dû produire sur la chambre elle-même et sur 
le gouvernement. Nous croyons que pour la chambre l'impression a été 
bonne. La majorité sans doute se resent de son origine : elle contient 
des esprits excessifs qui ne peuvent oublier ce qu'ils doivent au système 
des candidatures officielles. Pour se figurer qu'il en pût être antrtment, 
il faudrait méconnaître la nature humaine. Cependant la majorité prise 
en masse nous semble être entrée dans une voie progressive On aurait 
pu craindre que la majorité, effarouchée par une franchise et une vigueur 
de parole auxquelles elle n'était point habituée, ne se hérissât contre 
l'opposition et ue se montiât intolérante envers la contradiction. Il 
n'en a point été ainsi. Non-seulement la majorité ne s'est point effrayée 
de la discussion, mais elle v a pris un goût manifeste. Toute assemblée 
a son point d'honneur, et c'est l'heureux privilège d'une assemblée fran- 
çaise de ne pouvoir demeurer insensible au talent. Les orateurs nouveaux 
de l'opposition qui sont enirés dans le corps législatif lui ont apporté 
un lustre qui a rejailli sur ce corps tout entier. Leur renommée, l'illus- 
tration de leur carrière, le prestige d'une sorte de résuirection surpre- 
nant et d'une éloquence persistante et comme rajeunie ont élevé la 
chambre à ses propres yeux comme aux yeux du public. On pourrait 
dire que la place occupée par chaque député dans 1 état en est devenue 
plus grande et plus haute. D'ailleurs le talent n'est point un don égoïste 



et solitaire ; il est fécond, il se communique, il est contagieux. Le voisi- 
nage, le contact, le choc, ont porté bonheur à plusieurs membres de la 
mijorité. 11 y avait sur ces ban.-s des hommes de mérite, laborieux, 
modestes, à qui il ne manquait que le stimulant de l'émulation ou l'en- 
couragement et la récompense des regards du public. Ces hommes, on 
peut le dire, quoiqu'ils eussent passé déjà bien des années dans le corps 
législatif, n'ont été mis véritablement en valeur et en lumière que cette 
année. C'est un capital enfoui qui a été rendu à la circulation. La 
majorité a donc pris d'autant plus de goût aux débats publics qu'elle 
s'est aperçue que plusieurs des siens y pouvaient tenir leur rang. Nous 
n'avons fias besoin de citer des noms. Cette première rencontre de la 
majorité issue des candidatures officielles et de l'opposition libérale ne 
s'est donc point trop mal passée, et nous avons le droit d'en tirer bon 
augure 

" Cette affiire des principautés, venant se joindre à la question da- 
noise, est comme un avertissement réitéré adressé à notre politique pour 
lui rappeler l'imr ortance de l'alliance anglaise. Si un cas urgent se 
présente et si cette alliance nous fait défaut, nous aurons à souffrir dans 
la part que nous avons prise à l'union des pric'pantés et dans l'intérêt 
que nous devons porter aux destinées de la Roumanie. La solution de la 
question danoise par la division du Sleswig sera un rude déboire pour 
l'opinion publique anglaise, et nous désirons qu'elle ne nous prouve point 
en Orient ou ailleurs qu'elle nous en veut de n'avoir pas écarté d'elle 
cette humiliation. Nous sommes curieux de voir comment s'y prendra 
lord Palmerstou pour justifier devant la chambre des communes le par- 
tage du Sleswig. Le vieux lord, après une assez longue attaque de 
goutte, a fait sa rentrée dans la chambre en toilette de printemps aux 
applaudissements de ses collègues. Il a montré, en parlant des affaires 
de Chine, qu'il n'a rien perdu de la verdeur de son esprit. Son absence 
a cependant porté un sérieux dommage au cabinet qu'il dirige. Le 
voyant maiade, on a pensé à sou grand âge, et, parmi ses collègues et 
au sein du parti libéral, on s'est mis à songer à l'avenir. Qu'arriverait- 
il, si lord Palmerston venait à cesser d'être le chef du cabinet? L'union 
des whigs et des radicaux, qui forme la majorité actuelle, subsisterak- 
elle? A qui, dans le parti libéral, donnerait-on la place de premier mi- 
nistre? On devisait ainsi sur l'avenir ; les prudents parlnient d'un replâ- 
trage, de la possibilité de marcher quelque temps encore en investissant 
lord Clarendon des fonctions de premier, lorsque M. Gladstone, d'un 
coup d'aile, a mis en poussière les combinaisons vermoulues dont s'en- 
tretenaient les vieux whigs, et a pris une position indépendante et hau- 
taine qui semble devoir changer prochainemeut dans le parlement aug'ais 
les relat ons des partis. Apropos d'une motion de réforme électorale 
présentée par M. Baines, M. Gladstone, à l'improviste, dans un discours 
véhément, a pris en main la cause d'un abaissement radical du cens. Ce 
qui a le plus blessé l'instinct conservateur anglais dans cette échappée 
de M. Gladstone, c'est que le grand orateur a traité la question électorale 
non à l'anglaise, en balançant des chiffres et en fais.-int des cotes mal 
taillées, m is à la française, en mettant en avant des principes et un 
dogmatisme absolus. Dans le monde qui fait et soutient les cabinets, M. 
Gladstone, par cet élan démocratique, a compromis ses chances futures; 
il n'est plus pour les vieux whigs qu'un objet d'animadversion, et il n'est 
plus que le premier et le plus graud des radiciux. Aussi bien M. Glad- 
stone a-t-il voulu peut-être donner à entendre aux whigs exclusifs qu'avec 
un talent qui a fait la fortune et l'éclat du présent ministère il ne lui 
convient point, si lord Palmerston faisait défaut, de se soumettre à la 
direction d'une médiocrité aristocratique. Cette nouvelle attiutde de M. 
Gladstone avancera peut-être la chute du cabinet et le re'our des tories 
au pouvoir ; elle montre en effet que l'union des whigs et des radicaux 
n'est plus durable et rapprochera du parti tory un certain nombre de 
membres de l'aristocratie whig. Le manifeste du chancelier de l'échi- 
quier donnera aussi U' e physionomie animée à la campagne qui va com- 
mencer pour le3 élections générales, qui auront lieu l'année prochaine."' 

Notre session du parlement tire aussi à sa fin et elle va se terminer 
I dans des circonstances plus émouvantes encore que celles qui avaient 
présidé à son ouverture. Le ministère du 30 mars a reçu, le 14 .juin, 
par 60 voix contre 58 un vote de censure qui a entraîné une nouvelle 
crise ministéiielle, laquelle a pris de suite les proportions beaucoup 
plus grandes d'une transformation constitutionnelle. 

Les ministres ayant été informés que M B;own n'aurait aucune ob- 
jection à négocier avec eux et à leur donner sou appui, s'ils voulaient 
de leur côté délibérer avec lui sur les mesures à prendre pour sortir de 
l'impasse où la question de la représentation ba^ée sur lu population avait 
mis les deux majorités sectionnelles de la chambre, des négociations fu- 
rent entamées dans ce sens. Pendant plusieurs jours les chambres s'a- 
journèrent sur 1 assurance donnée par les ministres du progrès que 
faisaient ces négociations. Enfin, le 22 de juin, M. McDounld et M. 
Cartier ont lu à l'assemblée législative un mémorandum qui peut se ré- 
sumer comme suit. lo. Il y a coalition entre les partis conservateurs 
du Haut et du Bas-Canada et le parti haut canadien représenté par M. 
Brown. 2o. Après la session, trois portefeuilles seront mis à la 
disposition de M. Brown qui a consenti à en prendre un lui-même. 
3o. Une commission sera constituée pour préparer un projet d'union 
fédérale de toutes les provinces anglaises de l'Amérique du Nord, 
et, à défaut de cette union, une fédération des deux Canadas. De plus, 
dans un des deux corps de la législature fédérale la représentation se- 
rait basée sur la population. 

Quelques semaines avant ces graves événements, la tombe se fermait 
sur un ancien ministre, homme aimable et personnellement estimé de 



104 



Journal de l'instruction publique. 



tons les partis. L'honorable François Letnieux était né à la Pointe- 
Lévis en 1811. Il rit ses études au séminaire de Québec et embrassa la 
carrière du droit. En 1S47, il fut élu député du comté de Dorchester 
qu'il représenta jusqu'en 1854. Il représenta le comté de Lévis de 1854 
à 1861. En 18i>2, il fut élu à l'unanimité membre du Conseil Législatif 
pour la division l.aDurantaye. 

Il fut, eu 1S55, commissaire des travaux publics dans le ministère Ifc- 
Nab-Taché, charge qu'il garda jusqu'à lu formation du ministère Mc- 
Donald-Cartier. Il lit partie du ministère Brown-Dorion, et, en 1861, il 
perdit son élection contre M. Blanchet. Ses funérailles, qui eurent lieu 
le 19 mai, réunirent ti"e foule immense dans la uouvelle ville de Lévis 
dont il pouvait être considéré comme un des principaux fondateurs. M. 
Lemienx était âgé de 53 ans 

Les dernières nouvelles d'Europe nous annoncent la mort du grand 
compositeur Meyeibeer, dont nous parlerons plus longuement dans notre 
prochain bulletin des beaux-arts, et celles du maréchal Pélissier, duc de 
llalnkoff et gouverneur de l'Algérie, de M. Carrière, longtemps 
supérieur du Séminaire de Saint-Suipice, à Paris, et celle du poète bou- 
langer de Nismes, Reboul. 

Amable Jean Jacques Péiis.-ier naquit le 6 novembre 1794 à Naromme, 
Seine Inférieure. Comme la plupart des généraux français, il appartenait à 
une famille d'honnêtes cultivateurs. Elève de l'école spéciale de St. 
Cyr, il était, en 1815, sous lieutenant d'artillerie dans la garde royale. Il 
se distingua et acquit plusieurs grades dans la campagne d'Espagne, en 
1823. Il en fut de même pour la campagne de Morée et l'expédition 
d'Alger ; il fut employé en 1832 au dépôt de la guerre, puis, de 1834 à 
1S37, à la place de Paris comme aide de camp du général Reil e 

Envoyé en Algeiie au mois de novembre 1839 avec le grade 
de lieutenant-colonel, Pélissier dirigea l'état-major de la province 
dOian pendant trois années II de int colunel en 1843, commanda 
l'aile gauche de l'armée à la bataille d'Isly, et, en 1845, fut la cause de 
beaucoup d'attaques dans la presse anglaise pour avoir fait périr 500 
Arabes réfugiés dans li'S grottes d'Ouled-Riah, en les asphyxiant au 
moyen d'un grand l'eu de fascines qu'il avait allumé à l'entrée de ce lieu 
de refuge. La France elle-même s'émut, et le maréchal Soult, alors mi- 
nistre de la guerre, blâma cet acte; mais de son côté le maiéchal Bu- 
geaud prit sur lui toute la responsabililé, déclarant que Pélissier n'avait 
agi que par ses ordres. Ces circonstances n'tm, êchèrent point ce dernier 
d'obtenir plusieurs promotions. En 1850, il devint gouverneur par intérim, 
et, en 1851, il fut chargé d'organiser la première expédition delaKabylie. 

Tous nos lecteurs savent quelle part il prit à la guerre de Crimée. 
Appelé à l'armée d'Orient en janviet 1855. il ne tarda pas à obtenir le 
commandement supérieur que lui abandonna le général Canrobert. Il 
60 couvrit de gloire le 8 reptemb.e en emportant d'assaut Malakoflf et 
par là même Sébastopol. Le titre de maréchal et une dotation de 100- 
000 f.aucs, votée par le corps législatif, furent la récompense de cet 
exploit. Le maiéchal fut nommé ambassadeur à Londres en 1858 et 
joua aussi un grand rôle dans la dernière campagne d'Italie. Enfin le 
gouvernement général de l'Algérie lui étant échu comme dernier témoi- 
gnage de l'estime du souverain et de la nation, il a pu acquérir la 
triste conviction que, malgré tout, le sang et tout l'or qu'elle coûte à la 
France, l'Algérie seraii toujours sujette à des soulèvements et à des re- 
bellions partiels. 11 est mort au moment où une nouvelle guerre venait 
de commencer dans une de ses provinces. 



NOUVELLES ET FAITS DIVERS. 



BULLETIN DE L'INSTRUCTION PUBLIQUE. 

— Décédé à Québec, le 25 de mai dernier, M. Charles David Têtu, muni 
d'un diplôme d'académie de l'Ecole Normale Laval, âgé de 23j ans. I! a 
enseigné un an avec succès à St. Paschal, mais une maladie de foie l'a 
forcé de renoncer à c tte carrière. Il était entré depuis quelques jours 
à l'Ecole Militaire, lorsque sa ma'adie, compliquée d'une inflammation 
du cerceau, l'a enlevé à sa famille et à ses amis. Il était fils de M. Ga- 
briel Têtu, de St. Thomas — Prie: pour lui. — (Communiqué.) 

— Le 15 du mois dernier, les élèves de l'Ecole Normale Laval ont 
célébré, par une soirée iittéraiie et musicale, le septième anniversaire 
de l'inauguration de cette institution. S. G Mgr. l'évêque de Tloa, 
i.lusie' rs prêirep, des juges et des membres du parlement faisaient par- 
tie de l'auditoire. Deux discours ont été prononcés, l'un par M. Ferland, 
élève, et l'autre par If. Thibault, professeur; sur l'histoire de l'instruc- 
tion publique en Canada, Mgr. l'évêque de Tloa a daigné féliciter les 
élèves sur leur3 succès. 

— L'Association littéraire des élèves-institutrices de 1 Ecole Normale 
McGill a eu dernièrement sa séance pub.ique annuelle. Notre prochain 
journal anglais contiendra quelques-unes des poésies et quelques-uns des 
essais qui out été lus devant un auditoire nombreux et sympathique. 

— On nous communique la pièce de vers suivante lue à Mgr. Darboy, 
archevêque de Paris, parle jeune Douglas C. A. Read, vétéran de rhéto- 
rique, ancien élève du lycée Napoléon, le jeudi 21 aviil 1864, jour do la 
première communion au lycée Louis-le-Grand. 



Quando nos aliquid meriti deponere hictus (1) 
Relligio jubet, ut festa te, sanetc Sacerdos, 
Voce salutemus, quando pia gaudia vincunt, 
Nos tibi gymnasii seniores pauca loquemur, 
Nam versus lingua tibi balbutire latina 
Suadet musa meinor, timidasque exsolvere grates. 
Non tamen hœc forsan me mnnia tanta decebant, 
Discipnlum Lulheri, Scotorum e gentibus ortum. 
Ponlificem verum ingenio, virtute vigentera 
Concelebiare omnes cultu gestimns eodem. 
Grata igitur te voce, Pater venerande, saluto, 
Qui parvis hodie non dedignaris alumnis 
Ipse viam ad Christum, veramque ostendere vitam I 
Accipias, precor, unanimes nie interprète grates, 
Fusaque sincero saltern de pectore vota ! 
O longos utinam possis vigilare per annos, 
Pastor amate, gregi, nostro arridere labori, 
Divinnmque tuis clemens diffmdero amorem 1 
Atque utinam videant te meenia nostra quotannis 
Dona eadem semper, solemnia sacra ferentem I 

Jl S. Exe. E. Duruy, Ministre de V instruction publique. 

Tu quoqne, tu, Prœses, enjus snb numine, pubes 
Gallica gymna-û doctas formatur ad artes, 
Quem cuncti celebrant, qi.oque adspirante. lycœis 
Malta renasruntur bona quœ cecidere, cnduntque 
Quee bona visa prius : tu nostras accipe grates, 
Accipe présentes animos, dilecte magister : 
(Nam te prisca jnvant etiamnunc nomina, et ipsum 
Discioulum meminisse juvat, qnem nuper amabas). 
Si quid noster amor, sinceraque vota valebunt, 
Sœpe redux nostrœ réfères tu gaudia sedi. 

Revue de l'Instruction publique de Paris. 

BULLETIN DES LETTRES. 

— La bibliothèque de feu Sir L. H. LaFontaine a été vendue à l'encan, 
le 18 de mai et les jours suivants. La vente a duré six jours et a produit 
$5232. Cette magnifique collection se composait de plus de 4500 vo- 
lumes. Les livres sur l'Améiiqne ont rapporté des prix assez élevés ; 
nous donnons une liste des plus rares, avec les noms des acquéreurs et 
le prix de chaque volume. Gazette de Québec de 1764 à 1863. îelié en 46 
vol. bibliothèque du Parlement, $8 le volume. Minervede 1826 à 1837, 10 
vol , $2, idem. Vindicator, 1832 à 1837, 4 vol. $2, idem. Le. Canadien, 
de 1806 à 1810, 1 vol. M. Dostaler, $2. 25c. Abstract of the Custom of 
Paris and of the Law, &c, by a Committee of Canadian Gentlemen. 1 
vol. folio, Bibliothèque du département de l'instruction publique, $5. 
Mazères, A Collection of Commissions, &c, M. de Bellefeuille, $10- 
Mazères, Mémoire en réponse à M. Cugnet, M. Cherrier, $12. Mazères. 
Quebec papers, M. George Baby, $2. Additional Quebec papers, juge 
Berthelot, $4. Un autre exemplaire, M. de BelLf'euille, $4. Cugnet, 
des Fiefs, Dr. O'Callaghan, $5. Melanges politiques, littéraires, judi- 
ciaires et historiques sur le Canada, 21 vol., M. l'abbé Verreau, $5 25. 
Mélanges ecclésiastiques, politiques, littéraires et autres sur le Canada, 
14 vol., M. l'abbé Verreau, $4 50, (ces deux précieuses collections de bro- 
chures canadiennes sontaccompagnées de nombreuses notes manuscrites 
de M. LaFontaine.) Journal of Charles Carroll during his visit to 
Canada in 1776, M. Cherrier, $6.25. Jean de Laet, histoire du Nouveau. 
Monde, M. l'abbé Sasseville, $9. Audubon, Birds of America, 7 in-4o., 
Séminaire de Montréal, $9. Quadrupeds, 4 vol. idem, $9. Samson. 
l'Améiiqne, Département de l'instruction publique, $2 25. Lafitau, 
Mémoire sur la plante du gin-seng, édition originale, Dr. O Cal- 
lagban, $10. Marius, Traité du castor et de ses propriétés, département 
de l'instruction publique, $2 70. Lafitau, Mœurs des sauvages, 4 vol, 
Juge Berthelot, $1. Lescarbot, Histoire de la Nouvelle-France, Juge 
Berthelot, $19. Denys, Description géographique des côtes de l'Améri- 
que, 2 vol., Dr. O Callaghan, $5.75. Etat de l'Eglise du Canada, par 
Mgr. de St. Vallier. 1688, édition originale, Université Laval, $3. 
Lt clercq, Relation de la Gaspésie, M. Bellemare, $4.25. Tonty, Décou- 
vertes dans l'Amérique, M. l'abbé Verreau, $7. Jontel et Michel, Der- 
nier voyage de LaSale, B bliothèque du Pailement. Lahontan, Mé- 
moires et voyages, 2 v.d. M. Baby, $2.25. Charlevoix, Histoire de la 
Nouvelle France, 3 vul. iu-8o. M. Bellemare, $16. Du Calvet, Appel, la 
justice de l'Etat, M. Cherrier, $1 50. Bacqueville de la Potherie, histoire 
de l'Amérique, 4 vol., M. Biiby 2.25. Hennepin, Découverte en Améri- 
que, M. Baby, $2.25. Hennepin, Description de la Louisiane, M. 
Bellemare, $2 50. Bergeron, Les voyages fameux du sieur Vincent Le- 
blanc, merseillais, dépanement de 1 instruction publique, $2. 25. Theller, 
Canada io 1837 and 1838, 2 vol , M. Chauveau, $1.50. 

(1) Allusion à la mort récente de M. l'abbé Barbier, premieraumônier 
du lycée. 



Typographie d'EusÈBK Senêcal, 4, Rue St. Vincent, Montréal. 






HIIINT 




Volume VIII. 



Montréal, (Bas-Canada) Août, 1864- 



No. 8. 



SOMMAIRE. — Littérature: Poésie. — L'Ange et l'enfant. — La Marraine Magni- 
fique. — Les Petites Sœurs des pauvres, Reboul. — Education: Pédagogie. — 
•Enseignement de la lecture (suite).— Avis Officiels : Nomination de Com- 
missaire d'Ecolo. — Erections.divisions et annexions de Municipalités scolaires. 
— Diplômes octroyés par les Ecoles Normales. — Diplômes octroyés par les 
Bureaux d'Examinateurs. — Instituteurs disponibles. — Dons offerts à la Biblio- 
thèque du Département. — Errata. -Partie Editoriale: Examens et distribu- 
tions de Prix dans les écoles normales. -Examens et distributions de Prix dans 
les Universités, Collèges, Académies et Ecoles modèles. — Vingt-deuxièmo 
conférence des Instituteurs de l'Ecole Normale Laval. — Extraits des rapports 
des Inspecteurs d'école, pour 1861 et 1862, (suite).— Petite Revue Mensuelle. — 
Nouvelles et Faits Divers. — Bulletin des Lettres.— Liste des Distributions 
de Prix dans les Ecoles Normales Jacques-Cartier et Laval. 



LITTEEATUEE 



L'ANGE ET L'ENFANT. 

Elégie à une mère. 

1828. 

Un ange au radieux visage, 
Penché sur le bord d'un berceau, 
Semblait contempler son image, 
Comme dans l'onde d'un ruisseau. 

" Charmant enfant qui me ressemble, 
Disait-il, oh ! viens avec moi ! 
Viens, nous serons heureux ensemble, 
La terre est indigne de toi. 

" Là, jamais entière allégresse : 
L'âme y souffre de ses plaisir? ; 
Les cris de joie ont leur tristesse, 
Et les voluptés leurs soupirs. 

" La crainte est de toutes les fêtes ; 
Jamais un jour calme et serein 
Du choc ténébreux des tempêtes 
N'a garanti le lendemain. 

" Eh quoi ! les chagrins, les alarmes 
Viendraient troubler ce front si pur ! 
Et par l'amertume des larmes 
Se terniraient ces yeux d'azur 1 

" Non, non, dans les champs de l'espace 
Avec moi tu vas t'envoler. 
La Providence te fait grâce 
Des jours que tu devais couler. 

" Que personne dans ta demeure 
N'obscurcisse ses vêtements, 
Qu'on accueille ta dernière heure 
Ainsi que tes premiers moments. 



" Que les fronts y soient sans nuage, 
Que rien n'y révèle un tombeau j 
Quand on est pur comme à ton âge, 
Le dernier jour est le plus beau." 

Et, secouant ses blanches ailes, 
L'ange, à ces mots, a pris l'essor 
Vers les demeures éternelles... 
Pauvre mère!,., ton fils est mort !... 



Rbbocl. 



LA MARRAINE MAGNIFIQUE. 

" Hélas ! ma pauvre Madeleine 
J'ai couru tous les environs ; 
Je n'ai pu trouver de marraine, 
Et ne sais comment nous ferons. 

" Au nouveau-né que Dieu nous donna 
Nul n'a craint de porter malheur 
En lui refusant cette aumône : 
La pauvreté fait donc bien peur ? 

" Et cependant, tout à l'église 
Pour le baptême est préparé. 
Faut-il que l'heure en soit remise? 
Que dira notre bon curé ? " 

Mais, tandis que l'on se lamente, 
Une dame, le front voilé, 
La robe jusqu'aux pieds tombante, 
S'offre à ce couple désolé. 

— " Dites-nou3, bonne demoiselle, 
Qui peut vous amener ici? " 
— " Pour votre enfant, répondit-elle, 
Soyez désormais saus souci : 

" Je viens pour être sa marraine, 
Et je vous jure, sur ma foi, _ 
Que, par ma grâce souveraine, 
Il sera plus heureux qu'un roi. 

" Au lieu d'une pauvre chaumière, 
Il habitera des palais, 
Dont le soleil et sa lumière 
Ne sont que de pâles reflets. 

" Et, dans cette magnificence, 
Loin de vous rester étranger, 
Il brûlera d'impatience 
De vous la faire partager." 



106 



JOURNAL DE L'INSTRUCTION PUBLIQUE. 



— " Quoi ? l'enfant qui nous vient de naître 
Doit avoir un pareil destin? 
Hélas ! nous n'osions lui promettre 
Que l'indigence et que la faim. 

" Quelle puissance est donc la vôtre? 
Etes-vous ange ou bien démon? " 
— " Je ne suis ni l'un ni l'autre ; 
Mais plus tard vous saurez mon nom." 

— ''Eh bien ! s'il faut que l'on vous croie, 
Si, pour nous tirer d'embarras, 
Le ciel près de nous vous envoie, 
Prenez notre fils dans vos bras." 

Sur les marches du baptistère, 
L'eufant est aussitôt porté; 
Mais de l'onde qui régénère 
Dès que son front est humecté, 

Au jour qu'il connaissait à peine 
11 clot la paupière et s'endort. 
Elle avait dit vrai, la marraine; 
Car la marraine était la mort. 



Reboul. 
Traditionnelles. 



LES PETITES SŒURS DES PAUVRES. 

Comment tant d'affamés ont-il pu lo maudire, 
Le Dieu fils du labeur, né sur nn peu de foin ? 
Sur les rebuts du monde il fonda son empire, 
Et du prodige encor notre siècle est témoin. 

Malheureux que l'enfer berce de ses chimères, 
Dont les maux ont cessé de regarder au ciel, 
Devant ces saintes sœurs, devant ces saintes mères, 
D'un coupable mépris garderez-vous le fiel ! 

Ah ! le Christ est encor, malgré tous vos prophètes, 
Le Dieu qui se montra moins Dieu que serviteur ; 
Le Dieu qui fait asseoir le pauvre dans ses fêtes 
Et réserve à Lazare une place d'honneur. 

Aujourd'hui réduisant le blasphème au silence, 
Comme s'il avait craint de vous humilier 
En puisant dans les rangs d'une sainte opulence, 
Il a choisi vos sœurs pour se justifier. 

Quelques filles du peuple, une simple servante 
Que Jésus enflamma du feu de son amour, 
Mieux que tous les calculs d'une morgue savante 
Ont su trouver le mot de l'énigme du jour. 

Si l'aumône répugne à votre main trop fière, 
Elles iront pour vous, infatigable essaim, 
Chercher de quoi pourvoir leur ruche hospitalière, 
Et leur faim s'oubliera tant que voua aurez faim. 

Dans cet asile ouvert à vos peines cruelles, 
Bien plus pauvres encor que votre pauvreté, 
Le lit sera pour vous et la paille pour elles, 
Si la moisson des maux passe la charité. 

Trop souvent, sur ce lit où gît votre souffrance, 
L'âme est endolorie aussi bien que le corps ; 
Leur voix, au désespoir enseignant l'espérance, 
Changera les douleurs en célestes trésors. 

frères! c'est assez d'implacables colères, 
D'autres Dieux vous feraient un plus triste destins ; 
Cherchez au sein du Christ l'abri de vos misères : 
Son Calvaire est pour vous le meilleur Aventin. 



II 



Je ne vous ferai point de menaces terribles, 
Le démon de l'envie en a déjà pris soin ; 
Mais, riches, songez-y! car les jours sont pénibles 
L'aumône est un devoir et peut-être un besoin. 

L'abondance sordide est mère de la haine. 
Hélas ! les cœurs sont pleins de funèbres dépits ; 
Et, pour être assurés de la moisson prochaine, 
Pour les pauvres glaneura laissez quelques épis ! 



Vos œuvres, trop souvent, sont futiles ou mortes. 
Pensez, sur le sommet, aux angoisses d'en bas ; 
Lorsque ces pauvres sœurs frapperont à vos portes, 
Ouvrez ! car le pardon accompagne leurs pas. 

N'ayant rien à donner, elles se sont données. 
Anges médiateurs près du divin courroux, 
Leur visite délivre ; et leurs mains fortunées 
Demandent pour le pauvre encor moins que pour vous. 

Sanctifiez le seuil de vos maisons prospères, 
Faites au Christ souffrant la part de vos deniers ; 
Couvrez sa nudité des hardes de vos pères 
Qui pourrissent peut-être au fond de vos greniers. 

Le pain souvent lui manque ainsi que les guenilles : 
Pour apaiser sa faim réduite au désespoir, 
Dans le tablier béni de ces pieuses filles 
Mettez de vos banquets ce qui reste, le soir. 

L'offrande la plus mince est toujours bien venue ; 
Tout s'utilise ou change en leurs bénignes mains : 
Ce pliant recevra le sommeil de la rue, 
Ces miettes deviendront de bienheureux festins. 

Ce saint plâtre égaiera la nudité des chambres, 
Ces tissus, reprisés d'un doigt industrieux, 
Du vieillard grelottant réchaufferont les membres ; 
Et toute la récolte est au profit des cieux. 

Il en est parmi vous, que le Christ les bénisse ! 
Qui donnent à main pleine et surtout à plein cœur ; 
Liguez-vous avec eux ; c'est leur sainte milice 
Qui peut-être a du ciel suspendu la rigueur. 

Ne cherchez pas ailleurs le salut de votre âme, 
Celui de vos foyers et de votre trésor ; 
La nue à l'horizon garde un reste de flamme 
Et la foudre éloignée, hélas! murmure encor. 

Vous avez vainement, pour abriter vos têtes, 
D'un bouclier plus fort armé l'autorité ; 
Si l'égoïsme règne, attendez les tempêtes ; 
Car le calme du monde est dans la charité ! 



Reboul. 
Traditionnelles. 



EDUCATION- 



De l'enseignement de la Lecture. (i) 

Les observations que nous avons présentées à la fin de 
l'article précédent sur le développement intellectuel qu'il 
faut se proposer dans l'enseignement de la lecture concer- 
nent également la culture du sens moral. N'oublions ja- 
mais que, dans l'instruction de la jeunesse, le développe- 
ment moral doit toujours accompagner le développement 
intellectuel. 

Nous ne dirons pas que l'un est plus important que l'autre, 
le dernier étant en quelque sorte un moyen d'obtenir le pre- 
mier; car, si nous en exceptons l'influence de l'exemple, 
nous n'arrivons au cœur qu'en passant par l'esprit. Les 
leçons morales, pour influer sur les sentiments et sur la con- 
duite de la vie, doivent se formuler en pensées, et celles-ci 
être traduites en un langage qui a besoin d'être saisi par 
l'esprit pour faire impression sur nous. 

Mais quelque opinion qu'on puisse avoir de cette asser- 
tion, c'est le développement moral qui donne au développe- 
ment intellectuel toute sa valeur, qui en fait la véritable 
utilité dans le monde. Ce n'est pas le lieu de revenir ici 
sur le, danger si souvent signalé de l'instruction dépourvue 
d'éducation. Toujours est-il que le maître qui instruit sans 
élever a rempli la moitié de sa tâcbe, et que l'homme qui, 
à égalité de savoir et d'intelligence, joindra le plus profond 



(1) Voir notre livraison d'avril et les précédentes. 



JOURNAL DE L'INSTRUCTION PUBLIQUE. 



107 



sentiment du devoir avec la plus ferme volonté de l'accom- 
plir, sera toujours celui qui rendra le plus de services à la 
société, et qui y sera le plus estimé et considéré. Or la 
lecture est sans contredit l'un des enseignements qui se 
prêtent le mieux à la culture de ce sentiment 

Mais pour que ce but soit atteint, il faut l'avoir en vue. 
Les pensées doivent donc, dans le cours des lectures, être 
analysées sous le rapport moral non moins que sous le rap- 
port du sens. Le caractère moral des faits dont traite le li- 
vre doit être l'objet de questions nombreuses ; il faut exer- 
cer les élèves à les juger, à les apprécier, tant en eux-mêmes 
que dans les circonstances où ils se sont produits. On doit 
en même temps faire faire des applications nombreuses de 
ces jugements à la conduite journalière de la vie, en choi- 
sissant de préférence ses exemples parmi ceux qui sont le 
plus à la portée des enfants. 

On remarquera, sans qu'il soit besoin de le dire, que cet 
enseignement moral peut être singulièrement facilité parle 
choix des livres de lecture, les uns se prêtant beaucoup 
mieux que les autres à la lecture du sens moral chez les élè- 
ves. Les ouvrages qui contiennent des histoires, des anec- 
dotes, des traits de dévouement, de bons exemples, des faits 
moraux enfin, offrent sous ce rapport beaucoup plus d'occa- 
sions d'éveiller de bons sentiments et d'inculquer des prin- 
cipes de vertu que des ouvrages qui roulent sur des sujets 
purement instructifs. Il faut donc faire un choix entre les 
uns et les autres, selon l'objet qu'on se propose ; mais l'im- 
portance de ce choix est trop bien comprise des maîtres 
pour qu'il soit nécessaire d'insister sur ce sujet. 

ACQUISITION DES CONNAISSANCES ET LIVRES INSTRUCTIFS. 

Lorsque nous nous occupons d'un enseignement, il nous 
arrive souvent de ne pas nous rendre assez compte de son 
objet et de ce qu'il comporte. Nous le prenons en quelque 
sorte partie par partie, cherchant à nous pénétrer de chaque 
détail à mesure qu'il se présente, afin de l'enseigner du 
mieux qu'il nous est possible, mais parfois négligeant de 
nous faire une idée exacte de l'ensemble. Alors, comme 
nous n'avons pas saisi l'objet dans sa totalité, les rapports 
des parties au tout nous échappent, et, prenant à nos yeux 
une valeur exagérée, nous perdons de vue son importance 
relative. En général, les premières dont nous nous occupons 
finissent par nous faire perdre de vue celles qui doivent ve- 
nir ensuite. On en voit un exemple dans la lecture, où, com- 
me nous l'avons dit précédemment, le mécanisme et le choix 
de la méthode sont devenus l'objet d'une attention presque 
exclusive. 

De même qu'il y a divers points à considérer dans l'ensei- 
gnement de la lecture, il y a de même pour l'élève des de- 
grés ou des stages divers. A chacun de ces stages corres- 
pond en général un objet différent, et l'on se tromperait en 
s'occupant dans l'un de ce qui convient à d'autres. Ces 
stages ou degrés coïncident assez exactement avec la divi- 
sion que nous avons établie ; ils sont également en rapport 
avec l'âge. 

Ainsi, au premier degré correspond l'étude des lettres et 
des syllabes: c'est un mécanisme dont l'étude n'est guère 
qu'une affaire de mémoire, et qui s'adresse plus aux yeux 
qu'à l'intelligence. 

Au deuxième degré, l'étude des mots, déjà plus difficile, 
n'est pojrtant encore que la continuation de l'étude du lan- 
gage telle que l'enfant l'a fuite avec sa mère. 

Dans le troisième degré, l'étude des idées, comme moyen 
de développement intellectuel et moral et de culture des 
facultés, demande des esprits plus exercés à réfléchir et 
plus habitués à exprimer leurs idées : c'est encore un ensei- 
gnement qui se rapproche de celui de la mère, mais il est 
plus raisouné et demande plus d'expérience de la part du 
maître. 

Il en est de môme du quatrième degré, auquel convient 



plus spécialement ce qui a pour objet de meubler l'esprit 
de l'élève de connaissances et de notions de toutes sortes ; 
cette partie est essentiellement du domaine de l'école : c'est 
de l'enseignement proprement dit, comme nous allons le 
voir, et il faut pour cela des intelligences assez développées. 

Enfin, au dernier degré vient l'art de lire avec goût et en 
donnant à son débit l'expression convenable, ce qui suppose 
encore plus d'instruction chez l'élève et un âge plus avancé. 

Il ne faudrait pourtant point induire de la division précé- 
dente qu'on doive, à chacun de ces stages, s'occuper exclu- 
vement de l'objet qui s'y rapporte. Ces divisions son bonnes 
pour soulager l'esprit, à qui elles permettent de se rendre 
mieux compte des faits, mais, dans la pratique, elles ne se pré- 
sentent jamais d'une manière aussi tranchée. Ainsi,dans l'en- 
seignement primaire, l'étude du langage se joint pour ainsi 
dire à tout ; le développement intellectuel et moral ne peut 
non plus jamais être perdu de vue. Il y a, par exemple, une 
culture des facultés et un exercice de l'intelligence dans l'é- 
tude de la signification des mots, comme il y en a dans l'at- 
tention apportée à leur construction, à leur décomposition, à 
la formation des syllabes, et même à l'étude des lettres et 
de leurs formes. Quant à la culture morale, elle doit se re- 
trouver partout, et ce serait méconnaître ses devoirs que de 
la négliger un seul instant. 

Il n'en est pas moins vrai qu'à chaque degré, le but diffè- 
re : c'est donc l'objet correspondant à ce degré qu'il faut 
avoir principalement en vue ; qu'un accessoire, si important 
qu'il soit, ne nous fasse jamais négliger le principal. Cette 
observation s'applique principalement à la quatrième partie 
de la lecture qui va nous occuper maintenant, c'est-à-dire à 
celle qui a pour objet de donner aux élèves des notions di- 
verses. 

Cette partie est sans contredit celle qui se rapporte le 
moins à l'objet proprement dit de la lecture. Peut-être 
même n'aurait-on jamais songé à l'y rattacher comme on Fa 
fait, et alors nous n'aurions pas a nous y arrêter, si le temps 
que les élèves passent dans les écoles n'était beaucoup trop 
court pour tout ce qu'il importe de leur apprendre. On a 
donc cherché à suppléer à l'insuffisance de l'instruction 
qu'on peut leur donner dans les leçons régulières par un 
enseignement en quelque sorte occasionnel ou incident. 
De là l'idée de rattacher à la lecture les connaissances de 
toutes sortes dont on croit utile de meubler leur esprit. 
Mais peut-être un enseignement franchement donné vau- 
drait-il mieux que cet enseignement bâtard, où en réalité 
l'on fait très-peu, parce qu'on veut faire en même temps des 
choses très-différentes. 

Il y a dans l'instruction primaire bien peu de points où 
l'on se soit autant trompé que dans tout ce qui regarde cette 
partie de l'enseignement de la lecture. A cet égard, les 
erreurs proviennent, soit de ceux qui enseignent, soit des au- 
teurs de livres de lecture. 

Les maîtres que l'on pousse à étendre les connaissances 
de leurs élèves, et qui d'ailleurs ont le désir de leur donner 
le plus qu'ils peuvent des notions utiles, ne comprennent 
pas toujours bien le parti à tirer de ces livres. Après l'em- 
barras du choix, embarras déjà très-grand, vient pour eux la 
difficulté d'en faire un judicieux emploi. Us tombent le 
plus ordinairement dans deux excès opposés : ou ils ajoutent 
trop d'explications aux livres, ou ils en ajoutent trop peu. 

Dans le premier cas, ils supposent que les détails conte- 
nus dans le livre suffisent pour faire comprendre le sujet, et 
le défaut de temps les porte parfois à admettre cette suppo- 
sition. Dans le deuxième, ils comprennent que les livres 
mis entre les mains des élèves sont toujours d'une étendue 
trop restreintre, et qu'ils contiennent t:op de choses pour 
que chacune puisse être bien comprise sans le secours des 
développements donnés à la leçon. 

Dans l'un ou l'autre cas, il y a perte pour les élèves. 

Si le maître exprime trop peu, le but qu'on s'était propo- 



108 



JOURNAL DE L'INSTRUCTION PUBLIQUE. 



se en choisissant le livre est manqué : il ne reste rien de 
la lecture sous le rapport des connaissances que l'élève au- 
rait dû acquérir. 

Si le maître explique trop, alors le tenps de la leçon se 
passe en explications, il n'y a pas de lecture proprement dite ; 
c'est un temps perdu pour les progrès que l'élève devrait 
faire dans cet art. — (Journal des Instituteurs de Paris.) 



J^VIS OFFICIELS. 




NOMINATION. 

COMMISSAIRE D'ÉCOLE. 

Son Excellence le Gouverneur-Général a bien voulu, par minute en 
conseil du 26 de juillet dernier, approuver la nomination suivante : 
Comté de la Beauce. — Aubert-Gallion • M. Joseph Dutil. 

ÉRECTIONS, DIVISIONS, ANNEXIONS ET DÉLIMITATIONS DE MUNICIPALITÉS 
SCOLAIRES. 

Il a plu à Son Excellence, le Gouverneur Général, par minute en 
conseil du 26 du mois de juillet dernier : 

lo De distraire de la municipalité scolaire de Notre-Dame-de-la- Vic- 
toire, dans le comté de Levis, la partie de territoire ci après décrite et 
de l'ériger en municipalité scolaire séparée, sous le nom de Municipa- 
lité du village de Bienville; savoir : 

Comprenant une étendue de territoire de six arpents, huit perches et 
trois pieds de front sur quarante arpents de profondeur; bornée comme 
suit : au nord-est, par la ligne qui divise la paroisse de Notre-Dame-de- 
la-Victoire de celle de St. Joseph de la Pointe-Lévis ; au sud-ouest, par 
la ligne qui divise la terre d'Isidore Bégin de cette partie de la terre de 
Michel Begin qui se trouve duns la ville de Lévis ; au nord-ouest, panie 
par la ville de Lévis et partie par le fleuve St. Laurent, s'étendant en 
profondeur jusqu'à quarante pieds d'eau, à marée basse ; au sud-est, par 
le trait-quarré des terres du premier rang. 

2o D'ériger en municipalité scolaire séparée la paroisse de Ste. Bri- 
gitte, située partie dans le comté de Nicolet, partie dans le comté 
d'Yamaska et partie dans le comté de Drummond, et de lui donner le 
même nom et les mêmes limites qui ont été assignées à la dite paroisse 
par proclamation de Son Excellence, le Gouverneur Général, en date 
du douze de novembre, mil huit cent soixante-trois, et insérée dans la 
Gazette du Canada, à la page 3566 du volume 22. 

3o D'ériger en municipalité scolaire la paroisse de St. Fulgence, 
située partie dans le comté de Drummond et partie dans celui de Bagot, 
sous le nom de Municipalité scolaire de St. Fulgence et avec les mêmes 
limites qui ont été assignées à la dite paroisse par proclamation de Son 
Excellence, le Gouverneur Général, en date du dix-neuf de décembre, 
mil huit cent soixante-trois, et insérée dans la Gazette du Canada, à la 
page 167 et 168 du volume 23. 

4o D'ériger en municipalité scolaire la paroisse de St. Tite, dans le 
comté de Champlain, et de lui donner le même nom et les mêmes limites 
qui ont été assignées à la dice paroisse par proclamation de Son Excel- 
lence, le Gouverneur Général, en date du onze de juillet, mil huit cent 
soixante-trois, et insérée dans la Gazette du Canada, à la page 2094 du 
volume 22. 

5o De distraire de la municipalité scolaire de Percé, dans le comté 
de Gaspé, la partie de territoire qui s'étend depuis le ruisseau qui passe 
sur la terre de M. James Cain, à l'endroit nommé Cap-Rouge, à aller 
.jusqu'à la ligne de division entre la municipalité susdite de Percé et 
celle du Cap-Désespoir, du côté de l'est, et d'annexer cette partie de 
territoire à la susdite municipalité du Cap-Désespoir, dans le même 
comté. 

6o De distraire de la municipalité scolaire de Victoriaville, dans le 
comté d'Arthabaska, le huitième lot de chacun des cinq premiers rangs 
du township d'Arthabaska, et d'annexer les dits lots à la municipalité 
scolaire d'Arthabaskaville, dans le même comté. 

7o De distraire de la municipalité scolaire d'Orford. située dans les 
limites de la ville électorale de Sherbrooke, les lots déterre des I7me 
et 18me rang3 du township Orford compris entre les 1er et 6me lots 
inclusivement, et de les annexer à la municipalité scolaire de Stukcley- 
Nord, dans le comté de Shefford. 

8o De distraire de la municipalité scolaire de St. Irénée, dans le 
comté de Charlevoix, la concession connue sous le nom de Ste. Magde- 
leine, à partir de la propriété de Thadée Bouchard à aller jusqu'à celle 
de Louis Maltais, exclusivement, et de l'annexer à la municipalité sco- 
laire de la Malbaie, dans le même comté. 



9o De distraire de la municipalité scolaire du Coteau St. Pierre, dans 
le comté d'Hochelaga, la partie de territoire ci-après décrite et de l'an- 
nexer à la municipalité scolaire de St. Henry, dans le même comté ; 
savoir : 

Le terrain appartenant aux héritiers de Philippe Turcot, borné, au 
nord, par le chemin de fer de Lacbinc, au sud et à l'est, pai le chemin 
de la Côte St. Paul, et, à l'ouest, par le terrain de Désiré Turcot, y com- 
pris la propriété de Jean Baptiste Cazelais. 

lOo De donner une nouvelle délimitation à la municipalité scolaire de 
Hull et à celle de St. Etienne de Chelsea, toutes deux dans 13 comté de 
l'Outaouais, comme suit; savoir. 

Premièrement. — La municipalité de Hull: — Bornée, au nord, par la 
ligne qui sépare la cinquième concession de la sixième, jusqu'au lot de 
terre No. vingt et un ; de là suivant la ligne qui sépare le lot No. vingt 
du lot No. vingt et un, jussqu'à la septième concession, qui se trouve 
entre les sixième et septième rangs, jusqu'à la ligne qui sépare le town- 
ship de Hull de celui d'Eardley ; conservant, à l'ouest, au sud et à l'est, 
les mêmes limites qui lui ont été antérieurement assignées. 

Deuxièmement.— La municipalité de St. Etienne de Chelsea, limi- 
trophe de celle de Hull, est bornée comme suit ; savoir : 

Au nord, par la ligne qui sépare le township de Wakefield de celui de 
Hull ; à l'est, par la ligne qui sépare le township de Templeton de celui 
de Hull, jusqu'à la cinquième concession exclusivement; de là, au sud, 
par la ligne qui sépare la cinquième concession de la sixième, jusqu'au 
lot de terre No. vingt et un ; de là suivant la ligne qui sépare le lot de 
terre No. vingt du lot No. vingt et un, jusqu'à la septième concession, 
qui se trouve entre les sixièmes et septième rangs, jusqu'à la ligne qui 
sépare le township de Hull de celui d'Eardley. 

llo De distraire de la municipalité scolaire de St. Barnabe de Gati- 
neau, dans le comté de St. Maurice, la partie de territoire ci-après 
décrite et de l'annexer à la municipalité scolaire de St. Etienne, dans le 
même comté ; savoir : 

Toute la partie du troisième rang du township de Caxton, qui se 
trouve comprise entre la terre de Gabriel Duplessis, inclusivement, et 
celle d'Edouard Rivard, inclusivement. 

12o De distraire de la municipalité scolaire de Valcartier, dans le 
comté de Québec, la partie de territoire ci-après décrite et de l'ériger 
en municipalité scolaire, sous le nom de Municipalité de St. Gabriel 
Ouest ; savoir : 

Toute cette partie de territoire qui a été érigée et constituée en mu- 
nicipalité locale distincte pour les fins municipales, par acte de la légis- 
lature sanctionné le 18 de mai. 1861, 24me Vict, chapitre 73. 

13o De distraire de la mnnicipalité scolaire de St. André d'Acton, 
dans le comté de Bagot, la partie de territoire ci-après décrite et de 
l'ériger en municipalité scolaire séparée, sous le nom de Municipalité 
de la paroisse de St. André d'Acton ; savoir : 

Comprenant les cinq premiers rangs du township d'Acton, moins les 
lots portant les Nos. trente-deux, trente-trois et trente-quatre du troi- 
sième rang du dit township, et moins la moitié ouest du lot portant le 
No. trente-deux et les lots entiers portant les Nos. trente-trois et trente- 
quatre du quatrième rang du township susdit. 



DIPLOMES OCTROYÉS PAR LES ÉOOLES NORMALES. 
Session de 1863-1864. 

ÉCOLE NORMALE LAVAL. 

Pour écoles modèles.— MM. François Simard, Cyrille Fournier, Fran- 
çois Albert Ferland, Napoléon Mercier, Cyprien Labrèque, Edouard 
Bacon, Mlles Philomène Lachaîne, Adèle Lcspérance, Lumina Gaucher, 
Georgina Létourneau, Aurélie Noël, Honorine Gagné. 

Pour écoles élémentaires. — MM. Louis Dion, Stanislas Frechette, Jacob 
Gao-né Jean Louis Mercier, Honoré Rousseau, Pierre Antoine Roy, 
Augustin Trépanier ; Mlles Marie Abbott, Eutychiane Bernier, Léa Bau- 
det Marie Marthe Belley, M. M. Séneville Bélanger, Victoria Bernard, 
Louise Baldwin, Rosalie Crépeau, M. Clémentine Caron, Virginie Fil- 
teau M Julienne Fortin, Valérie Fradette, Joséphine Guillemette Sophie 
Gravel, Célanire Gosseliu, M. Odile Joncas, M. Malvina Morin, Henriette 
Portelance, Marie Tremblay, Albine Trépanier. 

Et en date du 1er d'oût, 1864, Mlle. Mary Loughran a obtenu un 
diplôme d'écoles élémentaires. 



ÉCOLE NORMALE JACQUES-CARTIER. 

Pour académies.— M. Eugène Urgel Archambault, principal de l'aca- 
démie commerciale de Montréal, M.Joseph Eugène Cassegrain, principal 
de l'académie Ste. Marie, Montréal, MM. Calixte Brault, Azane Cne- 

""pour écoles modèles.— MM. Oscar Desrosiers, Ignace Dorval, Charles 
H Ferland, Ovide Lamarche, Alphonse Lanctôt, François Xavier Mous- 
seau, Eusèbe Monette, Antoine Malette, Laurence O'Byan Laurence 
O'Donoghue, Pierre Primeau, Paul Quesnel, Honore Rondeau, Louis 
René, François Verner. .. ,, x „, , . rr . 

Pour écoles élémentaires —MM. Joseph Godin, Joseph Guénn, Vir- 
gile Harman, Alexis Aubuchon. 



JOURNAL DE L'INSTRUCTION PUBLIQUE. 



109 



ÉCOLE NORMALE m'GILL. 

Pour académies. — MM. Archibald Duff, Alvan F. Sherrill. 

Pour écoles modèles. — M. Milo Alexander Herrick, Mlles Elizabeth 
Ahern, Jessie Fraser, Elizabeth Ann Fraser, Maria Gill, Mary Luella 
Herrick, Sarah Johnson, Isabella Morrison, Lucy Ann Merry, Anny 
Frances Murray, Margaret Mason, Sarah A. Millan, Mary Elizabeth 
Walton, Eliza White. 

Pour écoles élémentaires. — MM. Whiting Rexford Batt, Thomas Mc- 
Carthy, Duncan McCormiek, Mlles Laetitia Barlow, Mary Baillie, Emma 
Cutter, Mary Crossby, Eliza J. Cleary, Ellen Teresa Flynn, Mary Gra- 
ham, Lilias Litchfield Iloyt, Elizabeth Har<rreaves, Alma Herrick, Caro- 
line Harding, Catherine McDonald, Mary O'Brien, Malvina Ross, Jane 
Ann Swallon, Sarah Shaw, Margaret Sutherland, Jane Tuff, Mary Wil- 
son, Lilias Watson, Elizabeth Walker. 

DIPLOMES OCTROYÉS PAR LES BUREAUX D'EXAMINATEURS. 

BUREAU DE PONTIAC. 

Pour écoles élémentaires. ' — 1ère classe A : MM. Francis Murray) 
James McCreary. 

Deuxième classe F : Mlle Emérance Berthiaume. 

Deuxième classe A : MM. James Patrick Mullan, Thomas Stephens, 
Mlle Susan Connolly. 

Oct. le 21 mars, 1864. (Séance ajournée.) 

MEME BUREAU. 

Pour écoles élémentaires. — 2ème classe A : MM. Robert Angus, Tho- 
mas Coulter, Mlle Elizabeth Anna Best. 
Oct. le 3 mai, 1864. 

Ovide LeBlanc, 
Secrétaire. 

BUREAU DES EXAMINATEURS DE GASPÉ. 

Ecoles élémentaires, 1ère classe F et A : M. Daniel John Anderson. 
1ère classe A : M. Charles Hunt. 
Oct. le 3 mai, 1864. 

Ph. Vibert, jeune, 

Secrétaire. 

INSTITUTRICE DISPONIBLE. 

Mlle Julie Latour, munie d'un diplôme d'écoles élémentaires pour le 
français et l'anglais. 
S'adresser à ce bureau. 



INSTITUTEURS DISPONIBLES. 

M. Wm. Kennedy, muni d'un diplôme pour le fiançais et l'anglais et 

de bonnes recommandations. M. Kennedy a étudié le français à Pans. 

S'adresser à North Lancaster, comté de Gletigary,ou à ce Département. 

M. Urbain Courteau, muni d'un diplôme d'écoles élémentaires. Con- 
ditions faciles et pourra fournir une monitrice capable de diriger les 
classes des commençants. S'adresser à lui-même, rue Visitation, 103, 
Montréal. 

DONS OFFERTS A LA BIBLIOTHÈQUE DU DÉPARTEMENT. 

Le Surintendant accuse avec reconnaissance réception de l'ouvrage 
suivant : 

De MM. Bea'ichemin et Valois, libraires, Montréal: — " Notes sur la 
Coutume de Paris, 2ème édition, revue et augmentée de plusieurs notes 
additionnelles," par T. K. Ramsay, avocat. 

De M. Boucher de Perthes, (l'auteur des ouvrages suivants) : 

" De la Création : essai sur l'origine et la progression des Etres," 5 
vols. 

" Satires. Contes et Chansonnettes," deuxième edition, 1 vol. 
" Opinion de M. Christophe, sur les prohibitions et la liberté du com- 
merce," 1 vol. 

" Petit glossaire, traduction de quelques mots financiers : esquisses 
de mœurs administratives," 2 vols. 

" Les Masques : biographie sans nom. Portraits de mes connaissances 
dédiés à mes ami3," 2 vols. 

" Sous dix rois. Souvenirs de 1T91 à 1860," 6 vols. 

" Nouvelles," 1 vol. 

" Romances, Ballades et Légendes," 2me édition, 1 vol. 

" Petites solutions de grands mots, faisant suite au petit glossaire 
administratif," 1 vol. 

" Chants armoricains, ou souvenirs de Basse-Bretagne," 2me édition, 
1 vol. 

" Les Maussades : complaintes," 1 vol. 



" Voyage en Espagne et en Algérie, en 1855," 1 vol. 

" Voyage en Danemark, en Suède, en Norvège, par la Belgique et la 
Hollande. Retour par les villes anséatiques, le Mecklembourg, la Saxe, 
la Bavière, le Wurtemberg et le Grand-Duché de Bade. Séjour à 
Bade. En 1854," 1 vol. 

" Voyage à Constantinople par l'Italie, la Sicile et la Grèce. Retour 
par la mer Noire, la Roumélie, la Bulgarie, la Bessarabie russe, les Pro- 
vinces danubiennes, la Hongrie, l'Autriche et la Prusse, en mai, juin, 
juillet et août, 1853," 2 vols. 

" Voyage en Russie. Retour par la Lithuanie, la Pologne, la Silésie, 
la Saxe et le duché de Nassau. Séjour à Wisebade, en 1856," 1 vol. 

" Antiquités celtiques et antédiluviennes. Mémoires sur l'industrie 
primitive et les arts à leur origine," 2 vols. 

" Hommes et choses ; alphabet des passions et des sensations. Es- 
quisse de mœurs faisant suite au petit glossaire," 4 vols. 

" Sujets dramatiques," 2 vols. 

" Emma ou quelques lettres de femme," 1 vol. 

" Mémoires de la société royale d'émulation d'Abbeville," 1836, 1837 
1838, 1839, 1840, 1841, 1842 et 1843, 3 vols. 

" Mémoires de la société d'émulation d'Abbeville," de 1844 à 1852, 2 
vols. 

" Mémoires de la société impériale d'émulation d'Abbeville," de 1852 
à 1860, 2 vols. 

Brochures. — " Notes sur le fossile humain d'Abbeville," 5 brochures. 

Brochures scientifiques.-" Origine et antiquité de l'homme," 1859-1864, 
15 brochures. 

Errata. — Dans la livraison des mois de juin et juillet derniers, à la 
page 90, dans le tableau intitulé : Diplômes accordés aux élèves des écoles 
normales, depuis l'établissement de ces institutions, à la 2me ligne de la6me 
colonne, au lieu de 13, lisez : 53 ; puis, è la deruière ligne de la même 
colonne, au lieu de 43, lisez : 83. 



JOURNAL DE L'INSTRUCTION PUBLIQUE 



MONTRÉAL, (BAS-CANADA,) AOUT, 1864. 



Examens et Distributions de Prix et de Diplômes 
dans les Écoles Normales. 

C'est l'école normale McGill qui, cette année, a terminé la pre- 
mière son année scolaire. Il y a eu plusieurs séances pour l'examen 
public des élèves et elles ont été couronnées par 'a distribution 
solennelle des diplômes. L'tion. Surintendant de l'Education pré- 
sidait et ouvrit cette dernière séance par une allocution dans 
lacuelle il félicita le Principal sur les progrès soutenus de l'insti- 
tution. Il mentionna aussi le nouveau règlement fait par le Con- 
seil de l'instruction publique et sanctionné par S. E. le Gouverneur- 
Général par minute en conseil, et par lequel l'admission des 
Bacheliers des Universités du Bas-Canada à l'enseignement est 
beaucoup pius facile. Il leur suffit en effet de suivre le cours de 
pédagogie et ceux des autres cours qu'ils n'ont pas déjà suivis à 
l'université pour obtenir de l'école normale le diplôme d'académie. 
De plus, les élèves de l'école normale qui désirent obtenir ce 
diplôme peuvent avoir une bourse pour une troisième année 
d'études. 

M. Dawson, Principal de l'école, prit ensuite la parole. Il 
donna quelques détails intéressants sur le mode d'enseignement 
suivi dans l'institution, et annonça les résultats de l'année scolaire 
comme suit : Il y a eu cette année 74 élèves, sur lesquels plu- 
sieurs par suite de maladie ont dû renoncer à subir leurs examens. 
Le nombre des malades a été malheureusement plus considérable 
qu'à l'ordinaire. Le nombre de diplômes accordés à la fin de 
l'année est de 40, dont deux pour académies, 14 pour écoles modèles 
et 24 pour écoles élémentaires. Sur ce nombre, 6 seulement ont été 
donnés à des élèves-maîtres ; les autres ont été obtenus par des 
élèves-institutrices qui ont toujours été de beaucoup les plus nom- 
breuses. En ajoutant ces chiffres à ceux qui ont été publiés dans 
le rapport du Surintendant pour l'année 1863, on trouvera que le 
nombre total de diplômes donnés par cette institution s'élève 
maintenant à 312 et que le nombre d'élèves qui les ont obtenus 
est de 216. L'intérêt de cette séance fut relevé par l'exécution de 
plusieurs morceaux de musique vocale et instrumentale sous la 
direction de M. le Professeur Fowler. 



110 



JOURNAL DE L'INSTRUCTION PUBLIQUE. 



Le prix du Prince de Galles fut donné à Mlle Isabella Morrison, 
de North Georgetown ; parmi les MM. qui obtinrent des diplômes 
pour académies, se trouvèrent MM. Archibald Duff, de Sherbrooke, 
et Aivan Sherrill, d'Eaton, bacheliers ès-arls de l'Université McGill 
qui auront élé les premiers à profiter du nouveau règlement. 

Apre-* la collation des diplômes, Mlle Merry prononça le dis- 
cours d'adieu au nom des autres élèves, et le Professeur Darey fit 
en français un excellent discoure dans lequel il s'étendit au long 
sur l'importance de l'élude des grands modèles de la liltératuie 
française, faisant une habile esquisse de quelque s-uns des grands 
écrivains de notre langue : teis que Bossuet, Fénélon, Racine, 
Molière et Massillon. 

Les examens de l'Ecole Normale Laval se sont faits le 4 et le 5 
de juillet. La première séance, qui a eu lieu dans la grande salle du 
pensionnat des Ursulines pour les élèves-institutrices, a été pré- 
sidée par le Surintendant ; on remarquait dans l'auditoire l'hon. 
Solliciteur-Général du Bas-Canada, Son Honneur le Maire de 
Québec, plusieurs membres du clergé, et plusieurs citoyens in- 
fluents de la capitale. 

Les élèves-maîtresses ont répondu avec beaucoup d'aplomb sur 
l'histoire du Canada, l'histoire d'Angleterre, la Géographie et la 
Grammaire française. Le tracé des cartes fait séance tenante, et 
la manière dont les réponses sur l'histoire étaient illustrées par de 
petits tableaux historiques préparés par les élèves elles-mêmes, 
ont pu donner une idée du caractère pratique et rationnel de l'en- 
seignement. Les exercices de musique vocale et instrumentale 
ont élé applaudis à bon droit. Le discouis d'adieu a été prononcé 
par Miie Lachaine. Après la distribution des prix et des diplômes, 
M. le Surintendant, l'hon. Solliciteur-Général et M. le Maire adres- 
sèrent la parole aux élèves et au public. M. le Solliciteur-Général 
s'exprima fortement en faveur des écoles normales, et admit que 
ces institutions ne recevaient pas une subvention suffisante. Il 
exprima l'espoir de voir le gouvernement et la législature, dès que 
l'état des finances du pays le permettrait, voter des sommes plus 
considérables pour l'instruction publique. M. Tourangeau dit que 
ses fonctions de maire de la cité lui avaient procuré l'avantage 
d'assister à plusieurs examens depuis quelque temps, et qu'il re- 
marquait partout un grand changement et un grand progrès dans 
les méthodes d'enseignement. Il s'exprima dans le même sens 
que l'hon. Solliciteur-Général en ce qui concerne les subventions de 
l'instruction publique en général et celles des écoles normales en 
particulier. Il fut donné dans celte séance six diplômes pour 
écoles modèles et 21 pour écoles élémentaires. 

L'examen public et la distribution des prix et des diplômes aux 
é'.eves-maîires eut lieu le lendemain à l'école normale. M. le 
Surintendant, M. le Solliciteur-Général, M. le Grand Vicaire 
Cazeau, M. Delagrave, membre du conseil de l'instruction publique, 
et un grand nombre d'amis de l'éducation y assistaient. Les élèves 
ont été interrogés sur la physique, l'histoire du Canada, l'histoire 
d'Angleterre et la Grammaire française ; les réponses sur la physi- 
que ont élé accompagnés d'expériences à l'aide de la belle collec- 
tion d'instruments qui appartient à l'établissement. 

Plusieurs morceaux de musique furent chantés en chœur, et M. 
Napoléon Mercier se distingua en chantant avec beaucoup d'effet 
deux chansons comiques. Le chœur des Voltigeurs fut chanté en 
costume, les élèves ayant endossé leurs uniformes et donnant en 
même temps un échantillon de leur aptitude militaire. Il fut distribué 
treize diplômes, six pour écoles modèles et sept pour écoles élé- 
mentaires; ce qui fait en tout pour cette année, dans les deux 
départements : quarante. Le prix du Prince de Galles fut donné à 
M. François Simard. Après la distribution des prix et des diplô- 
mes, M. le Surintendant adressa quelques paroles à l'auditoire et 
aux élèves. 

La distribution des prix et des diplômes à l'école normale Jac- 
ques-Cartier a eu lieu le neuf dans la grande salle de l'école. La 
séance fut ouverte par un discours de M. le Principal que nous 
publierons en entier dans notre prochaine livraison. 

Après ce discours, qui fut vivement applaudi, M. le Surintendant 
distribua les prix aux jeunes élèves de l'école modèle, cette distri- 
bution étant précédée de quelques courtes remarques de la part de 
MM. Boudrias et Delaney, les instituteurs de cette école. Ce der- 
nier fil observer que l'année qui venait de se terminer avait été 
remarquable par le degré d'application que les élèves avaient mon- 
tré, et que, bien que l'école contienne un nombre égal d'enfants 
d'origne britannique et d'origine canadienne, une harmonie plus 
complète encore que celle que l'on pouvait attendre d'une école où 
il n'y aurait que des élèves d'une même nationalité, s'était main- 
tenue toute Tannée. La liste des prix fait voir aussi que les élèves 
français et les élèves anglais ont Jutté noblement dans l'étude des 



deux langues rivales, lesquelles leur sont maintenant à tous pres- 
que également lamilières. 

Immédiatement avant la distribution des prix aux élèves de 
l'Ecole Normale, M. le Principal leur rendit le témoignage d'une 
grande assiduité et d'une application plus qu'ordinaire ; la moyenne 
des succès étant, a-t-il dit, plus élevée <iue les années piécédenles, 
ce qui n'empêche point cependant que quelques élèves très-esti- 
mables d'ailleurs, et qui ont même remporté plusieurs prix, ont 
échoué dans l'examen pour le diplôme, et devront faire une autre 
année d'études, s'il* veulent l'obtenir. Ce fait n'est mentionné que 
pour faire voir le degré de sévérité qui préside à ces examens, et 
l'excellente garantie qu'offre le diplôme lui-même. Le prix fondé 
par S. A. R. le Prince de Galles ne fut point donné cette année 
dans cette école, et il ne l'avait pas été non plus, l'année dernière. 
Cette circonstance s'explique facilement par le fait qu'il n'y a à 
l'école Jacques-Cartier qu'un département d'élèves-instiluteurs, et 
par là même un bien moindre nombre d'élèves, ce qui diminue les 
chances de voir l'un d'entre eux parvenir au degré d'excellence 
requis dans toutes les branches d'enseignement. 

Il fut donné 23 diplômes, dont 4 pour académies, 15 pour écoles 
modèles et 4 pour écoles élémentaires. Parmi les gradués de la 
première classe se trouve M. Archambault, ancien é éve de l'insti- 
tution, qui, muni du diplôme d'école modèle, dirige depuis plusieurs 
année-, avec tant de succès, l'Académie Commerciale, établie 
dans la rue Côté par MM. les Commissaires des écoles catholiques 
de Montréal. M. Archambault, malgré ses occupations, a trouvé 
le temps de suivre les cours de troisième année, et, après avoir 
subi sur les matières prescrites par le programme un rigoureux et 
brillant examen, a obtenu le diplôme d'académie. En le lui remet- 
tant, M le Surintendant le félicita vivement et sur son succès et 
sur le bon exemple qu'il donnait ainsi à ses confrères dans l'ensei- 
gnement. M. Archambault paraît avoir pris pour devise excelsior, 
et nous souhaitons qu'elle lui porte toujours bonheur. On remar- 
quera aussi que M. Cassegrain, qui a obtenu le diplôme pour aca- 
démie, vient d'être nommé principal de l'Académie Sainte Marie, 
établie par les Commissaires dans la partie est de la ville, où 
il remplace M. Desplaines, lui-même ancien élève de l'Ecole 
Normale. Un autre élève vient aussi d'être choisi par Mgr. 
l'Evéque de Montréal, pour diriger l'école que Sa Grandeur a 
établie dans le faubourg St. Joseph. Ces faits font également 
honneur et à l'Ecole Normale et aux autorités scolaires de la ville 
de Montréal. 

Après la distribution des diplômes, M. le Surintendant, M. le 
Chanoine Fabre et M. Cherrier, membre du Conseil de l'Instruc- 
tion Publique, prononcèrent des allocutions qui furent vivement 
applaudies. M. Cherrier insista surtout sur la nécessilé de quelque 
mesure législative qui forçât les Commissaires d'école à accorder 
une meilleure rémunération aux instituteurs. Le Département, 
a-t-il dit, et les écoles normales, et leurs élèves font noblement 
leur devoir, c'est maintenant au pays à faire le sien. 

Le nombre total des diplômes accordés par les écoles normales 
depuis leur établissement, en ajoutant ceux qui viennent d'être 
donnés aux chiffres publiés dans le rapport de 1863, contenu dans 
notre dernière livraison, se répartit maintenant comme suit : Ecole 
Jacques Cartier: Académies, 12; Ecoles modèles, 72; Ecoles élé- 
mentaires, 74 : total : 158. Ecole McGill : Académies, 3 ; écoles 
modèles, 102; écoles élémentaires, 207: total : 312. Ecole Levai : 
Académies, 13: écoles modèles, 133 ; écoles élémentaires, 106 : 
total : 252. Les trois écoles réunies ont donc distribué, depuis leur 
établissement, 28 diplômes pour académies, 307 pour écoles mo- 
dèles et 387 pour écoles élémentaires ; en tout: 722. 



Examens Publics et Distributions de Prix dans 

les Universités, les Collèges, Académies et 

Ecoles Modèles. 

Chaque année, la fin du mois de juin et le commencement du 
mois de juillet voient revenir ces gaies et utiles solennités, que les 
autorités et l'élite de la population honorent et relèvent par leur 
présence. L'époque des vacances s'est constamment rapprochée 
depui- un ceitaiu nombre d'années, et ça été là un changement 
raisonnable et judicieux. Nous nous souvenons encore du temps 
où les distributions de prix avaient lieu au milieu d'août, et où les 
éludes se continuaient pendant les jours ardents de la canicuie. Il 
n'y aurait point de mal même à ce que l'on s'arrangeât de manière 
à ce que tout fût fini à la fin de juin, et à ce que le mois de juillet, 
si beau et si chaud dans notre pays, lût tout entier consacré aux 
vacances. 



JOURNAL DE L'INSTRUCTION PUBLIQUE. 



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S. E. le Gouverneur Général a donné l'exemple aux amis de i et d'apprécier. Vous ne sauriez dire jusqu'à quel point, ni à quelle 
l'éducation en assistant aux solennités littéraires de l'Université époque, cette étude aura une influence pratique et décisive sur la 
anglicane de Lennoxville, et à celtes du pensionnat des Sœurs de carrière que vous aurez embrassée." 
la Congrégation, à VUla-Maiia. 



La séance publique annuelle de l'Université de Lennoxville 
(Bishop's College), a eu lieu le 1er de juillet. On en trouvera tous 
Jes détails très-au long dans notre dernier journal anglais. La 
veille, S. E. fut reçue par une garde d'honneur formée de la com- 
pagnie de carabiniers du collège. Le soir, les élèves de l'école 
préparatoire firent une procession aux flambeaux ; le petit village 
ainsi que l'Université avaient été décorés de feuillages et de 
drapeaux. Lady Monck et les Délies. Monck honorèrent la 
séance universitaire de leur présence. Leurs Seigneuries les 
Evêques anglicans de Montréal et de Québec étaient aussi pié- 
sents. Son Excellence, outre sa suite ordinaire, avait avec lui deux 
de ses ministres, l'hon. M. Gait et l'hon. M. McGee. La séance 
s'ouvrit par la collation de diplômes honoraires. Lord Monck voulut 
bien accepter celui de Docteur en Droit Civil, qui fut aussi donné 
au Dr. Smallwood, professeur de météorologie à l'Université McGill. 
Le degré de Maîtres ès-Arts fut ensuite donné à M. Robert Caspar 
Tarnbs, norvégien de naissance, qui prêta préalablement le serment 
d'allégeance. Le (Jod iSave the Queen fut chanté à cette occasion. 
Le même degré fut ensuite accorcé à MM. George Baker, John 
Foster, James B. Davidson et Thomas L. Bail. M. Tambs prononça 
ensuite le discours d'adieu. Le prix annuel fondé par S. A. R. Je 
Prince de Galles fut ensuite donné à M. Babin. Apres la distri- 
bution des prix, dont plusieurs sont de fondation, le Doyen et Rec- 
teur, le Rév. George C. Irving, rendit compte des progrès et de 
l'état actuel de l'Université. Ce discours fut suivi d'allocutions 
par MM. Galt et McGee, par Lord Monck et par l'honorable Juge 
McCord, chancelier de l'Université. 

Parmi les remarques que fit Son Excellence, celles qui suivent 
nous ont surtout frappés. Elles touchent à une question vivement 
controversée en Europe et qui commence à être discutée dans 
notre pays. " Je me joins à votre digne recteur, a dit Lord Monck, 
pour vous féliciter sur le choix que vous avez fait des langues clas- 
siques comme base de votre système d'instruction. Je ne veux pas 
dire qu'en Angleterre on n'ait point fait une trop large place aux 
études classiques ; mais l'abus d'une chose ne saurait faire conclure 
à sa suppression. Dans l'aimosphère moral et intellectuel, il y a 
des courants opposés les uns aux autres, et, comme d'habiles ma- 
rins, ceux qui dirigent la nef de l'instruction doivent en tenir 
compte. Je n'ai point la prétention de traiter à fond des principes 
qui doivent régir cette matière en présence de cet auditoire, ce 
serait une impertinence de ma part ; mais il me sera bien permis 
de vous soumettre une ou deux observations, qui me paraissent 
avoir été omises dans les discussions sur l'importance des études 
classiques. Nous entendons constamment demander à quoi bon 
donner tant d'années à l'étude du grec et du latin, qui n'ont qu'une 
si minime utilité dans